‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 9 sur 156 · LIMITES DES NEIGES · texte numérisé non relu

LIMITES DES NEIGES

'4005*;. Mais ensuite MM. de irerdmM» de Borda et PiBiri^» ayant ♦*ux-nièmes répété cette mesure, ont réduit la hauteur du Pic-de-Teneriffe à 1904 toises (3712'")* (Voyage fait par ordre du roi, t. l, \t. 379). La latitude du même pic d'après les obseiTations des mômes a.-tronomes est de 2»'\T (t. II, p. 497).

Si donc on regarde la hauteur du Pic-de-Teneriffe comme celle à lai^uelle les neiges cessent de;$e fondre à l'entrée des zones temx)érées, il faudra rabaisser d'environ 200 toises (390") ce point de la ligne 4q tf noe inférieur constant de la neige. .

S. 940. Mais ce point n'est pas le seul dans lequel cette ligne doit sahauunrenFranfr. «Hre rabaissée : celui qui correspond à la France et que Bo«ir««r l>lace entre 1500 ou 1600 toises (2925 à 3160»), doit être placé entre I4(K) ou 1500 toises (2730 à 2925"), même pour la France méridionale. Car le Canigou, qui passe pour être la cîme la plus élevée des Pjréuées^ n'a que 1453 toises (2833"), et cependant M. Darcet ^>suTe qiie la partie la plus élevée des Pyrénées est couverte de Dt-ij/e dans toutes les saisons {Discours sur Vèlat aciuel des Pyrénées,

S. 94 1 . L'Btm»^» malgré les feux qu'il recèle dans son sein et une si- sahauieursuri'Ema. tïiation bien plus méridionale que la France, puisqu'il est entre le 37'' et le 38*" degré de latitude , conser\'e des neiges éternelles à une élévation plus x^tite que 1500 toises (2925"). — Depuis la pointe du cône ju>4iifà environ 100 toises (195") au-dessous de l'orifice du cratère, JtTi neiges se fondent en été, soit parce que les parois de cette partie •le la chcîminée du volcan sont assez minces pour laisser agir au deliors la chcileur du dedans, soit plutôt parce que les fumées chaudes •»; >ulfii reuses (jui en sortent se rabattent fréquemment sur le pouru^ur de la bouche et contribuent ainsi à la fonte des neiges. Mais aiiHiessiHis de cette partie supérieure du cône, le Mont- Etna est pen-

D%. ' VAni^uoire du bureau des longitudes donne au Pic-de-Tencriflfe une altilQ4r àe mer.

DA. ' Le Canigou est la partie la plus élevée dans les Pyrénées orientales (2*85'" ahitmk* \ Dans les Pyrénées, la partie la plus élevée est la Maladetta, dont le point csiBiBaiit est le Pic-Nethou (3404" ait.)* d*où descend le glacier de la Maladetta.

UA • Etna (Sicile), 3237- ait. (Annuaire du bureau des longitudes). — m. de •■MMvre rapp4»rte que le 5 juin 17*3, k 7'' 20-, il se trouvait sur la cime de PKtna, «i ^ipatfa le baromètre. La température de Tair ambiant étail de + 3«,f, r(-}- V\\) . Al; Bk-mt' moment Pair au bord de la mer étail a ~\- IB^^S K (•+- 23",1 c). La hautour rajnjlt-r sui%ant les tables de de l<iir était de 1072 toises ^32W)'") altitude du point ■^itaifiani

32 LIMITES DES NEir.ES.

dant toute Tannée couvert d'une zone ou ceinture de neige», large d'en^iixm 150 toises (290°') que Ton découvi*e de tivs-loin en mer et qui desc<înd pi*esque à 250 toises (485™) au-dessous de la cînie (soit à 2752™ ait.).

M. de RiedMly qui monta sur l'Etna le 1''' mai 17G7, lituiva les neiges encoi'e établies auprès de la Caveme-du-Clievrcuil fSpclonca del capriolo) qui , d'aprùs mon oliseiTaL^on du Ijai'omèti'e, n'est élevée au-dessus de la mer que de 842 Va toises (1642™). Comme j'y allais dans une siiison qui était de 36 jouiu plus «avancée, je ne rencontiid plus de neige à cette hauteur, mais à 200 ou 300 toises (390 à 585™) plus haut (à 2200™ ait.), on commençait à en voir partout où les enfoncements du terrain la tenaient un peu à l'abri du soleil , et un ikîu plus h<iut encore elle n'avait plus besoin d'abri. Sans doute les neiges diminuent encore jusrju'au mois de sexitcmbre ^ , mais cependant , d'après le témoignage des gens du pays, il en rcste toujours dans les endroits découverts qui ont certainement moins de 1500 toises (2925™) d'élévation.

Les auteurs anciens ont célébré œ (contraste étonnant des neiges éternelles avec les flammes que vomit cet ancien et redoutable volcan :

Siimmo cana jtigo cohibct, inirabilc dictu, Vicinam flmnmis glacicm, œternoqut rigore Ardentes horrent scopuli (SU. liai Lib. XIV).

ClaMdlcBy dans son poëme de Raptu Proscvpin-œ, L. 1 :

Sed quamvis nimio fcrvens exuberat œslu, Scit niiûbics scrvare fidem pariicrquc favillis.

StraboB enfin, L. VI, dit : d.ans la partie nue la plus élevée l'Etna est couvert de cendres et des neiges de l'hiver.

Si l'on pouvait croire (pio ce fussent les sels rejetés par le volcan (jui retardent la fusion de la neige, je ferai observer : premièrement, que les sels rejetés par les volcans sont raies et en petite quantité; en secx)nd lieu, que les sels qui preduisent du froid par leur mélange avec la glace accablèrent la fusion de cette même glace, bien loin de la retarder; et rpi'ils ne produisent même ce freid que i)ai*ce qu'ils le fondent.

