BLOCS ACCUMULÉS
verser d'une rive à l'autre sur 700" de largeur sans mettre le pied sur la glace. Ce fait provient sans doute en grande partie de la forme aplatie, schisteuse, ardoisiforme des débris qui couvrent, sous un volume donné, tme plus grande surface de glace. L'abondance des débris provient encore de la facilité avec laquelle les roches constituant ces montagnes se délitent, se décomposent , se détachent de la masse pour rouler sur le glacier; les montagnes granitiques du groupe du Mont-Blanc et du groupe de la Jungfrau ne se décomposent pas avec la même facilité.
n en résulte encore une autre conséquence : ce manteau protecteur favorise au plus haut degré Tenvahissement du front du glacier, pmsque l'action des rayons solaires sur la glace s'en trouve ammlée. Quoique n'ayant que 5000 mètres de longueur et ne pouvant guère être classé parmi les plus grands, il en joue cependant le rôle par la manière dont il envahit les terres et les forêts de mélèzes sur sa rive gauche du côté de la Kalbermatt, et particuUèrement sur sa rive droite du côté de la Staffel-Alp. De vieux mélèzes trois fois centenaires sont arrachés et brisés ; la moraine frontale se compose d'une masse énorme de débris oh l'on remarque autant de bois que de pierres.
DA. 8. Sl«cs acevKVlés (F). Blocs accumulés.
Amas de matériaux d'un certain volume qui se présentent sous forme de grand cône (pyramide) de blocs.
Les glacialistes seront peut-être surpris de voir surgir dans la nomenclature des moraines des espèces nouvelles et me diront que la classification adoptée jusqu'à ce jour répond à toutes les formations : moraines médianes — moraines latérales — moraines frontales — et moraines profondes. — Je ne suis pas de cet avis.
En montant au glacier inférieur de l'Aar pai* la pente terminale on marche pendant quelque temps sur la nappe de blocs anguleux à arêtes vives qui couvrent uniformément et assez horizontalement sa jurfece * ; on voit des cônes isolés qui s'élèvent souvent à une assez grande hauteur. — Quelle est la cause de ces pjn'amides de maté-
DA. * Locomotion pénible , nullement dangereuse sans doute , mais qui met à de rudes ^•^rtarn b chaussure. — Un jour le cordonnier du Grimscl me dit : « De tous les gla- «iers, c'est Totre glacier inférieur de TAar qui est le plus significatif, le plus intéressant a \oir : h moraine qui le couvre est mon gagne pain.... A chaque départ de touristes qui ïi« rendent du Grimsel au glacier, je me dis : A leur retour, travail de' nuit bien pa>e; jamais cela ne manque : cuir et semelles sont décousus, crevassés.»
'|()4 MOHAINES.
riaux accumulés ? — L*ami DeMr, pendant nos séjours au Pavillon, me disait fort souvent : « Papa DéUfiM , tous les phénomènes glaciaires gui se présentent à la surface et ceux à rintérieur doivent être expliqués.» — Autant qu'il m'en souvient, les expHcatîons de ces cdnes, qui du reste n'ont pas été publiées, laissaient beaucoup à désirer. Aujourd'hui , en 1862 , je suis assez osé d'essayer de la donner : j'en prends toute la responsabilité personnellement seulement, n'ayant pas été à môme de la discuter avec des collègues ou coUaborateors. Je dois cependant dire que mon guide en chef a ajouté foi à mes conclusions ; de plus , il est encore d'accord avec moi que la nature seule est professeur. — On sera peut-être étonné de voir un glacialiste , admirateur des anivres du grand Architecte de Ihmivers, faire confirmer ses théories , conclusions d'observations , par un guide profane , et pour éclairer cette prise en considération, je dirai avec <• mmmm-^
«Et croirait-on que dans ces sauvages retraites « dans les hautes n régions des Alpes j'ai trouvé des penseurs qui, par la seule force de « leur raison naturelle , se sont élevés fort au-dessus des superstitions «dont le petit peuple des villes s'abreuve avec tant d'avidiié.i »
liovenons aux blocs accumulés.
