LAG DE SARNEN £T LAC DE LUNGERN
La moraine profonde du bassin de Lungern marque remplacement de la dernière section du glacier; elle se prolonge jusqu'au lac des Quatre-Cantons , et toujours dans les mêmes conditions. Ainsi quand on franchit le barrage du KaiserstubI , on la retrouve aux pieds des rochers escarpés fermant à l'amont le bassin de Sarnen: sur la gauche , deux immenses cônes , boisés en partie, s'étalent sur le comblement inférieur (pi. 17, iig. 3); la nappe n'éprouve aucune inflexion, soit à l'amont, soit à l'aval du village de Giswyl ; bâti sur un mamelon qui se relève brusquement au-dessus de sa surface unie. Au-dessous de ce village un cône de déjection en activité , et sur lequel cependant on voit déjà quelques arbres, s'avance de plus en plus ; et , comme toujours , les dépôts alluviens sont nettement séparés du comblement glaciaire.
La coupe (fig. 3) de la même planche indique les relations des lacs de Sarnen et de Lungern, et la marche qu'aurait suivie un courant diluvien, sortant de ce dernier, pour se jeter dans le bassin inférieur au-dessous du Kaiserstuhl ; la différence de niveau entre les deux lacs étant de 187 mètres, et du sommet des rochers A au point B d'environ 220 mètres, on devrait trouver au pied de cette chute des affouillements et des déjections proportionnés à la puissance du toraent supposé ; et cependant on ne rencontre pas autre chose qu'un plan très-peu incliné , qui vient se terminer brusquement contre les parois escarpées des rochers; et cette nappe se retrouve au-dessous de Sarnen jusqu'au lac des Quatre-Cantons : on la voit dans tout le bassin de Stanz (pi. 17, fig. 1), aux pieds de la chaîne du Pilate et des proéminences bordant le lac, entre Lucerne et Winckel, quels que soient les obstacles, les relèvements des proéminences transversales, les enfoncements du sol submergé, el constamment inférieure aux déjections aUuviennes.
Les dépôts de matériaux transportés dans le fond des vallées offrant des caractères tellement tranchés et opposés ne sont donc pas produits sous l'influence d'une seule et même cause, et la superposition des cônes sur les nappes prouve que les eaux n'ont commencé à agir et à opérer des transports qu'à partir du moment où les montagnes et les vallées se sont dépouillées de leur manteau de glaces.
Ce que l'on voit dans la vallée du Rhin n'est donc pas une dispo*
Lac de Sinien et lac de LuDgcrn.
^ition exceptionnelle propre à ce bassin exclusivement. Les mêmes faits y les mêmes relations s'observent dans toutes les vallées des contrées envahies autrefois par les glaciers ; les croquis joints à ce mémoire le démontreront, je l'espère , beaucoup mieux que les titations et les considérations que je viens de présenter et que je crois inutile de multiplier ou d'étendre davantage ; le point essentid qu'il s'agissait d'établir^ doit être maintenant un fait évident; la moraine profonde n'oflFre, dans aucun cas, les caractères des dépCu de transports dus à l'action des eaux : elle résulte d'une tout aoin cause, et ces dépôts n'étant jamais inférieurs ou intercalés, sont nécessairement plus récents que la nappe qu'ils recouvrent ; raeticn des eaux seules n'a donc commencé à se faire sentir qu*après Tachèvement complet des moraines ou nappes profondes de comblement; les relations constantes de ces nappes et des dépôts aliuvien? en fournissent en outre la preuve la plus formelle , et la conservtition des moraines frontales et latérales prouve qu'autrefois comme aujourd'hui cette action ne s'est fait sentir que sur des points isolés , et qu'à aucune époque , soit pendant la retraite des glaciers . soit après leur disparition, les vallées n'ont été sillonnées par d>js courants diluviens qui auraient détruit la plupart des dépôts meubles, conservés intacts jusqu'à ce moment, et produit d^immenee^ déjections qu'on ne rencontre nulle part.