DA. * En haute région Tahlation des neiges ne ciminienee qu'à la tin d'avril, et cUt juin a septembre elle est tri^s-forte.

Mil' Ir» llliMltlIUlll'h llltllll» <*lll\(H'M

LIMITES l«ES NEKÎCS. Xx

S- ^i. Qoant aux Alpes, il y a une ilistinetiou esiï:ikM>UoHo ù ùm* i^ii*K^K#à.>wï^*^ ^?Q£re ies montagnes dont la hauteur surpasse UviuitMip la lUuite iulW "^'^^^ ^*^ ^^^"^ n?are des neiges et celles qui se terminent i^ iv\t |v\V i\ ivtte limite.

S. 942 bis. Les hautes montagnes ct>mme le Mimt-BlaiK\ h^ hauttv; imu^ \«^^^r^^^f« ALmiUes , le Buet même , ont leur dme et leurs flauos cintvorts do '•»^*'^**^'^vu^»»^«»grands amas de neiges étmielks » qui refrmdisseut de pnH'Jie eu prin^iio lescourhes inférieures de Tair, imbibent ooutinuellement d\mo i^m daoée les terres et les rochers ipii sont au-dessous d^oUes, ot eutn>tiennent ainsi pendant toute Tannée des neiges îi dos hauteurs où t^lloî^ îe fonderaient si elles étaient sur des montagnes moins hnxUos où elles n'auraient à combattre que le froid de Tair, ot non dos amas do frimats dans un état de congélation actuelle. — Ainsi , sans ivxvhv dos glaciers ijui par une cause différentes descendent oiicort^ iKmucoup phis bas, on peut dire en général que les neiges , proproniont dites , iu> fondent guère au-dessus de 1300 toises (2535") sur les montngiu^H dont la hauteur totale surpasse 1500 ;\ 1600 toises (2925 ii 3120'«).

S. 943. Les cimes isolées, ou qui du moins no sont pus inunédiiit*»- i.iiiin«' i*»* lU'ia*"» ment jointes avec de très-hautes montagnes, sodol)aiTa«8ont(l(U()UtoH leurs neiges loreque leur élévation «lu-dessusdo la mer no surpasHopiiH 1400 toises (2730"). Ainsi le Cramont et les Fours, que noiiH avoim oliser\és, et d'autres que nous vendons oncoi^e, qui ont environ 1400 U)ises (2730") de hauteur, se dégagent entièrement et pi-odulHont (|ii(>I- •jiies grameus et quelques autres plantes sur leur Hoiiiinité. Main Unîtes les montagnes dont la hauteur surpasKo 1100 nu 1450 toiH(»H .'?7.']0" à 2830") conseiTent à leurs clmoH des neiges Hemt^Wm.

Donc, même pour ces montagnes isolées, il faut rabaiHtMsr au inoinn (!*' 100 tcjis^.'s (195") la limite que M. Boaipicr avait fixé aux riei^«*M firmelles sous le climat de la Fram^î.

S. 94 î. M. le géMérsl WfjWeWf si connu jiar ses t'ij<*nt», par wiii < hii * «i* u mim^ mi'rite personnel et par le magnifique ouvnige en relief dariH lequi'l il .! représenté avec l'exactitude la plus admirable plun tUi l^K) lUuu*% «^aiTées de montagnes de la Sub^^: . ne donn/; a la lJ;;fM; (Uth ïu*\v}*% que 1082 toises (2109") au-dessus du lac d'? l^u's:nut\ t'A* qi/j^ i^n >ujipr>sant ce lac de 32 t/iises plus élevé que 1*? nZ/tr'?, fait ^'MUtumti VMr2 toises ^2539") au-dessus de la itv',r. M« ^ftWmw a K\it»Ui j^/ui

l>.\. ■ Ces fkeiçjifs 000 «iitTDfiW, ataii^ p«'J- w Uxmux j»*t:o«.Uiii>. . •Arf\ni,\ *;• .- /iv n-r^ daiLi k^» hautes altitod^^. i>b utu^^ , fX'éU' 4»-^ ;t.'s*»f ^-îJ^i^'A^u^w^^ui^a^ *k,4*^ti^.- .

cette détermination la montagne du Geissberg, qui parait bien propre à cet usage, puisqu'elle ne conserve que 10 à 12 toises (19* à 24") de neiges pendant rété. U semble donc qu*à cet égard il y a ime grande différence entre les montagnes de la Suisse et celles de la Savoie; et cela confirme d'autant plus que la ligne des neiges est moins élevée qu'on ne le croit conununément.i

Iir. Moraines.

Amas de pierres S. 536. Tous les grands glaciers ont à leur extrémité inférieure, et

dèposèessnr les bords jg ^ohq de leurs bords de grands amas de sable et de débris, produits des glaciers.

des éboulements des montagnes qui les dominent. Souvent même les

glaces sont encaissées dans toute leur longueur par des espèces de parapets ou de retranchements composés de ces mômes débris , que les glaces latérales de ces glaciers ont déposés sur leurs bords. Dans les glaciers qui ont été anciennement plus grands qu'ils ne le sont aujourd'hui , ces parapets dominent les glaces actuelles ; dans ceux qui sont, au contraire, plus grands qu'ils n'aient encore été, ces parapets sont plus bas que la glace; et on en voit enfin où ils sont de niveau avec elle. Les paysans de Chamounix nonunent ces monceaux de Moraines, débris la moraine du glacier.

