‹ Matériaux pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · PREMERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMERE PARTIE

Dr. r astronomie grecque.

Nous divisons l'hisloire de l'astronomie proprement dite en trois grandes périodes, auxquelles se rattachent trois écoles distinctes : i° Ye'co/e grecrjue ou Vécole dAlexnnilrie, dont les derniers travaux coïncident avec le démembrement de l'empire romain par les peuplades du Nord ; a" Xécole arabe ^ qui jette quelques lueurs brillantes, du liuitiéme au quinzième siècle de noire ère, surles temps de barbarie du moyen âge; 3° l'école moderne, qui commence avec Copernic et Rhcticus, mais dont les progrès véritables ne datent que des premières années du dix-septième siècle, lorsque Reppler et Galilée, et après eux Newton,

déterminent irrévocablement les lois des mouvements célestes et le principe général qui leur sert de base.

On sait combien l'école grecque, illustrée surtout par Hipparque (i) et par Ptolémée(2), a rendu de services à la science; les découvertes qui sont dues à ses représentants, ont été justement appréciées, et le tableau que l'Almageste en a tracé, donne une idée très-nette du système astronomique auquel elles se trouvent liées : les théories sont appuyées sur des observations faites avec des instruments propres à mesurer les angles, et calculées par les méthodes Irigonométriques; la science astronomique est créée; mais l'école grecque, appelée aussi école d Alexandrie, ne remonte pas au delà du troisième siècle av. J. C. ; et l'on s'est souvent demandé si, dans les temps antérieurs, l'astronomie n'avait pas été déjà portée à un haut degré de perfectionnement; or, l'histoire nous apprend que jusqu'au règne des Plolémées, cette science avait fait peu de progrès(3);elle nes'était coraposéeque d'observations

(i) Hipparque, de Nicée, florissait au second siècle avant notre ère, vers l'an 127.

(2) Ptolémée , d'Alexandrie, composait \ Almageste (^ \j.i- YiTïi cûvT«;is) vers l'an i38 de J. C.

(3) M. \Av\vx [Sur l'origine du iodia(jue , \). 12) s'exprime ainsi à l'égard des Grecs : " Nulle part ne se montre chez les

relatives aux phénomènes des saisons et des éclipses, de quelques périodes fondées sur de trèslongs intervalles de temps, et de conjectures sur la constitution de l'univers, mêlées de vérités et d'erreurs. Le mouvement du soleil dans un orbe incliné à l'équateur; le mouvement de la lune, la cause de ses phases et des éclipses; la connaissance des planètes et de leurs révolutions ; la sphéricité de la terre et sa mesure ; la revue du ciel étoile et sa distribution en certains groupes, auxquels on avait imposé des noms arbitraires, aussi bien que la division du zodiaque en vingt-sept ou vingt- Grecs, avant l'école d'Alexandrie, une trace d'une observation purement astronomique, excepté peut-être le solstice d'été que Métou observa en 4^2 , et qu'il mit un jour et demi trop tôt. Leurs physiciens s'abandonnaient à des rêveries sur l'arrangement du monde, sans s'inquiéter de chercher une base à leurs spéculations dans l'observation des phénomènes. Pour les besoins de la vie civile, on se servait de nombres grossiers et variables, qu'Hipparque, le créateur de l'astronomie scientiGque, soumit le premier à un examen plus précis. " Ce tableau de l'astronomie grecque avant Hipparque, rapporté pM- M. Letronne '^^Siir l'origine du zodiaque grec, 1840, p. 24)> s'éloigne peu de celui qu'il avait tracé lui-même (Discours sur l'origine des zodiaques grecs, p. 3i) : « On a dit que la Grèce devait à l'Orient tout ce qu'elle a possédé de connaissances scientifiques; mais on n'a pas fait attention que les Grecs, avant l'école d'Alexandrie, sont restés à peu près étrangers à ce que nous appelons les sciences. Les mathématiques et l'astronomie étaient encore dans l'enfance an temps de Platon et il'Eudoxe. "

huit maisons indiquées par le cours de la lune, ou en douze signes qui répondent aux douze mois de l'année : telles sont les notions élémentaires que nous révèle l'étude de l'antiquité; d'un côté, des faits si frappants qu'ils ne pouvaient échapper à aucun observateur; de l'autre, quelques conséquences faciles à déduire et que tous les peuples ont dû signaler ou admettre (f).

