CRANE
Brandt, dans le travail cité plus haut, a fait ressortir les ressemblances qui existent entre la tête de l'Elasmotherium et celle du Rhinoceros tichorhinus. Le savant auteur russe a pensé que l’Elasmotherium fait bien partie du groupe des rhinocéros; mais, comme il ne connaissait pas les membres et qu'il était frappé de l'aspect des dents, à füt allongé et émail très plissé, il a reproduit à peu près l’idée de Cuvier qui supposait que l’Elasmotherium était un animal intermédiaire entre les rhinocéros et les chevaux (1).
Le crâne de l'Elasmotherium (pl. XVI, fig. 1) diffère de celui du Rhinoceros tichorhinus par de plus grandes dimensions. L’exemplaire du Muséum mesure, en effet, 98 centi-
(1) Pour Brandt, l’Elasmotherium constitue à lui seul la sous-famille des Hippodontinæ.
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mètres de l'extrémité nasale à la crête occipitale. Il en diffère également par l’exagération de sa bosse frontale qui supportait une corne puissante. Cette énorme protubérance (fr.), rugueuse, ridée, provient simplement du grand développement des sinus des os frontaux. Les pariétaux n’y ont aucune part et se trouvent de la sorte repoussés en arrière et très réduits (1). La suture fronto-pariétale, souvent difficile à voir sur les crânes de rhinocéros,s’observe sur la pièce donnée au Muséum par M. Ossoskoff et que nous avons fait représenter figure 2, planche XVI. Cest un arrière-crâne qui a été brisé, comme celui de Gall, suivant une ligne transversale passant un peu au-dessus de la suture fronto-pariétale; cette cassure permet de se rendre compte de la boursouflure exagérée des sinus frontaux (s. fr.).
Les narines étaient séparées, comme chez le Rhinoceros tichorhinus, par une cloison nasale complètement ossifiée. Un accident de fossilisation à détruit cette cloison sur le crâne que nous avons figuré. Mais elle est parfaitement développée sur l’exemplaire étudié par Brandt. Par contre, l'extrémité de Pintermaxillaire (2. #.) est ici beaucoup mieux conservée et sa forme a suggéré à M. de Müller l’idée que lElasmotherium avait pu avoir une trompe analogue à celle du tapir. La séparation complète des narines sur toute leur longueur nous semble rendre difficile d'accepter la supposition de l’éminent paléontologiste de Saint-Pétershbourg. Nous trouvons préférable d'admettre un appendice labial de pré-
(1) Henri Milne-Edwards, qui n’a eu à sa disposition que l’arrière-crâne de Gall, s’est basé sur la compacité et l’épaisseur des os pour établir une différence avec la tête des rhinocéros où tous les os crâniens sont creusés de grandes cellules. Si cet illustre zoologiste avait pu étudier la bosse frontale, il eût été probablement le premier à ne voir dans cette disposition que l’effet d’une sorte de balancement organique qui rendait la tête moins lourde en amenant le centre de gravité plus près des condyles.
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hension qui aurait eu, en lexagérant, la disposition offerte par les rhinocéros actuels.
Quoi qu'il en soit, la présence d’une cloison osseuse complète est d'autant plus curieuse que les nasaux, au lieu d'être élargis et rugueux pour supporter une deuxième corne comme chez le Rhinoceros tichorhinus, sont étroits, lisses et donnent au museau une forme très eflilée. Par ce caractère, et aussi par la forme de l’arcade zygomatique, l'£Elasmotherium se rapproche plus du Rhinoceros Merckii que du Rhinoceros tichorhinus.
L’ostéologie de la partie postérieure du crâne présente, ainsi que Duvernoy l’a le premier démontré, tous les caractères particuliers aux rhinocéros. 2
Henri Milne-Edwards a fait exécuter le moulage intracrànien de la pièce de Gall; nous l'avons fait dessiner, figure 5 de la planche XVI. Malgré certains caractères différentiels, la figure générale du cerveau se rapproche plus de celle des rhinocéros que d'aucun autre mammifère. Dans les deux genres, les lobes olfactifs (/.0.) sont très développés ; les hémisphères (2.) présentent de nombreuses circonvolutions ; le cervelet (c.) est très réduit, bas, étroit.