Les pierres dont l'entassement forme ces parapets sont pour la plupart arrondies, soit que leui-s angles se soient émoussés en roulant du haut des montagnes, soit que les glaces les aient brisés en les frottant ' et en les serrant contre leur fond ou contre leurs bords; mais celles qui sont demeurées à la surface de la glace sans avoir essuyé de fit)ttements considérables, ont conservé leurs arêtes vives et tranchantes. Quant à leur nature, celles que l'on trouve sur l'extrémité supérieure des glaciers , sont des mêmes genres de pierres que les montages qui les dominent ; mais conmie les glaces les entraînent vers le bas

DA. < m. de «awMwre cite les observations de «roncr, qui s'appuient des déterminations d'altitudes faites par nilrhely du Cre««, et de celles de vatl« de l»«ll-

lem, qui assignent à la limite des neiges persistantes une altitude de 1500 toises (2925").

Mr^BAINES.

:ib

les arrivent ealre des montagnes dont la nalui-e est enliÉviDieDt difTérente de lâ leur. *

8. 537. 11 semble un peu plus difficile de se rendre raison des amas n.iTifs<icpiiîrTf5ct iê pleiT^ et de sable qiie Ton trouve entassés dans le milieu des val- ti*^ tables* au «liiiett Ita de glaoes * et à une si grande distance des bords de ces vallées , ^" e^acien. ^n laraR inpofsft&îble que ces amae viennent des montagnes qui les boÊÛeaU

Ces pierres sont ordinaii-ement arrangées par lignes parallèles au bord du glacier, et Ton voit souvent plusieurs de ces lignes séparées par des bandes de glaces vives et pures. Quand on Iraverse la grande vallée de glaice^ à deux lieues au-dessus de Monlanvert, on est obligé de tanchir quatre ou cinq de ces espèces de retranchements ; quelquesans d'entre eux sont élevés de 30 ou 40 pieds (10 à 13") au-dessus de la surface du glacier, tant par la quantité des pierres qui les cornpomEl que par les glaces mômes qui , garanties du soleil et de la pluie par ces mômes amas, demeurent au-dessous d'eux, beaucoup plus haaies que là où elles sont nues et exposées à toutes les injures de l'air.

Tm vu quelques habitants des Alpes qui, ne sachant commenl expBr|tier rorigine de ces bancs , disaient que les glaces repoussent en haut et chassent à leur surface tous les corps étrangers qui se trouvent fcofennés dans leur intérieur, et même les rochers mobiles et le sable qoi aOQt au-dessous d'elles. Mais, outre qu'une telle force serait absohimeDt incompréhensible, il y a une difiiculté plus gi-ande encore : c*«l que la glace est, comme je viens de le dire, beaucoup plus élefée aa-dessous de ces bancs de débris que dans le reste de la vallée ; CD sotte que ces débris ne foiit que recouvrir des arêtes de glace qui €0t quelquefois !5 ou 20 pieds (5 à G") d'élévation de plus que les » oues qui les séparent. Il faudrait donc supposer que la glace se elle-même en haut, et cela précisément et uniquement dans I» places où elle est chargée du plus grand poids; ce qui est tout-âfait «tonrde, d'autant plus que 1 on observe une continuité parfaite œa glaces couvertes et celles qui ne le sont pas. On voit les fentes, les mêmes accidents se continuer de runeàTautre, » que Ton ne peut pas sotitenir que Tune soit originaire du fond

que Fautre appartienne à la surface. Voici , je crois , la véritable i de ce phénomène.

Wk * O «ont les fn<voines médianes des (;1âricrs qui «int fvlusieiirs aniuents 1 1 dunt "h trriiiife lu milieu dU glacier sV^pLique p;trfailenient

Ce sont des débris On troiive dans les hautes Alpes, comme dans les plaines, des que les glaces çn- n^Q^tagnes qiii sont dans un tel état de caducité , qu'il s'en détache

tratiient vers le mi- ° ^ ' ^

lieu des vaiim. Continuellement des fragments , ou entiers ou atténués , sous la fonne de terre et de sable ; et cela arrive soit parce que ces montagnes se divisent natiu'ellement en fragments de différentes fonnes, soit parce que les injures de Pair les atténuent et les décomposent. Au printemps surtout, lors du dégel, des pluies chaudes et de la fonte des neiges , les parties de rocher, de sable et de terre que les gelées avaient soulevées et écartées, tombent sur les glaces contenues dans les hautes vallées. Ces pierres, amoncelées sur les bords des glaciers, obéissent ensuite au mouvement des glaces qui les portent. Or, nous avons déjà vu que toutes ces glaces ont un mouvement progressif; qu'elles glissent sur leurs fonds inclinés, qu'elles descendent peu à peu jusque dans les basses vallées ; que là elles sont fondues par les chaleiu^ de Tété, et que celles qui se détruisent ainsi sont continuellement remplacées par le mouvement progressif du glacier. Mais la partie inférieure des vallées de glace n'est pas la seule où elles se fondent. Dans les beaux jours de l'été, smlout quand il règne des vents du Midi ou qu'il tombe des pluies chaudes >, elles se fondent dans toute l'étendue des glaciers; les eaux produites par cette fonte se rassemblent, forment sur la glace même de larges et profondes ravines, — Les glaciers se divisent par de grandes crevasses, et comme les vallées ont toutes plus ou moins la forme d'un berceau, que leurs fonds sont plus excavés que leurs bords, les glaces se pressent et se resserrent vers le milieu des vaUées ; celles qui sont sur les bords s'éloignent de ces bords , glissent vers le point le plus bas et entraînent avec elles, vers le milieu des vallées, les terres et les pierres dont elles sont couvertes.

