‹ Matériaux pour servir a l'histoire comparée des sciences mathe□matiques chez les Grecs et les Orientauw (volume 4)Chapitre 10 sur 13 · UT · texte numérisé non relu

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I^ coupole i\Arine y placée sur l'équateur à 90 degrés des extrémités orientale et occidentale du continent, représente un méridien central; elle coïncide avec le 90 e degré de Ptolémée. Cette idée d'un méridien central ne pourrait-elle pas appartenir (1) à Ptolémée lui-même, qui aurait distribué dans un ordre symétrique toutes les parties du monde habité autour d'un méridien central, figuré par une ligne droite au milieu de la projection, c'est-à-dire à égale distance des deux extrémités de la terre?

Si l'on considère, en effet, la carte de Ptolémée dressée par Gosselin, on voit que le méridien qui passe par le 90 e degré est un méridien central, puisque le géographe grec admet 180 degrés pour les terres habitables de Test k l'ouest; c'est ainsi que dans leurs cartes générales ou partielles, Moletius, Bertius et autres ont toujours soin d'indiquer le meridianus médius qu'ils ont adopté, que ce soit le 36 e , le 5o e ou le 74 e degré, etc. Chaque carte a son méridien central; mais il n'y a dans ce fait aucune intention scientifique. — Ptolémée,

(i) Journal des savants , 1841, p. 5i6 et suiv.

dans la confection de sa carie , u«t*il pris le 90* degré pour base de son système géographique ? y a-t-il rattaché les longitudes soit orientales, soit occidentales, par suite d'une comparaison raisonnée de tous les documents qu'il avait sous les yeux? l'a-t-il considéré, en un mot, comme devant être le point de départ de son travail? Voilà la question.

Les anciens nous ont laissé pour les déteripinar lions géographiques des monuments d'une valeur inestimable : ce sont leurs itinéraires (1). Marin de Tyr, sans parler de Posidonins, entreprit de composer avec ces itinéraires une géographie générale, et il renferma foute la longueur du continent entre deu? méridiens eitrémes, dont le premier passait par les Ues Fortunées, et le derv nier par Sera et Thinœ; ces méridiens, selon lui , étaient éloignés l'un de l'autre de aa5 degrés.

Ptolémée vint ensuite : il réduisit Us aaS p df Marin de Tyr à i8o p . S'il avait voulu faire une oeuvre nouvelle et vraiment scientifique, il aurait étudié les travaux d'Ératosthène et de Strabon; il les aurait comparés à ceux de Marin de Tyr, ef, se formant une opiniop personnelle d'après les rectifications qu'il eût apportées aux tables «le

(1) Voyca M. Walckenaer, Géographie fies Gaules, t. III, introd.

( fy* )

ses devanciers , il se serait écarté du chemin frayé; puis, adoptant un méridien central pour premier méridien , il aurait distribué les longitudes à Test et à l'ouest , en s'attachant à corriger le plus grand nombre d'erreurs possible; l'on aurait pu dire alors que « son esprit éminemment ordonnateur n'avait pu consentir à employer les éléments qui se trouvaient à sa disposition , qu'après une nouvelle discussion, dirigée avec toutes les connaissances mathématiques et astronomiques qu'il possédait (i). » — Mais ce n'est pas ainsi qu'il a procédé, et nous allons voir combien il est resté au-dessous du rôle qu'on voudrait lui faire jouer.

Ératosthène est le premier, parmi les Grecs, qui ait réduit en système la description du globe. Ses connaissances particulières en géographie et celles de son siècle étaient très-bornées; mais il paraîtrait qu'il avait à sa disposition des matériaux d'une exactitude assez remarquable. En effet , il avait porté à ia6° 7' 34" l'intervalle compris entre le cap Sacré et l'embouchure du Gange , ce qui ne donne qu'une erreur de 26 43' 49" ; et , persuadé que le Gange se jetait dans la mer Orientale, il pensait que là se trouvait la limite extrême

(1) Journal des Savants, 1841, |>. 5 16.

(6 9 3 ) du continent. Marin de Tyr vint ensuite; il ajouta aux terres habitables du coté de l'Orient, l'Inde au delà du Gange; mais exagérant les fausses évaluations d'Ératosthène sur la longueur du continent , il compte 1^5° des (les Fortunées à l'embouchure du Gange, et 8o° entre le Gange et Thinœ.

Si Ptolémée , au lieu de conserver l'opinion de Marin dans la partie la plus essentielle de son ouvrage, s'était efforcé d'en faire ressortir l'inexactitude par la comparaison des monuments, on aurait pu dire assurément qu'il avait discuté avec le plus grand soin tous les systèmes et signalé leurs différences, avant d'adopter lui-même une marche nouvelle et régulière; mais s'il s'est contente de reproduire les données les plus inexactes, sans y rien changer, si, en se présentant comme le restaurateur de la géographie, comme ayant en quelque sorte recréé la science , il admet les erreurs de ses devanciers, cette manière de procéder, sans aucun doute, ne pourra s'appeler discuter, car on ne discute une opinion fausse que pour y apporter quelque correction; et lorsqu'on adopte purement et simplement des erreurs consacrées, on s'en rend personnellement responsable, et l'on peut être accusé à juste titre de manquer de critique.