Les Clialdéens, il est vrai, si nous en croyons Geminus (2), avaient été plus loin, et leur méthode pour calculer \ anoDialie de la /u/ie h'it honneur à leur sagacité; si l'on joint à cette détermination , celte série d'observations qui remontaient jusqu'à dix-neuf siècles avant Alexandie, et qu'Aristote, au rapport de Porphyre cité par Simplicius (3) , se fit communiquer par l'entremise de Callisthène, celles des éclipses de lune des années 720, 719, 6uo, etc., av. J. C, conservées par Ptolémée (4)j le saros ou période de deux cent

(i"! Delambre, Histoire de l'astronomie ancienne, tom. I, ilisc. prclim. , pag. 9.

12) Gomimis, Introduction aux phénomènes célestes, texte grec publié dans X'Vrariologion de Petau , p. 6i et suiv.

(3) Simplicius, Commentaire sur les quatre livres d'Aristole T^zoi oùpavoû, de cœlo, texte grec, iSaô, pag. i23. Porphyre était du troisième siècle de notre ère, et Simplicius du cinquième. Il n'est qiiestion de ces observations dans aucun des ouvrages d'Aristole (]iii nous sont parvenus.

(/,) Ptolémée, .-Umagcste, liv. iv.

( 5) vingt-trois mois lunaires qui ramène la lune dans la même position à l'égard de ses nœuds , de son périgée et du soleil (i), l'emploi du sciiphé (2), et quelques idées fort justes sur les comètes (3), on est' porté à reconnaître que les astronomes de Babylone avaient fait avancer l'étude de l'astronomie. Mais chez les autres peuples de l'Orient nous ne trouvons nul monument authentique d'une valeur léelle; les tables indiennes n'oKienl aucun caractère d'ancienneté, et les travaux des savants modernes tendent à leur ôter tout crédit. D'awtre part, les annales de la Chine monireut cpie l'astronomie ne s'est jamais élevée dans le Céleste Empire, avant l'ère chrétienne, à la hauteur d'une science proprement dite; c'est à peine si l'on y découvre quelques observations des longueurs méridiennes du gnomon, utiles pour la détermination de l'obliquité de l'écliptique ; et assurément si les livres chinois avaient renfermé de piécieux documents sur riiistoirede l'astronomie, les ad-

(1) Laplacp, Précis de t'hist. de l'astronomie , 1821 , |). i?;.

(2) Voy. notre Mémoire sur les instruments nstronomiijues lies Arabes, inséi'<' dans le tome I des Mémoires des siicnnts étrangers, publié par l'Académie dos inscri])tions et belleslettres, pag. 9.

(3) Sénèque, Traité des questions naturelles, llv. vu, ch. 3. Voy. sur les opinions op])Osées d'Apollonius de IMyndes et d'Epigènc , notre mémoire déjà cité, pau- 10.

( 6 ^ inirables écrits des inissiomiaires européens du seizième et du dix-septième siècle nous l'auraient appris; de ce côté, tout parait avoir été fait.

Il faut donc revenir aux Grecs; leurs philosophes nous disent bien qu'ils ont puisé chez les Egyptiens de nouvelles idées sur le système de l'univers ; qu'on leur doit hi période sothiaque de quatorze cent soixante et un ans fondée sur le lever héliaque de Sirius, qui faisait revenir à peu près aux mêmes saisons leurs mois et leurs fêtes; enfin , suivant Macrobe (i), ils avaient reconnu le mouvement de Vénus et de Mercure autour du soleil ; mais on ne voit pas qu'ils aient transmis à ceux dont ils se prétendaient les maîtres (2), aucune série d'observations astronomiques; sous ce rapport les traditions sont muettes. Thaïes, qui avait voyagé en Egypte (3), et qui fut le chef de l'école ionienne, répandit en Grèqp quelques nolions nouvelles; après lui, Anaximandre et Anaximène firent connaître l'usage du gnomon (4).

(1 i Macrobe [Coinnicnlnire sur te songe tic Scipion)^ liv. i, c. 19), après avoir rappoité le remarquable |)assage de Cicéroii sur Mei-cure et Vénus, dit : « ^Egyptiorum solertiam ratio nonfugit, quœ talis est. » — Vitruve, liv. ix, c. 4.

(2) Voy. noti'e mémoire déjà cité , p. 6 et 7.