La preuve de cette vérité, c'est que vers la fin de l'été on voit en bien des endroits, surtout dans les vallées les plus larges, des vides (considérables entre le pied de la montagne et le bord du glacier; et ces vides proviennent non-seulement de la fonte des glaces latérales , mais encore de ce qu'elles so sont écartées des bords en descendant vers le milieu de la vallée. Pendant le cours de l'hiver suivant, ces vides se remplissent de neiges , s'imbibent d'eau , se C4)nvertissent en glaces»; les bords de ces nouvelles glaces les plus voisins de la mon-

DA. < Les rayons solaires ont infiniment plus d'action sur la surface des glaciers que les vents et la pluie dont Taction est même tr^s-faible.

DA. « Ces neiges imbibées d'eau peuvent on très-haute région se convertir exceptionnellement en glace buleuse.

tagne se couvrent de nouveaux débris , ces lignes couvertes s'avancent à leur tour vers le milieu du glacier : et c'est ainsi que se forment ces bancs parallèles qui se meuvent obliquement d'un mouvement composé résultant de la pente du sol vers le milieu de la vallée, et de la pente de cette même vallée vers le bas de la montagne.

Enfin, ce qui achève de démontrer Torigine de ces bancs, c'est ipiii ne s'en forme point dans les endroits où les glaciers sont bordés de rochers de granit indestructible, ou lorsque les pentes des montagnes qui les entourent sont couvertes de neiges ou de glacesA

Il semble d'abord que ces lignes parallèles de sable et de débris iispourraimiserdevraient marquer les années et servir à déterminer l'âge des diffé- Jj!^*,^""^*'^ '^'^^ rentes parties des glaciers; mais lorsque ces bancs viennent des deux ratés d'une vallée de glace, ils se confondent vers le milieu : souvent aussi la pente irrégulière du lit trouble leur ordre et leur parallélisme. On trouve pourtant des endroits où il n'y a que d'un côté du glacier des niontagnes qui se détruisent et où ce calcul pourrait se faire avec moins d'incertitude.

S. 608. En allant du Prieuré au Montanvert, on commence par Fond iiorizoniai df traverser obliquement le fond de la vallée de Chamounix à travers l*^^»"**»^ «»« <'''«™«"des prairies et des champs bien cultivés. On l'emarque Thonzonlalité parfaite du fond de cette vallée , et partout où la terre est entr'oiivorte, 0Q voit que ses premières couches sont des lits horizontaux de limon , de sable et de gravier ; d'où Ton doit conchire que TArve a couvert ontrefuis tout le fond de cette vallée et a élevé ce même fond par raccumulation de ^<& dépAts.*

S. 615. Au bas de cette pente on trouve ce qu'on appelle la 7/iora/ne Legiaciei vu de plus du glacier (S. 536), ou cet amas de sable et de cailloux qui sont dé- p^s -Morainw. pusés sur les bords du glacier, après avoir été broyés et arrondis par le roulis et le frottement des glaces. De là on passe sur le glacier même, et s'il n'est pas trop scabreux et trop entrecoupé de grandes crevasses, il faut s'avancer au moins jusqu'à trois ou ({uatre cents pas pour se faire une idée de ces grandes vallées de glace. En effet, si Ton se contente de voir celle-ci de loin, du Montanvert par exemple , on n'en distingue point les détails : ses inégalités ne semblent •"•tre 4|ue les ondulations arrondies de la mer après l'orage; ni.'us •piand on est au milieu du glacier, ces ondes paraissent des mon-

DA • Parfoitcinciit ol>î>orv«'.

hA - b**» n»niM»*mi'iii> uni »•!«• fail*» fur I»'n tîlari«T> (|iii ont (l»*posr U-ur iiionniM-

tagnes et leurs intervalles semblent être des vallées entre ces montagnes. Il faut d'ailleurs parcourir un peu le glacier pour voir ses beaux accidents, ses larges et profondes crevasses, ses grandes cavernes, ses lacs remplis de la plus belle eau, renfermée dans des murs transparents de couleur d'aigue-marine , ses ruisseaux d'une eau vive et claire qui coulent dans des canaux de glace et qui viennent se précipiter et former des cascades dans des abîmes de glace. Pentes de neige. S. 557. On croira peut-être que c'est une chose très-pénible que de

gravir une montagne par des pentes couvertes de neiges ; et cela est vrai lorsque ces neiges sont ou trop dures ou trop tendres. Mais quand on les trouve ramollies au point de prendre l'empreinte du pied sans le laisser enfoncer entièrement , c'est l'appui le plus avantageux que l'on puisse avoir en marchant. Cette neige s'affaisse sous le pied, prend exactement sa forme et fait ensuite toute la résistance nécessaire pour lui servir de point d'appui : c'est en quoi la neige diffère du sable et des cendres des volcans, qui fatiguent excessivement, parce qu'ils cèdent et fuient sous le pied dans le moment même où il fait son effort pour chasser le corps en avant. Les neiges trop molles ont le même inconvénient; mais si, au contraire, on les trouvait toutà-fait dures, comme elles le sont souvent de grand matin après des nuits claires et fraîches, les pentes rapides seraient non -seulement fatigantes , mais très-dangereuses ; on ne pourrait les gravir qu*avec de forts souliers ferrés ou avec des crampons, ou en creusant avec quelque instrument ferré des escaUers à sa surface.

MOUYSMSNT PBOGBISBIF DBS GLàCIBRS. 39

S.. . Da Breuil à Saint-Jacques d'Ayas nous vinmes passer au-dessous iio«v«n«ni proimd'un glacier qui domine les pâturages de RoUin. Ce glacier se termine ^ **• »^«*«»' abraptement au-dessus d'un précipice et me fournit une occasion ÊiToraMe de relever im voyageur allemand nommé Plo««««i» qui a fait un voyage en Suisse, et ensuite un livre, uniquement dans le dessein de coml)attre le mouvement progressif des glaciers.