Eh bien, Ptolémée n'apporta aucune modification aux principales longitudes que Marin de Tyr avait filées depuis les îles Fortunées jusqu'au promontoire Cory de l'Inde, qu'il laissa à i*5° 20' du premier méridien. Quant aux 100 degrés que Marin ajoutait pour l'espace compris entre le promontoire Cory et Thinœ, le géographe d'Alexandrie les réduisit à 54° 4<>'> en se servant des mêmes itinéraires que son devancier, mais en resserrant les distances d'après les déviations de la route, dont on n'avait pas, disait-il, tenu compte avec assez de précision, et de manière k former un nombre rond de 180 degrés pour toute l'étendue du continent; rien, d'ailleurs, n'était changé aux indications premières, soit pour les degrés de longitude à l'ouest du 90 e degré jusqu'aux tles Forlunées y soit pour les degrés de longitude à l'est jusqu'au cap Cory; et ce 90 e degré de Marin devenait le 90 e degré de Ptolémée, sans que les positions voisines fussent en aucune façon modifiées : on ne peut donc trouver dans un pareil travail l'idée d'un méridien centra] pris pour base de tout le système; et si Ptolémée a donné à l'étendue des terres habitables 180°, c'est-à-dire la itaoitié du globe, on ne saurait reconnaître dans cette détermination une pensée scientifique.

Il y a plus : à la tin du second livre de son

( 6g5 ) Almageste, Ptolémée, en parlant de la situation des villes les plus remarquables de toutes les contrées, suivant leurs longitudes et leurs latitudes calculées d'après les phénomènes célestes observés de chacune de ces villes, ajoute que c'est au méridien d'Alexandrie qu'il rapportera ceux des autres points de la surface terrestre; il n'aurait certainement pas manqué de substituer son méridien central au méridien d'Alexandrie, s'il s'en était servi dans la confection de sa carte, ou du moins d'en parler quelque part. S'il place Alexandrie à 66° 3q' de longitude à Test des (les Fortunées, cette évaluation fractionnaire ne vient pas de la distance angulaire qu'il admettait sans doute entre cette ville et le méridien qu'il avait choisi pour placer sou 90 e degré intermédiaire entre les extrêmes, mais des déterminations de Marin deTyr, qu'il ne copie que trop servilement jusqu'au ia5 e degré.

Ce n'est pas à dire, pour cela, que nous soyons injuste envers Ptolémée; il est bien loin de notre intention, ou peut le croire, de nous montrer ingrat à son égard , et personne plus que nous n'admire le vaste édifice auquel il a attaché son nom; son Traité de géographie est, pour l'histoire de la science, un monument aussi important, dans sa spécialité, que l'AImageste. S'il avait pris pour guide Marin de Tyr, il avait du moins rejeté

ses cartes à projection plate, pour adopter la méthode d'Hipparque, dans laquelle tous les méridiens et les parallèles sont représentés par des portions de cercle qui, à leurs points de rencontre, doivent se couper à angles droits; et les meilleurs géographes emploient, encore aujourd'hui, cette projection, pour décrire les parties du globe comprises entre l'équateur et le pôle. Mais à quelles erreurs ne s'est-il pas laissé entraîner sur les traces de Posidonius et de Marin de Tyr ! bien qu'il fût, selon la réflexion de Gosselin , entouré de tous les secours que son siècle pouvait fournir. Les ouvrages d'Ératosthèue et d'Hipparque existaient encore, ainsi que ceux où les marches d'Alexandre et de Séleucus étaient tracées; il avait, de plus, les journaux d'une navigation répétée le long des cotes de l'Inde, et des itinéraires qui détaillaient une route à travers le continent , depuis la Macédoine jusqu'à la Sérique, bien au delà des sources cju Gange; ainsi, il pouvait avoir une idée assez exacte des distances de l'Asie; il était même impossible que sou opinion différât beaucoup de celle d'Ératosthène sur l'intervalle qui devait se trouver entre les principaux points qui lui étaient connus. Pourquoi donc les erreurs de Ptolémée sont-elles bien plus fortes que celles d'Ératosthène? Il met ii\6 degrés d'intervalle

(<*>7 ) entre le cap Sacré de l'Ibérie et l'embouchure orientale du Gange ; il s'est , par conséquent , trompé, d'après nos observations modernes, de 46° 36' i5" (i ). Rejetant bien loin les évaluations d*Ératosthène , pour suivre fidèlement celles de Marin de Tyr, il donne à la Méditerranée vingt degrés de plus qu'elle ne doit avoir. Aurait-il méconnu, comme on le lui a reproché, l'étendue qu'il devait assigner au dfegré de longitude ? A-t-il eu le seul tort de substituer à la graduation qui 'embrassait 700 stades par degré , celles de 5bo stades? M. Walckenaer, dans son Introduction à t analyse géographique, que nous avons déjà citée, a passé en revue les différents modules employés par les peuples de l'antiquité, et recherché avec soin la valeur du stade; et l'on voit, par ses remarques, combien il faut tenir compte de la diversité des mesures anciennes. Mais quelles que soient les difficultés qu'un tel travail présente, on reconnaît qu'il est indispensable, et qu'il faut revenir aux itinéraires, le compas à la main, lorsqu'on étudie Ptolémée , ou s'appuyer sur la découverte d'inscriptions authentiques. Les erreurs du géographe d'Alexandrie sont évidentes; au lieu de se rapprocher, avec Ératosthène et Strabon, des défi) Gossclin, Géogr. des Grecs analysée, p. 120 et suiv.

terminatious modernes , il s'en écarte démesurément. Par un renversement de principes encore plus étrange, tandis qu'il parait réduire les degrés de longitude à 5oo stades, comme le dit Gosselin, il conserve 700 stades pour les degrés de latitude, et au lieu de chercher, par une discussion intelligente, à se rendre raison des contradictions de ceux qui Font précédé, et d'adopter pour sa carte les données communes %ut lesquelles ces géographes se sont habilement appuyés, il exagère leurs fausses appréciations et altère de plus en plus la vérité.

