CAVITÉS CIRCULAIRES
Serait-ce donc une iadication d'inondations extraordinaires , et doit-on admettre que , si les eaux ont touché , comme cela parait évident ^ les rochers et les coteaux bordant le bassin de la Meuse, près de Saint-Mihicl , la vallée a été autrefois envahie par un courant diluvien ? Je ne le pense pas.
Un courant aurait pu corroder les couches les moins résistantes de ces rochers et y tracer des sillons inclinés comme ces couches elles-mêmes ; mais il aurait entraîné et détruit les amas de sables appliqués sur les flancs des coteaux et dont on voit des exemples à l'amont , avant et après Commercy ; de plus il aurait rejeté dans la vallée les galets et les argiles des plateaux.
H. 39. Les cavités circulaires creusées sur les faces verticales ac- ^««*« «reukire. cusent un travail plus ou moms prolonge de galets mis en mouve- ^ j„ ^^^ ^ ^„ ment par les eaux , et toujours les trous forés dans le rochers sub- mouTement par lei mergés sont ouverts de haut en bas , verticalement ou suivant diverses inclinaisons ; tandis que les érosions latérales ne s'observent que sur des massifs anciennement et actuellement touchés par des glaciers , comme celles de la vallée de Hasle, de Meyringen au glacier de TAar, offrant à la fois des stries glaciaires y des karren et des trous circulaires de la plus parfaite conservation.
On comprend que sur une paroi verticale touchée et pressée par le glacier, un courant chargé de galets puisse produire ces perforalions ; que des galets mis en mouvement par un filet d'eau, tombant contre cette paroi en suivant une cavité ouverte dans la glace , ne puissent être entraînés et soient continuellement maintenus ou remplacés pendant un certain temps ; et que les déviations latérales de l'eau , coulant à la surface des glaciers ou dans les crevasses , laissent des traces de leur passage et de leur action sur les parois vers lesquelles elles sont projetées.
Mais dans un courant, dans un fleuve , des galets charriés suivant une même direction et parallèlement à la pente de la vallée , ne s'arrêtent pas ou ne restent pas suspendus aux flancs des rochers escarpés pour les corroder plus ou moins profondément et pour y produire des érosions latérales.
Les trous circulaires de Saint-Mihiel offrent donc les caractères des cavités résultant de l'action des eaux , de petits courants séparés , dirigés et maintenus dans des canaux débouchant contre les
638 MORAINE PROFONDE DU GLACIER DE l'âAR.
parois des rochers, et non d'un cours d'eau puissant qui, agis^o' en toute liberté, aurait laissé des traces différentes de son passage: et il faut encore reconnaître ici le concours de l'action glaciaire, ei admettre qu'au moment où ces perforations ont eu lieu , ces rocber^ étaient enveloppés par la glace qui transportait dans la Meuse ie^ galets vosgiens.
Aussi , d'après les motifs que je viens de rappeler et d'expostr sommairement, je rapporterai aux formations erratiques les défxju de matériaux provenant des Vosges que l'on rencontre dans ia Meurlbe, dans la Meuse et dans les Ardennes. Je considérenû comme des karren de l'époque glaciaire les cavités qu'offrent les rochers de Saint-Mihiel, de Rebeuville, et ceux qui s'élèvent, sur dÏTerî points, au-dessus du niveau des plus hautes eaux de la Meuse.
H. 40. En suivant le cours de celte vallée, on rencontre des dépôts analogues à ceux que les glaciers ont formés dans les régiooi où leur existence, à une époque reculée, ne saurait plus être révoquée en doute ; on y constate en même temps des traces évidentes, irrécusables de l'action des eaux. L'observation consciencieuse des faits conduit à l'appréciation rigoureuse des limites dans lesqnellei l'eau et la glace ont séparément ou simultanément concouni i la production des terrains superficiels, des caractères propres aui alluvions et aux terrains erratiques ; mais elle conduit aussi à faire voir que ces deux causes, réduites même à leur puissance actudle, ont pu suffire pour produire à une autre époque les effets que je viens de noter, et sans qu'il soit besoin , pour les expliquer, de les attribuer à ces inondations extraordinaires, dont les traces ne se retrouvent nulle part.
5 novembre 1851. H« Hogard.