FOBMATIUN ET ANÉANTISSEMENT DES CREVASSES
que la température de la glace est plus basse. — Il résulte des expériences de M. mrmwÊmw fll» ^ que le coefficient de contraction linéaire de la glace pour un degré centigrade est en moyenne de 0,0000375 ou Vm700- — Cette contraction par le froid et la dilatation par Pélévation de température doit avoir une influence sui* la foimation des crevasses et sur celles existantes. — Par des observations faites il y a quelques années en hiver sur des surfaces de glace de rivière de 0*,10 d'épaisseur et de 3 mètres de longueur, j'ai trouvé que , par une température de — lO*" qu'indiquait un thermomètre fixé dans la glace, elles étaient de 1 millimètre approximativement par mètre de Ion- ^'ueur plus courtes qu'à la température de zéro.
Les crevasses sont très-rares dans les glaciers dont le fond est à pentes faibles et le terrain imi , non accidenté et l'encaissement ré- ^qilier. — Ceux à fortes pentes réguUères en présentent de même fort jieu.
Les crevasses sont nombreuses lorsque le fond et les encaissements sont iiréguliers. Arrivée au maximum de déchinires, la partie supérieure du glacier sera dentelée.^
Lorsque le glacier prend un mouvement accéléré (mouvement lo- loouence de la i-al normal), les fissures, déchirures s'ouvriront, s'agrandiront. — minhe. Par un ralentissement (normal) elles se resserreront, elles seront moins béantes et tendront à se refermer ou seront anéanties. — L'influence de la marche (progression) du glacier sur les crevasses s'explique parfaitement par nos nombreuses observations faites sur le glacier inférieur de l'Aar.^
Nous savons que depuis le point fixe , roche en place à VAbschwung, jusqu'à la ligne transversale de l'ancien hôtel des Neuchâtelois (glai-ier inférieur de l'Aar), sur ime longueur approximative de 1000 mètres, le glacier va en progressant. Nous voyons les matériaux de la moraine médiane se desserrer, l'espace d'un bloc à l'autre s'allonger, l'ne étendue de moraine située à 300 mètres en amont , et qui a une longueur de 95 mètres , aura une longueur de 100 mètres à son pas- >age à la ligne transversale ; cette dilatation , progression accélérée mais pour la localité très-normale) , ouvrira les déchiiiires et les cre-
DA. * Voyez Autrurs, T. I, p. 23.
U\. « Voyez paragraphe AifftiiUes des gUtcins»
l)A. • Observations de mu. asmmIb cl Den^r pciiilanl leurs si^oiirs :i Phôlel des ViM-hateNs ju»qu*en 184fi, et les niMres jus(|uVn 1802.
426 ClUBVASSES.
vasses. Plus eu aval , la progression va eu se ralentissaut , les matériaux morainiques se i^esserreront, cette môme longueur de 100 mètres n\'iura plus que 98 mètres , les parois des crevasses se rappit)cheront. — Si la marche est régulière , moraines et crevasses éprouveront peu de changements.
La plupart des crevasses , à moins qu'elles ne naissent tout près du terme des glaciers (pente terminale) se referment après avoir été béantes quelque temps et qu'elles se trouvent par la progression du glacier plus en aval. Fort souvent ces mêmes crevasses se reproduisent dans la même localité que leurs prédécesseiu*s , et nous les voyons quelques années plus tard dans la même ligne transversale où nous avions observé celles qui se sont fermées en aval, et c'est fort souvent ce (jui arrive aussi à celles qui leur succèdent. infloGDee des oncais- DÂ. 5. InflveMce des •■otimieato» Si toutes les crevasses qui se soments. forment en regard d'un promontoire ou sur mie surface très-accidentée restaient ouvertes, les rives des glaciers seraient tellement déchirées et disloquées, qu'on ne pourrait nulle part les aborder. Au lieu de cela, nous voyons souvent des espaces très-crevassés : témoin la rive gauche du glacier inférieur de l'Aar au-dessous du promontoire du Mieselen , et surtout au pied du Hothhom, à la base du Pavillon. Dans ce dernier endroit, les crevasses se referment, môme sur l'espace de moins de 100 mètres qui sépare les deux faisceaux au pied du Pavillon , d'où il faut conclure que celles-ci correspondant au second promontoire, ne proviennent pas du premier faisceau, mais sont de nouvelles déchirm*es. Ce qui le prouve, c'est que dans les deux faisceaux les crevasses sont orientées dans le même sens (obliquement d'aval en amont, qui est la direction que les crevasses doivent avoir au moment de leur formation) , tandis que celles qui étaient d'ancienne date ne pourraient plus avoir cette direction à leui» extrémité interne au lieu d'être en amont, et devraient être flécliies en aval par suite du mouvement pi'opi'e du glacier.