Nous avons voulu montrer, par l'exposé de la marche suivie par Ptolémée dans la composition de son Traité de géographie et des erreurs fondamentales qu'il n'avait pas su reconnaître, qu'il n'avait point eu l'idée de prendre comme base de son système un méridien moyen, et qu'il n'en avait pas même eu besoin. Nous ne nous arreterous pas davantage sur ce sujet. Quant à la détermination du méridien terrestre à l'orient de Paris, qui coïncide le plus approximativement avec le 90 e degré de Ptolémée, par une moyenne prise entre certaines positions choisies, soit dans la table d'Àboul- Hhassan, soit dans les Tables grecques (1), elle

(t) Journal des Savants , 1841, p. 5i8 et suiv.

( «99) repose sur des éléments variables, incertains, et par conséquent une semblable évaluation est tout à fait arbitraire et véritablement indigne de la science. Le géographe grec dit positivement que le Sjragros ex tréma est à go° de longitude des îles Fortunées ; en identifiant cette position avec celle qui lui est assignée par les cartes modernes, nous voyons que ce méridien coïncide avec 54° 8 ; E. de Paris, selon les uns (i), et avec 56° 46' selon les autres (Mercator, d'An ville, etc.); on pourrait prendre également comme point de comparaison 111e de Tylus ou A'Aracia, dans le golfe Persique, les villes d'ionaca, de Batthiua, de Chorodna ou de Parta, échelonnées à différentes latitudes sur le 90 e degré de Ptolémée; mais extraire de la table de ce géographe sept positions entre 79 et 93° de longitude, et tout en reconnaissant que quelques-unes ne s'identifient pas exactement avec les positions modernes que l'on donne {Àden x par exemple, avec Arabiœ ernporium, le cap San- (ira avec le Syagros extrema, etc.), conclure de la moyenne de ces sept évaluations entachées d'erreurs, la position physique absolue du 90 e degré de Ptolémée, et la fixer à 53° i4' 45" de Iongitude orientale du méridien de Paris, voilà de

(1) Journal des Sapants, /. cit., tableau A..

( 7°° ) ces résultats que personne ne pourra jamais accepter, puisqu'on multipliant les positions, ou en en réduisant le nombre, la moyenne n'est plus la même.

Ce qui précède suffit pour démontrer que Ptolémée n'avait attaché aucun caractère scientifique à son 90 e degré , et qu'il ne lui était point venu à l'esprit de le prendre pour point de départ de ses longitudes comme méridien moyen.

Mais l'idée de ce méridien, inutile à Ptolémée, devait-elle devenir nécessaire aux Arabes pour leurs déterminations géographiques? Oui, sans doute, et c'est ce que nous allons démontrer.

Lorsque les successeurs de Mahomet se furent rendus maîtres de l'Afrique et de l'Espagne aux septième et huitième siècles de notre ère, les communications entre Alexandrie, Tanger et Tolède devinrent fréquentes. L'établissement du khalifat ommiade de Cordoue n'interrompit en aucune manière les relations entre l'Espagne et l'Afrique, et les diverses dynasties qui se succédèrent dans cette dernière contrée depuis l'Egypte jusqu'au Magreb, contribuèrent à multiplier les rapports des populations musulmanes le long des côtes de

( 7<" ) la Méditerranée , en deçà et au delà du détroit. On sait qu'à la fin du neuvième siècle, et particulièrement vers le milieu du dixième, les sciences cultivées avec le plus grand succès en Orient, depuis le khalifat d'Almamon, commencèrent à se répandre dans les pays occidentaux; le Caire et Alexandrie, Fez et Maroc, Tolède, Cordoue, Séville, devinrent les foyers d'une activité littéraire qui s'étendit à presque toutes les branches des connaissances humaines. Nous avons exposé ailleurs le résumé des travaux astronomiques de l'école de Bagdad , et nous avons suffisamment établi que les Arabes s'étaient non-seulement approprié la science des Grecs, mais encore qu'ils avaient ajouté d'importantes découvertes à celles de leurs devanciers; en géographie, leurs progrès ne furent pas moins réels. Maîtres du littoral de la Méditerranée , ils purent reconnaître de bonne heure, soit par leurs observations astronomiques, soit par la détermination de nouveaux itinéraires, soit par la comparaison des écrits d'Ératosthène, de Strabon et de Ptolémée (i), que l'étendue donnée par le géographe d'Alexandrie à la mer Intérieure de l'ouest à Test était beaucoup trop considérable, et, de plus, qu'il s'était glissé les plus

(i) Voyez sur ce point M. Letronne [Journ. des Savants, i83i, p. 554 et suiv.\

( 7 oa ) graves erreurs dans les distances intermédiaires. L'école de Tolède, car, selon toute apparence, c'est là qu'il faut chercher le point de départ des modifications apportées aux longitudes de Ptoié* mée; l'école de Tolède, disons-nous, appliqua probablement les premières corrections aux villes d'Espagne, et indépendamment des erreurs quelle eut à rectifier dans leurs positions relatives, elle adopta une constante de 17 3o' ajoutés aux déterminations de Ptolémée ; ce qui donnait raison, à quelque différence près , des ao degrés que le géographe d'Alexandrie attribuait de trop à la longueur de la mer intérieure. Le premier méridien se trouvait donc reporté fort au delà des îles Canaries du coté de l'ouest, et l'on établit entre ce méridien ou occident vrai, et le méridien des iles Fortunées ou occident habité, éloignés l'un de l'autre de 17 3o', la distinction dont nous avons parlé plus haut d'après les Tables Alphonsine*.

