‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 10 sur 156 · AVALANCHES DE PIERRES · texte numérisé non relu

AVALANCHES DE PIERRES

S. 630. On nomme le plan d*un glacier la partie élevée et à peu près u pian da glacier, horizontale dans laquelle on peut le traverser.

8. 638. En a{>prochant des bords occidentaux de cette grande vallée Avalanche de neige.

de glace par une route un peu différente de celle que nous avons

prise en allant , nous passons sur de grandes avalanches de neige tom-

hées au printemps dernier du haut des montagnes qui bordent le

Slader. Ces neiges ont déjà une consistance qui approche de celle de

^a glace; elles sont divisées comme celles du glacier par de grandes

oiBvasses, elles s'imbibent d'eau à mesure que le soleil fait fondre

<I^ur surface, et l'hiver prochain ces neiges saturées d'eau deriendbront en se gelant

4c8 glaces parCûtement semblables ^ celles du reste du glacier.*

S. 538. Les glaciers mettent aussi en mouvement et chassent devant Terres et piems ^^uxles terres et les pierres accumulées devant les glaces à leur eztré- chaisèes par les giaizaaité inférieure. Je vis ce phénomène en 1764 de la manière la plus ^**"* ^Svidente, et j'eus en môme temps la preuve que ce movTemeiai wlymH ^^i.ie« imêaae daiM «me MtinoM %nÈ. est emeore l'klTer pour ces iaom- -^tmgmem. Gonune le glacier et tous ses alentours étaient en entier cou- ^^^erts de neige lorsqu'il poussait en avant les terres accumulées ^^evant ses glaçons, ces terres en s'éboulant se renversaient par-dessus la neige et mettaient en évidence les plus petits mouvements du ^Uuûer, qui se continuèrent sous mes yeux pendant tout le temps que 3 e passais à l'observer.

Mais c'est en été qu'on voit les plus grands effets de cette pression Avaiancbedepierres. cies glaces contre les corps qui s'opposent à leur descente. En voi'ci un exemple. Au mois de juillet 1761 je passai avec mon guide Pierre Simon sous un glacier très-élevé qui est au couchant de celui des Pèlerins; j'observais un bloc de granit de forme à peu près cubique et de plus de 40 pieds (13"*) en tous sens, assis sur des débris au pied du glacier et déposé dans cet endroit par ce mime glacier : hâtonsnous, me dit Pierre Simon, parce que les glaces qui s'appuient contre ce rocher pourraient bien le pousser et le faire rouler sur nous. Â peine l'avions-nous dépassé qu'il commença à s'ébranler; il glissa d'abord assez lentement sur les débris qui lui servaient de base, puis il s'abattit sur sa face antérieure , puis sur ime autre ; peu à peu il se mit à rouler et la pente devenant plus rapide, il commença à faire des bonds d'abord petits et bientôt immenses : on voyait à chaque bond

DA. * Ces neiges ou ncvés tombés en avalanches sur le dos du glacier ne se transforment pas en glacier en s*sjoutant à sa surface.

jaillir des éclats et du bloc môme et des rochers sur lesquels il tombait ; ces éclats roulaient après lui sur la pente de la montagne , et il se forma ainsi un torrent de rochers grands et petits <5[ui allèrent fracasser la tête d'une forêt dans laquelle ils s'arrêtèrent après avoir fait en peu de moments un chemin de près d'une demi-lieue avec un bruit et un ravage étonnants.

Équilibre entre les g. 539. Les glaciers , Contenus dans de justes limites par la chaleur causes généra ces extérieure et intérieure et par la pente de leurs lits qui les entraîne dans

et les causes dcslmr- xr l 1

iriccs. les basses vallées, fournissent donc une nouvelle preuve de ces pro-

portions admirables que la nature a établies entre les forces génératrices et les forces destructrices, partout où elle a voulu entretenir une certaine uniformité.