Qnollo ont la cause de ces fragments de roches accumulés sous fonnn do cônes ou pyramides?
Kn nniont do ces mêmes cônes, à une certaine distance, nous voyons dos dépressions en creux dans le glacier, de petits cratères (si loiitorois on imii leur donner ce nom) ti-ès-évasés dans le haut, doot la imrtio infériouro est encombrée de roches qui y sont tombées du haut dos itfinns abniptes ; ces trous sont quelqueSois à sec, mais le plus souvent il y a do l'eau. Cette cavité finit par ôtre complètement rhafK^H) do matériaux ; les surfaces adjacentes s'abaissent par ablation, la moraine surgit, le mouvement progressif du ^ader dans roH i*églons (wt lent et le cône sera formé.
Kn IHO? cette hypothèse est parfaitement confirmée. — En parcourant lo glacier rive droite, grand fut mon . étonnement de voir daim la niasso du glacier même, en aval du glacier du Thierberg, non paH un do ces cratèn^s de moraine terminale, mais un vrai lac de 200 nu'^troH approximativement de longueur et autant de largeiu* (4 kilom^t^^8 (*arrés) «»t de 60 mètres et plus de profondeur, se trou-
DA. • Voyi»! Matérimir, T. I. p. I»&.
CONES tiRAVELEUX.
vaut dans une uai>]>tj do blocs de laquelle , par une Ijelle journée , les matéiiaiix de la surface i^litssent à cliaque instant sur les parois de glace qui rencadrent et luiironl par la i-emplir complètement.
Plus en aval ces matériaux surgiront et pmduiront un cône monstre qiii remplacera celui que nous voyons beaucoup plus en aval sur le glacier et dont la présence étonnait. — La carte du glacier très-détaillée de M, ringériieur ^wiid signale en 1842 un lac à une assez grande distance en amont de la rive droite et en prolongement de celui-ci, Ea 1862 ce lac ne se voit plus à cet emplacement ; c^est le même qui D0U6 occupe et qui a fait une locomotion en aval. Un autre lac se formera et donnera lieu à un cône nouveau — cône que nous désignons par blocs accumulés pour le distinguer des cônes graveleux ( cônes de gmiier} qid doivent leur existence à des causes bien différentes. DA. 9. Côite» i^raf elenm (G).
CAnes , pyramides de glace couvertes de sable fin , élevés â plusieurs iiw^tres de hauteur au-dessus de la surface du glacier.
Leurs dimensions varient depuis celles qui , par la forme et la grandeur, ressendjlent aux taupinières que nous voyons sm* la surface de^ gazons Jusqu'à de grandes dimensions. En 1862, amiée de forte ablation, j'en ai vm au glacier inférieur de TAar jusqu'à 10 mètres de hauteur, ce qui est le maximum.
Ces cônes graveleux se voient au glacier de TAar {et généralement
sur les glaciers) dans le voisinage des grands ruisseaux qui coulent à
leur surface et qui eharrienl du sable fin en masse. Ces ruisseaux
changenl souvent de direction , surtout au printemps à la fonte des
odgiœ. Les sables uns acctmiulés sur un certain espace du glacier
daai la surface n'est plus atteinte par les eaux, protègent la glace qui
les supporte contre l'ablation; cette masse de sable se trouvera plus
élevée. Le cône de glace ne s^élèvera pas en progressant du bas en
haut, comme le ferait un champignon; c*est la surface ambiante
qui baisse par la fusion et le cône s'élèvera de plus en plus jusqu'à sa
destruction. Les sables protecteurs finiront par gUsser sur les parois
abroptes , mettront la surface de la glace à nu et les rayons solaires
l*anéan liront.
Ijes cônes graveleux sont temporaires et leur existence individuello
' dépasse généralement pas une année.