Quelques-uns de mes amis m'avaient pressé de répondre à ce voyageur, mais cette réponse m'avait paru superflue lorsque j'ai vu que ses arguments avaient séduit et induit en erreur les rédacteurs de la Gaxetu littéraire de Jéna , l'un des journaux les plus estimés de l'Allemagne, au point de leur faire dire que Plo««««t prouve, sui- Tant leur conviction, d'une manière très-satisfaisante que le mouvement pncrcssif d« gladers est une ehose physiquement impossible.

«Scttdfct naûi tmferer Ucbnrjeugung, ba§ bad fogenatttttc aSorvûtfen bet • «l€tn^ fine DtH9flf<« mmb^i^t @a(^e feL » im%. Sitt. Seitung, 1792.) Mai, p. 310.

Je dis que des glaciers qui, comme celui-là, aboutissent k dos escarpements, portent avec eux la démonstration de leur mouvement progressif; car, lorsqu'on voit des murs de glace de plus de 100 pieds de hauteur (32î") se terminer sur le bord d'un escarpement, lorHriu'rm voit à chaque moment des masses de glace se détacher de (M3s iiiurn, et ces glaces, accumulées par les chûtes répétées, former aux pind» de ces escarpements des amas considérables, peut-rm douter r|ue vm% glaces ne glissent' perpétueUement de haut en bas et n'aient [lar c^jnHé<|iJffnt un mouvement progressif.

D'ailleurs, quand on considère que ces gla<;es ni\ttimtui %\ïv Am plans inclinés , qu'il coule sous elles des t/irrents d'eaux qui Um U$nàimi par » bas, les déUchent et les Moléreiit, ne i^ent-on pan que leur lumsiSi' nence dans la même place est une chrjse phynrjiMrrfMrnt im\tnmïUUi1

Mais sans recourir à ces escarpffnifmv^ , e^Xr^-Ji t\un |/^ rttt'.ytrn âm hantes montagnes que les glaciers charriant daii» ïh laL% Air% valUsttn ne prouvent pas le mouvement pn//T**»if d>^ icpu'Àr% *uf ii^ftH'Mâtn tm

DA ' «. 4e mmmmmmrr fait ;ltM«Hr k% fftyi«r» «MT )^m K*^ ¥^ ^^ ¥*^'

les voit encore à leur arrivée dans ces vallées. Mais il y a plus ; c*est qu*on les voit se mouvoir et pousser devant elles des rochei-s , souvent môme au péril de sa vie ; non pas inmiédiatement à la vérité depuis Tubingue^ , mais quand on passe immédiatement au-dessous comme au placier des Pèlerins (S. 538), au glacier du Miage (S. 854) et en tant d'autres lieux. Aussi n'ai-je pas vu un seul habitant des Alpes qui eilt le moindre doute sur la réalité de ce mouvement progressif, et le doute éphémère élevé par cet auteur passera comme les glaces se fondent à mesure que leur mouvement progressif les fait arriver dans des régions temi)érées. Le mcher sous lequel aboutit ce glacier est de serpentine.

Aneiron. S. 620. L'Ar\^eiron est un torrent considérable qui sort de Textrénaité inférieure du glacier des Ek)is par une gmnde arche de glace que les gens du pays nomment V embouchure de VArveiroii , quoiqu'au vrai ce soit là sa som'ce, ou du moins le premier endroit où il se montre à découvert. — On peut y aller, comme je Tai dit, directement en descendant du Montanvert ; mais c'est ime route si fatigante par sa rapidité que je ne saurais la rx)nseiller. En y allant au contraire du Prieuré, c'est une promenade (*harm;mte d'une petite heure, toute de plain-pied, que l'on peut même faire en voiture en traversant de belles prairies et une superbe forêt.

Vuûtc de glace. C'est im des objets les plus dignes de la ciuiosifé des voyageurs. Que l'on se figure une profonde caverne dont l'entrée est une vortte de glace de plus de 100 pieds (33") d'élévation, sur une largeur proportionnée; cette caverne est taillée par la main de la nature au milieu d'une énonne niasse de glac« qui , par le jeu de la liunière , parait ici blanche et opaque comme de la neige, là transparente et verte comme Taigue-marine, Du fond de cotte caverne sort avec impétuosité une rivière blanche dï»cume, et qui souvent l'ouïe dans ses llotij de git)s fragments de glace. En élevant les yeux au-dessus de cette voûte , on voit un immense glacier couronné par dos pyramides de glace, du milieu desquelles semble sortir l'obélisque du Dru, dont la cîme va se perdre dans les nues; enfui tout ce tableau est encadré par les Ijolles fon'^ts du Montanvoii ot do l'aiguille du Hochanl , et ces

DA. «II. de fliMiitiiHure dit : non pas de Tubiiiguc ; nous ajouterons: pas nième du Grimscl. Plusieurs de mes amis glacialistes se souvieiim^nt bien erVtainement du profos- .seur **" qui a abordé le tïlacierile IWar les yeux eouvrils par un foulanl, soutenu par deux guides : il (hrminait tn-uiblant. \yv\\v au haut du talus terminal, le band«MU drtarhé, il a battu en retraite et est rentre au i;ite.

