‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 89 sur 216 · TRANSPORT DES MATÉRIAUX PAR LES GLACIERS · texte numérisé non relu

TRANSPORT DES MATÉRIAUX PAR LES GLACIERS

par suite de légers plissements. Ainsi le rocher le plus éloigné de SaitU-Mihiel , au sommet duquel on remarque un chapeau en forme de table (table du diable) posée sur un pied qui semble s'amincir tous les jours davantage, offre, sous cette table, un sillon incliné d'un degré vers l'amont; au troisième rocher, en remontant, le sillon plonge de quatre degrés à l'aval ; celui du quatrième de un degré seulement , tandis qu'au sixième l'inclinaison est de un degré à Tamont. Enfin les sillons que l'on remarque en outre sur les faces de ces rochers , à diverses hauteurs , ne sont plus parallèles à ceux de la partie supérieure, et ils ont au premier rocher, et vers l'aval, comme les couches dans lesquelles ils sont ouverts, 8 à 12 degrés d'inclinaison (pi. 4 , fig. 6).

Mais sur divers points, on voit d'autres sillons irréguliers et diversement inclinés dont les parois offrent des traces d'usure, et l'on remarque , principalement sur les faces verticales regardant le le talus du coteau, des cavités circulaires nombreuses creusées plus ou moins profondément, ayant tous les caractères des karren et des marmites, et qui prouvent que les eaux ont exercé leur action sur ces rochers (pi. 4, fig. 5).

Serait-ce donc une indication dUnondations extraordinaires, et doit-on admettre que , si les eaux ont touché , comme cela paraît évident, les rochers et les coteaux bordant le bassin de la Meuse , près de Saint-Mihiel , la vallée a été autrefois envahie par un courant diluvien ? Je ne le pense pas.

Un courant aurait pu corroder les couches les moins résistantes de ces rochers et y tracer des sillons inclinés comme ces couches elles-mêmes ; mais il aurait entraîné et détruit les amas de sables appliqués sur les flancs des coteaux et dont on voit des exemples à l'amont, avant et après Commercy; de plus il aurait rejeté dans la vallée les galets et les argiles des plateaux.

Les cavités circulaires creusées sur les faces verticales accusent un travail plus ou moins prolongé de galets , mis en mouvement par les eaux , et toujours les trous forés dans les rochers submergés sont ouverts de haut en bas , verticalement ou suivant diverses inclinaisons; tandis que les érosions latérales ne s'observent que sur des massifs anciennement et actuellement touchés par des glaciers , comme celles de la vallée du Hasli, de Meyringen jusqu'à YAar,

offrant à la fois des stries glaciaires y des karrm et des trous dradaires de la plus parfaite conservation.

On comprend que sur une paroi verticale touchée et pressée par le glacier, un courant chargé de galets puisse produire ces perfi^ rations ; que des galets mis en mouvement par un filet d'eau , tombant contre cette paroi en suivant une cavité ouverte dans la glace, ne puissent être entraînés et soient continuellement maintenus ou remplacés pendant un certain temps ; et que les déviations latérales de l'eau, coulant à la surface des glaciers ou dans les crevasses, laissent des traces de leur passage et de leur action sur les parois vers lesquelles elles sont projetées.

Mais dans un courant, dans un fleuve, des galets charriés suivant une même direction et parallèlement à la pente de la vallée , ne s*arrêtent pas ou ne restent pas suspendus aux flancs des rochers escarpés pour les corroder plus ou moins profondément et pour y produire des érosions latérales.

Les trous circulaires de Saint-Mihiel offrent donc les caraclèrt'S des cavités résultant de l'action des eaux , de petits courants séparés , dirigés et maintenus dans des canaux débouchant contre les parois des rochers , et non d'un com^s d'eau puissant qui , agissant en toute liberté, aurait laissé des traces différentes de son passa^re; et il faut encore reconnaître ici le concours de V action glacimre , ci admettre qu'au moment où ces perforations ont eu lieu , ces rochers étaient enveloppés par la glace qui transportait dans la Meuse les yilets vosgiens.

Karren Aussi , d'aprés les motifs que je viens de rappeler et d'exposer

de l'époque glaciaire, sommairement, je rapporterai aux formations erratiques les dé|K<tî

de matériaux provenant des Vosges que l'on rencontre dans h Meurthe^ dans la Meuse et dans les Ardennes. Je considérerai comme des karren de l'époque glaciaire les cavités qu'offrent les rochers dt Saint-Mihiel y de Rebeuville, et ceux qui s'élèvent, sur divers poials, au-dessus du niveau des plus hautes eaux de la Meuse. conciaiiont. H. M. Eu suîvaut le cours de cette vallée, on rencontre des dépî'L^ analogues à ceux que les glaciers ont formés dans les régions où Kur existence, à une époque reculée, ne saurait plus être révoquée eu doute ; on y constate en même temps des traces évidentes , irrécusables de l'action des eaux. L'observation consciencieuse des faits

conduit à rappréciation rigoureuse des limites dans lesquelles Teau et la glace ont séparément ou simultanément concuru à la production des terrains superficiels, des caractères propres aux alluvions et aux terrains erratiques; mais elle conduit aussi à faire voir que ces deux causes , réduites même à leur puissance actuelle, ont pu suffire pour produire à une autre époque les effets que je viens de noter, et sans qu'il soit besoin , pour les expliquer, de les attribuer à ces inondiitions extraordinaires, dont les traces ne se retrouvent nulle part.

ENTRC

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