Sur le glacier de J 'Aar les cônes graveleux les plus nombreux et les
pî - : iiids se trouvent à moitié chemin de la ligne du Pavillon â pente
En 18G1 cl 186'^ nous en avons vu dans le cirqun de In
Cûaes gnveli^un,
Stralileck qui eussent certes fort étonné feu glacialisle Ha^ , qui fixa la ligne des neiges étemelles (que nous avons remplacées par neiges temporaires) à quelques cents pas en amont de l'Abschwung, sur le glacier du Finster-Aar.
r-bl« ùes glacim. DA. 10. Tables de« ylaelen (H)/
Blocs perchés sur un piédestal de glace.
Ces blocs perchés ont été signalés par te SawMiiM» Hoiri» d« Cbarpentier» etc. Ces auteurs sont tous d'accord sur la cause qui les
produit. — De Cbarpentler dit :
«On rencontre quelquefois sur les glaciers de très -gros blocs de roche supportés comme les moraines médianes' par un socle de glace qui a aussi la môme origine.... Dès qu'un socle a acquis une certaine hauteur qui dépend de la grosseur et surtout de la largeur du bloc, le soleil et les vents chauds Tentament et l'amincissent du côté où ils l'atteignent. Ce bloc n'étant plus suffisamment appuyé se met à pencher do ce côté et finit par tomber sur la surface du glacier; puis, donnant lieu à un nouveau socle, il se retrouvera de nouveau audessus do la suiiacc adjacente.»
Sur les glaciers de l'Aar, les tables des glaciers sont très-nombreuses des deux côtés de la moraine médiane, depuis l'Abschwung juwiu'en aval du Pavillon où la moraine médiane s'éparpille. Nous
' •tendliier (D^*
Ft'htischfi in der Sandumste (tables au désert). Mémoire inséré dans Peterauuui** geographischr MittheUungm, i86i; T. VH, p. 281.
In dcr 10 Stunden breiten Wûstc zwischcn Saccara und Fogum (Egypten) sieht inun a^hiilicho Tische wie die sogenaftnten Gletscher-Tische (tables de glaciers) auf den (ilrthcliern. — Hierbei schOtzt der Felsblock das direct unter ihm liegende Eis des (ildsi'hcrs gcgen die vcrzehrendcn Strablen der Sonne » wclche die ringsumherliegende OlH^rflu'chc des Gletschers auflhaut, so dass cndlicb ein Eisstiehl dasteht, welcherden FVlKblock frei auf seiner Spitze tnegt, bis auch dièse tragende Eismasse von der Tageswn^nne und den Sonnenstrahlen so stark augenagt wird, dass sie den FelsblodL nicM lut^hr Italien kann , und dicser von Neuem auf die Flxche des Gletschers stOrzt, wo er JHild wiedcruni einon iieucn Glctscber-Tisch bildet.
Aehniicbi's scheint hier in der Wûste der Fall zu sein. Der liegende Felsblock schûtit den untor Ihm liegondon Sand gegen die heflige Einwirkung des Cd)er die œde Flaeche rnri^chondiMi Windcs. So ontstehen sehnliche Felstische und fallen , wenn der aus Sand grbildeto Bodcn endlich weicht (freilich in weit groBssern Zeitrxumen als es auf dem TilotHchcr der Fall ist), auf die obère Flxche der Wûste zurûck, wosichdann derselbe Pr»y.i*Hs \sl(hThoI(*n kann. — Andcrc derartige Felstische der Wûste stehen auf steini- Kcn HaslK, wrlchc voni Sandc ofl weichcr werden , als der den Hsch bildende Block Hcibsl , inid von S4>Itenen Kcgenslra>mcn an den Rxndem abgeriebcn wird , bis die Basis t\\ M-liwiirli ist. und den auf ihr ladendcn Dnirk des Felsens nicht mehr tragen kann, iMJi r biN dicsor nach oinor Seito hin das rebprgcwichi bekœmmt und herabstttrzt.
en voyons aussi dans les régions plus élevées, au cirque de la Strahleck, etc. La hauteuiide la base qui les supporte atteint souvent plusieurs mètres. — L'effet qu'ils produisent est4i*ès-pittoresque.