Mais une objection , assez spécieuse au premier abord, s'offre naturellement. Si les Arabes occidentaux réforment les longitudes de Ptolémée en se servant d'une constante de 1 7 3o', le premier méridien placé par le géographe grée aux iles Fortunées, et les positions que donnent ses Tables, doivent être reportés à l'ouest de 17° 3o';

( 7*3 ) son 90 e degré devient 7a 3o', et la correction est tout à fait illusoire. Tel est le raisonnement que bien des géographes paraissent avoir fait, et il en est résulté que la ville d'Àrim ou la coupole d'Arine , dont la position coïncidait avec le 90 e degré de Ptolémée, a été reportée systématiquement par plusieurs savants au 72 e degré 3o' k Test des îles Fortunées (1), c'est-à-dire à 3o' du méridien de Tébènes (que nous avons cru être Tovin), indiqué par Chrysococca comme point de départ des longitudes chez les Persans; et c'est sans doute cette position occidentale rapprochée deSyène, qui faisait dire au cardinal Pierre d'Ailly

(1) On pourrait croire, à la vérité, que l'auteur des Tables Alphonsines place Arim sur le méridien de l'Arménie, dans la pensée que cette coupole tfArine ou à'Arim n'est autre que l'Arménie elle-même. Nous savons en effet que ce pays tire son nom ftAram , et que tonte sa partie orientale , possédée actuellement par les Persans et les Eusses, est appelée dan» presque tous les ouvrages orientaux modernes Aran tl»^ Aranieh &*>U; et dans les livres Zends on trouve le nom tiAeriano, qui est évidemment le même que celui d'Aran. (Saint-Martin, Mém. sur l'Arménie, t. I/p. 270, 971). Mais* en premier lieu les Arabes désignent toujours l'Arménie par le nom d'Arminiah Ju~*»jt, les Persans par celui d'Armen jVjt, et, en second lieu, jamais ils n'auraient eu l'idée de mettre sur l'équateur, soit une province , soit une ville de l'Arménie, et dans toutes les tables géographiques la ville d'Arim, ainsi que l'île et la coupole d'Arine, sont marquées par o latitude.

(7°4) qu'Arim était une seconde Syène placée sur l'équateur(i).

D'un autre côté, comme les 17 9 3o' adoptés pour constante par les géographes arabes , faisaient coïncider assez exactement le premier méridien avec les Àçores , dont la position avait été déterminée par les Portugais , on a prétendu (Velsch (a) entre autres) que , par les îles Fortunées, il fallait entendre, non pas les Canaries, mais les Açores elles-mêmes ; et vers la fin du moyen âge , cette opinion a eu de zélés partisans. L'explication ne sera pas difficile. Les Arabes, en prolongeant de 17 3o\ c'est-à-dire jusqu'aux Açores, la partie occidentale du monde habitable, conservaient religieusement les 180 degrés de Ptoléinée; seulement ils faisaient entrer dans les 90 premiers degrés, 17 3o' pris sur l'Océan à l'ouest des îles Fortunées, qu'ils savaient être les lies Canaries , et non point les Açores. La Méditerranée se trouvait donc réduite d'une somme égale de degrés , et au moyen d'un raccordement progressif qui se terminait avec le rivage oriental

(1) M. Reinaud suppose dans son Introd., p. xxxlvi, que la seconde Syène est TEaffivà Ipropiov de Ptoléinée. (a) Welseh, Comm. in Ruzname naurus, p. 4*.

de la Méditerranée elle-inéme, on revenait aux longitudes dePtolémée (i).

On comprend très-bien que les Arabes reportant leur premier méridien au delà des Canaries, et n'ayant plus qu'un point initial fictif, puisqu'ils ne connaissaient pas la position géographique des Açores, durent recourir à un méridien spécial, dont la situation fut généralement admise. Ils substituèrent donc aux îles Fortunées le 90 e degré de Ptolémée, et comptèrent comme auparavant les longitudes, sans solution de continuité, de l'ouest à l'est , pour toute l'étendue du monde habité ; on pourrait croire qu'ils ne le firent pas avant ie • douzième siècle, puisque Édrisi n'en parle pas dans son Traité écrit en Sicile vers n3o. Mais pourquoi adoptèrent-ils le 90 e degré du géographe grec et non le 1 80 e , c'est-à-dire l'extrémité orientale du continent? Ils auraient dit , tout aussi exactement, après avoir appliqué à ces deux méridiens les termes systématiques de Khobbet-Arine (coupole d'Arine) et de Kankader ou Gangdiz : « Telle ville est à 20 à partir de X occident vivù, à l'ouest de Kankader,» que : «Telle ville est à ao° à partir de l'occident vrai , à l'ouest de Khobbet Arine. » Mais ils s'en tinrent à cette dernière dé-

(1) Aboul-Hhassan, tom. I er , p. 3x7 et suiv. — Journal des Savants y 1841, p. 602.