Nous choisirons encore un exemple pris au glacier du Rhône pour démontrer que les crevasses se forment sur un point et se referment Hur un autre.
Dans sa partie moyenne , ce glacier marche sur un plan pres(iui* horizontal, à 1946 mètres altitude; il est alore fort peu crevassé, d'un accès très-facile; puis, arrive la grande chute quêtons les voyageui-s alpins connaissent : sur ce point, qui est à forte pente, la niass<^ so diviso on une nuiltitudo do polyèdres soparès par dos crevasses do
FORMATION ET AXÉAlCTfSSEMENT DES CREV.iSSES. 4:?7
toutes fonnes et de toutes dimenskHis; cependant, dans k nombre, on peut distinguer deux directions prédcxninantes , Tune transversale , Tautre longitudinale. Dans la saison chaude , quand Taction du soleil a suffisamment élargi les lèvres béantes de ces crevasses, elles se transforment en pyramides inaccessibles même aux chamois. Puis, après cette grande chute , le glacier vient s'étendre dans le fc»id de la vallée , à l'altitude de 1753 mètres, sur un terrain de cailloux roulés , de moraine profimde presque horizontale ; les crevasses produites par l'escaipement disparaissent , elles se referment , se soudent pour fairo [daœ à une surface se rapprochant de llioniontale, mais qui n'est pas ccHni^étement dépourvue de crevasses : leur forme est alors nouvelle, elles wai normales à la courbe décrite par la pente terminale , et pas assez profondes pour donner naissance à des aiguilles.
La marche du ^Uuâer étant continue, incessante, et les crevasses se formant toujours sur les mêmes points, soit un escarpement, un pnmicmtcHre ou un accident de fond, il en résulte qu'elles sont constamment renouvelées par l'apport des glaces supérieures, oommt^ les figures décrites par le remou d'une ri\ière en aval des piles d\m poot qui s'observent toujours au môme endroit, [lendant que la masse d'eau s'y rmxnivelle à chaque instant.
■• âgaart» dit 1 : « La planche IV. qui comprend le fidsivaxi sni¥>- n^m*ihm <>< ;m«^ «rieur des crevasses à la base du Rothhorn, m'a ponnis do suivn^ on *^^»^*'*»*^* ^ '^ «qndque sorte pas à pas les modifications qui s'opèrent. CUui<|no on>- i^^m^^^ti ,<iM,h>ï m «vaase ayant été rigoureusement mesurée et ropW^sonttV dans mn^ hh^>«i<i« rut» «dimensions vraies relativement à l'échelle, je n'ni on \\\\A \\M\\\\ix\vr «ce relevé avec l'état de la surface pendant los nnutVs stùvtuUt^ m>ur «m^en raidre compte. On jugera de ces rhangomouls survt^nuH ou «quatre ans en comparant avec la planche le oix^piis PL Vlll , t 10, ' qui représente la disposition des crevassos en 1840. La \mkvIU^ la (iluh «bouleversée se trouve encore ici en faro du prouiuuloirt» ; umÎH ot^ «ne sont plus les mêmes crevasses quVu 184? : ollos ont traulh'H
• formes et d'autres dimensions. Ainni, rolhw qui nvoininoul lo hoiu- <me< de l'éperon sont plus j)etit<»H et phm uonihrousoH; t^ollt^ qui \\m\ 'ùte au petit lac sont aussi en plus grand uouihro, ol la graudo t*i'n- •T»6e comprise entro les points VI ot VII a nuuplt^touitnit dJHparu. 'Cm n empêche pas que ]o dprliinMUout U(« miil tH*nihiouuo par nu
• '.^ff^a^^le permanent : In iim'Iht «pii dnuut* \\vu «i ilt* unuv(«lloH vw-
?•% ittnir% iur fes fffttrins, 18 i: (> Ih
428 CHEVASSES.
«vasses à mesure que les anciennes se referment, et comme Tobstacle «est invariable, il en résulte que les crevasses qu'il engendre se « trouvent toujours à la même place.»