Car les deux dernières de ces causes qui tendent à détruire les glaces agissent avec une énergie d'autant plus grande que ces mômes glaces sont plus accumidées. Plus leur masse s'augment-e, plus aussi la pression de leur pesanteur les solhcite à descendre dans les basses vallées et dans les précipices où elles sont nécessairement dissoutes. Et en môme temps plus leur épaisseur est grande, plus les froids extérieurs ont de peine à les pénétrer , et plus la chaleur intérieure de la terre a de force pour les résoudrez Les habitants des S. 540. L'opiniou générale des habitants des Alpes est pourtant que

Alpes croient que les jgg glaciers vout en augmentant, plutôt à la vérité en étendue qu'en

(laces s'augmentent. . . ^ • a

hauteur ou en epaisseur.2 Formation de nou- Premièrement il est vrai qu'il se forme de temps à autre de nouveaux glaciers. veaux glaciers dans des places où l'on ne se souvenait pas d'en avoir vu auparavant. Si à la fin d'un hiver abondant en neiges ime grande avalanche s'arrête dans un endroit que sa hauteur ou sa situation tient à l'abri des vents du Midi et de l'ardeur du soleil, que l'été suivant ne soit pas bien chaud, toute cette neige n'aura pas le temps de se fondre, sa partie inférieure 3 imbibée d'eau se convertira en glace; l'on verra des neiges permanentes et môme des glaces dans un endroit où il n'y en avait point auparavant. L'hiver suivant de nouvelles neiges s'arrêteront dans cette môme place , et leur masse augmentée résistera encore mieux que la première fois aux chaleurs de l'été. Si

DA. * Les surfaces du sol qui supportent les glaciers ont très-peu d'action sur la fusion de la glace qui les touche.

DA. ' Voyez, dans nos Matériaux, les citations d'augmentation des glaciers.

DA. ' Dans les Alites, ^ une altitude de plus de 2600*", limite d&s neiges temporaires plus ou moins persistantes, la partie inférieuro imbibéo d'eau se convertira en glace.

EXTENSION DES tiLACIERS. 49

donc on a quelques étés consécutifs qui ne soient pas bien (îhauds et qui succèdent à des hivers abondants en neiges , il se formera des glaciers dans des places où Ton ne se souvenait pas d'en avoir \uA

Les mômes causes peuvent augmenter les anciens glaciers 2 , et Extension ues anainsila sonune totale des glaces peut s'accroître jusqu'à ce qu'il v ait "*'"*»^'a<^'«'^-^^plusieurs années de suite où il tombe peu de neige en hiver, et où les si„uius. chaleurs soutenues pendant l'été fondent les nouveaux glaciei-s et réduisent les anciens dans leurs justes bornes.

Ce sont vraisemblablement de semblables alternatives qui ont Périodes daMroisaccrédité un préjugé presque univei'sellement répandu parmi les ^^1^"!*^^^^^,!^ habitants des Alpes : qu'il y a des périodes régulières dans l'accroissement et le décroissement des glaciers ; ils disent que pendant sept ans les glaciers croissent et qu'ils dccmissent pendant sept autres années 3; en sorte que ce n'est qu'au bout de quatorze ans qu'on les voit revenir précisément à la même mesure.

L'existence des périodes est un fait ceilain, leur régularité seule est imaginaire ; mais, comme on sait, la régularité plaît aux hommes, elle semble leur assujettir les événements , et ce nombre mystérieux de deux fois sept années, assez grand pour que le souvenir de l'état précis des choses se soit effacé de la mémoii-e de ces l)onnes gens qui ne tiennent aucun registre, a pu facilement trouver créance dans leurs esprits.

Dans toutes ces alternatives les terrains une fois envahis par les Terrains rendus sièglaces perdent leur terre végétale que les eaux des glaciers entraînent , "'*^* p^*" '^ J^'»<^^*^«et ils se couvrent de débris de rochei's qui les rendent inutiles , même après la fonte et la retraite des glaces : ainsi plusieui^s habitants des Alpes pourraient dire que les glaces les ont dépoidllés de leurs héritages, sans que cela prouvât que la masse totale des glaciers s'augmente continuellement.

S. 541. Sans prétendre donc nier ni l'existence de quelques nou- considèraiions niveaux glaciers, ni l'augmentation d'étendue de quelques-ims des »<^"t*"res sur l'acanciens, j'aurais penché à croire que dans la totahté il ne se fait pas de grands changements.

