TRANSPORT DES MATÉRIAUX PAR LES GLACIERS
La boue glaciaire s'est alors déposée y soit dans le fond des vallées sur les moraines profondes, soit sur les plateaux ou sur les flancs des coteaux. Dans le premier cas , elle constitue des nappes sédimentaires produites dans des bassins inondés; et dans le second , des amas qui n'offrent plus les caractères des dépôts lacustres et de sédiment.
La boue glaciaire ou le lehm qui se dépose journellement dans les ^^^ lacs alimentés par des courants sortant de la région des glaciers en activité y peut aussi s'accumuler sur certains points sans le concours des eaux; on voit, à chaque pas, dans les Alpes, des exemples de déjections ou de coulées boueuses, sur des plans inclinés, dans Tin* térieur et jusque sur les crêtes des moraines anciennes et actuelles, dans des défilés , où des courants ayant acquis une excessive vitesse , s'ils étaient sortis de leurs lits actuels , ne l'auraient pas laissée en place.
Les faits observés dans la vallée de la Meuse y loin de révéler l'intervention de courants diluviens , sembtent donc prouver Y action d* anciens glaciers dans la production des dépôts superficiels , de ces accumulations de sables et de galets placés lentement et succesivement sur des plateaux élevés , où ils n'auraient pu s'arrêter s'ils avaient été charriés avec une certaine vitesse, qu'il faudrait bien admettre dans l'hypothèse diluvienne.
Des glaciers seuls ont pu favoriser la production du dépôt de Villarsy au sommet d'un mamelon situé au confluent de deux vallées ; déposer sur les escarpements de RébeuviUe des galets, des blocs et des sables de trituration ; fournir les éléments des nappes stratifiées de lehm et en même temps des amas de détritus identiques sur les lieux élevés.
Les eaux auraient pu détremper les formations argileuses et calcaires d'amont, charrier et abandonner, sur les plaines basses, dans des circonstances données, les éléments d'un lehm diluvien; mais celui des plateaux , non-seulement ne se serait pas déposé et mêlé à des galets ^traînés des faites secondaires des Vosges y mais il eût été infailliblement entraîné avec ces galets si, à une époque quelconque, des courants avaient atteint les sommités qui en sont recouvertes ; et faut-il encore répéter que des courants auraient encombré le lit de la Meuse et les terrains submergés de toutes les
roches de la haute vallée de la Moselle indistinctement ; que nulle part, dans le régime des rivières, on n'observe un seul fait, un seul exemple à invoquer à l'appui des opinions que je cherche à réfuter, tandis que, dans la région des glaciers en activité, on retrouve une foule d'exemples des effets produits autrefois dans les Vosges et dans la Meuse y et l'indication précise, formelle, de b seule, de la véritable cause à laquelle ils doivent être rapportés? Aetiottder«M. H. 13. Dans la formation de la pai^tie superficieUe des comblements des vallées de la Meuse , on ne saurait nier l'intervention de l'eau; et les nappes superficielles, ainsi que je l'ai dit, continuent encore à s'élever graduellement ; mais les sédiments anciens sont recouverts par les déjections torrentielles qui s'étalent à leur surface; tandis que les bases de ces cônes s'unissent aux aUuviois modernes et récentes, et marquent, par leur réunion, la limite des formations de Y époque erratique.
Les eaux ont aussi laissé des traces visibles de leur action , pendant cette dernière époque , en dehors des nappes sédimentaires recouvrant , selon toute probabilité , des accumulations plus ou moins puissantes de graviers.
En sortant de Saint-Mihiel , on aperçoit plusieurs rochers calcaires faisant saillies et coupés verticalement sur le flanc du coteau bordant la rive droite de la vallée. Ces rochers offrent des traces évidentes d'usure, de véritables karren que les eaux seules ont dû produire.
Ces rochers sont presque tous couronnés par un chapeau formant saillie , une sorte de corniche séparée du surplus de la masse par an sillon arrondi, plus ou moins profond, résultant nonderaction d^ anciens courants , comme on l'avait présumé , mais de la décomposition d'une couche moins résistante et que les agents atmosphériques continuent d'attaquer et de corroder. Comme ces sillons paraissent être horizontaux ou peu inclinés parallèlement au cours de la Meuse, on aurait pu penser qu'ils avaient été creusés par les eaui de la Meuse, élevées extraordinairement à Vèpoq^ie diluvienne.
Mais en examinant attentivement les sillons, on voit qu'ils suivent rigoureusement le parallélisme des couches calcaires; que ces couches ne sont pas exactement dans le prolongement Tune de l'autre suivant un .plan incliné réguUer, et qu'il y a eu déviation