‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 18 sur 216 · C. 65. EmplMlona gaaeuMe. C. 66. Objections · texte numérisé non relu

C. 65. EmplMlona gaaeuMe. C. 66. Objections

OBJECTIONS AUX COURANTS D'EAU. 5i

C. 67. Courants d'e»u« Voy. G. 76. Objections. G. 68. Retraite «uMte de l*aeéan. G. 69. Objections. C. 70. ApparltleM du granit dans les Alpes. G. 71. Objections.

G. 72. Rupture des laee. C. 73. Objections. C. 74. Fonte des glaeiers. C. 75. Objections. C. 77. nrappe de glaee. G. 78. Objections.

Objeetiona m toute Itypotlièae admettant des eouranta

d'eau*

G. 76. Nous venons de faire connaître les diverses hypothèses qui '««w^^»*^»admettent des courants. Nous ne les avons examinées successivement que sous le rapport de la cause à laquelle chacune attribue la masse d'eau dont elle a besoin. Maintenant nous allons faire voir qu'il n'y a pas une hypothèse basée sur des courants d'eau , quelle que soit la cause de l'origine de ceux-ci, qui puisse expliquer d'une manière satisfaisante le phénomène qui nous occupe.

Les défenseurs des courants allèguent toujours en faveur de leur. ^^^^^ opinion les effets de Vinondation de la vaUée de Bagnes en i8i8. Ils ç^^i^^ «n isis. citent les blocs de granit * qui se trouvent dans une localité appelée la Contamine y sur le bord gauche de la Drance^ à 1 kilomètre en amont du bourg de Mariigny, et que l'on a cru avoir été tous ame* nés par la débâcle. Mais il n'y a que cinq de ces blocs qui aient été charriés par l'eau , et cela seulement dans un trajet d'environ 600 mètres. Ils se trouvaient , avant la débâcle, sur le bord du torrent au-dessous du village de Brocard , précisément à l'endroit où son lit, encaissé par des rochers , est le plus étroit et où par conséquent le courant avait le plus de force. L'immense quantité de bois que la débâcle poussait devant elle* dut singulièrement favoriser le

* c. Le plus gros de ces blocs, qui avait 342 mètres cubes, n'existe plus. On l'a déjà détruit en le convertissant en pierres de taille pour des constructions.

*C. Le dôbAcle emporta un nombre prodigieux de cbalets, de granges et de maisons (tout le village de Champsec) , toutes construites en bois. Elle déracina et entraîna aussi une grande quantité de gros arbres. Cette masse de bois fut encore augmentée considérablement par les arbres et les fascines dont les habitants de la vallée s'étaient servis pour élever le long de la Drance de fortes digues , espérant , par ce moyen , mettre leurs

transport de ces blocs qui, probablement sans cette circonstanre , n'auraient pas été déplacés. Nous devons encore faire observer que les gros débris se sont arrêtés à l'instant où le lit a commencé à s'élargir ; d'ailleurs le transport de ces matériaux n'a eu lieu qu'au fond du courant, et en aucune manière dans sa partie supérieure ni vers les bords , car aucun gros bloc n'a été trouvé à quelque éloignement du lit ou cours ordinaire du torrent.

Bien plus , dans les rues du bourg de Martigny situé à environ 3 métrés au-dessus de ce même lit et à 3 kilomètres en aval de la Contamine, le courant avait 3 mètres de profondeur et assez de force pour emporter nombre de maisons et de granges. Néanmoins il n'y amena que du kmon fin et point de gros débris , pas même du sable , quoique la localité où la débâcle venait de déposer des blocs de plusieurs mètres cubes ne fût que peu éloignée.

La même chose eut lieu dans la ville de Martigny, située à 1 kilomètre au-dessous du bourg. L'eau atteignit dans les rues S^j^b de hauteur, et le dépôt qu'elle y laissa n'était non plus qu'une masse considérable de limon très-fin.

Ces faits , que l'on peut encore vérifier aujourd'hui , prouvent que les courants ne charrient de gros débris qu'au fond de leur lit et nullement à la surface. On ne saurait donc concevoir comment une débâcle quelconque aurait pu déposer sur la montagne de Plan-y^Beufy dans la vallée de Ferret, à 876 mètres au-dessus du sol de la vallée , des blocs de plus de 3400 mètres cubes ; et notez bien que cette vallée prend naissance au faite des Alpes et qu'elle n'a que 20 kilomètres de longueur.

La débâcle de Bagnes y si souvent citée en faveur de l'hypothèse des courants, nous démontre encore qu'une masse d'eau en mouvement dépose les gros matériaux qu'elle charrie dès que son cours s'élargit. Ainsi, ayant une fois atteint la Basse-Suisse, le prétendu grand courant diluvien du Valais aurait dû déposer tout de suite les gros débris qu'il amenait , et non pas leur faire traverser toute

propriétés à rabri de rinondation. Mais aucune de ces constructions ne put résister à la force de Teau. Elles furent toutes enlevées , et loin de diminuer le mal , elles ne firent que l'aggraver, en augmentant de beaucoup la masse déjà énorme de bois que l'eau poussait devant elle et à laquelle rien ne put résister.