(3) Diogène Laérce, t. I, p. 22 (éd. Longolius, 1739). Thaïes, Phénicien d'origine, élail né en 6^9 avant .T. C. ; it mourut en 5/i8.

'1) I.e piemior (lait né en 'jio, et mourut eu 'i.'iO; le se-

( 7 ) Pythagore et son école admirent, suivant Laplace, les deux mouvements de la terre sur ellemême et autour du soleil (i), sans lénssir à faire prévaloir leur hxpothèse. Méton introduisit dans le calendrier la période de dix-neuf années, corrigée plus tard par Calippe, mais moins exacte que le sarus des Clialdéens (a). — Ces premiers essais sont remarquables : toutefois ils ne suflisent point pour constituer une science; il aurait fallu N joindre des observations précises, continuées pendant un long espace de temps; et jusqu'au règne d'Alexandre le Grand ( ;j36-3a4 av. J. C. ) on n'en peut citer que deux : la première lut celle du

c-ond florissait vers l'année 543 avant J. C. Voyez notie mémoire déjà cité, p. 6. — Anaximandre, selon Diotjène I.aérce, I. I, [). i3/(, 1. II, c. I, 3, est l'inventeur du ynonioii; c'est Auaximène , suivant Pline, II, 8. Voyez Bailly, Hist. de: tastronomie ancienne, p. 175, 197, 384, ^42 et suiv. ; Delani- !)re , Astron. anc. , t. I , p. i5 ; l'abbc de Canave [Rec/ici clia sur Anaximandre [Mémoires de l'Académie des inscriptions , t. X, p. 26 et suiv.}. Vitruve, I. 1, ch. vi, p. 23, dit que le fvioaiov des Grecs est la même chose que leur cxia^r^a ; Pline, I. II, ch. L.\xvi, traduit axiaOr'p par horologium.Leyvôyiiiuy était sans doute le style du gnomon, et 5xt5c6-/ip le cadran lui-raéme. Voy. aussi M. Ideler, Ment, sur l'astronomie des Chaldt-i ns 1 tr. de l'abbé Halma), p. 164.

(i) Laplace, 1. c, contredit par M. Ideler. Pythagore florissait au sixième siècle avant J. C, et son disciple Philolaus, qui exposa sa doctrine au gr;ind jour, élail du quatrième.

(2) Laplace, I. c. , p. 2;.

(8 ) sulslite délé de l'an 432 j)ar31élonetEuctémon(i); la seconde, celle que fit Pytbéas à Marseille de la longueur méridienne du gnomon au solstice d'été (2), et dont on s'est servi pour établir la diminution successive de l'obliquité de récli{)li(|ue. Pylbéas florissait au quatrième siècle av. J. C, et c'est seulement à la fin de ce (juatriènie siècle que s'ouvre une péiiode non interrompue de travaux et de découvertes qui sont la véritable base de la science (i.slnnioiiiifjuc.

Dix-buit ans s'étaient à peine écoulés depuis la mort d'Alexandre, que Ptolémée »S'o/<'?/, l'un de ses plus babiles généraux, se faisait proclamer roi d'Egypte; ce prince, qui occupa le trône de 3o5 à 285 (av. .1. C. ), aimait les lettres et les cultivait, puisqu'il composa une vie d Alexandre fort estimée des anciens, mais (pii ne nous est point parvenue. Il attira les savants à sa cour, les encouragea par des bienfaits, et mit à leur disposition un observatoire et une bibliotbèque qui devait s'enricliir par les soins de Démétrius de Pbalère (3).

(i) Laplace , I. c. , p. 26. Idclcr, /Ît'c7(. /</i^ sur Ici nbserv. astrofi. dea nncicns (ti\ de l'aljbû Halina), p. 8/i.

(a) Cli'omèdo, liv. i, chap. 7. Hippaïque cite par Slialxju ,

(3) Anian., in pnvf. l'iiitarq., //; yilex., ]>. 691; //; Jppophlli., p. 189, et /// AJoial., !>. iO()5. Q.Cmcc, 1. ix, c. 8. .Strabon, I. XVII, p. 7</>.