En règle générale , c'est du côté du Midi (Sud) que le piédestal (le support de glace) est le plus entamé , et c'est aussi dans cette direction qu'il tombe ou qu'il table.
Nous disons tel ou tel bloc table, lorsqu'il se produit généralement à sa base des socles desquels il tombe. Cette dénomination d'expression, de blocs qui tablent, a pour nos observations glaciaires une grande importance. Un certain nombre de blocs de grandes dimensions, parmi lesquels il s'en trouve de très-gros, de vrais monstres en fait de blocs, comme le Bioe Mugi et le n^ 12, qui est encore plus gros, sont niunérotés et compris dans le réseau de triangulation, et servent de signaux pour observer la marche, la progression du glacier. — Lorsque ces blocs se mettent à tabler, à quitter leur emplacement normal , il y a perturbation dans le relevé , il faut en marquer de nouveaux ou tenir compte de leur locomotion. Nonseulement les blocs-signaux se mettent à tabler, mais quelquefois ils prennent de telles mauvaises habitudes , qu'ils tablent dans les régions où Us sont engloutis dans des crevasses béantes , surtout ceux près de rive gauche , comme le bloc monstre n® 12 , que nous avons vu sur un piédestal de 4 mètres de hauteur et plus , et qui en tablant a glissé non au Sud, comme c'est leur habitude, mais au Nord , et a disparu dans une crevasse d'escarpement.
Les blocs qui se trouvent souvent à une grande distance de leur emplacement normal par suite d'avoir tablé, je les désigne par Blocs ^x>radiqxiesA
En résumé, la marche des blocs-tables est anormale; elle est irrégulière et ne coïncide pas avec la marche normale du glacier. Il y a d'une part le mouvement général du glacier qui le porte d'amont en aval , d'autre part le mouvement du bloc propre à chacune de ses chutes; il se trouvera ainsi successivement transporté sur un point qui sera la résidtante de ces deux forces. Ce point peut varier à l'in- Uni. Ainsi, supposons un glacier dont la marche sera dans la directioD du Nord au Sud , conune le glacier d'Aletsch et le glacier de Viesch, par exemple. — Un bloc tablant sur la surface de ce glacier arrivera plus vite au tenne de sa course que les autres matériaux qui
l>A. * Voyez Blocs sporadiques, paragraphe suivant.
ne tablent pas , pai'ce que les blocs tombant généralement du côté du Sud , Tcspace parcouru par le bloc à chacune de ses chutes s'ajoutera à l'espace parcouru par le glacier lui-môme. Par contre, si le glacier marche dans la direction du Sud au Nord comme le glacier de Ck)rbassiëre dans la vallée de Bagnes , le glacier des Bois , le glacier d'Argon tières, les blocs tablants arriveront plus tard au talus terminal que la masse des autres matériaux , leinr chute dans la direction du Sud retardera leur arrivée.
Troisième exemple. Supposons un glacier marchant dans le sens de TËst à rOuest, conune le glacier de Gomer, le glacier de Giëtrotz : les blocs tciblant par suite de leurs chutes successives seront peu à peu portés sur la rive gauche.
Quatrième exemple. Un glacier marchant de l'Ouest A l'Est, glacier de r Aar par exemple , les blocs-tables auront une tendance à se porter sur la rive droite.
Ainsi , comme nous venons de le dire , c'est de la résultante de deux foi*co8 qu'il faut tenir compte dans la marche de ces blocs.
Leur mouvement étant compliqué , c'est donc commettre une haute imprudence qiie de prendre un de ces blocs pour point de répère ou point de mii*e trigonométrique pour mesurer la marche d'un glacier.