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cette plaine pour les pousser sur le flanc du Jura jusqu'à une hauteur de plus de iOOO mètres.

Nous avons dit (C. 40) qu'un des caractères qui distinguent les débris erratiques des débris du terrain diluvien , consiste dans l'ab* sence complète d'un triage des fragments selon leur volume. Pour éluder cette difficullé, l'hypothèse prétend que la débâcle a été tellement prompte et a eu une si grande vitesse, que les matériaux qu'elle transportait n'auraient pas eu le temps d'obéir à la gravité et de se séparer suivant leurs volumes. Mais cette supposition ne peut pas être admise. On conçoit bien que différentes causes puissent produire subitement un énorme courant d'eau ; mais l'ima^ gination n'en voit aucune qui puisse le faire cesser tout à coup. Une débâcle peut se terminer promptement , mais jamais instantanément. C'est au moment où le courant se met à diminuer, que le triage dont nous parlons, commence à s'opérer. Nous avons déjà remarqué ce fait non-seulement lors de la débâcle de Bagnes , mais dans toutes les autres grandes inondations dont nous avons été témoin.

Ainsi, dans le cas spécial qui nous occupe, le courant diluvien du Valais , que l'on suppose avoir atteint le flanc du Jura avec une force capable de transporter des blocs de plusieurs milliers de mètres cubes , aurait dû déposer les plus gros blocs à l'instant où sa vitesse se serait ralentie ; avançant toujours , il aurait continué à charrier et à déposer plus loin les débris d'un volume de plus en plus petit, à mesure que sa vitesse et par conséquent sa force seraient allées en diminuant. De cette manière le terrain erratique ne devrait présenter sur sa limite que de menus débris ; mais on sait qu'il n'en est point ainsi , et qu'il se trouve sur cette limite d'aussi gros blocs que partout ailleurs.

Pour appuyer l'hypothèse des courants , on a toujours cité la cir* constance que, sur le flanc du Jura^ la plus grande accumulation de fragments erratiques se rencontre précisément en face de l'entrée de la vallée du Rhône. Le fait est parfaitement vrai. Mais nous ne croyons pas que l'on puisse en tirer un argument en faveur de cette hypothèse. Bien au contraire, il fournit plutôt une forte objection contre le transport des débris erratiques par une débâcle.

Lorsqu'un courant charrie des matériaux et qu'il vient frapper à

angle droit contre une digue , ce n'est certainement pas sur la place frappée que se formera le plus grand dépôt, mais à quelque distance à droite et à gauche de cette place, là où le courant a perdu sa force. Par conséquent, si la dispersion des débris erratiques avait été opérée par des courants , la plus grande accumulation de ces débris sur le Jura ne devrait pas se trouver précisément visà-vis de la vallée du Rhône , sur le flanc du Chasseron , mais à droite et à gauche de cette localité. Cependant on sait qu'il n'en est pas ainsi.

Les défenseurs des courants leur attribuent une vitesse suffisamment grande pour que les blocs qu'ils auraient amenés fussent arrivés au Jura sans toucher terre , et par conséquent sans frottement notable qui eût pu user leur surface et arrondir leurs parties saillantes.

Les uns portent cette vitesse à 175 pieds (56i°,83) par seconde, d'autres à 354 pieds (115 mètres). D'après la quantité considérable de ces débris et le volume prodigieux d'un grand nombre d'entre eux, on pourrait s'attendre à trouver sur la portion du flanc du Jura qui fait face à la vallée du Rhône les traces qu'aurait dû laisser le choc de tant d'énormes blocs projetés avec une si grande vitesse, traces que le temps n'aurait certainement pas pu effacer. On devrait s'attendre encore à n'y trouver que de menus débris , parce que les gros blocs, arrivant avec une si grande rapidité et frappant avec tant de force contre les roches du Jura auraient dû être pulvérisés. Mais rien de pareil ne s'y observe ^ Les rochers du flanc du Chasseron qui, se trouvant vis-à-vis de la vallée du Rhône, auraient reçu tous ces chocs violents, n'offrent cependant pas de marques de dégradation plus prononcées que des rochers des autres parties du Jura; et quant aux blocs mêmes, ils ne présentent non plus rien de particulier, car il s'en trouve d'aussi grands et d'aussi petits que dans les autres contrées où l'on remarque le terrain erratique.

Pour rendre compte du fait que les blocs de granit et de gneiss sont aujourd'hui plus communs sur le Jura que dans la plaine de la Basse-Suisse, accident expliqué au § C. 52 , l'hypothèse que nous

* D. A. Ces blocs an^eux ou écornés, arrondis, polis, striés, rayés ou burinés reposent sur les surfaces du sol et ne Font nullement entamé (voy. G. 51. Pogition ringulière de phuieun blocs ttratiques).