DA. « Parfaitement observe^

DA. * Les neiges qui couvrent les glaciers les protègent de l'ablation, mais ne s'ajoutent jamais sous forme de nevé imbibé d'eau gelée à leur surface d'une manière régulière. Accidenlellemenl cela arrive.

DA. * CrwBer a parlé de ce préjugé; de Maumiare Ta répété. Nos guides de TOborland ne font jamais mention de ce nombre mystérieux de sept.

rroissenient des glaciers.

oiHinaiions qui Cependant les observations que M. «roBer a rassemblées dans n^rùiiun dans rer- ^^ ouvrage paraissent démontrer qu'U existe en Suisse des glaciers laints piares. permanents, les uns de nouvelle formation, d'autres qui sont Tex-

tension d'anciens glaciers et qui occupent des places qui étaient anciennement couvertes ou de forêts ou de prairies. J'ai vu moi-même en divers lieux de petits glaciers de formation nouvelle; j'ai observé (S. 514) que le glacier de Taconey avait piîs un accroissement sensible depuis mon premier voyage en 1760 jusqu'au dernier en 1778. obs4*r\aUons qni Mais d'im autre côté M. Oraner reconnaît lui-même que le glacier proovcui N-nr dimi- du Griudelwald était dans le moment où il publiait son ouvrage, kl^liijiJ""^ * ""*"* ®^ 1760, beaucoup plus petit qu'il n'a été depuis plusieurs siècles. De même le grand glacier des Bois , dans la vallée de Chamounix, a eu indubitablement ses glaces anciennement plus hautes et plus étendues qu'elles ne le sont aujourd'hui ; c<'ir au-dessous de Montanvert ces glaces sont de 40 ou 50 pieds ( 13 à 17"*) plus basses que cet amas de débris qui borde le glacier et que l'on nomme la moraine (S. 536). Elles doivent pourtant avoir été de niveau avec ces débris et même plus élevées, puisque ce sont elles qui les ont transportés et accumulés dans cette place; ce ne sont point des fragments détachés de la montagne môme de Montanvert, mais des granits en masse dont on ne voit des montagnes de la même roche qu'au haut de la vallée de glace ; et au bas du môme glacier, au NO de la sortie de l'Arveiron, on voit jusque sur un grand rocher calcaire, dont je donnerai la description, des blocs de granit déposés anciemiement par le glacier qui est aujourd'hui fort en amère de ce rocher. La «lut-stiuii dnneure II est douc impossible qu'il y ait des compensations et que les ïnAMM'. glaces perdent en certains endroits ce qu'elles gagnent en d'autres , ou que les périodes de leurs accroissements et de leurs décroissements soient beaucoup plus longues qu'on ne l'imagine.

Ce ne sera qu'après avoir rassemblé beaucoup de faits et les avoir comparés avec une grande exactitude pendant une longue suite d'années que l'on pourra décider avec certitude si la masse totale des glaces augmente, diminue ou demeui*e constamment la même. S. 863. Entre les clullets du Pré-de-Bar (en aval du Ck)l-Ferret) et Vil Kiacicr qui a le beau glacicr du Mont- Dolent est une colline beaucoup plus élevée diminua. que le pied de ce glacier, et qui en est séparée par une profonde vallée.

Cependant cette colline est couverte de blocs de granit qui n'appartiennent point au fond du terrain dont la nature est toute difféi-ente, mais qui ressemblent parfaitement à ceux que charrie actuellement le

FLUCTUATION DES GLAGIEHS. 51

placier et qu'il a, par conséquent, anciennement déposé dans celte vaUre. Or, pour que le glacier ait pu les porter là, il faut que ces glaces aient ^té autrefois de 200 pieds (65") au moins plus hautes et plus épaisses c^u^elles ne le sont aujourd'hui, d'autant mieux que les débris qu'il .^u^umule dans la vallée tendent à halisser le sol de cette même vallée, ^'où il suit que la différence a dû être alors plus grande encore qu'elle ^m'est aujourd'hui.