VOÛTE DE QLXCh. M

ar^ompagnenl le glacier jusqu'à sa cîme , qui se confontl avec

tl csi duQffcretn d'y

I'* Ciel.

bo lieti où Ton jouit de ce spectacle est extrêmement sauvage

que les glaces ont beaucoup diminué : ce sont des amas de

ei de blocs déposés par le giacicr, on n'y voit aucime verdure;

i il y a sept ou huit ans que le ^dacier, descendant beaucoup plus

ltt« cette votVle se trouvait auprès d'une forêt de mélèzes dont le

lit un beau sable blanc relové par des touffes des belles fleurs

le Vepihlium n^ 1001 de HsUert par les fleurs étoilées du

*ium aviKhtmiikum et par celles de la saxilraga aulmmiatis.

8. 621. On a quelquefois la curiosité d'entrer dans cette caverne,

► 'U effet s'y enfoncer assez avant lorsiju'elle est large et

iun ne la remplit pas entirîreuient; mais c'est toujours ime

filé, {^rce t|ii'il se détitche fréipiemment de grands fragments de

»Â vo*ile. Lorsque nous fûmes la visiter en 1778 nous remarquâmes

dsinfi rarche qui formait l'entrèe de la voûte une grande crevasse

|paii{u'liari2oiitale, coupée à ses extrémités par des fentes verticales :

flélait aisé de présumer que toute cette pièce se détacherait bientôt;

eflbeLivenient on entendit dans la nuit un bruit seoîblable a un coup

de iMuierre. Cette pièce qui formait la clef de la voûte était tombée

el avaut entraînée par sa chute celle de toute la partie extérieui'e de

rarche ; cet amas de glace suspendit pendant queltjueii moments le

axics de TArveiron : ses eaux s'accimi nièrent dans te fond de la

caverne, el rompant ensuite tout à coup cette digue, elles entraînèrent

avec violence tous ces grands blocs de glace, les brisèrent centre les

nohers dont est pai-î^emé le lit du torrent et en charrièrent des frag-

^ à de grandes distances. Nous vîmes le lendemain avec une

i d'elTroi la place où nous nous étions arrêtés la veille couverte

ée grande «quartiers de ces glaces.

8- 622- C'est ainsi que celte voûte se détruit et c'est ainsi qu'elle comracwi cette ¥oatc te forme. En liiver il n'y en a j*oint du tout; l'Arveiron, ahrs très- se forme. palif, »ort en rampant de dessons la glace qui descend en Udus jusqa'mi nive^iu ilu terrain ; mais lorsque les chalem-s enflent les eaux lie ce torrent et facilitent la désunion <ies parties de la glace ^ il itmge [or les cAUis les glaces qui gênent sa sortie; alors celles du milieu, a^étaulplus soutenues, toml>ent dans Teau qui les entrahu*, el il s'en détartlB ain« successivement des morceaux jusqu a ce que la partie mtfàiimiTe ait pris la forme d'un*' vnûii» dont fr^s parties se sonmutiiêlIenienL Cette voûlr change <i*un i^ui ;i rawirt-, quel-

quefois elle s'écroule en entier, mais il s*eu reforme bientôt une nouvelle.

On demandera peut-être pourquoi ce glacier est le seul^ qui soit terminé par une arche de glace de cette grandeur et de cette beauté : c'est qu'il est le seul, du moins à moi connu, qui ait à son extrémité inférieure des glaces d'une aussi grande épaisseur et d'une telle consistance, qui se termine sur un plan horizontal et dont il sorte un torrent aussi considérable; car il faut toutes ces conditions réunies pour produire une belle arche. En effet, si, par exemple, le glacier vient se terminer sur un plan fort incliné comme cela arrive trèssouvent, le moindre mouvement du glacier culbute les glaçons et ne laisse pas à la voûte le temps de se former; s'il ne sort que peu d'eau du glacier, la voûte est nécessairement étroite et basse à proportion , parce que c'est la largeur du torrent qui détermine celle de la voûte, et par cela même sa hauteur ; si enfin sa glace est mince ou fragile la voûte ne peut avoir ni grandeur ni solidité. Legiacierparaîtavoir S. 623. Cette voûte de glace u'est point toujours également belle ni recQiè (fliminiié). également grande; elle n'est pas non plus constamment à la même place , parce que le glacier s'avance quelquefois dans la vallée et d'autres fois se retire 2. Les fragments de granit qu'il a déposés témoignent qu'il descendait autrefois de ce côté-là beaucoup plus bas qu'il ne fait aujourd'hui. On voit aussi à l'Ouest du glacier une colline calcaire que je décrirai dans la suite, jusqu'au sommet de laquelle on trouve des blocs de granit arrondis, parfaitement semblables à ceux que le glacier charrie actuellement, et qui prouvent que le iplacler •»Mi «M fois éleTé J««4«>à la liawtewr 4« cette «olltme. 11 parait même que cette montagne fut un obstacle qui arrêta les progrès du glacier de ce côté-là , car plus au NO , là où finit cette barrière , on trouve des vestiges du glacier beaucoup plus en avant dans la vallée. C'est une observation que j'ai faite dans mon dernier voyage en 1784, et qui m'avait échappé dans tous les autres. Sur la route du Prieuré à Argentière, un peu avant d'arriver à la chapelle des Tines, je remarquai près du chemin une portion d'enceinte formée par un entassement de blocs de granit arrondis; j'examinai attentivement la nature et la situation de cette enceinte et je reconnus de la manière

DA. * Les glaciers de l'Aar inférieure, de TOber-Aar, du Rhône, ceux du Grindelwald, et généralement tous les grands glaciers dont le terminus est k faible pente, ont de belles voûtes à la sortie du torrent.

DA. * Les glaciers ne se retirent pas, ils diminuent par fusion, ablation.

