‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 19 sur 216 · OBJECTIONS AUX COURANTS D'EAU · texte numérisé non relu

OBJECTIONS AUX COURANTS D'EAU

transportés dans le courant à une hauteur moindre que 2154 pieds (699i°,7) au-dessus du sol , n'auraient pu dépasser le Jorat. Ils y auraient été retenus et auraient encombré toute la partie orientale du lac. Si le courant avait été boueux , l'encombrement aurait été encore plus considérable. Mais rien de pareil n'y est arrivé; car il n'existe dans cette contrée aucune accumulation extraordinaire de débris erratiques *.

Si le phénomène qui nous occupe était réellement dû à des courants , nous devrions trouver des amas considérables de fragments erratiques dans le fond de la petite vallée de Vallorbe; car elle est sans contredit la localité la plus propre par sa situation à recevoir et à retenir les matériaux amenés des Alpes par une débâcle venant choquer contre le flanc du Jura. Il suffira de jeter un coup d'œil sur la carte pour reconnaître la vérité de cette assertion. Cependant aucun fragment erratique n'a atteint le fond de ce joli vallon (C. 53). L'hypothèse des courants n'explique pas davantage la bonne conversation d'un grand nombre de blocs , surtout des blocs de gros volume. En effet , qu'on modifie comme on le voudra et la vitesse et la consistance des courants, qu'on fasse projeter les blocs en direction horizontale sans les faire toucher terre , ou bien qu'on les fasse rouler dans la boue , on ne pourra parvenir par aucun de ces moyens à expliquer la conservation de la surface et des parties saillantes de blocs de 60^000 pieds cubes {2056 mètres cubes), ayant fait plus de 60 lieues (360 kilomètres) de chemin.

Il en est de même de la forme et de la situation des dépôts accu* mulés (C. 48). Comment, en effet, des courants auraient-ils pu former des accumulations de débris en forme de digues ou de bandes , longeant en lignes parallèles les flancs des montagnes et se trouvant placées à différents étages qui se correspondent ordi-

' c. Les débris erratiques de la ▼allée de VAmr s'élèvent sur les flancs des montagnes à plus de 1680 pieds (545 mètres) , car ils atteignent et dépassent même le col du vnuds (1025 mètres altitude, 461 mètres au-dessus du lac de Brienz). Ceux qui se trouvent dans la partie inférieure de la vallée et dans la plaine de la Basse-Suisse ont dû passer par-dessus les lacs de Brienz et de Thun , en les traversant dans toute leur longueur. L'hypothèse des courants ne saurait expliquer comment ces matériaux auraient pu franchir ces bassins sans s'y arrête^ et les combler. La configuration de la vallée aurait dû favoriser singulièrement ce dépôt , parce qu'elle se coude à l'approche de chacun de ces lacs.

nairement sur les deux côtés de la vallée ? Pourquoi , à l'exception des environs de Lausanne et du plateau du Jorat, ces courants n'ont-ils pas formé de dépôts de ce genre dans la plaine de la Basse- Suisse? Pourquoi les retrouve*t-on sur le flanc du Jura?

Comment une débâcle peut-elle occasionner des dépôts tantôt sans trace de stratification , tantôt distinctement et régulièrement stratifiés ?

Comment surtout expliquer par des courants d'eau ces groupes étonnants de gros blocs tous d'une même espèce de roche? (C. 50). Ainsi, par exemple , comment une débâcle aurait- elle pu amener dans une même localité cette quantité considérable de blocs de granit de Ferrety qui , au-dessus de Monthey, occupent sur le flanc de la montagne une étendue de terrain de 3/4 de lieue de longueur sur 300 à 800 pieds (100 à 260 mètres) de largeur? Comment une débâcle aurait-elle pu les. déposer sans les mélanger avec d'autres débris qui nécessairement devaient se trouver simultanément dans le courant? Cette même difficulté se reproduit pour le gi*oupe de blocs calcaires des Devens et du Bois de la Chaux; pour ceux de blocs granitiques de Plan-y-Beuf , de Steinhof etc.

Voudrait-on peut-être supposer que chaque groupe fût dû à un seul bloc amené par la débâcle et brisé sur la place même où se trouvent aujourd'hui ces accumulations surprenantes ? Dans ce cas, on serait forcé d'admettre que le bloc qui , en se brisant , aurait fourni des énormes fragments du groupe de Monthey, aurait eu 4 kilomètres de longueur et 100 mètres environ de largeur. Mais pousser les suppositions aussi loin , c'est les pousser au delà des limites de toute vraisemblance et même de la possibilité.

Comment pourrait-on expliquer par des courants la position singulière de plusieurs blocs erratiques perchés les uns sur les autres et se maintenant en équilibre par de biens faibles appuis? (C. 51). Comment se rendre compte des blocs fendus verticalement dans toute leur hauteur, évidemment par l'eflet d'une chute ?

Si l'hypothèse dont il est question peut expliquer tant bien que mal les surfaces frottées des rochers (C. 56), elle se trouve complètement en défaut lorsqu'il s'agit de rendre raison des érosions verticales produites par les chutes d'eau (C. 57).

Enfin y si nous voulions entrer dans le détail des observations

locales, nous rencontrerions à chaque pas des faits qui, sans tomber dans des invraisemblances effleurant Tabsurde, restent inexplicables par rhypothèse des courants d'eau.

Au reste, les objections que nous venons.de présenter doivent suffire pour démontrer le peu de fondement de Thypothése que nous avons cherché à combattre. Nous sommes même convaincu que son insuffisance sera reconnue par quiconque l'examinera avec un esprit impartial, dégagé de préjugés et capable d'abandonner des opinions avec lesquelles il s'est familiarisé plutôt par habitude que par réflexion.

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