S. 864. Le glacier du Triolet paraît au contraire s'augmenter. Le un autre giarur qui

l)ei^er qui gouverne ces chalets dit que , depuis huit ans qu'il vient augmeuie.

ià, a lui voit faire des progrès sensibles. Je ne doute pas que ces pro-

^^rëR ne êoient ^effet de la qxAantUé de décombres qui le couvrent et qui

^fyréstroent ces glaces de l'action de l'air et du soleil; car j'ai observe^

^dlleurs (S. 630) que dans un seul et même glacier les glaces sont

fHfujmxrs beaucoup plus élevées sou^ les amm de débris, et même sous

-«ane seule pierre, que dans les endroits où l'air et le soleil agissent

librement sur elles. C'est donc là une nouvelle cause de l'accroisse-

Tuent accidentel de certains glaciers dont je n'ai i)oint fait mention

lorsque j'ai examiné la question de ces accroissements (S. 540 et 541). ^

8. 538. Le mouvement progressif des glaces vers le bas des vallées piiéuomêncs prose fait apercevoir par beaucoup d'autres phénomènes. **"''^ p*"" '* «'«sc«ïi«

Souvent on voit de grandes crevasses se former en assez peu de ^^crevaslès temps, parce que les glaces rongées par les eaux qui coulent au-dessous d'elles ou inégalement appuyées sur le lit irrégulièrement incliné qui leur sert de bas, descendent et laissent en arrière celles qui les suivent.

D'autres fois on voit ces mômes crevasses se former tout à coup et avec im grand bruit par la descente ou plutôt par la chute des glaçons supérieurs qui viennent s'appuyer sur ceux qui les précèdent.

Lorsqu'un glacier vient se terminer sur le bord d'un roc escarpé , ciiaies de glace. conmie cela se voit très-fréquemment, les glaçons qui sont au bord de ce roc, pressés par le poids de ceux qui les suivent, sont poussés dans le précipice; la matière fragile de ces masses glacées tombant sur les roches plus dures encore se brise avec un fracas terrible, supérieur quelquefois à celui du tonnerre ; les glaces pulvérisées par la tnolence du choc s'élèvent en tourbillon de poussière glacée à une grande hauteur, et la partie la plus gi-ossière coule comme im torrent ou conune une avalanche de neige jusqu'au bas de la montagne.

DA. • Parfaitemenl observé.

(iiacicr du Rhoin». g. 1718. Lo gl.atiier qui porte l<i nom du Rhône est sinon le plus grand, du moins l'un des plus Ijetiux de nos Alpes. Du haut d'une montagne coui'onnée par des n)cs sourcilleux ce glacier descend, hérissé de pyramides de glaces variées jiar leur grandeur et par leurs formes; il se resserre ensuite pour passer entre deux rochers, après «pioi il s'élargit de nouveau en éventail et vient former un immense segment de sphère, du sommet duquel partent, conmied'un centre, de profondes crevasses couleur d'aigue-marine, qui aboutissent à sa circonférence. Au bas de ce segment s'ouvrent deux arches, aussi de glace, d'où sortent avec impétuosité deux torrents qui, après s'être réunis, viennent porter à la source du Rhône le premier tribut qu'elle reçoive, i^ giaricr du RhAnc g. 1722. Avaut de terminer ce chapitre, je dois consigner ici une 3 rpirogradc. observation qu'a faite M. BeMOB sur les glacière du Rhône, et qui m'avait échappé. J*ai souvent parlé des cailloux et des rochere que les glaciers chament, qu'ils déposent ensuite sur leui*s bords et à leur extrémité , et qui forment ainsi des espèces d'enceintes ^ qui marquent les limiter que les glaciers ont alteintes, M. BessoB observa en 1777 au bas du glacier du Rhône trois de ces enceintes, dont l'mie était à 34 toises (66") de l'extrémité actuelle du glacier, l'autre à 85 toises (IGS"»), et la quatrième à 120 toises (234'")- H suit de là qu'à trois époques différentes le glacier a reculé et qu'il était alors diminué de 120 toises (234™). Les bergers assurèrent même à M. Bcmob que depuis vingt ans il reculait continuellement. Cette observation et ce rapport viennent à l'appui de ce que j'ai dit ailleurs: c'est que s'il y a des endroits où les glaciers s'avancent, il y en a d'autres où ils rétro-gradenl,

S. « mrm^mtQn nomme ces enceintes marcmex, mais il aura mal entendu nos Savoyards : le mot est moraines. Ci'ttc expression n'est pus Trançaise» sans doute; mais elle est reçue dans toute la Suisse romande, la Savoie et le Lyonnais, où elle dési^nie une petite montagne ou la pente rapide d'une colline.