Je n'insisterai donc pas plus longtemps sur la nécessité de ranger ces divers dépôts dans des groupes entièrement distincts , puisqu II n'est plus possible , si l'on veut tenir compte des faits, de conserv? le moindre doute à cet égards cependant, avant de commencer Teiamen des divers dépôts erratiques que Ton rencontre dans la \2iVr du Rhin-postérieur, je dois dire encore quelques mots de certaines dispositions remarquables de la moraine profonde , et rechercher s'il est possible de la considérer comme une ruine d'on combkment plus considérable exécuté par des courants diluviens.
On a vu que la moraine profonde conserve toute sa régularité a l'amont et à l'aval des obstacles qui se relèvent au-dessus de la surface, et nous allons la retrouver divisée en plusieurs étages , prts du confluent des deux branches principales du Rhin (pi. 9 et 10^. Terrain errauque. H. 65. Lc villagc de Bouaduz cst situé sur un plateau parlant ô<î
montagnes de la rive gauche du Rhin-postérieur et barrant presq .it
NAPPE DE BONÀDUZ. 687
entièrement la vallée. La surface de ce plateau , élevé d'environ 70 mètres au-dessus du Rhin, parfaitement dressée et horizontale , est recouverte par la moraine profonde qui se retrouve à Tamont et à l'avaly aux pieds des rochers constituant ce barrage, à 2 ou 3 mètres au-dessus du niveau du cours d'eau. Sur ce même plateau on remarque plusieurs monticules de sables et de galets évidemment superposés à la nappe et dont je parlerai plus tard.
Le défilé ouvert entre le barrage et les montagnes bordant la rive droite n'étant pas assez large pour que le glacier pût s'y loger en totalité 9 le plateau a été envahi et recouvert par la glace et par la moraine, profonde aussi bien que le fond du bassin en amont , en aval et latéralement dans la gorge ; les traces de l'action glaciaire s'observent de chaque côté beaucoup plus haut que le niveau de Bonaduz.
Le comblement sur le plateau et celui de la vallée sont absolument *'" «ombiemcm «ar
' le plateau et celai de
identiques^ et les formas des matériaux y leur arrangement^ le niveUe- 1. Tdiée «ont tbioiu. ment des surfaces font voir qu'ils font partie d'un même dépôt y et qu'ils ™"' weniiq«". résultent d'un même travail exécuté sous l'influence de la même cause ^ .
La nappe de Bonaduz est parfaitement horizontale : sa surface Nappe de Bonadas. étant à la cote 672 mètres au-dessus du niveau de la mer, et le comblement à l'entrée de la Yia-Mala près de Tusis, étant à la cote 678 mètres y la pente entre ces deux points sur 14 kilomètres est de O'n,0044.
Si cette nappe élevée de 70 mètres au-dessus du plan incliné y partant de Tusis et venant se terminer à l'amont, au pied de l'escarpement terminal du plateau , n'est pas un étage de ce plan reporté partiellement au-dessus d'un obstacle , il faudra supposer qu'il y a eu sur ce point un soulèvement partiel , ou que le comblement primitif remplissait la totalité du bassin d'amont, jusq'à la hauteur de Bonaduz.
' D. A; Les comblements sur les plateaux, les comblements dans les vallées hautes, les comblements dans les vallées basses sont absolument identiques, et les formes des matériaux, leur arrangement, le nivellement des surfaces font voir qu'ils font partie d'un même dépdt et qu'ils résultent d'un même travail exécuté sous l'influence de la même cause. Les auteurs de ces causes ^ ce sont les glaciers passés et présents. Dans les Alpes, dans les Vosges, dans la Forêt-Noire, dans le Jura, dans les Pyrénées, dans les Sierra Guadarrama, Moreiia et Nevada; en Angleterre, en Ecosse, en Irlande j'ai trouvé la confirmation de cette grande vérité fondamentale glaciaire.
Mais le cordon latéral des dépôts erratiques reliés à la nappe et aux mameloos coniques de ce plateau , n'oifrant ni interruption ni dislocation dans leur ligne de pente générale , on reconnaît immédiatement l'impossibilité de s'arrêter sérieusement à l'hypothèse de ce soulèvement local , et il ne reste à examiner que l'idée du comblement complet, morcelé ensuite par les eaux.