VOÛTE DE QLACB. 43

la théorie des glarien.

la I^Ug indubitable que c'était une mmtêmmam limite d« iriaeler «m Anciennes limites des ■•il ««i •'éiAii a«tMf<»is ATmaeé Jm««e-là. Je mesurai en droite gUriers.

ligne la distance à laquelle il se tient actuellement de cette limite, et je trouvai 500 de mes pas, ce qui fait 13 à 1400 pieds (420 à 455*"). On ne 86 souvient point à Ghamounix d'avoir vu là le glacier ; les mélèzes qui y ont crû prouvent par leur air de vétusté qu'il y a bien longtemps que le glacier a abandonné cette place, de môme que leur triste et maigre figure indique la stérilité connue des terrains qui ont été occupés par les glaces. Les grands blocs de granit parsemés et renfermés dans l'intérieur de cette enceinte sans qu'on en voie aucun au dehors, ei leur ressemblance avec ceux qui sont actuellement au pied du glacier, dteo«treBi ««« e*0«i Imi «mi le* m déposés 1. Si donc on trouve des exemples de l'accroissement des glaciers , en voici un bien frappant de leur diminution, et nous en verrons bien d'autres dans le cours de ces voyages.

S. 624. Ceux qui ne se sentiront pas les forces nécessaires pour on peut Tèriner gravir jusqu'au haut de quelque glacier pourront vérifier au pied de jci plusieurs poiutsdc celui-ci plusieurs des principes que j'ai posés sur leur formation. Ils verront que leur glace est d'une espèce particulière remphe de petites bulles semblables en tout à de la neige qui s'est gelée après avoir été icobilée d'eau. Ils verront qu'elle est ici en grandes masses sans aucun vestige de couches, là divisée par couches très-épaisses ; ils verront qne sa structure n'indique point une formation lente par une apposition successive de lames ou de petits feuillets ; ils trouveront la preuve d» Kn mouvement progressif dans les blocs de pierre qu'eUe charrie , pierres qui ne sont point de la nature de ceUes des montagnes qui bordent le bas du glacier, mais des granits qui ne se trouvent que dans les hautes cimes qui dominent ces parties les plus élevées ; on a môme mmaUié psir «m >Hyif>me«t» la réalité de ce mouvement progressif. Mouvementdesgia- IIs comprendront enfin que c'est le renouvellement de ces glaces pro- fiereconsutépardes

aUgneoMnts.

DA. > En 1S15, s. v. venmvMB dit k m. ûe Ciuuri^iitler t «Les glaciers de ■os BOflUgnes ont en jadis une bien |ilus grande extension qu'avùourdliui. Toute notre vallée, josqu'à une grande hauteur au-dessous de la Drance (torrent de la vaUée) , a été occupée par un vaste glacier qui se prolongeait jusqu'à Martigny , comme le prouvent les blocs de roches qu'on trouve dans les environs de cette ville et qui sont trop gros poar que l'eau ait pu les y amener. » (Voyez Phénomènes erratiques, T. III, p. 1.) - Ce simple montagnard, en homme de bon sens, a établi la théorie du transport des matériaux erratiques par les anciens glaciers, m. 4e MivMiire signale les mêmes faits et conclut néanmoins : que le terrain erratique et les gros blocs sur le Jura ont été transportés par 4es courants d'eau monstres.

duit par le mouvement progressif qui perpétue leur existence dans le fond d'une vallée assez chaude pour entretenir la plus belle végétation.

Réflexion Kèoiofiiqoe. S. 625. Les blocs de pierre dont est chargé le bas de ce glacier invitent à une réflexion assez importante. Lorsque Ton considère leur nombre et que Ton pense qu'ils se déposent et s'accumulent à cette extrémité du glacier à mesure que ses glaces se fondent, on est étonné qu'il n'y en ait pas des amas beaucoup plus considérables. Et cette observation , d'accord en cela avec beaucoup d'autres que je développerai successivement, donne lieu à croire, comme le fait ■• de livcy que l*état actuel de notre globe n'est point aussi ancien que quelques philosophes i*ont imaginé.

Sable aurifère. S. 626. Mais cc glacier ne charrie pas seulement des pierres. Le sable de l'Arveiron qui en sort contient de Vor, et môme quelquefois en assez grande quantité. J'en avais ramassé en 1761 dans une de ces petites anses où la nature, par une opération semblable à celle du lavage des mines , rassemble les parties les plus pesantes et les plus riches. Quelque temps après mon retour un orfèvre, qui avait établi sur le Rhône des moulins à lavures, vint me dire que ses moulins n'étant pas tous occupés, il désirerait trouver un sable quil pût passer dans ses moulins avec quelque espérance de profit. Je lui parlai de celui de l'Arveiron et lui donnai l'échantillon que j'en avais rapporté. Au bout de deux ou de trois jours cet homme revint avec une émotion qui lui laissait à peine la liberté de parler; il me (lit qu'il venait de faire l'essai de ce sable et que , si je pouvais lui indiquer exactement le lieu où je l'avais pris et lui en faire avoir une certaine quantité, il y aurait de l'or pour lui, pour moi et pour tous ceux qui en voudraient. Je lui donnai tous les renseignements nécessaires; il alla sur-le-champ, en chargea plusieurs mulets, le passa h ses moulins, mais n'en retira pas môme ses frais. L'or était distribué dans ce sable avec une extrême inégalité ; quelquefois on en trouvait assez dans une petite portion, d'autres fois un sac entier n'en donnait qu'une quantité imperceptible. J'en ai moi -môme ramassé depuis dans les mômes endroits ofi j'avais trouvé celui qui avait donné de si grandes espérances : j'en fis l'essai suivant les règles de l'art, et j'obtins sur une demi-once de sable un bouton d'or pâle allié d'argent , mais si petit que la balance la plus mobile ne pouvait pas en apprédev le poids. 11 est vraisemblable qu(3 cet or est entraîné par des avalanches ou par des tornmts ([ui se jettent dans lo glacier et dont In

lUIlîTH Sltli LE GLACIER. 45

ii*étârit point rt*gulière , ne saurait, donner constamment la

quantité.