NEIGE KOUGE. 53

8. 646. Lorsque je montai pour la première fois sur le Bréven, en Terre wujje de la 1760, ces pentes étaient encore couvertes de neige en différents en- "*'** ^"^'^*' '^"'''^*' droits. Je fus très-étonné de voir leur surface teinte par places d'im rouge extrêmement vif. Cette couleur avait la plus grande vivacité dans le milieu des espaces dont le centre était plus abaissé que les bords, ou au concours de divers plans inclinés couverts de neige. Quand j'examinais de près cette neige rouge je voyais que sa couleur dépendait d'une poudre fine mêlée avec elle, et qui pénétrait jusqu'à deux ou trois pouces de profondeur, mais pas plus avant. Cette poudre ne paraissait point être descendue ou coulée du haut de la montagne, puisqu'on en trouvait dans des endroits séparés et même éloignés des rochers ; elle ne semblait pas non plus avoir été jetée par les vents, puisqu'on ne la voyait point semée par jets : on aurait dit qu'elle était ime production de la neige même, \m résidu de sa fonte W restait attaché à sa surface comme sur un tamis lorsque les «aux produites par sa liquéfaction la pénétraient et descendaient plus bas; et ce qui suggérait d'abord cette opinion, c'est que l'on voyait cette couleui*, extrêmement faible sur les bords des espaces concaves, devenir par gradations plus vive en approchant des fonds ou l'écoulement des eaux avait entraîné une plus grande quantité de résidu. Je remplis de cette neige un verre à boire , le seul vase que j'eusse alors à ma portée ; je le portai à ma main jusqu'à ce que la neige fût fondue : la poudre rouge s'affaissa au fond du verre ; sa couleur ne parût plus alors si brillante, elle la perdit même en entier quand elle fut parfaitement sèche , et sa quantité se trouva réduite presqu'à rien.

L'année suivante je retournai au Bréven , j'y trouvai la même quantité de cette neige rouge ; j'en rempUs un grand mouchoir de loilc très -serré que j'y avais porté dans cotte vue; mais malheureusement , comme je le laissai exposé au soleil pour que la neige se fondit , on me le vola.

jl NEIGE HOUGE.

Ce n'est pas sui* le Bréveii seul que j'ai vu cette neige rouge ; j'en ai trouvé sur toutes les hautes montagnes , au moins dans la même saison et dans des positions semblables , en sorte que j'ai été trèsétonné que ceux qui ont traité des Alpes, comme Scheachcer, n'en eussent fait aucune mention. Il est vrai qu'on ne la trouve qu'au milieu de grands espaces couverts de neige et dans une certaine période (le la fonte des neiges, car lorsqu'il ne s'en est pas beaucoup fondu, la quantité du résidu est très-petite ; lorsqu'au contraire la fonte est très-avancée, les fonds dans lesquels ce résidu se rassemble sont percés par les eaux et l'on n'y trouve plus rien. D'ailleurs , sur la tin de la fonte il s'y mêle des terres étrangères et des saletés charriées par les vents qui la cachent et qui altèrent sa couleur. NtiKo rousc. . 11 y en avait beaucoup sur le Saint - Bernard lorsque j'y fus en 1778; j'en ramassai le plus qu'il me fut possible, et M. Mnrrlth, Tun des chanoines, très-versé dans l'iiistoire nattu^lle, que j'aurai souvent l'occasion de nommer dans ces voyages , eut la complaisance de m'en rassembler assez pour servir à quelques essais que je vais rapporter.