Pour atteindre le plateau , il faudrait que le Rhin s'élevât à 70 mètres au-dessus de son niveau actuel et qu'il fournît une quantité d'eau suffisante pour inonder tout le bassin ; admettons cependant qu'à une époque quelconque il était dans ces conditions et que , malgré son volume et sa rapidité, ce courant diluvien n'ait transporté sur le sommet du coptrefort, barrant son cours et dans tout le bassin d'amont, que des sables et des menus matériaux ; le comblement exécuté alors, et au moment de la puissance maximum des eaux, aurait donc été ensuite morcelé et détruit par un courant plus faible , et se réduisant graduellement jusqu'aux proportions qu il conseiTC aujourd'hui.
On comprend que le Rhin , passant sur un terrain aussi peu résistant, se soit creusé un canal d'écoulement suivant la pente naturelle de la vallée entrcTusis et le point où il se jette dans le Rhinantérieur. La différence du niveau entre ces deux points étant de 75 mètres, cette pente est pour 17 kilomètres, de 0™,0044 , et c'eii en même temps celle du comblement d'amont.
Mais entre Tusis et Bonaduz on rechercherait inutilement les traces de ce canal dont les berges contre le plateau devraient avoir 70 mètres de hauteur ; et nous ne voyons aujourd'hui qu'une nappe parfaitement dressée paraissant parfaitement horizontale, et qui, latéralement , marque aux pieds des flancs des montagnes bordant le bassin une ligne sensiblement de niveau , interrompue çà et là par les déjections torrentielles qui s'étalent sur la surface et forment des cônes plus ou moins puissants ; des terrasses indiquant des réductions successives dans le volume des eaux n'existent nulle part, et les érosions de la nappe profonde se remarquent exclusivement dans le lit même du Rhin , ou sur les parties du comblement qu'il a touchées à diverses époques, entre des limites parfaitement marquées et au delà desquelles il ne s'est jamais porté depuis rachèrement de cette nappe ; mais sur la nappe du plateau du Bonaduz , il
Tusi».
n'existe pas la moindre coupure longitudinale révélant le passage d'un courant à une époque quelconque , et sa parfaite conservation aussi bien que la présence des cônes sableux prouvent que le Rhin n'a jamais franchi la crête de l'escarpement qu'elle domine. Un déblai de 70 métrés de hauteur se terminant à zéro , à Tusis ,
Nappe
sur 15 kilomètres de longueur et sur une laideur moyenne de 1 kî- de comblement. lomètre, aurait fourni plus de cinq cents millions de mètres cubes de matériaux qui, transportés au delà du défilé formant goulot d'écoulement, auraient certainement constitué un cône, une déjection alluvienne dans le bassin d'aval, où l'on retrouve encore et toujours la nappe régulière , le plan incliné , sans ondulations transversales ou longitudinales et se raccordant à la nappe du Rhin antérieur (pi. 10, fig. 1).
Si cette nappe d'ailleurs n'était qu'une portion d'un comblement alluvien autrefois plus puissant, on y retrouverait les caractères indiquant l'action des eaux; mais faut-il le répéter encore, les matériaux y sont distribués sans ordre ; on n'y remarque aucunes traces d'anciens bancs de sables ou de galets imbriqués arrangés et lavés par des courants , aucune trainée de blocs plus volumineux marquant la direction de la veine fluide ; c'est une accumulation de débris entraînés lentement, successivement, composant un dépôt soumis à une forte pression, et différant, sous tous les rapports, des remblais exécutés par des cours d'eau violents ou calmes , et ayant subi dans leur régime des variations plus ou moins fréquentes.
Dans le cas d'un comblement exécuté parles eaux, des matériaux rejetés par le Rhin et par le Schein se seraient accumulés au confluent de ces deux courants au pied du promontoire terminal des montagnes de TOberhalbstein ; et l'on retrouverait à ce point une terrasse alluvienne indiquant la hauteur de l'ancien dépôt, corrodé et balayé jusqu'au niveau de la surface actuelle de la nappe dans la direction des deux cours d'eau , et se raccordant à des terrasses latérales laissées *sur les deux rives de la vallée, dispositions représentées par le croquis (pi. 10, fig. 7), et entièrement contraires à celles du terrain (6g. 6 et pi. 11, fig. 1).