( 7 o6) nomination, parce que les corrections qu'ils apportaient aux Tables de Ptolétnée n'allaient pas au delà de la Méditerranée , et que leur occident vrai coïncidait avec l'horizon de Khobbet-Arine : ce n'était point de leur part une ruse , une sorte de déguisement , comme on l'a avancé (i), mais une idée ingénieuse et d'une application facile. La marche suivie par les géographes arabes de l'Occident nous est suffisamment révélée par la Table des longitudes d'Aboul-Hhassan ; et tout imparfaite qu'elle ait pu paraître, cette Table n'est pas seulement utile à l'histoire des sciences par l'indication d'un mode particulier d'énonciation des longitudes terrestres, elle nous donne, comme on le verra plus loin, la solution d'un des points les plus curieux de l'histoire de la géographie, en prouvant que les Arabes avaient reconnu l'erreur de Ptolémée sur l'étendue de la Méditerranée, erreur conservée par Sanson 9 et que de l'isle a l'un des premiers parmi les modernes cherché à corriger au commencement du dix-huitième siècle. Il ne suffit pas de dire en effet que « les Arabes durent s'apercevoir de V expansion disproportionnée de la Méditerranée, et chercher à rectifier les évaluations si défectueuses des Grecs (a); » il faut

(1) Journal des Savants, loc. cit., p. 5i4, 607, etc. (a) ld., id., p. 60a.

( 7°7 ) encore le démontrer, et la Table d'AbouUHhassan ne paraissait pas de nature à lever les doutes à cet égard, puisqu'elle ne pouvait que « donner une très-pauvre idée des connaissances géographiques des Arabes , en admettant qu'elle dût en offrir l'expression (i). » « Elle révélait des erreurs de 5 à 6 degrés du cercle, entre des lieux si fréquentés et si peu distants les uns des autres, que la seule discussion critique des itinéraires aurait du les faire découvrir (a). »

Néanmoins, en comparant cette tablé avec celle de Ptolémée, on ne pouvait manquer d'être frappé d'une singulière modification dans les positions les plus occidentales. Lçs longitudes de Tolède, Malaga , Cordoue, présentent une différence de 17 à 18 degrés , qui se rapporte assez exactement à la distance de 17 degrés 3o minutes, indiquée par les Tables Alphonsines, entre V occident vrai et X occident habité. Quelle était l'origine de cette évaluation nouvelle? Était-ce une correction purement systématique? Les Arabes avaient-ils été conduits par des observations d'éclipsés faites simultanément à Tolède , à Malaga, à Bagdad ou à Alexandrie, à resserrer l'étendue donnée par les

(1) /our/î. des Savants, I. c, p. 607.

(a) ld., id., p. 6 7 3.

( 7<>8 ) Grecs à la Méditerranée, sans faire clans les distances intermédiaires toutes les rectifications nécessaires? C'était un premier point qu'il était important d'éclaircir, et sur lequel les manuscrits arabes, examinés jusqu'à ce jour, ne fournissent aucune indication précise; cependant, on pouvait croire que les Musulmans, maîtres du littoral de l'Afrique septentrionale depuis près de six cents ans, à l'époque où Aboul-Hhassan écrivait son traité d'astronomie (vers l'année ia3o de l'ère chrétienne), s'étaient aperçus des fausses évaluations de Ptolémée. On sait que dès 674, 4k bah s'était avancé jusqu'à l'océan Atlantique, et qu'il avait préparé, par la fondation de Kairowan, la con- * quête définitive de l'Afrique, qui eut lieu trente ans après, et entraîna celle de l'Espagne (71a). Lorsque l'empire des Arabes se démembra par l'établissement du Khalifat de Cordoue (760), lorsque des dynasties indépendantes s'élevèrent de toutes parts en Afrique, les communications entre Tolède, Séville, Cadix, Tanger, Kairowan, Alexandrie, continuèrent d'exister. Les Fathimites avaient possédé le Magwb avant de fonder le khalifat du Caire (969); les pays qu'ils avaient abandonnés tombèrent au pouvoir de dynasties qui, plus tard, devaient faire place aux Almoravides (1069) et aux Almohades (1149); mais les

( 7°9 ) relations de l'Espagne , de l'Afrique proprement dite et de l'Egypte, ne furent jamais interrompues. Sans parler des caravanes de commerce , chaque année le pèlerinage de la Mecque attirait, des bords de l'Océan vers l'Arabie, un grand nombre de fidèles musulmans; et, sans aucun doute, les Arabes, qui avaient une connaissance très-exacte des côtes occidentales (i) et septentrionales de l'Afrique , devaient avoir des itinéraires dressés pour ces longues excursions. Le * traité d'Édrisi le prouverait au besoin (2). Mais, dira-t-on, ce sont encore des hypothèses; ce qui nous manque, c'est un de ces itinéraires qui puisse les confirmer, et substituer des faits réels à de simples conjectures.

Cet itinéraire, nous le possédons, et c'est la Table d'Aboul-Hhassan qui va nous le fournir. En effet, cette Table, qui contient les longitudes de i3i lieux terrestres, offre deux parties tout à fait distinctes : Aboul-Hhassan avait parcouru en observateur éclairé le midi de l'Espagne et tout le littoral de l'Afrique septentrionale, depuis l'Océan jusqu'à Alexandrie, Xj^joCJ, ayant relevé luî-

(1) \V. D. Cooley, The negroland 0/ the Arabs, p. 1 et suiv. (a) Voyez aussi les Rech. géogr. de M. Walckcnact* sur l'Afrique septentrionale, 1821.