(9) Marchant sur les traces de son père, Plolémée Philadelphe (280-247), établit à Alexandrie des écoles publiques et des académies , et rechercha avec zèle tout ce qui pouvait fortifier le goût des sciences et des arts dans ses États (r). Ce grand mouvement intellectuel imprimé à l'Egypte par les deux premiers Ptolémées ne devait point s'arrêter sous leurs successeurs, et l'astronomie , en particulier, devait prendre un développement remarquable, et recevoir une forme nouvelle que les siècles suivants n'ont fait que perfectionner.

Lespiemiers observateurs de l'école d'Alexandrie furent Arislille et Timochaiis (2); ils fixèrent la position des principales étoiles du zodiaque, et facilitèrent la découverte de la précession des équinoxes (pie l'on doit à Hipparque; après eux, Aristarque cherche à mesurer les grandeins et les distances du soleil et de la lune (3); Eratosthène

(\) Euseb., in C/tron. Plut;nque, in Aral , j). io3i. Liban., Orat. ,11.

[■!) Ptolcmce, Jliiiagestc, 1. vu, c. 1,2 et 3; 1. ,\ , c. ^. Reiiilioldi , Not. ad Theor. Planet. Purbachii, de Molu, octavœ spltœrœ, f. 227.

(3i Wciillcr, Hislnria aslronomiœ, p. 128. Ejns observation<Mii solsticii iaiidat Ptoli-ma;ns, I. m, o. 1. Dicitur instaurasse Philolai hrpothesin de niobilitate terr3e,fjuani ob raussani a Cleanthe violatse religionis postulatus esl, tanrjuatn univeisi lares Veslamqne si loco iiiovisset. PliUarch., de Facic in orbe luriœ, p. m oper., p. 355. Stol)aeiis, p. jfi, ArciiimedfS , i'i

( »o ) déteiniiiie la longueur d'un degré du méridien terrestre et l'obliquité de l'écliptique (i); enfin Hipparque, le plus grand astronome de l'antiquité (a), s'appuyant sur des observations faites avec toute la précision que comportent les instruments dont il se sert (3), forme les premières tables du soleil ; pour constater la durée de l'année tropique, il emploie deux solstices, parce qu'il n'a point d'ancien équinoxe, et il est obligé de recourir aux siens propres pour vérifier rexactitude de sa théorie (4); il signale enfin la précession, (|ue, d'après Ptolémée, il ne fait pas moindre de 36" (5).

Arenario, siib luit. AtUle Plularcli., I. c, p. 358, ulii etiaiii Aristai'chi lihriiiii TTfpl y.ïvçOwv xoà àToçï;aâTwv de niiigiiitudinibus etdistaritiis, sulii iieinpc ft tunœ, laiulat; quem Pappus, Collcrt. niatliein, lib. vi , pr()|). 38, posteris servavit. Cf. Riccioli , Almtig., p. I, p. loS, 73 I ;aild. Joajiii. Wallisii openim, l. III, p. 58 1.

;i) Ptolémce, 1. 11. Gassentli, frœf.ad vit. Tychonis. Proclus, Hypiityp., c. 1. Flamstecd, Protegnni. , p. 19. — Clcoinède, Cycl. thcoi:, I. i , c. 10. Straboii , 1. 11, p. 78. Censoriuus , c. xiti. Pline, I. 11, c. pcnult. Voy. aussi sur le passaye (le Marliaiius Capelia, de Nii/it. pinlol. et rncrcur. ^ 1. vin, p. 189, Weidler, 1. c., p. i33.

[■i] Laplace, 1. c, p. 35. Suidas, au nom d'Hippurijue. Strabon , 1. xu, p. 390. Weidler, I. c. , p. i ii.

(3) Voy. notre ISIénioirc sur les iii-itruÈiieiits astrououil<]ucs des Arabes, p. 19 et s.

(/l) Ptolémée, 1. m, e. i, p. G3. Scalij;oi-, ite Enienilat. lempor. , I. 11 , p. I 08.