11 no faut pas s'étonner non plus de trouver dans le terrain occupé p^ir d'anciens glaciers des blocs erratiques dont la position parait énigmatiiiue ; ils ont sans doute été mis dans de telles positions par suite (lu mouvement que nous venons d'expliquer.
llliH» »|Hirjahiuoii. DA. II. Blocs spomdlvmes (J).<
Fragments volumineux qui , après avoir tablé (quitté le piédestal qui les supportait comme tables des glaciers) , se trouvent à une certaino (listauiv de leur emplacement normal (voyes Tables des glaciers, DA. 7, et Miyraine-s médianes, DA. 3).
Ux distance ({uo les blocs qui tablent peuvent j^arcourir est souvent tn^s^^ninde; dans certaines régions ils peuvent par ces escapades s'éloigner UMuixnip de leur emplacement normal et mâme revenir sur leurs ivis. tHUiveut une large crevasse béante les engloutit; mais, si elle n'est (vis profonde et éloignée des rives , il sera de nouveau mis à tlot iKir suite d aMation de la surface ambiante et continuera à faire des tHuirst** en lig-iag.
h.\ * siHmtiii^Hf s«r iht aif:s )f»iirv> il des fawUes de piastes dont les espèces sont oiKiiNON \)4i\^ tlui'iN^'^ r\>Liims du gh^K- [iHHi0mmnirr mmtîamii de BcMaïuELLE aîné
BLOCS SPOHADIQLËS. 409
GeUe locomotion irrégulière, désordonnée, doit être prise en grande considération par les glacialistes qui étudient les glaciers en activité, surtout par ceux (et ce sont les plus nombreux) qui s'occupent du terrain erratique que nous trouvons à de grandes distances des glaciers actuels. Us verront de certains blocs sporadiques occuper des places où leur présence est difficile à expliquer , qui se trouvent en compagnie d'autres blocs ou matériaux dont la provenance est parfaitement reconnue : on sait d'où ils viennent; mais les sporadiques, ces déserteurs des rangs, d'où viennent-ils? Question fort difficile à résoudre; on leur appliquera la dénomination de sporadiques, c'est-àdire on ne sait d'où ils viennent. *
Sur le glacier infériemr de l'Âar on peut suivre sur un très-long parcours les bandes de ses différents affluents, qui souvent ne sont indiqués que par des traînées de sable ou menus matériaux, quelquefois par des blocs assez volumineux qui tous sont de même provenance, absolument de la même roche souvent très -caractéristique. Parmi ces blocs on en voit qui sont de toute autre espèce, qui étonnent par leur présence et appartiennent à un autre affluent; ce sont des sporadiques, des blocs qui, après avoir tablé, se reposent tranquillement sur la surface du glacier; peut-être plus tard, dans les régions en aval, ils reconunenceront leurs escapades.
Sur le glaciar de l'Âar les blocs tablent (comme nous l'avons dit) généralement dans la direction transversale et tombent du côté du Sud; lorsque ce côté est en pente, le terrain qu'ils parcourent en tombant est souvent de 5 à 10 mètres, et sur les fortes pentes beaucoup plus grand. Sans prendre leur chute sur le fait, on voit la distance parcourue par des piédestaux de glace qu'ils ont quittés et qui se maintiennent à une certaine élévation pendant quelque temps.
Dans la localité en aval de l'Âbschwung de l'ancien Biœ a««mIz (ex-hôtel des Neuchâtelois) j'ai vu en 1862 un assez grand nombre de ces blocs sporadiques, éloignés de 200 mètres et plus de la moraine médiane de rive droite. — Dans cette localité , le glacier ne représente pas une surface horizontale dans le sens transversal de la moraine; au Midi il a ime pente de 2 à 5 degrés du Nord au Sud; les blocs en tablant tombent malgré cette pente au Sud, et cela ne doit nullement étonner : eu tombant du piédestal, qui a ordinairement
DA. * La dénomination de sporadique a été inventée par Tami s. C«ll«Hik pour i«->i)cner ces blocs : on ne sait d*où ils viennent.
plus d'un mètre de hauteur, ils tombent sur une surface plus basse.