( 7»° ) même la hauteur du pôle dans quarante et une villes, depuis lfran, jt^ili p*'r 17 4o' de long., c'est-à-dire, sur un espace d'environ 900 lieues de l'O. à TE.; il avait réuni dans une Table les longitudes de ces mêmes villes, en les comptant, comme il le dit lui-même, à partir de l'horizon occidental de Khobbet-Arine. Voilà donc une série de déterminations qu'Àboul-Hhassan a dû vérifier par lui-même; c'est un itinéraire qui comprend - le littoral de la Méditerranée, et il faut le séparer des 90 villes ou pays qu'il ne connaissait pas ou qu'il n'avait point visités, et dont il donne la longitude d'après d'anciens écrits.

Il ne suffisait pas, d'un autre côté, de rapprocher les évaluations d'Aboul-Hhassan de celles que contiennent nos Tables actuelles; il était nécessaire de les comparer avec celles de Ptolémée, afin de voir clairement sur quels points les Arabes diffèrent des Grecs, et s'ils leur ont fiait d'utiles corrections, en se rapprochant des déterminations modernes.

Ce travail, nous l'avons entrepris, et Ton pourra embrasser d'un coup d'oeil les différences de chaque système sud les cartes jointes à ce mémoire, et particulièrement sur un extrait des tableaux que nous avons dressés, extrait que nous publions dans l'appendice. Les résultats ne doivent être

(7"-) acceptés, il est vrai, que par approximation; il faut tenir compte de la valeur du degré de longitude, soit chez les Grecs, soit chez les Arabes, soit chez les modernes ; il faut se rappeler que nous n'avons pas une seule édition correcte des Tables de Ptolémée, dont tous les manuscrits offrent dans les nombres des divergences notables ; il font, en dernier lieu, reconnaître que l'identificalion des lieux cités par le géographe grec avec les pays et les villes dont les Arabes font mention, présente souvent de très-grandes difficultés. Mais, quoi qu'il en soit, la distinction que nous avons établie entre les déterminations empruntées par Aboul-Hhassan à des ouvrages antérieurs et celles qui lui appartiennent en propre, dégage ses évaluations de ces erreurs grossières dans les nombres, évidentes pour tous et qu'on n'avait pas cherché à rectifier; ainsi Damiette et Alexandrie se trouvent à une distance de So' en long., au lieu de i Q 54'; Gènes et Rome, qui sont à 3° 33' l'une de l'autre, sont placées sur le même méridien, etc., sans parler des longitudes orientales qui présentent des divergences de i/j à 28 . Si l'on choisit arbitrairement dans la Table d' Aboul-Hhassan £3 positions parmi lesquelles sont comprises celles des villes que nous venons de mentionner, et qu'après les avoir rapprochées des estimations

( 7'* ) modernes, et noté les différences, on veuille, par un milieu arithmétique entre les résultats obtenus, fixer le méridien de Khobbet-Arine à 58°47'Ede Paris, on aura fait un travail bien inutile, car on ne saurait tirer des conséquences exactes de documents manifestement erronés; qu'au lieu de 43 positions, ce soit f\i, 44 on 45, la moyenne varie indéfiniment; il fallait ou ne prendre qu'une de ces positions comme terme de comparaison, ou les prendre toutes; ou mieux encore, se contenter d'identifier géométriquement le 90 e degré des Arabes avec celui de Ptolémée.

La partie la~pl<js épineuse de notre travail était la recherche des positions grecques correspondant aux positions arabes. M. Walckenaer a eu plusieurs fois l'occasion de signaler dans sa Géographie des Gaules les erreurs graves auxquelles ont donné lieu , soit de fausses leçons , soit des rapprochements mal fondés; et les opinions contradictoires des savants sur des positions que l'on aurait dû croire très-exactement déterminées, prouvent qu'on ne saurait s'engager avec trop de défiance dans un tel ordre d'appréciations : à cet ^gard , rien de complet n'a encore été fait ; les ouvrages des de Msle, des d'An ville, des Gosselin, etc. , les compilations des Hartmann et des Bischoff, sont d'un faible secours, et le plus grand

(7i3) service à rendre à l'histoire des sciences serait la comparaison raisonnée des livres et des tables grecs, arabes et modernes. Pour nous, nous bornant à la Table d'Aboul-Hhassau, divisée en deux sections, nous nous sommes d'abord attaché à identifie** quelquefois approximativement, mais avec tout le soin possible, les positions qu'il donne, avec celles de Ptolémée et des modernes, en faisant usage de tous les documents que pouvait nous fournir la collection géographique de la Bibliothèque nationale, et que M. Jomard a bien voulu mettre à notre disposition, et nous sommes arrivé aux résultats suivants :

AJboul-Hhassan avait une idée fort nette, pour son temps, de la longueur de la Méditerranée; il corrige l'erreur de Ptolémée, et ses déterminations ne diffèrent pas très-sensiblement de celles des modernes. Pour les quarante et une villes qu'il a traversées, il n'adopte pas la Table du géographe grec avec une constante de 1 7 3o' ; ses rectifications portent également sur les distances intermédiaires, et l'on voit qu'il s'appuie, sinon sur ses propres observations, du moins sur des observations suffisamment exactes, et non pas sur des données systématiques acceptées d'avance.