Ce que l'on observe dans tous les bassins, fait voir que les profils des sections faites par un cours d'eau, dans un comblement, ne sont jamais réglés , comme l'indique la coupe (fig. 6) de la pi. 18, II. **
par terrasses successives, parallèles, mais que ces profils sont toujours irréguliers et semblables à ceux de la même planche (fig. 4 et 5).
Lorsqu'un glacier a occupé toute la laideur du bassin , les moraines latérales sont rejetées sur le flanc des montagnes (pi. 10, fig. 8) , tandis qu'elles forment des terrasses latérales bordant la nappe profonde chaque fois que la retraite s'est opérée en même temps sur le front et sur les côtés (même planche , fig. 9, pi. M et 13 etc.).
ttonmei jj gg j^^^ premières traces des moraines frontales marquant
fronUles à 1 amonl de ^ *^ *
coire (GriiOBs). les prcmicrs temps d'arrêt de l'ancien glacier du Rhin paraissent i l'amont de Coire; ce sont des cônes composés de sables et de graviers , relevés au-dessus de la nappe profonde formant la base sur laquelle ils sont établis ; leur élévation est d'environ 8 à iO mètres (pl. 19, fig. 5).
Sur la rive droite , une terrasse un peu pins élevée s'applique contre le flanc des montagnes et borde le bassin ; elle a été coopée sur plusieurs points par des cours d'eau qui ont anciennement forme avec les débris enlevés à cette terrasse des cônes de déjection cultivés aujourd'hui , et dont la base décrit une courbe de niveau à la surface de la moraine profonde sur laquelle ils s'étalent. Peidberg. X Feldberg, à droite et à gauche du Rhin, on voit deux nouveaux
cônes probablement réunis autrefois et séparés par suite d'érosions exécutées par le fleuve. L'inclinaison de leurs talus est de 35 degrés, et à la partie supérieure du cône de la rive gauche, les sables et les galets agglutinés forment une sorte de nagelflnhe (fig. 4).
A l'amont, un cône de déjection torrentiel, en partie boisé^ et sur lequel le village est construit, vient se jeter jusqu'au Rhin; les eaux en corrodent la base et y exécutent des affouillements qui permettent d'observer la structure intérieure du dépôt et de reconnaître qu'elle difi*ère essentiellement de celle des deux cônes, composés de menus matériaux entassés sans ordre. *
Ems. Diverses proéminences coniques se relèvent à Ems au-dessus de
la surface de la nappe , mais elles sont formées par des roches en place qui semblent usées et imparfaitement polies à Faraont, sciu< un revêtement de sables et de galets rappelant parfaitement 1^ moraines par obstacles des vallées des Vosges. L'église de Tamiai
PLATEAU DE BONADUZ. 691
est bâtie sur un monticule de même forme et de même composiiion, et partiellement recouvert aussi de sables et de galets. Sur la rive droite, un cordon latéral de ces matériaux mêlés de blocs plus volumineux borde la moraine profonde (fig. 1 et 2).
EnGn sur le plateau de Bonaduz on voit les monticules coniques, au nombre de 8, dont j'ai déjà parlé ; l'élévation de ceux-ci varie de 15 à 35 mètres.
Avant d'arriver à ce plateau , on observe à Reichenau le même dépôt latéral qu'à Tamins^ mais vers le confluent des deux Rhins, le cordon latéral et le dépôt de terrain rapporté sur la pointe et contre les flancs de la montagne (Abschwung) séparant les deux vallées , est principalement composé de sables , de menus galets et de boue : il est entamé sur la droite par le Rhin postérieur , tandis que le cordon de la rive gauche, placé hors de ses atteintes, domine la nappe profonde au-dessus de laquelle il forme une terrasse élevée ayant un talus fort escarpé. — Sur cette rive, et vers la partie supérieure on remarque diverses couches , une sorte de stratification , indices de l'action de l'eau ; puis, à mesure que l'on s'éloigne de la pointe de l'éperon en montant vers Bonaduz, •ces couches disparaissent, l'amas devient confus, la grosseur des matériaux augmente, puis des blocs s'observent dans son intérieur et finalement à sa surface.