Lorsque le glacier, après avoir franchi un obstacle, im précipice ou un promontoire , reprend sa marche normale sur un fond de vallée peu accidenté et à faible pente, les crevasses se ferment, elles disparaissent, non-seulement parce que la glace des glaciers est une masse plastique, mais encore par la propriété qu'elle possède et qui a été mise récemment en lumière par M. le profeMevr Vymdsll» (le se souder à elle-ménie à la température de zéro degré, de s'agglomérer de nouveau avec la plus grande facilité, après avoir été séparée en fragments jusqu'à un certain point , comme pourrait le faire ime masse d'argile himiectée et préparée par im artiste pour la moulure.
On est en général enclin à s'exagérer la mobilité des glaciers sous le rapport des crevasses. Il peut sans doute arriver que telle région qui, cette année, était très-praticable, soit l'année prochaine d'un accès plus difQcile, parce que les crevasses auront augmenté, ou parce qu'elles se seront agrandies; mais ces changements ne dépassent pas certaines limites et n'altèrent pas la physionomie générale d'im glacier. Eu hiver les c rc- En hiver toutes les crevasses sont généralement couvertes de neiges >assessouicouveiitti q^ ^q nevés; leur présence ne se manifeste pas à la surface; au prine neigeset encu-s. ^^^^^ ^^ j^^ p^^^ ^H^g g^^^ successivement misos à découvert et apparaissent à mesiu'e que leurs couvertures se fondent. — Cette disparition des neiges et nevés qui couvrent temporairement les glaciers se fait successivement et progressivement depuis la pente terminale jusqu'à de grandes altitudes par le retour des saisons chaudes.^
En été les chutes de neiges fraîches les couvrent temporairement, partiellement ou complètement selon les dimensions.
DA. 6. liocomotion avr les cimeiere. On chemine très-facilement
lAM'oiiioiion sur les ^
glaciers. sur les glacicrs à faible pente et peu crevassés. Sur ceux où les crevasses sont nombreuses on enjambe ou bien on saute celles à faibles ouvertures; on contoiu'ne les béantes et dans les ascensions on les passe dans certains cas sur une échelle ou en s'aidant de cordes.
On ne saurait assez signaler aux voyageurs , et même à de certains guides, les dangers que présentent les crevasses couvertes de neiges ou de nevés, et surtout celles couvertes partiellement ou complètement de neiges fraîchement tombées. — Les crevasses qui se trouvent
DA. ' Voyez iha|Mtres Ablafion,
TOMBEAUX DES GLACIERS. iM
dans ces conditioDs, je les désigne soiis la dénomination (signifirative, et certes que trop vraie) de :
DA. 7. Vovi^eamx des |rl«ci«r«* Tombeaux de* fin-
me Mmmmmre faillit périr dans de semblables circonstances. «^i*'!^*
■eiw^H de Neuchâtel a péri en 1821 dans une crevasse de 39"* de profondeur sur le glacier de TEiger.
BimteMbiBder de Berlin a péri dans une crevasse du glacier de IXEtrthal (Tyrol).
••▼•«MMB (guide de Chamounix) , a disparu en 1 836 dans une crevasse du glacier de Talèfre ; heureusement il a pu remonter au jour.
■•toen (Christian) , aubergiste de Grrindelwald , tombé dans une crevasse de 118" de profondeur, a pu suivre Texcavation souterraine par laquelle des eaux se jettent dans le glacier et est remonté au jour.
Brwuter (maître d'hôtel des bains de Rosenlaui), sur le plateau de nevé qui couvre le glacier à la base du Tosenhom , tombe h travers la neige fraîche qui couvrait une crevasse ; heureusement il a pu regagner la surface. — L'ami Dmof, son compagnon de voyage , le croyait perdu.