Si, au contraire, l'on jette les yeux sur les longitudes qu'A bon 1-Hhassan n'a pu vérifier par

(7'4) lui-même, on s'aperçoit aussitôt qu'il n'a fait que copier ses devanciers sans corrections , sans critique; il laisse, à Marseille, la constante de 17 3o; et pour quelques-unes des villes de lltalie qu'il n'a jamais vues , aussi bien que pour les positions orientales , il adopte les chiffres de Ptolémée ; il ne paraît même pas s'inquiéter de leur exactitude relative, soit que les manuscrits qu'il avait à sa disposition fussent défectueux, soit qu'il eut identifié, d'une manière tout à fait erronée, les pays conquis par les Arabes avec les contrées décrites par les Grecs. Sous ce dernier rapport, au reste, il serait très-excusable, puisque de nos jours encore il est fort difficile de reconnaître les lieux que Ptolémée a voulu désigner, particulièrement en ce qui concerne l'Asie orientale et la péninsule de l'Inde.

Quoi qu'il en soit , un premier point se trouve établi : c'est que, pour les pays qu'Ahoul-Hkassan n'a pas parcourus , les longitudes rapportées dans sa Table générale ne sont autres que celles des copistes de Ptolémée, à quelques différences près suffisamment justifiées par l'imperfection des manuscrits dont il s'est servi : quant aux 4* villes cm il a relevé lui-même la hauteur du pôle, le système des Grecs est notablement réformé , ainsi

(7'5) qu'on peut ie voir sur les cartes annexées à ce volume. ,

Nous avons dît plus haut que les Arabes occidentaux avaient fait entrer dans les 90 premiers degrés de Ptolémée, 17 3o' de l'océan Occidental, et que le premier méridien était ainsi reporté des îles Canaries en un point correspondant à la position des Açores ( 1 ).

Sans aucun doute, si les Arabes occidentaux eussent connu la situation des Açores, ils n'auraient pas eu besoin de la coupole A'Arine, c'està-dire, d'un méridien central auquel ils pussent rattacher leurs longitudes. M. de Santarem , qui s'est occupé avec un soin tout particulier de l'histoire de la navigation au moyen âge, pense que les Arabes n'avaient pas, en effet, déterminé la position géographique de ces iles; et cette opinion se trouve, à notre avis, complètement démontrée par ce qui précède. Les Arabes occidentaux ont pu établir un commerce de cabotage le long des cotes de l'Afrique jusqu'au 10 e degré de latitude nord (et encore est-il aujourd'hui assez clai-

(j) M. de Humboldt, dans son Cosmos, t. II de la trad. y p. 53 1, me fait dire à tort que je place le méridien tiArinc dans le groupe des Açores; il s'agit ici de l'horizon occidental d'Anne, dont la position réelle ne peut laisser aucun doute.

( 7«6 ) rement établi qu'ils n y formèrent aucun établissement maritime, et que c'était par les caravanes que les échanges avaient lieu pour les villes du littoral , aussi bien qu'entre Gkanah, Tekrour et Sedjelmesse); mais qu'ils se soient aventurés dans l'Océan, qu'ils y aient fait des découvertes de terres nouvelles, et qu'ils en aient estimé les distances relatives, voilà ce dont il est permis de douter.

Puisque le nouveau méridien occidental des Arabes coïncide avec les Açores, sur lesquelles ils n'avaient aucun document précis, nous pourrons du moins prendre pour terme de comparaison les longitudes modernes à partir de ces iles, situées entre 29 et 34° ouest du méridien de Paris , en adoptant pour constante 33° 3' {occident vrai des Arabes ou horizon de Khobbet-Arine) ; eh bien, nous trouvons des points de rapprochement fort curieux entre ces longitudes et celles d'Aboul- Hhassan. Lorsque, par suite d'une erreur qui s'explique naturellement, Aboul-Hbassan déterminant la longitude d'un lieu sur un itinéraire que des détours ont allongé , se trompe d'un ou deux degrés, les distances relatives des villes qu'il traverse ensuite en ligne droite sont indiquées assez exactement. La différence devient plus grande lorsque notre voyageur arrive aux Syrtes. Mais si l'on

( 7'7 ) examine l'ensemble de ses déterminations, on reconnaît qu'il a introduit d'importantes corrections dans les nombres de Ptolémée. D'Asfi ou de Safi à Alexandrie, Ptolémée compte 53° 45', Aboul- Hhassau, 4»°4°> les modernes, 38° 58'; l'erreur des Grecs, qui est de i4° 47'* es * réduite par les Arabes à 2° 4a'- Si Aboul-Hhassan avait conservé la détermination de 6o° 3o' donnée pour Alexandrie par ses devanciers (i), Terreur eût été réduite à ia\ Pour Damiette, elle est de i° 3^ : les Grecs comptent de Cadix à Damiette 56° l\o\ les modernes 38° 5', les Arabes 3g 44'.

Ce n'est pas tout': les longitudes d'A bon l-H lias san pour Sala sur la côte de l'Océan et Constantine, c'est-à-dire pour une étendue en long, de 37 20', s'accordent à 10 minutes près (a) avec les longitudes modernes.

Dans les distances intermédiaires, bien qu'il faille tenir compte de l'insuffisance des itinéraires, des fautes de copiste , de la difficulté d'identifier exactement les positions indiquées par les Grecs, les Arabes et les modernes , plusieurs des rectifications sont remarquables :

(1) Le Manuscrit ar. de la Bibl. nat., n° 1141, f. 27, porte 6o° 3o'.

(a) Si dans le Ms. on lit ^tTau lieu de ,3, l'erreur est réduite à zéro.

to\

De Sala à Conatantioe l'erreur de Ptolémé>, qui est «le 6° 50' est réd . à 1 0' .

De Sala à Bizerte (Hippo Zaritus, bod loin tfltyca?) t l 0°

De Sala à Taager,

De Clierchell (Julia Cœsarta) à Constantiae,

De Ceota à Oran {Deorum portes, suivant M. Hase),

D'Orao à Bougie (SaJaVv CoJoaia),

De Bougie à Bizerte , d'en*.