L'apparence terreuse de cette poussière et sa pesanteur spécifique plus grande que c^lle de l'eau me persuadèrent que c'était une véritable terre : je la traitai donc conune telle avec les acides. Je commençai par le vinaigre distillé. Cet acide , digéré h froid sur 72 grains de cette poussière , ne se chargea que d'une quantité de terre si petite qu'il ne fut pas possible de l'apprécier. Je la fis alors bouillir dans deux onces d'esprit de seP. La décoction, étendue dans l'eau distillée et filtrée avec soin, se trouva d'mi brun si foncé qu'il me donna des doutes sur la nature de cette substance ; je l'essayai alors au chalumeau, essai par lequel il faudrait toujours commencer les analyses de ce genre , et je vis qu'elle s'y enflammait en répandant une odeur d'herbe brûlée.

Cet essai me fit voir qu'il fallait diriger autrement mes expériences; je mis en digestion dans l'esprit de vin 40 grains de cette poudre, telle que je l'avais reçue de M. Marrtthi je filtrai la solution et le résidu se trouva diminué de 7 grains. La teinture spiritueuse était d'un beau jaune doré; je la distillai au bain-marie, l'esprit de vin' passa sans que sa couleur et son odeur eussent reçu aucune altération sensible ,

DA. • Acide muriatiqiu' (clilorhydriquo). DA. = Alcool.

NEIGE nOUGE- 5ÎÎ

eiiliQSKa au fond rie la cornue une uKitiêre luiileuse d\ni hrnii doré»

taosparente, qui refusa de se dessecîier à ]a ehaleur du kiiii-marie.

ICêtIe matière huileuse avait une odcm- analogue à celle de la cire,

[et exhalait aussi en se brillant une odeur semblable à celle que donne

txUe siibslaiice. Le résidu qiio Tesprit de vin nVivait pas pu dissoudre

•^lait encore combustible h raison de la partie extractive qu'il conter-

nail, La cendre qui restait api^ès sa combustion ne paraissait pas eea-

it alcaline et se fondait au clialumeau en un verre poreux

; sur le vert.

Ces épreuves sen^blenl pixjuver que cette poudi-e est une matière

! et vraisemblablement mie poussièi'e d'ôtaroines. Il est bien

que je ne connais aucune plante île la Suisse dont les fleurs

dflooenl une poussière rouge et qui soit assez aJjoiidante pour corres-

poiidre à Tunivei^salitè de cette poussière sur les neiges des hautes

Alpen; sui-ioul si Fou considèi-e la ijuantité qui doit s'en i)erdn:! avant

d*y pan^nir. Mais peut-éti-e est-ce le soleil qui lui donne cette couleur,

H quant à son poids, il est bien naturel qu'un long séjorn-à la surface

de la neige fondante la [M^uètre dlmmiditi^, au point de la rendre

ifurï dease pour s'affaisser au fond de Tcau.

Lorsque je communiquai ces recherches au grand naturaUste qui LUI la gloire de Genève , il me conseilla d'obsen^er cette poudre au microscope pour voir si Ton n'y reconnaîtrait iwint la forme des pousmèSBS des étauiines; je lis c-etle oljservation avec le plus grand soin et à laide des meilleures lentilles ; mais je ne pus apercevoir aucune rqgularîtê dans les formes.

J'ai déjà dit que j'ai trouvé cette poudre répandue siu* les neiges lie différentes Alpes , et toujours avec la même couleur et toutes les mtaae^ apparences. Mais est-elle aJjsol muent universelle 'f Se Irouvet-«Be sur les neiges élevées de pays et de climats très - dilFérents ? Siir les Cordillères par exempte? G est ce qu'il serait bien hitôrcs- ♦anl de vérifier. Car enfin , quoiqu'il me paraisse bien probable que c'eU une poussière d'étamijies, il ne serait point encore irarjossible ^ue ce ne fût une terre séparée de la neige même et imprégnée de coatières inflammables par ime combinaison immédiate de la lionière qui brille avec tant de vivacité dans Tair pur de ces hautes

8* 765* En descendant du Bon-Homme an Chapiu on voit les iQIqOS ramifles sur la pente de la montagne remplis de neige et les mtenraDes couverts de gnzon. Lorsque jp passai In le tH pullei 1771

Nfigi" njiigi'

poussière rouge.

Neige ruuge.

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