Nous n'avons parlé que des blocs sporadiques d'un certain volume ; nous devons aussi mentionner les roches moins volumineuses, le gneiss schisteux par exemple , qui se trouvent en grand nombre sous forme de dalles. Lorsqu'elles ont peu d'épaisseur elles ne tablent pas , mais lorsqu'elles ont une épaisseur de 0°^,50 et plus, elles se trouvent dans d'excellentes conditions pour tabler.
Au glacier inférieur de l'Aar, après avoir passé sur la nappe de blocs, on arrive dans la région de la moraine éparpillée, localité où les tables de glaciers sont très-nombreuses. L'ablation à cette altitude est très-active ; chaque bloc essaie pour ainsi dire de tabler, et ceux qui réussissent sont nombreux. Des amas de sable arrivent à cônes graveleux; d'autres ne dépassent pas en volume les taupinières : c'est un vrai champ de manœuvre et de gymnastique où chaque roche essaie sa force tablante.
Moraines Uitcrales. DA. 12. MoraiBes latérales (K).^
Matériaux sur le dos du glacier, rapprochés des rives d'encaissement.
Les roches qui se détachent des parois découvertes qm encaissent les glaciers tombent sur leur surface à des distances variables de la rive.
Les rives couvertes de glace, de nevé ou de neige depuis leur base jusqu'à la crête , ne fournissent des matériaux que lorsque des parties se trouvent à découvert par ablation.
Les roches qui se détachent isolément ou sous forme d'avalanches occuperont sur la surface du glacier une position pliis ou moins éloignée des rives et se maintiendront comme moraine latérale d'autant plus de temps qu'elles en seront plus distancées.
Dans les glaciers simples, ceux qui n'ont pas d'affluents, ces matériaux disparaissent de la surface par suite d'ablation latérale et surtout par l'extension transversale du glacier; ils resteront en place sur la roche et deviendront moraines riveraines, ou bien seront empâtés enti*e les parois de glace et de roche, et prennent rang de moraine profonde riveraine.
Dans les glaciers composés de plusieurs affluents, les moraines
DA. * Pour ne pas augmenter le nombre des espèces de moraines, je n'ai pas signalé les Moraines latérales profondes, ni les Moraines par obstacle par un paragraphe distinct.
MORAINES lATÉaAUSS. 41 1
laléraies qui oui persisté et qui se scmt maintaoïues sur la sur£sM», ainsi que les matériaux empâtés entre roche et glacier (moraine latérale proConde), sont les élémants de la moraine médiane et des
Les moraines latérales du glacier de Miage sont un des plus beaux exemples qui existent dans les Alpes. Le glacier de Miage descend de la dme du Mont-Blanc ( 4810") ; sur son revers méridional fl parcourt d'abord une distance de 3800" à forte pente, à partir de la cime jusqu'au point où existe un étranglement de rochers où sa largeur est réduite à 1200". De ce point la glace est à trèsfarte pente sur une longueur de 2800", puis le glacier quitte sa diiecticm primitive N-S pour s'infléchir presque à angle droit dans la direction de l'Est et s'allonger dans le val de l'Allée-Blanche avec une pente très-laible; la longueur de cette dernière section est encore de ?800"; la longueur totale depuis le sommet du Mont-Blanc jusqu'au talus terminal est donc de 9400" ; la pente moyenne de ce glacier est une des plus fortes, elle est de 0*,30 à 0^,32.