5' Delanibre, Hist. dv (aslr. niieietiiic, t. II, p. ï-'iy-

Les anciens, en cliercbant à régulariser les mouvements de la lune, avaient reconnu ([u'après un certain intervalle de temps les mêmes phénomènes se reproduisaient d'une manière à peu près constante. C'est ainsi qu'on attribue aux Chaldéens la connaissance du retour exact des éclipses au bout de deux cent vingt-trois lunaisons, ou de dix-huit ans et dix jours (6585 j. '/s) (i). Hipparque perfectionna cette période en obtenant des révolutions complètes de tous les éléments moyens des mouvements lunaires dans un intervalle de 126007 J-' P'*^^ ""^ heure équinoxiale, fii'ec cette circonstance heureuse, que pendant le même espace (le temps, le soleil accomplissait luissi 3^5 révolutions sidérales complètes à 7° ^jo près. « De «là, écrivait M. Biot, en i843 (2), on conclut « par proportion la durée d'une seule révolution c< pareille égale à 365 j.,25g85868. Telle est donc « l'année sidéi aie admise par Hipparque; elle est « un peu tiop longue. Toutefois en la comparant « à son année tiopique 365 j., 24666667 , qui pè- « cliedansle mêmesens, la différence 0,01319201 « suppose un mouvement annuel de précessioii

(i) Journal des Sni'a/its, cahier ilf seplciiibie , i8.'|3i p.53i.

(2) Id., cahier d'octobre, p. 610.

« égal à 46)807; valeur à la vérité un peu liop " faible, mais bien préférable aux 36" adoptées par « Ptolémée. Ce rap[)rocbemeiit, qui, je crois, n'a- « VArr PAS ENCORE ÉTÉ FAIT, montre évidemmenl « »|ue Ptolémée a eu très-grand tort d'employer « une évaluation aussi fautive, et surtout de la « présenter connue celle à laquelle s'était arrêté « Hipparque, tandis que,seloii les expressions de ce a gland astronome qu'il rapporte et sur lesquelles « il s'appnie, cette précession de 36", loin d'être « la meilleuie, serait exceptionnellenieiil la plus « faible que les observations partielles eussent « indiquée. Ce qui est pire, c'est (|ue Ptolémée « j)rétend avoir trouvé aussi cette îuème valeur « de 36" par ses propres observations comparées » à celles d'Hipparqiie ; car de là résulte cette « iin'vilable ailemalive, on (ju'il a très-mal observé « la précession, ou qu'il ne l'a pas observée du « tout, comme la jilupart des astronomes moder- « nés l'ont présumé. »

M. Riot se tiompe,en tlisant f|ue le rapprocbement qu'il indicpie n'a pas été fait avant lui.Dansun mémoire lu à l'Académie des inscriprions el belleslettres, imprimé en 1840, et dont les bonnes feuilles confiées à M. Biot lui-même, en 1841, se trouvent encore entre ses mains, ainsi qu'il a bien voulu le reconnaître dans une note annexée à l'une de ses

( >3 ) récentes puljlicalions(i), je ni'expiimais ainsi (a) :

« On sait que la recherche des périodes et leur « rectification ou perfectionnement étaient deux « des principaux objets de l'ancienne astronomie; « ainsi nous n'avons pas à répéter ici comment « Hipparque a corrigé les périodes des Chdldéens , « en comparant leurs observations aux siennes « propres ; mais entre ces délerniinations nouvel- « les, il en est une qui se déduit d'un rapport de « nombres conservés par Pfolémée, dont on n'a « pas encore tiré tout le parti possible, et cpii « peut servir à fixer d'une manière incontestable a la précession déterminée par Hipparque.

« Ptolémée rapportant (liv. III) les propres ex- « pressions d'Hipparf[ue, montre qu'il faisait l'an- « née tiopique de 365J' S""' 55' 12 ', et il dit au li- « vre IV que le même Hipparque a trouvé, d'après « les observations des Chaldéens et les sieiuies « propres, que dans une période de 126007 jours « et une heure équinoxiale, le soleil parcourt 3/(5 « circonférences entières, moins 7° '/2; à très-peu « près, relativement aux étoiles fixes; de ces deux « nombres , on déduit une année sidérale de 365^- « 6''- i4' 12".

(i) Journal des Savants, décemlne iBi'i?, p. 719 et 720. (2) Màmnires présentes par divers savnnts à t Académie des inscriptions et belles-lettres, t. I, p. 20.

« Quelle que soit la grandeur respective de « ces deux années, leur différence en temps, qui « est de 19', donne l'arc de précession annuelle « de liiy',8.

« En effet, la détermination de la durée de l'an- « née tropique produit pour cent années juliennes « un mouvement sécu-

« laire de 100'^ 0° 19' l\i", ^6

« Les nombres cités « précédemment don- « nent pour le même « temps un mouvement o séculaire sidéral de. . 99 359 1 4 ' 5 9^^

« Différence ou préces

« sion séculaire o 1 180, 78

« En secondes : li68o",']8.