8. 627. Le 15 juillet 1778 nous étions venus, M, Tremttier, L n<^^«et et moi, coucher au Mon tan vert afin de pouvoir partir le au point du jour et pénétrer jusqu'au fond de Ja vallée de

ïcrL

Mats OÙ couche-t-on sur le Montanvert? On y couche dans un t, car c'est ainsi que les Ghamouniards, nation gaie et railî, nomment par dérision la clulive roLraiLe du beri^er qui garde les troupeaux de cette raontagne. Un grand bloc de granit, porté là «9rlemBeHirBii pmr 1« iplaeler on \mr queliiue révolu Uuii pULs ancienne, est a55îs sur une de ses faces , tandis qu'ime autre face se relève en faisant un angle aigu avec le terrain, et laisse ainsi un esiwce vide au- .jje.'^s* iiLt» d'elle. Le bei-ger industrieux a pris la face sfdliante de c^ gmiit pour le toit et le plafond de son chAteaii, la teriMS pour son paxquet; il s'est presené dos vents conhs en entourant cet abri d'un OBir de pierres sèches, et il a laisse dans la partie la plus élevée un lide uit U a placé mie porte haute de quarante pouces et large de meim* Quant au.x fenêtres il n*eu a pas eu besoin, non plus que de dbeomiées ; le jour entre et la fumée sort par les vides que laissent elles les pierres de la muraille. Voilà donc rintérieur de sa cet espace angulaiœ , renfei^mé entre le bloc de granit , la terre et la muraiUe, foime la cuisine, la chambre à coucher, le cellier, U laiterie, en un mot tout le domicile du berger de Montanvert.

8» 629, En rentrant sur le terrain je vois que les montagnes que coiiimena-incni des aooB côiojious et qui dépendent de raiguOle des Ghamioz ne sont Rrauii* vn masw. pion des roches feuilletées , ni des granits veinés, mais des granits en wamc. La grandeur et le poli de leurs faces , les ai^étes vives et tran* qfemifff qui couronnent leurs cîmes annoncent de loin leur nature, et le marteau qui les mrule prouve la justesse de ces indices. Leur itmcture ne parait pas d'abord bien distincte, mais à mesure qn'on } on voit les grandes tables dont ils sont composés devenir plus î, approcher d'avantage du parallélisme et se diriger transfenalemeiU à la vallée pour courir à j>eu près du NE au SO.

S, 630* Enfin, le glacier devenant plus traitable, nous y rentrons Koute lar te gucicr* mm heure et demie après notre départ de Montanvert, Ici cependant Ml» rencontrons une difficulté nouvelle. 11 était tombé la veille de la fhtie dont les gouttes se sont gelées en lonihant sur le glâf^ier et ont »àsa surface, ordinairement raboteuse, im vi^rglas extrômemenl

^ssant ; mais nous armons nos pieds de crampons qui assurent nos pas et nous permettent d'accélérer notre marche. Nous trouvons bien çà et là quelques crevasses un peu larges à franchir, quelques pentes un peu rapides à traverser le long de ces abîmes, mais cependant nous avançons toujours en nous dirigeant à ESE pour traverser obliquement le glacier en le remontant. Nous remarquons chemin faisant de grands amas de grains de grêle accumulés dans les enfoncements de la glace. Moraines. Après une bonne demi-heure de marche sur le glader nous traversons une arôte de glace chargée de terre, de sable et de débris de rocher. J*ai parlé dans le premier volume de ceft arêtes parallèles à la longueur des glaciers que Ton voit souvent dans le milieu de leur largeur ou à des distances plus ou moins grandes de leurs bords. J'ai fait voir qu'elles sont produites par des débris qui, du haut des montagnes, roulent sur le glacier, et qui, entraînés par la glace sur laquelle ils reposent, suivent comme elle une direction oblique en descendant tout à la fois vers le milieu et vers le bas de la vallée.

La glace sous ces arêtes est beaucoup plus élevée que dans leurs intervalles, parce que ces débris accumulés sur elle la préservent de l'action du soleil et l'empêchent de se réduire en eau. On voit même en bien des endroits de grands fragments de rocher soutenus à 4 ou 5 pieds au-dessus du niveau du glacier par des piédestaux de neige ou de glace qu'ils ont empêchés de se fondre. Mais au contraire les petits débris isolés sur la glace accélèrent sa fusion et s'enfoncent audessous de son niveau. La raison de cette différence est fort simple : la surface supérieure d'une pierre s'échauffe plus au soleil que la glace, à cause de sa couleur et de sa densité; si donc une pierre est mince, la chaleur que lui donne le soleil la traverse et fait fondre la glace sur laquelle elle repose; mais si la pierre est épaisse, la chaleur ne passe point au travers, sa surface inférieure demeure froide et préserve même la glace qu'elle couvreJ

Dix minutes après nous traversAmes une seconde arête plus haute (jue la première, et nous jugeâmes que sous ces débris la glace était de 20 ou 25 pieds (7 à 8") plus élevée que dans les endroits où l'air et les rayons du soleil agissent librement sur elle. On rencontre une troisième arôte à vingt minutes de la seconde, et la quatrième, qui est la dernière, la suit de très-près.

DA. * Les roches supportées par des piédestaux de glace, nous les appelons tables de glacier, et nous expliquons leur formation comme le fait s. é

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