AVANT-PROPOS
Otj s'accorde à placer en Orient le berceau de la civilisation, sans que personne ait pu lever jusqu'à présent les voiles qui l'entourent. Il semble que les premiers progrès de l'humanité doivent rester inaccessibles à nos regards. Les philosophes grecs parlent bien, à la vérité, d'emprunts qu'ils auraient faits à l'Egypte et à l'Inde; mais est-il possible d'apprécier, d'après leurs livres, la valeur réelle de ces enq)runts, et ne serait-ce pas se jeter dans une voie sans issue , que de rechercher, par exenq)le, au delà des écoles d'Athènes et d'Alexandrie l'origine et les déveloj)pements des
( ij ) sciences mathématiques? Quel peuple de l'anticjuité nous offrirait un seul nom comparable à ceux d'Hipparque et de Ptolémée, d'Euclide et d'Apollonius, d'Archimède et de Diophante? Tant que les traditions resteront muettes, tant que les monuments d'un autre âge ne nous auront révélé aucun fait nouveau, il faudra laisser de côté les ingénieuses hypothèses de Bailly et s'en tenir aux travaux des Grecs. Eux seuls nous fournissent des documents écrits d'une certitude incontestable; eux seuls nous ont transmis sur les diverses branches des sciences exactes, avec de remarquables modèles, les bases de nos plus belles découvertes. Toutefois le glorieux sillon que les savants de l'école d'Alexandrie ont tracé au milieu de la décadence et de l'agonie de Rome, s'arrête au sixième siècle de notre ère, et la lumière ne se rallume en Europe que huit cents plus tard. Ce long intervalle a-t-il été pour le monde entier une période d'ignorance et de barbarie.**
C'est alors que les Arabes ap[)araissent : l'épée d'une main et le Coran de l'autre, ils rommencent à la mort dv Mahomet (633 de
J. C) cette série Je eotiquètes qui rangent sous leur (iuininatioii la plus grande partie (le l'Asie, l'Afrique et l'Espagne; a|)rès la oliute des Oniiniades (730 de J. C), une ère nouvelle s'annonce; à l'euthousiasme guerrier succède l'amoiH' des lettres, des sciences et des arts. Bagdad, à peine fondée, devient le foyer d'une civilisation qui rayonne à la fois sur l'Orient et sur l'Occident. Cordoiic et Tolède; le Caire, Fez, Maroc; Racca , Is- |)al]au, Sainarcande, rivalisent avec la capitale des klialifes abbassides; les livres grecs, traduits et commentés, sont étudiés dans les écoles, et de toutes parts se renoue la chaîne, un moment interronq)ue, des connaissances humaines; du neuvième au treizième siècle, on voit se former une des plus vastes littératures qui existent; des productions multipliées, de précieuses inventions attestent l'activité merveilleuse des esprits, et faisant sentir leur action sur l'Europe chrétienne, semblent justifier l'opinion que /es Avahcs ont été en tout nos maîtres. D'un côté, des matériaux d'un prix inestin)able pour l'histoire du moyen âge, des relations de voyages.
(iv ) riieureuse idée des dictionnaires biographiques; de l'autre, une industrie sans égale, des édifices d'une pensée et d'une exécution grandioses, d'importantes découvertes dans les arts : voilà ce qui doit relever à nos yeux ce peuple trop longtemps dédaigné. Si par l'application de la méthode expérimentale, la médecine et l'histoire naturelle, la chimie et l'agriculture se sont enrichies entre ses mains d'une foule de notions utiles, peuton croire qu'il n'en ait pas été de même pour les sciences mathématiques, qui furent cultivées avec tant de persévérance et d'ardeur? Les beaux travaux de mon père ont détruit à cet égard bien des erreurs accréditées; et moi-même, quoique marchant de très-loin sur ses traces, j'ai été assez heureux pour éclaircir sur plusieurs points cette branche de l'histoire scientifujue de l'Orient.
Une fois en possession des livres grecs, les Arabes ne pouvaient manquer de les perfectionner et d'ajouter de nombreuses innovations aux théories de leurs devanciers; c'est ce que nous nous proposons d'établir.
T/objet du présent ouvrage est donc de
[ji'OuvtT, par 1 examen compare des muiiiiments,que, soit en astronomie, soit en mathématiques, soit en jijéographie, l'Ecole de Bagdad a su dépasser les Ecoles d'Athènes et d'Alexandrie. Ce serait assurément une étude d'un haut intérêt que de suivre le progrès des sciences dans les divers pays soumis à la domination musulmane; nous pourrions montrer, au treizième siècle, les khans mongols se taisant initier aux connaissances des Arabes, et les propageant jusque dans l'empire de la Chine, qu'ils avaient conquis; puis Oloug- Beg, petit-fils de Timour, terminant, deux cents ans plus tard, chez les Orientaux, la période de leurs travaux astronomiques.
Mais pour nous renfermer dans le cadre que nous nous sommes tracé, et compléter l'analyse des documents que nous possédons aujourd'hui, nous avons dû rechercher seulement si les Indiens et les Chinois avaient contribué pour une large part au grand mouvement de l'intelligence humaine, et si, après avoir retranché de leurs livres tout ce qui provient évidemment des Grecs et des Arabes, on y trouve encore assez de
notions originales |)oui ([uOii puisse être autorisé à supposer chez ces peuples, à une époque ancienne, un développement scientifi(|ue eu rapport avec leur civilisation présumée.
[va taljle des matières placée à la suite de cet avant-propos indiquera sulfisamment 1 ordre et les divisions (|ue nous avons adoptés dans notre travail.