« Delambre, en comparant les déclinaisons des et étoiles observées par Timocharis et par Hippara que, trouve par un milieu entre dix-liuit résul- « tats, 5i"39; Plolémée réduisait la précession à <i 36"; il aurait dû trouver d'après les calculs de a Delambre , 48" yS.

« Delambre suppose entre Hipparque et ïimo- « cbaris une distance moyenne de i44 a"s; la « précession de 46"8 conduirait à augmenter celte « distance movenne de i5 ans. »

Si In remarque qui précède a (pielquc valeur,

' i5 ) j'en revendique donc la priorité; mais j'ajouterai que les Arabes, dont on païaît faiie si peu de cas, ont porté dans leurs appréciations une exactitude bien préférable aux hypothèses incertaines des Grecs; puisqu'ils ont successivement évalué la précession des équinoxes, qui, d'après la théorie de l'attraction, était, au deuxième siècle av. J. C, de 49' 645, et qui est suivant nos tables modernes de 5o"i,à 54"5, 5i"4, ST'a, 5o"9et49"6, comme nous l'établirons en son lieu.

Hipparque avait montré que dans un intervalle de 126,007 jours Y211 (')' '' y '' 4^'J7 mois entiers, 4573 retours d'anomalie, 461 a révolutions sidérales de la lune moins ^^1^20 de la circonférence; il trouve qu'en 545i^ mois, la lune revient 5923 fois au même nœud de son orbite ; il détermine l'excentricité de l'orbe lunaire, son inclinaison à l'écliptique et la parallaxe de la lune; mais il ne s'élève point à la recherche de la seconde et de la troisième inégalité de cet astre (2), inégalités dont la découverte paraît réservée à Ptolemée et aux astronomes modernes du dix-huitième siècle.

Inventeurde la trigonométrie sphérique(3), sans

(i) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 20. — (2) Laplace, 1. c. , p. 38 et 3g.

(3) Delambre, 1. c, t. I, p. 142. — Liv. ji dn Commentaire d'HIppartpie sur Ara tu s , passage fondamental ■.'^V.f.i.':^'! vip

( '6 ) laquelle il n'y a point d'astronomie, Hipparquene rendit pas de moins grands services à la géographie mathématique (i), et l'on doit à jamais regretter la perte de ses écrits, en voyant tout le parti que Ptolémée en a tiré dans ses divers ouvrages; il aurait été à désirer, comme nous l'avons déjà dit (2), que l'école d'Alexandrie eût produit un second Hipparque, et malheureusement aucun de ses successeurs, sans en excepter Ptolémée luimême, n'eut cet esprit de sagacité et de pénétralion qui remonte aux causes des phénomènes pour les expliquer. Quelcjues traités d'une importance très-secondaire, ceux de Geminus (3), de Théon

xôiv dpï)iJ.ÉviiJV otTrooît'/'.vurai 8ia twv ■^p'xij.u.ôyj ev Taï; xaSdXou TtEpi Twv toioÛtcov T,;jLiv auvTîTaYuÉvai; "pxYuiaTîîaiç. Le traité où se trouvent ces démonstrations était intitulé : /j twv duvava-roXwv irpaviiaxEia , Tniità des Urers simultanés. ( Petavii Urannlogion, p. 218.)

(i) Laplace, 1. c, p. 4i , dit qu'il llxa la position des lieux sur la terre par leur latitude et par leur loni;itude, pour laquelle il employa le premier les éclipses de lune. Voyez notre Jléinoite sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes.

(a) Voy. notre Mémoire sur les uistruments astronomiques des Arahes, p. ai.

(3) Weidier, Hist. astr., p. i44 et suiv. Geminus seripsit EiuaYtoY^v EÎ; tÔ (paivôaeva s. commentarium in Arati pha'iioniena, quem Edo Hildericus cum Intina versione primum edidit Altorfii, a. i5go. Alicjuoties laiidatur a l'roclo In coium. ad 1. I Euclidis qui yejaîvov vocat. Conle\uerat autem Geruiiuis lili. VI cnnrinliiiniim graiiidricanim quibus passim l'iociiis fuit

l'Viicien (r) et de Cléomède (■?.), paraissent remplir rintervalie de près de trois cents ans, ([ui sépare Hipparque et Plolémée; il faut y joindre cependant les observations qui nous ont été conservées d'Agrippa(3) et de Ménélaùs (4\ et la réforme du calendrier par Jules César (5).

