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ACTIONS DES COURANTS D'EAU

Si l'on voyait dans le comblement du bassin dominant San-Giacomo un dépôt diluvien , il faudrait dire qu'il est antérieur à l'envahissement de la vallée par le glacier du Bernardin , ou bien qu'il s'est formé pendant que ce glacier occupait les hauteurs voisines et plaçait ses moraines hors des atteintes du cours d'eau.

Dans tous les cas, un torrent débitant assez d'eau pour inonder le bassin, et pour charrier et régler dans toutes ses parties, au milieu et sur les rives , les matériaux transportés , devait tomber avec impétuosité, conserver pendant quelque temps une certaine énergie, puis ralentir graduellement sa marche sur une pente presque nulle et dans un passage subitement et considérablement élai^i; conditions entièrement défavorables à la formation d'une nappe régulière composée indistinctement , dans toutes ses parties , de matériaux parmi lesquels aucun triage ne s'est opéré.

H. 63. Les torrents latéraujt, agissant en même temps, n'auraient- acuod ils pas mêlé leurs alluvions à celles de la Maesa et contribué à introduire dans le comblement de nouvelles imperfections et des mélanges dont il est entièrement dépourvu, sa masse ne renfermant que des matériaux provenant des massifs d'amont, tandis que les cônes latéraux étant exclusivement formés de déjections locales reposant sur la nappe , il y a séparation parfaitement tranchée entre ces divers dépôts? — La superposition des cônes sur le comblement, démontrant que l'action des cours d'eau secondaire n'a commencé à se produire et n'a pu s'étendre jusqu'à la surface de la nappe qu'après l'achèvement complet de celle-ci, on voit que, pendant tout le temps nécessaire pour l'accomplissement du transport de la masse centrale et principale , toutes les causes secondaires étaient sinon suspendues, du moins renfermées dans les limites au delà desquelles elles se sont ultérieurement exercées et qu'elles continuent à franchir aujourd'hui.

J'ai eu souvent occasion d'observer , dans de petits bassins , de quelle manière les alluvions se distribuent à la suite d'une chute d'eau tombant sur un plan légèrement incliné, et dans ces circonstances j'ai toujours remarqué des dispositions qu'on ne saurait comparer à celles du comblement dont il est question en ce moment.

Aeuon de l'eâu. Ufl cRDal d'uue faiblc section, brusquement interrompo , ayant dans !•• YM^e»" prè. ^^^ chuto d'enviFon 2 mètres de hauteur et un débit de quelques d'Épioai. centaines de litres d'eau par seconde , a été récemment constmit pour assurer l'irrigation d'une partie de la nappe de galets de la Moselle, près. d'Épinal. L'eau , en tombant sur cette nappe, a creusé une cavité, un petit bassin circulaire, et a exécuté un déblai doot les matériaux ont été éparpillés à l'aval sous formes de bourrelets , de zones concentriques diminuant graduellement de hauteur à mesure qu'ils s'éloignent du centre du bassin. A partir du premier bourrelet formé des cailloux les plus gros, Içs zones circulaires offrent successivement des matériaux moins volumineux, des menos graviers purs ou mélangés de sables, enfin du sable pur. El ïon remarque en outre , suivant la direction du courant qui se rétablit à la suite de la chute, que dans chaque bourrelet les matériaux les plus lourds occupent l'espace correspondant à la veine fluide.

Les eaux entraînant de temps à autre de l'amont des sables et des galets qu'elles rejettent dans le bassin, et le débit n'ayant rien de constant , l'arrangement des déjections et leur mélange éproa?e des variations fréquentes , mais que le nombre des bourrelets augmente ou diminue, que ces bourrelets s'élèvent davantage ou qu'ils s'abaissent ; ils sont cependant toujours disposés dans le méffle ordre, l'action de l'eau, quelle que soit son énergie ou sa faiblesse, ne produisant jamais des effets différents, les formes des zones et le classement des matériaux offrent invariablement les mêmes caractères.

Cet exemple peut donner une idée des effets produits dans le cas où la Maesa, énormément grossie , aurait exécuté ou réglé le comblement du bassin qu'elle traverse à l'amont de San-Giacomo : elle y aurait introduit les dispositions que représente le croquis (pi. 18, fig. 3) ; dans le même temps les déjections latérales se seraient mêlées au comblement principal , et l'on ne verrait pas aujourd'hui une nappe d'une régularité parfaite, un plan sur la surface duquel les torrents ont étalé leurs cônes , comme pour démontrer une fois de plus les différences essentielles qui existent entre les comblements alluviens et erratiques dont on a ici deux exemples frappants. Moninei profondes. H. 64. On cousidèrc généralement encore les moraines profondes

comme des comblements exécutés par les eaux dans des lacs suc-

LAC DE LUNGERN. 683

cessifs y occupant autrefois les divers étages des vallées et desséchés aujourd'hui. J'ai déjà fait remarquer combien ces atterrissements produits dans les lacs aux embouchures des cours d'eau .diffèrent des nappes régulières dont il est question , et cependant il ne sera peut-être pas inutile d'ajouter quelques faits à l'appui de mes précédentes observations à cet égard.