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combattons suppose que les fragments de ces espèces de roches auraient occupé de préférence la surface du courant, si je puis m'expliquer ainsi. Elle trouve la cause par laquelle ces blocs ont pu arriver à cette partie supérieure du courant , dans l'élévation des montagnes de granit et de gneiss , qui , en effet , sont généralement plus hautes que les montagnes formées par d'autres espèces de roches. Pour les maintenir à la surface , elle suppose le courant si épais et si chargé de débris que ces blocs ne pouvaient pas s'y enfoncer.

cMaîs, demande M. Studcr (Monographie de la molasse y € p. 309), la consistance épaisse et boueuse de ces courants , que cl'on admet pour diminuer l'efifet de la gravité des blocs de grac nity comment peut-elle s'accorder avec leur énorme vitesse horiczontale?» (354 pieds [115 mètres] par seconde, d'après M. de Bueiiy et 175 pieds [56in,8] , d'après feu m. Esclier de la Untii père).

Nous devons relever une erreur partagée par beaucoup de personnes , erreur qui consiste dans l'opinion que de gros blocs de roche peuvent se maintenir sans s'enfoncer sur des courants boueux, et flotter en quelque sorte à leur surface. Cette erreur est due uniquement à une simple illusion. Nous avons été plusieurs fois témoin de grandes coulées de boue, chaînées de beaucoup de débris ^ Dans ces occasions , nous avons vu des blocs de plus de S mètres cubes se maintenir complètement sur la surface du courant. Au premier abord on aurait dit que ces blocs flottaient réellement ; mais en les examinant de près, on ne tarda pas à reconnaître qu'ils ne flottaient pas du tout, mais qu'ils étaient tous supportés par d'autres débris sur lesquels, poussés par le courant, ils cheminaient comme sur des rouleaux. En effet, dès que cet appui venait à leur manquer, ils s'enfonçaient instantanément.

Dans l'hypothèse qui nous occupe, il faudrait admettre , ou qu'avant l'arrivée des éboulements de granit et de gneiss la débâcle aurait déjà acquis une vitesse assez grande pour empêcher ces blocs d'aller au fond , ou bien qu'avant d'être atteint par ces éboulements ,

* C. Les plus grandes coulées de boue et de débris que j'aie eu occasion d'observer, sont celles qui eurent lieu en août et septembre 1835 par suite des éboulements de rochers et de glace sarvenus successivement près de la sommité de la Dent-du-Midi.

le coarant aurait déjà été tellement chargé de débris qae ces blocs de granit n'auraient pu s'y enfoncer. Mais comme les débris erratiques se trouvent à deux mille et quelques cents pieds (700 mètres et plus) d'élévation sur les flancs des montagnes , il aurait fallu que la vallée du Rhône et toutes ses vallées latérales eussent été occupées par un courant de deux mille et quelques cents pieds de profondeur, ayant , en nombre d'endroits , de 3/4 à 1 i/2 lieue de largeur. Ce courant aurait dû être doué ou d'une vitesse assez grande pour contrebalancer l'effet de la gravité des blocs , ou d'une consistance assez épaisse pour empêcher ces énormes blocs de s'enfoncer et d'aller au fond. Il faudrait même , pour satisfaire à l'exigence des faits, qu'il eût en déjà au fond des vallées, presque au faite même des Alpes, cette énorme vitesse ou cette consistance extraordinaire.

Cette dernière supposition réclame une masse de matériaux qui , lorsqu'on y réfléchit, effraie l'imagination. C'est donc avec raison que mu Mv4er demande : c Qu'est devenu le reste des débris qui c auraient rempli nos vallées jusqu'à une grande hauteur, et dont « ces blocs n'auraient formé que la plus petite portion ? Le déblaiec ment de ces matériaux par des courants arrivés postérieurement , c suppose des révolutions tout aussi formidables que la première € débâcle elle-même , et les gros blocs exposés à un frottement conc tinuel n'auraient pu conserver leurs arêtes.»

Soit qu'on admette de l'eau peu chaînée, mais clouée d'une vitesse extraordinaire, soit qu'on lui attribue une consistance épaisse et par conséquent un mouvement moins rapide, l'hypothèse reste également insuffisante pour expliquer le transport des fragments erratiques. En effet , si une pareille débâcle avait eu lieu , elle n'aurait pu transporter que fort peu de débris dans la Basse- Suisse et sur le Jura ; car, à son débouché dans le bassin du lac , elle aurait rencontré une barrière qu'elle n'aurait pu franchir avec tous les matériaux qu'elle amenait. Cette barrière est le plateau du Jorat. Sa partie la plus élevée, le Pèlerin , est, d'après les mesures barométriques de M, Baup, à SlS^i pieds (699>»,7) au-dessus du lac, et à peu près en face de la vallée du Rhône. Ce petit système de montagnes se trouve donc précisément dans la direction que le courant aurait dû suivre. Par conséquent les débris suspendus et

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