‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 194 sur 216 · MOBAINE PROFONDE DU GLACIER DE L*AAR · texte numérisé non relu

MOBAINE PROFONDE DU GLACIER DE L*AAR

mis en mesure de les rechercher, et je vais consigner dans celle note les résultats principaux de mes investigations.

On a fait un premier progrès au moment où Ton a cessé decroin à la disparition subite des anciens glaciers, et à la production de courants boueux et puissants à Tépoque de leur retraite , qui , sans nul doute , s'est effectuée progressivement et avec une grande lenteur. Les moraines frontales , restées debout à l'issue des grandes vallées et à des distances considérables des glaciers actuels, en fournissent une preuve évidente ; on n'a donc plus à discuter la valeur de cette première hypothèse.

Mais, avant le moment où la plus grande partie de la terre a été enveloppée d'un manteau de glace, s'il est vrai que des courants diluviens ont parcouru les vallées, comme on l'assure, il serait fort intéressant de rechercher et de faire connaître les causes mysiérieuses de ces inondations extraordinaires.

Si l'on admet que le comblement de la partie inférieure de la vallée de l'Aar soit un de ces dépôts diluviens , on devra admetire en même temps que toutes ces accumulations de galets, jusqn'aui limites les plus élevées du bassin, appartiennent à la même formation. Il le faudra , puisque la nappe est identiquement disposée ou composée sur tous les points où on peut l'observer. Le glacier reposerait donc sur un terrain diluvien.

Les courants deau Cependant Ics faits ne semblent pas confirmer celte hypothèse,

effacent les stries gla- . . i i n i • • *

et en effet on sait que les rochers a surfaces polies et stnees eiposées à l'action des courants, et surtout des courants chargés de sables et de galets, perdent promptement leurs stries, et qu'ils se recouvrent de sillons irréguliers, de cavités circulaires etc.; or on voit près du pont de l'Aar-Boden, sur la rive gauche^ un rocher dont la surface offre l'empreinte irrécusable du poli et des strie? glaciaires. Cette surface est inclinée vers l'amont, plonge sow li iiappe des sables et des galets au point même où cette nappe va cesser, un peu à l'amont de la gorge qui sépare le cirque du Grimsel dt celui de l'Aar-Boden (pi. 5, fig. 1) *.

*D. A. Je repète, on ne saurait assez le dire, que les courants d*ean ehaffcs û sables et de {galets ne strient pas les roches, ils effacent les surfaces striées on ra^*^ par les glaciers. La surface de granit polie et striée, mentionnée par Taim Msffv'* et qui se trouve sur la rive gauche de l'Aar, en amont du pont de rAar-Bodco , crf observée par nous toutes les années. Les surfaces striées ne se voieot qu*à U iuit*:^ qui est préservée dés atteintes du torrent.

cjaires.

MORAINE PROFONDE DU GLACIER DE L'aAR. 643

La vallée est fort rélrécie en cet endroit ; le canal par lequel les eaux s'écoulent n'a pas plus de 10 à 12 mètres de largeur ; ses bords sont taillés verticalement dans des rochers offrant une sorte de clivage suivant des plans verticaux et parallèles à la direction du cours d'eau ; et l'on voit, à en juger par les débris récemment détachés, que la section du Ut de l'Aar s'est successivement élargie ; mais pour éviter de compliquer les difficultés , on peut admettre qu'à l'époque diluvienne cette section était à peu près ce qu'elle est aujourd'hui.

C'est par cette coupure que le courant a dû successivement passer, en entraînant tous les matériaux entassés dans les cirques inférieurs; sa vitesse devait être très-grande dans cet étranglement subit , et si l'on tient compte de l'immense quantité et du volume des débris charriés, on doit estimer que sa force devait être considérable.

Les rochers situés à la tête de ce premier canal , exposés à l'action directe d'un torrent animé d'une grande vitesse et chaîné de matériaux , devraient présenter des traces visibles d'érosions , d'autant plus profondes que la cause du transport a eu certainement une longue durée.

Et cependant , non-seulement ces traces de l'action des eaux n'existent pas, mais on retrouve, en fouillant la nappe de galets sous laquelle plonge la surface du rocher, le poli et les stries glaciaires^.

De plus on voit au niveau actuel des eaux de l'Âar des rochers anguleux ou à peine corrodés et des masses moutonnées et polies par le glacier à droite et à gauche du canal , et dont la présence ne permet pas d'admettre à une époque quelconque un courant sensiblement plus fort et plus violent que le torrent actuel.

L'existence d'une surface striée sous la nappe de galets prouve évidemment que la formation du comblement n'a pas précédé l'époque glaciaire; et la conservation des stries n'indique pas moins clairement que , postérieurement, il n'y a pas eu de débâcles diluviennes, et qu'enûn le polissage des rochers , le transport et le dépôt des galets ont eu lieu instantanément et sous l'influence d'une

* D. A. En fouillant la nappe des matériaux dans des emplacements où ils n'ont pas 6tc déposés ni remaniés par les eaux.

644 MORAINE PROFONDE DU GLACIER DE l'aAR.

cause unique , sur la nature de laquelle les stries ne permettent pa< le moindre doute*.

La surface de la nappe du cirque supérieur de la vallée serait donc d'origine erratique y une moraine profonde; mais on poomil m'objecter encore que, sous cette première couche superGcielle, on doit rencontrer le comblement diluvien formé en premier lieu.

En prenant note de cette première concession, on devra conclun: que les glaciers se sont avancés jusqu'aux moraines frontales les plus éloignées des montagnes, jusqu'aux rochers striés de Soleure, au moins pour le bassin de l'Aar'; et qu'au delà de cette limite arbitrairement fixée on ne doit plus trouver que des dépôts diluviens.

Mais, je l'ai déjà dit, leâ moraines profondes admises ne difierent en aucune façon des moraines profondes contestées ; le comblement dans toutes les parties du bassin et jusque dans la vallée du Rhin, au-dessous de Bâie, offre les mêmes caractères, et surtout une distribution régulière des matériaux dont il se compose, et il devient impossible de déterminer une limite séparative entre le terrain erratique et le terrain réputé diluvien , et c'est précisément pour a motif que j'ai réuni et compris sous la même dénomination toutes les parties absolument semblables des comblements.

Si l'on examine ensuite les coupes pratiquées dans les dépôts inférieurs des vallées , et que l'on cherche à reconnaître deux étages d'origine différente , superposés et offrant des caractères tranchés , on ne parvient pas à un résultat plus satisfaisant ; nulle part on n'aperçoit de séparation, et on est forcé de reconnaître que le comblement, constitué par des accumulations successives, forme une seule et même masse ^ dans toutes les parties de laquelle on retrouve indistinctement les mêmes dispositions , les traces évidentes d'une seule et même cause.

coiiciu«ioai. H. 43. Les conclusions naturelles de ces observations sont celles-ci :

La surface du comblement à l'amont et à L'aval des moraines frontales anciennes les plus avancées étant identique, et oOranI les mêmes caractères, appartient à un même ordre de dépôts ;

* D. A. Citation très-importante , que chacun peut vérifier.

*D. A. Avancé à une certaine époque, qui n'était nullement le maximum de Icir extension.

Page 1