TmIs tomptetcs non accompagnés de guides, dans Tintention de passer le glacier de Grries (Valais), tombent dans des crevasses couvertes de neiges fraîches et sont enrx)re ensevelis dans le glacier depuis quelques années.
Beu iTaUUaMs tentent l'ascension au Galenstock, tombent dans des crevasses couvertes de neiges fraîches et périssent.
tJ« iBgéBleur au corps des mines français , visitant il y a quelques années les Pyrénées , voulut tenter l'ascension au glacier de la Maladetta, alors peu connu et peu exploré; ce glacier est fortement incliné et traversé par de nombreuses crevasses. Il avait pris pour guide un nommé Barrault de Bagnères-dc-Luchon. En traversant In dacier, le pied manque au guide, il tombe au fond d'uni» cnîvaHw»; Tingénieur était complètement dépourvu de moyens de sauveiagn : ni rt)rde8, ni haches; il court éperdu à Luchon jK)ur denmndnr du sn- «•ours, mais quand on arrive sur le bord de la rrevassn nvoc. unm \0n moyens nécessaires , le malheureux Barrault avait c;ens^! de vivm.
Un grand nombre de tamwîmtem sont partis jKiur explomr Ins hnutP!^ régions des Alpes Ils ne sont pas n»vmuis.
Dans les régions où le glacier est œiivert dn nnign!^ ou dn unvp^ îemporaires, les changements de surfacf* d'unn aruifV ù VnwUn |»rpsentent souvent des difiRciiltés fn^s-f^randr-s pl loiainji
Pendant nos séjoui's au Pavillon de TAar, de 1844 à 1862, nous faisions presque toutes les années l'ascension au col du Lauter- Aar. — Dans certaines années, fin août, le glacier du Lautcr-Aar est couvert de nevé jusqu'à rAbschwTmg , ainsi que la branche du Finster-Aar. — Il fallait user de toutes les précautions : attaché à la corde , on faisait des marches et contre-marches.*
De toutes les époques, de mémoire des guides, des chasseurs de chamois , des vieillards de rOberland-Bemois (et de nos propres observations de 1844 à 1861) , Tannée 1861 était une année où les nevés temporaires qui cou\Tent les glaciers en très-hautes régions avaient complètement disparu de la surface des rochers et des glaciers. U en était de même en 1862.
iiidife»d«?s crevasses H est rare qu'on ne reconnaisse pas les traces des anciennes crerouvertesdcneigi'. yj^gg^g jJqj^ même qu'elles sont parfaitement fermées par des nevés anciens. — Le sable et divei*s autres matériaux que le vent a accumulés dans leur intérieur pendant qu'elles étaient ouvertes et restées sur la surface, à mesure que la fonte a lieu , il en résulte des lignes foncées au moyen desquelles on peut suivre les déplacements successifs qu'elles ont subi. Ces zones ou lignes de sable ressemblent à s'y méprendre à des affleurements de couches.
Il est encore un autre indice des anciennes crevasses , surtout de celles qui sont fermées par la neige fraîche : la surface n'est pas plane ; on voit im petit bord aux lèvres supérieures.*
Classiarntiondesrro- DA. 8. Claaalflcatloii des crevaMCfli en 1808.*
A. CrevaMMfl inutSTersales HtMlMies.
Sont transversales au milieu du glacier et se forment sfKmtanément, en général avec détonation.
B. CreTAflses trmBsrenMiles latérales*
Ne se trouvent que sur les côtés des glaciers et sont transversales.
])A. ' Des précnutions en hautes régions, je le répète, on ne sauraii asiez en prendre, et j*ajoute : Rappelons-nous les tombeaux des glaciers et la neige ventée.
DA. ' Ces indices ne suflDsent pas pour préserver d'accidents. Attaché k la corde et sonder avec VAlpenstock : voilk le moyen pratique.
DA. * Classification par AsaMfai en 1844 :
Crevasses marginales — Crevasses en zig-7^ — C<revasses médianes — Grevasses cl*escarpement — Crevasses longitudinales — Caveaux — Rimayes — Puits — Moulins — Cavités intéiieures — Baignoires — Trous méridiens. — Trous d*orgue — Lacs — Ravines.
. A. Quer-Spaltcn.
B. Bond-Spalfm.
vasses en 48C2.