Ces cônes , ces terrasses latérales et la nappe profonde appartiennent à un ou à plusieurs dépôts ; ce sont ou les restes d'un comblement autrefois plus puissant, et dans lequel le Rhin aurait creusé un large canal d'écoulement , ou des accumulations dues à l'action d'un ancien glacier, à peine dégradées par les eaux et conservées dans l'ordre qui leur a été primitivement imprimé , ou bien enfin des déjections alluviennes et erratiques produites dans les mêmes lieux par deux causes différentes , agissant soit simultanément, soit successivement^
En admettant un comblement complet comprenant la nappe , les cônes et les cordons latéraux, il faudrait bien admettre aussi que les torrents latéraux exécutaient des transports en même temps que le cours d'eau principal, et que si toutes les déjections réunies dans un même bassin ont constitué une masse dont les cônes sont les témoins, les flancs des montagnes étaient entièrement dépouillés de
Plateau de Boaadtti.
iDatériaux meubles à la fin de Topération du comblement, et au moment où les courants , ne trouvant plus rien à transporter , onl commencé à creuser leurs canaux d'écoulement ; et dans ce cas un devrait rencontrer, sur les parties mises à sec du fond de rancieo lit principal, des déjections de matériaux provenant d'éboulements ou d'une destruction plus récente des masses minérales , ditTérant autant par leurs formes que par leur nature du dépôt alluvien^ daos lequel , on le sait , il se retrouve, sur un point quelconque, non des débris de la localité ^ mais des matériaux provenant de Vamoniy de tous les points de la vallée principale aussi bien que de tous ses affltienls. Je n'ai pas vu, dans la vallée du Rhin postérieur, un seul cône de déjection composé exclusivement de matériaux arrachés aux masses minérales exposées à l'action des torrents : dans tous il y a mélange de galets et de blocs , provenant des localités d'amont , arrondis et polis, ou anguleux et partiellement frottés. On comprend qu'un torrent attaquant un dépôt alluvien y trouve les matériaux d'amont et puisse les mélanger à ceux qu'il reçoit de son cirque de réception; mais ce que l'on ne comprend pas , c'est l'absence de ces derniers dans les cordons latéraux, et la présence exclusive des galets provenant du haut de la vallée dans certaines accumulations barrant des vallées secondaires , que des torrents ne sillonnent pas , et dans lesquelles cependant des courants diluviens auraient dû pénétrer.
La masse des cônes de déjection ne donne pas toujours la mesure exacte de la force des torrents qui les ont produits, et il arrive souvent qu'un filet d'eau coule sur un cône immense, tandis qu'à l'issue du goulot d'un torrent impétueux on remarque à peine quelques débris disséminés. Ce fait n'aurait rien d'extraordinaire, s'il s'agissait de vallées creusées dans des masses minérales différentes et offrant une résistance variable à l'action des agents destructeurs. Mais dans un même bassin , dans un même cirque , dans un massif de roches d'une composition uniforme , dans des conditions absolu* ment identiques, cette observation a certainement une valeur incoih testable , et démontre que si , dans tous les cas , on ne s'est pas trompé sur les véritables causes d'un fait géologique, on a presque toujours considérablefnent exagéré la force de ses causes. Vtiiéo da BLifl. Ainsi, dans la vallée du Rhin , le fleuve dans certains passages
exerce inutilement son action sur des rochers qui résistent à tous
NAPPES DE COMBLEMENT A TAMINS. BONADUZ. 093
ses efforts, dont il use lentement la surface, mais qu'il ne parviendrait pas à entamer quand même sa puissance se trouverait énormément augmentée. Et tout prés de là, un ruisseau qui lui fournit un mince filet d'eau a produit d'immenses déjections, composées de débris arrondis et polis de ces mêmes rochers , matériaux portant des traces évidentes , irrécusables d'une action puissante et longtemps prolongée, et qu'un trajet de quelques centaines de mètres, dans le goulot d'écoulement, ne leur eût pas permis d'acquérir.