Les mcHaines latérales ne deviennent visibles et proéminentes à la suriace que du point où le glacier se coude et pénètre dans l'Alléefilancbe. Le massif du Mont-Blanc étant exclusivement composé de prologine et de schistes cristallins , les matériaux des moraines ne contienuent pas d'autres roches. La moraine latérale droite est surtout remarquable par la forme qu'elle présente d'un immense rempart de 2800" de longueur qui barre d'abord la vallée, vient butter contre la rive opposée et la suit jusqu'au talus frontal. Cette moraine, en traversant la vallée de part en part, empêche en partie les eaux supérieures provenant du glacier de l'Allée-Blanche et du col de La Seigne de s'écouler librement ; elle donne naissance au lac du Combal. Ce lac a environ 700" de longueur et 500" de largeur ; il est peu profond^ les bords en sont marécageux; néanmoins si le glacier^ par sa progression, venait à boucher complètement son issue contre le pied du Mont-Favre, qui fait face au Mont-Bla)ic, il en résulterait de graves avaries dans l'Âllée-Blanche; on pourrait craindro dans cette vallée une débâcle pareille à celle qui eut lieu en Valais par suite de la progression du glacier de Giétroz.
La moraine latérale gauche de ce glacier est beaucoup moins puissante que la moraine latérale droite dont nous venons de parler ; les matériaux rocheux y sont beaucoup moins abondants. Ce fait s'explique >i l'on prend en considération la nature géologique de celle partie du
412 IfORAINBS.
revers Sud du Mont-Blanc ; la rive gauche du glacier est encais par une rcx^he de protogine , pure ; compacte , qui se délite difSdUCJQement et ne se laisse pas facilement entamer par le glacier, tandis u» ^uue sur sa rive droite il est encaissé par ime roche que M. Al». Pimi ^ ii a classée dans les schistes cristallins, beaucoup plus fissurée et ôr^^^yisible en fragments polyédriques que celle de la rive opposée.^
Moraines riveraines. DA. 13. MoimlBMi riveralB«fl (L).
Matériaux déposés sur les rives par suite du mouvement transver^^aBaJ et d'ablation du glacier.
Les matériaux qui tombent sur la surface du glacier se trouven ^t« par suite du mouvement (progression) transversal et de raUatkm, c de plus en plus rapprochés des bords et restent en place lorsque le cier, par suite de Tablation de Tété, n'est plus en contact avec mais par suite de progression , surtout pendant la saison de neige de froid , ces matériaux pourront être atteints ; ils seront entraînés < rentreront dans la catégorie des moraines latérales proftmdes ^ et sur ront dans les. glaciers composés sous forme de morcMu midiasiô < bandes , et augmenteront le volume de toutes les espèces de moraini f^ signalées.
Moraines terminales. I^A. 14. ■oraiMM ««TMlMalM (M).
Débris sur la surface de glace de pente terminale (talus terminal^tfDl, frontal).
J'appelle Moraine terminale les matériaux qui se trouvent sur fcsJ^-Ct talus de glace de la pente terminale et qui sont encore en oontac^*^^ avec le glacier. Lorsqu'ils touchent le sol et restent en place snfM""W^^ être en contact avec la glace , ils deviennent Moraine frontaU.
Sur les parois terminales du glacier de llJnter-Âar nous yoymutf==^^ des fragments de roches isolés et empâtés dans le glacier surgir i l^M- ^ sur&ce par suite d'ablation. Ces matériaux se trouvent dans rintérieui^^^-^ du glacier à toutes les profondeurs , de dimensions et de volume*:^^^ très-variés, depuis le grain de sable le plus petit jusqu'à volume d^-*^ blocs. La présence de ces matériaux ne doit nullement étonner; crevasses engloutissent les matériaux qui tombent dans leurs caviti intérieures, foit souvent à une grande profondeur ; un grand nombr^^"^ de ces prisonniers n'y restent que temporairement et sont remis aic-^'^ jour par ablation; d'autres ne jouissant pas de la môme faveur, il^ ^^
UA. ■ Cette citation des moraines latérales du glacier de Miage m'a été transoiise pav ^ *'' Tami K. ColloMk.