‹ Matériaux pour l'histoire des temps quaternairesChapitre 29 sur 34 · PAR · texte numérisé non relu

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Albert GAUDRY & Marcellin BOULE

Un des résultats des phénomènes qui ont caractérisé une partie de l'Europe pendant l’époque quaternaire a été la destruction des forêts. Les moraines de fond des glaciers qui descendaient de la Scandinavie ont formé des aceumulations de limons, de sables, de blocs erratiques arrachés à des régions glacées, sans végétation et, par là même, sans humus. Elles ont constitué un manteau continu sur une partie de la Russie et de l'Allemagne; ce manteau est un linceul de mort : encore aujourd’hui, les cultivateurs ont beaucoup de peine pour rendre productives des campagnes où la terre végétale est devenue très rare. Là même où 1l n’y à pas eu de coulées de glaciers avec des moraines de fond amenant des accumulations de roches stériles, le froid seul à pu détruire la végétation forestière ; 1l s’est produit sans doute le même fait qui a lieu actuellement dans les Toundras de Sibérie où le sol

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reste gelé à quelque profondeur, même en été, et présente des alternances de couches de glace et de sable, de telle sorte qu'aussitôt que les arbustes veulent grandir, leurs racines rencontrent la glace, la mort arrive. Le règne des herbages à dù succéder à celui des forêts.

Il est intéressant d'étudier comment les animaux qui ont vécu au milieu des forêts se sont modifiés pour s’accommoder au régime des simples herbages. Un des meilleurs sujets que l’on puisse avoir pour cette étude est l'£lasmotherium.

Les débris fossiles de l'£lasmotherium, aussi bien que ceux du Dinotherium, ont donné lieu aux interprétations les plus diverses et ont mis en jeu la sagacité des naturalistes les plus habiles.

Le genre a été établi par Fischer de Waldheim (1), d’après une mâchoire qu’il décrivit sous le nom d’Ælasmotherium sibiricum. Le savant russe déclara que l'animal auquel avait appartenu cette mâchoire devait avoir des affinités avec les éléphants, les rhinocéros et même les édentés.

Cuvier (2) a également décrit et figuré ce débris et a présenté l’Elasmotherium comme un intermédiaire entre les rhinocéros et les chevaux.

Dans son Ostéographie, Blainville la placé à côté des édentés.

Sans en avoir fait une étude spéciale, Pictet (3), dont l'esprit était si ingénieux, à su deviner, mieux qu'aucun autre naturaliste, le vrai caractère de l'Elasmotherium. I l'a défini, d'un seul trait, un animal voisin des rhinocéros, mais «€ plus essentiellement herbivore ».

(1) Mémoires de la Societé des naturalistes de Moscou, 2° volume, 1809. (2) Recherches sur les ossements fossiles, 4° édition, t. ILE, p. 187. (3) Traité de paléontologie, 2 édition, t. I, p. 300, 1853.

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Dans la collection du D' Gall, acquise par le Muséum, on trouva la moitié postérieure d’un crâne qui était indiquée comme provenant des bords du Rhin. Kaup (1) et Laurillard reconnurent que cette curieuse pièce appartenait à l’£lasmotherium et crurent que cet animal pouvait être un proche parent du Dinotherium.

Pourtant, dans ses Nouvelles études sur les Rhinocéros fossiles (2), Duvernoy décrivit soigneusement larrière-crâne de la collection du D' Gall, fit ressortir sa ressemblance avec celui des rhinocéros et lui imposa le nom de Sfereoceros Galli.

Enfin, Henri Miine-Edwards (3), reprenant l’étude de la pièce de Gall, a pensé que le Sfereoceros n'appartient pas à la famille des rhinocéros, mais que c'était un animal aquatique, probablement marin.

Ces divergences entre les opinions des hommes les plus expérimentés, s'expliquent par l'insuffisance des documents qu'ils ont eus en leur possession.

En 1879, Brandt a consacré un mémoire (4) à la description d’un crâne complet envoyé à l'Académie impériale de Saint- Pétersbourg. Depuis, de nouvelles pièces, notamment un crâne et plusieurs os des membres, ont été adressées à l’Institut des mines de l'Empire russe où l’un de nous à pu les étudier. M. de Müller a bien voulu donner des moulages de ces pièces au Muséum de Paris. En outre, M. Ossoskoff à fait présent au mème établissement d’une moitié de crâne récemment trouvée

(1) Neues Jahrbuch für Mineralogie, Geognosie und Petrefactenkunde von Leonhard und Bronn, 1841, p. 241.

(2) Archives du Muséum d'histoire naturelle, t. VII, 1854.

(3) Observalions sur le Stéréocère de Gall (Annales des sciences naturelles, zoologie et paléontologie, 5° série, t. X, 1868).

(4) Miltheilungen über die Gattung Elasmotherium, besonders den Schädelbau derselben (Mémoires de l'Académie de Saint-Petersbourg, t. XXVI, 1879).

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à Samara, sur les bords du Volga. Cette pièce ressemble à celle décrite par Duvernoy sous le nom de Sfereoceros Galli.

Avec tous ces débris, il est possible d’avoir sur l’'Elasmotherium des idées plus précises. Dans cet ouvrage (pages 41, 42 et 79), l'un de nous a dit que le Rhinoceros tichorhinus semble représenter un rhinocéros tertiaire dont la dentition a été modifiée pour s'adapter au régime herbivore. Nous ajoutons que l'Elasmotherium peut être regardé comme une modification exagérée dans ce sens du type rhinocéros.

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