La cause la plus faible aurait donc produit les effo.ts les plus grands, et les résultats de l'action des courants seraient en raison inverse de leur puissance : le temps, la distance du parcours ne seraient plus des conditions essentielles, pour que des galets puissent acquérir ces formes arrondies , ce poli que l'on considérait comme les preuves d'un transport dans le sein des eaux à de grandes distances, de chocs et de frottements subis pendant longtemps, puisque des matériaux les plus durs, arrondis et polis, se retrouvent indistinctement dans toutes les parties du bassin, à l'extrémité inférieure de la vallée, dans les vallons secondaires et aux sources mêmes des cours d'eau qui sillonnent ces cavités ; matériaux remaniés sur certains points par les eaux^ mais que les courants ont trouvés sur place , transportés et façonnés par un agent qu'on ne saurait méconnaître , et qui a laissé sur tous les terrains qu'il a touchés des traces qui en révèlent la nature.
Si la nappe et les cordons latéraux ont fait à une époque quel • conque partie d'un même massif, ceux-ci , à un point donné de la vallée , devraient offrir la même structure que la nappe ; et cependant leurs matériaux sont généralement plus volumineux, et le nombre des blocs anguleux y est plus considérable. Â Tamins, par Tamipi exemple, le cordon latéral est un amas de sables, de galets et de blocs de diverses formes^ tandis que la nappe inférieure n'offre que des sables et de petits galets. Â Bonaduz, la nappe et les cônes sont entièrement dépourvus de ces blocs que l'on observe dans le cordon latéral et à sa surface, et cependant les débris les plus gros auraient nécessairement été distribués suivant l'axe du courant, et à partir de la fin de la Via-Mala jusqu'à Bonaduz, la vitesse du courant diminuant graduellement en raison de l'élargissement du bassin et à FapprQche du confluent, le nombre et le volume des blocs auraient graduellement diminué aussi.
Les cônes de Coire , de Feldberg et du plateau de Bonadnz ne sont ni des témoins de l'ancienne puissance des dépôts , ni des îles ou bancs graveleux formés dans le lit de l'ancien fleuve ; lenn formes, les inclinaisons de leurs talus, l'absence de couches de galets imbriqués ne permettent pas de les comparer aux proéminences que Ton observe dans le lit même du Rhin, au-dessous de Bâle, ayant à l'amont des pentes très-douces généralement inférieures à tm degré, et se terminant en aval par des talus rapides de 95 à 35 degrés.
Les cônes dont il est question ont à l'amont , à l'aval et latéralement , à droite et à gauche , 30 ou 35 degrés d'inclinaison ; ils diffèrent donc essentiellement, et sous tous les rapports, des bancs allu^^ens. Ainsi un cône de 34 mètres d'élévation avec un degré de pente à l'amont aurait, entre le pied de la verticale passant par son sommet et son origine, 1948 mètres de longueur de base, et an lieu de la disposition représentée (pi. 10, fig. 4), sa coupe offrirait celle de la fig. 5, même planche, s'il s'était formé sous Tinfloence d'un cours d'eau.
En admettant à l'amont du plateau un comblement complet jusqu'à la cote 672 , et une lame d'eau seulement de 34 mètres à Bonaduz , le Rhin aurait eu dans ces conditions une vitesse de 5,75 et un débit de 195,500 mètres cubes par seconde ; on comprendrait jusqu'à un certain point que des bancs de sables se soient formes dans son lit ; mais le fond de ce lit étant composé de sables et de menus graviers, n'aurait pu résister, il eût été entamé et la roche inférieure eût été mise à nu ; les eaux ne pouvant dépasser une tîtesse moindre, soit de 0^305 à 0,609 sans attaquer un fond de cette nature , les sables du terrain fertile de Banaduz auraient été rejetés à l'aval. On y verrait dans tous les cas des sillons longitudinaux, qne cette happe horizontale n'offre nulle part et qui existent sur toutes les parties du comblement que le Rhin touche ou a pu toucher à une époque quelconque. En jetant les yeux sur le profil (pi. 10, fig. 1 et 3), on voit que le comblement suit une ligne de pente continue du confluent des deux Rhins jusqu'à la Via-Mala , et qne la nappe, soit à l'amont, soit à l'aval du plateau, est d'une parfaite régularité; or on ne voit pas de quelle manière le déblai du dépôt se serait fait sur 69 à 70 mètres mesurés du niveau de la sur&ce de ce plateau, ou sur plus de 100 mètres mesurés du sommet du cône