En 4836, les habitants de Lungern (canton d'Unterwald) , ayant ^ àeLungen. ouvert un canal d'écoulement souterrain dans les rochers qui forment la digue de leur lac , et à la suite de cette opération le niveau des eaux de ce lac qui occupait tout le fond de la vallée s'étant abaissé d'environ 30 mètres * , le tiers supérieur du bassin s'est trouvé desséché. Le terrain mis à découvert est une nappe de comblement parfaitement dressée suivant une ligne de pente très-faible, plongeant sous les eaux et que l'on retrouve aux pieds des escarpements du Brûntg et des rochers formant un promontoire vers le haut du bassin (pL 16).

Cette nappe, comme celle de San-Giacomo, se terminant brusquement contrôles parois abruptes du cirque vers le Briînig, n'offre nullement de ce côté l'aspect d'une déjection torrentielle, tandis que le torrent qui coule dans la vallée partant des flancs du Wylerhom et débouchant dans le bassin , vers la gauche , a exécuté un énorme remblai, l'ancien delta du lac,-preuve évidente du concours des eaux dans le comblement partiel de ce lac.

Une section du village est bâtie sur cette déjection, tandis que le groupe principal des habitations est établi à droite sur un immense cône , dont la base ainsi que les flancs ont été attaqués et coupés par l'action des cours d'eau périodiques qui se jettent dans ce lac. — Ces diverses parties du comblement sont formées de matériaux offrant des traces de frottements, de sables et de galets anguleux ou arrondis, bruts ou polis, que l'on distingue parfaitement des fragments de roches arrachés aux flancs du Wylerhom et charriés par le torrent, mêlés aux débris des déjections anciennes qui n'ont subi que quelques chocs insuffisants pour leur donner un poli même imparfait.

Le terrain étant mis à découvert aujourd'hui, on peut vérifier et constater facilement les caractères de chacun des dépôts , leurs re-

' cil. nuiHUM. Bulletin de la Société géologique de France, t. Xm, 1841-1843.

lationSy leurs superpositions, et distinguer la nappe inférieure, 1rs allnvions des cours d'eau et les remaniements anciens ou récents qu'ils ont opérés dans les accumulations erratiques. — Ainsi oo Toît la moraine profonde provenant de la vallée de l'Aar, composée d-^ matériaux disséminés sans ordre dans toute sa masse et sur sa surface dressée et unie , savoir :

A l'amont un cône de déjection ancien C, composé principalemeot de matériaux erratiques, et contre lequel un cône moins puissant et plus incliné B vient se jeter; à droite le cône du village principal B* : déjections reposant toutes sur la nappe profonde A A A.

La moraine profonde est antérieure aux accumulations diluviennes, puisqu'elle en est recouverte. Le delta principal se compose des deux cônes d'amont dont nous avons parlé , qui n'on! commencé à se former qu'au moment où la nappe a été entièrement mise à découvert et s'est trouvée dégagée de la masse de glace sous l'influence de laquelle elle a acquis la régularité qu'elle offine encore dans toutes ses parties conservées.

Le grand cône d'amont et la faiblesse du torrent actuel prouvent que le glacier franchissant le Brûnig et descendant dans le cirque du Wylerhorn a fourni une grande quantité de matériaux façonnés que le cours d'eau n'a pas amenés de loin , et qu'il a accumulés sur k front et à peu de distance de la tranche terminale de la dernière portion du glacier ; puis, lorsque la totalité des glaces eut disparu, le torrent ne rencontrant plus les éléments de la moraine frontale pour continuer l'exhaussement du cône , a entamé ce dépôt et s^est creusé un lit qu'il n'a franchi à aucune époque, pour former ensuite, soit avec les déblais enlevés dans la coupure où il fixait son cour? , soit avec les matériaux arrachés aux escarpements du Wylerhorn , un delta plus récent, moins incliné 0, débordant les deux cônes et s'étalant comme eux sur la surface de la moraine profonde et son> les eaux du lac.

Les cônes que l'on voit sur la rive gauche , ainsi que ceux que le promontoire formé par des rochers à l'aval du village ne perroel pas d'apercevoir, et celui sur lequel Lungern est bâti se sont fo^nt'^^ aux dépens des moraines latérales ; leur puissance indique bien plus l'importance de ces moraines que celle des cours d'eau , qui nV>nt pu agir que successivement et à mesure de la retraite du glacier.

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