Vers l'aimée i3o de notre ère, Plolémée élève à l'astronomie et à la géographie mathématique deux monuments impéiissables. S'il n'est pas véritablement inventeur (6), on peut dire toutefois qu'il résume et complète avec un rare mérite les travaux de ses devanciers; il confirme le mouvement de précession des équinoxes (7), et détermine la seconde inégalité lunaire ou Yévection f8).

adjutus. PosidoniLis quoqiie non nulla c Geinino profert, apiid Simpliriiim in lib. 11 Pliys., sect. 10.

(i) Thcon , de Snivine, floiissait à la (in du premier siècle avant J. C Boidliau a publié uu fragment de son traité d'astronomie. \Vs*idler, p. 175. Delanibre, t. 1, p. 317.

(">.) Cléomède ne vivait pas sous Auguste , comme on le supposait (Delambre, l. 1, p. 218, Weidler, p. iSî), mais au deuxième siècle de notre ère, ainsi que l'a démontré M. Letronne ; son livre est intitulé : Théorie circulaire des plténomènes célestes^ xuxXixr) Ôewpîst [/.EXEwpiov.

(3) Ptolémée, Jim., 1. vu, c. 3. Proclus, Hrpotyp. , c. lu, p. 355.

(4) Ptolémée, I. vu , c. 3. Weidler, p. 174.

(5) Weidler, p. i5i, sur Sosigène , et p. i57, sur J. César.

(6) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 21.

(7) Ptolémée, Ahn., I. vu— (S) Id. , liv. v.

iH Cette dernière décou\ei le lui est attribuée généralement, et présentée comme son plus beau titre de gloire; mais Hippai'que lui en avait préparé les voies. Delambre a été obligé de convenir que cet astronome avait reconnu l'insuffisance d'une inégalité simple pour rendre raison des observations de la lune (i); il aura signalé l'effet del'éveclion, et peut-être Ptolémée l'aura-l-il soumise au calcul, dans le seul but de compléter sa théorie des planètes.

Quoiqu'il en soit, on ne saurait estimer trop haut le ser\ice que nous a rendu Ptolémée, en composant son Almagcsle (.>.); il nous transmet dans ce traité les éléments du système astronomique qui a conservé son nom, ei qui, malgré l'erreur fondamentale sur laquelle il repose (l'immobilité de la terre prise pour centre de tous les mouvements célestes ), a régné sans j)artage pendant ([ualorze siècles. C'est le tableau le plus exact des connaissances astronomiques de l'antiquité; cest le point de dépait des écoles. arabe et moderne.

La géographie n'est pas moins redevable à Pto-

(i) Delambre, Astr. anc, I. ii , |i i8y, 193.

(•}) Voyez plus haut, paj,'. 2, not. 2; les Arabes ont fait (le v] uEYisTY), la très- grande, le mot ^is^^s-l' <ilmn<ljrsthi , iliiii est \enu ic noui iV.tlmaç,rsti\

, '9 ) lémée; sa mélhode de projection, pour la construction des cartes, qui était celle d'Hipparque, est encore employée aujourd'hui; et sa table de la longitude et de la latitude des lieux terrestres, malgré ses imperfections, est l'un des plus précieux débris qui nous soient restés des Grecs (i). Les écoles d'Athènes et d'Alexandrie subsistèrent, il est vrai, jusqu'aux V^ et VP siècles de notre ère, mais elles ne produisirent que des commentaires sur les ouvrages de Ptolémée (a) , dont un bien petit nombre nous est parvenu (3); les matériaux d'une histoiie des sciences pendant cette longue période manquent presque entièrement ; sur ce

(i) La géographie de Ptoléiriée était intitulée : Y-wy?"-?"''^ 03Tqfn<''Ç- L'abbé Halma en a publie eu fiançais le premier livre et les derniers chapitres uu septième. Ce travail a donne lieu à des remarques fort utiles de M. Letroune {Examen critiqua (les prolrgomènes de la géographie de Ptolémée, etc.; Journal des Savants , décembre i8'5o , avril et mai i83i , et Bulletin universel des sciences de Férussac, mars et mai i83i, sect. vu). — Voy. aussi notre Mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes, p. i6 et suiv.

(2) Weidier, Hist. astr. , p. i8o et suiv. , donne la liste des autres ouvrages de Ptolémée, dont les connaissances étaient aussi étendues que solides.

(3) Au milieu des noms que nous a conservés Weidler, I. c. p. 184 à 202 , Théon et Proclus, qui florissaient au quatrième et au cinquième siècle de notre ère, méritent seids détre mentionnés. On peut voir dans VHisioire de l'astronomie ancienne àe\)e\nmhTr, f.IT, p. V'ifî cl suiv., ce qu'il dit d'' .Sextus Empiriciis.

point, les annales romaines ne penvent êlre d'aucun secours, et les Latins demeurèrent longtemps étrangers à tout progrès scientifique (i). On aurait ()u en dire presque autant des Arabes, si l'on s'était borné aux traductions faites au moyen âge de quelques-uns de leurs traités d'astronomie qui paraissaient calqués sur Ptolémée (2). Boulliau (31 après avoir compulsé tous les manuscrits de la Bibliothèque royale, n'avait trouvé que sept observations postérieures à l'aslronome d'Alexandrie, qu'on pût joindre à l'éclipsé de Tbéon (4) : nous voulons

(1) Laplaco, I. c. , p. i5, sVxprime ;iinsi : « Rome, pen- '< dant longlemps le séjour des vertus, de la t;loire et des leN

• très, ne lit rien d'utile aux sciences ; la considéralion attachée

• dans cette république à l'éloquence et aux talents raili

■I taires entraîna tous les esprits; les sciences n'y présentant " aucun avanlai;e, durent être néijiigées, an milieu des con- < quêtes que son ambition lui lit entreprendre , et de ses qiu'- " relies intestines, qui produisirent enfin les i;uerres civiles

• dans lesquelles sou in(]uiète liberté expira et fut remplacée ■ par le despotisme souvent orageux de ses empereurs. Le dé-

• cliirement de l'cmiiire, suite inévitable de sa trop vaste •■ étendue, amena sa décadence, et le flambeau des sciences, - éteint par les irruptions des barbares, ne se ralluma que ■< chez les Arabes. »

(2) Tio\x\\\a\\, Axtronomia philoluira, 1645. Prnlci^onicno , p. 14 et i5.

(3) Id., p. i5.

(V Théon , Comment, nrl PtnI. ^ p. Vi/j. Weidler , I. c. , p iSj. Boullian , I. c.

parler des observalioiis de Tliius i). On ne peut douler néanmoins (|iie dans un siècle où fleuiil le |jliil()sophe Simplicius, il n'y ait eu des savants livrés à l'étude de rastrDnoniie(2); et loisf|ue la persécution les obligea d'aller cherclier, avec les iNestoriens, un refuge chez les Peises et dans les contrées plus éloignées de l'Asie orientale, ils n'y portèrent pas seulement les connaissances qu'ils avaient puisées dans les ouvrages de l'école d'Alexandi ie , ils y ajoutèrent les résultats de leurs propres observations, de leurs propres travaux (3), et cet esprit de recherche et d'invention rpii les caractérisait, ne laissa pas assurément la science slationnaire. Malheureusement, l'histoire littéiaire du sixième au neuvième siècle de notre ère nous offre des lacunes qu'on ne saurait espérer combler, si l'on ne savait aujourd'hui que les manuscrits arabes peuvent fournil- sur cette période des documents précieux ; à peine a-t-on

(i) Id. p. Vossiiis, ch. i'i, § 25, p. i65. Diliiiiibrc , Hist. de l'astr. cric, I, ^iS. Thiiis vivait vers l'an 5oo.

(a) YitmW'MM , Astronoinia philo laica , p. i.',. Weidlcr, Hist. astron. , p. 200.

(3) On en pourrait trouver la preuve dans certains passages il'Ebn - Jounis; il dit, par exemple, que les Perses avaient découvert au cinquième siècle le mouvement de l'apogée du soleil. Vov. iiotie Introd. aux tables astrunuiniijiiei d'O/oiig-Brff, p ',7.

(.a ) examiné et traduit jusqu'à présent quelques-uns de leurs traités scientifiques, et les découvertes qu'ils ont révélées prouvent que cette mine, restée si longtemps inexplorée, permettra d'arriver à la solution de bien des questions importantes. Nous allons passer rapidement en revue ce qui a été fait jusqu'à présent dans cette direction.

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