Al partir de Constantine et de Kairowan, Àboul- Hhassan paraît s'égarer dans l'intérieur des terres ; il corrige de 4° Terreur de Ptolémée sur les Syrtes, en donnant encore à cette côte une inclinaison trop orientale; il est toutefois très-probable que les Arabes avaient des notions exactes sur cette partie du littoral de l'Afrique ; mats Ton sait que dans leurs itinéraires ils ne suivaient pas le rivage de la mer. Du reste , les longitudes assignées par Aboul-Hhassan à Cabès et à Djerbeh sont, entre elles, dans le même rapport que les longitudes modernes; il en est de même, à a3' près, pour Cabès et Tripoli. Eufin notre auteur réduit à 27' Terreur de 4° fy que présente la Table de Ptolémée pour la distance de Mahadia à Alexandrie. Ce n est pas le hasard seul assurément qui peut produire de telles concordances.

On trouvera ci-après dans l'Appendice un extrait des tableaux que nous avons dressés pour nous rendre un compte exact des corrections faites par les Arabes; nous avons pris, comme on le verra, pour point de départ des longitudes modernes

( 7*9 ) Ytle Fayal (Açores), située vers 3i° ouest du méridien de Paris.

En substituant l'île Flores à Fayal, c'est-à-dire, en reculant de a degrés le point de départ, nous avons de Sala à Kairowan , pour toutes les villes qu'Aboul-Hhassan a visitées lui-même, une série de rectiâcattons qui s'éloignent des chiffres adoptés par Ptolémée , et se rapprochent d'une manière surprenante des évaluations modernes. En voici le tableau :

Différence des longi-

Différence des longitu-

Noms des villes.

tudes arabes

avec les

des arabes

avec les Ion-

longitudes grecques.

gitudes

modernes.

Sala.

Cadix.

Tanger.

Méquinez.

Fez.

Ceuta.

Séville.

Robath Taza ?

TIemcen.

Oran.

Tunis.

Breschk.

Cherche! 1.

Médéah.

Alger.

Dellys.

Bougie.

Constantine

Bone.

Badjah.

Bizerte.

Tunis.

Kairowan.

( 7 ao )

Après avoir resserré le littoral de l'Afrique, les géographes arabes appliquèrent la même correction aux côtes septentrionales de la Méditerranée. Pour l'Espagne, les rectifications ont quelque valeur; mais au delà elles paraissent avoir été faites systématiquement, et sont fort défectueuses; pour Marseille, par exemple, la constante de 17° 3o' a été ajoutée à l'évaluation dePtolémée, ce qui produit une erreur de plus de 5°; la longitude de la Sicile et de Rome est déterminée assez exactement ; mais il n'en est pas de même , à beaucoup près , pour Gènes et Pise. Quant à Constantinople, Ascalon, etc., leur longitude, prise des Açores et comparée aux estimations des modernes, donne, à 18' et à t\*f près, un résultat identique.

Il nous paraît donc ressortir de la Table d'Aboul- Hhassan, que les Arabes occidentaux possédaient des documents précieux, en raison de leurs connaissances aux douzième et treizième siècles, sur l'étendue du littoral de l'Afrique septentrionale, et par conséquent de la Méditerranée.

Mais, dira-t-on, quelle confiance peut-on accorder à un géographe qui place Alexandrie à 63° de longitude, et Damiette à 63° 5o' ? La réponse est aisée. Aboul-Hhassan s'arrête à Alexandrie; il donne la longitude de cette ville d'après sou itinéraire;

( 7* 1 ) ce n'est point un géographe , c'est un voyageur qui nous offre le résultat des notes qu'il a prises; il complète ensuite sa Table de longitudes avec les déterminations qu'il trouve dans les auteurs qui l'ont précédé. Damiette est placée par Ptolémée et par les Arabes orientaux à 63° 3a' ou 5o'; il écrit 63° 5o', et fait de même pour les positions plus orientales. — Il ne s'est pas donné la peine de rectifier des évaluations fausses par rapport aux siennes; il a donc manqué de critique? Nous ne voudrions pas nous engager à ce sujet dans une discussion qui nous entraînerait trop loin , d'autant plus que les raisons que nous ferions valoir, quelque bonnes qu'on" les suppose , seraient peut-être rendues inutiles par la production d'un manuscrit qui prouverait que le débat roule sur une faute de copiste; qu'il nous suffise de répéter qu'Aboul-Hassan ne peut être rendu responsable des longitudes des villes qu'il n'a pas visitées, longitudes qu'il a prises chez les Arabes nourris des idées de Ptolémée (i).

Nous ne nous arrêtons pas aux latitudes comparées des Tables grecques et arabes ; il suffit de

(i) Les mathématiciens arabes de l'Orient avaient également reconnu les erreurs du géographe d'Alexandrie sur l'Asie en général ; nous donnerons ailleurs un aperçu de leurs travaux.

( 7" ) dire que si les instruments dont se servait Aboul- Hassan n'étaient pas parfaitement exacts Y du moins le maximum de ses propres erreurs est bien loin du maximum de celles de ses devanciers; on peut le voir par les cartes jointes à ce Mémoire. Notre astronome place Oran par 35° aa', Bone par 36° 3o'; les Tables grecques portent 33° 45' et 3i° i5'; les Tables modernes 35° 44' et 36° 5a'. On voit donc que les observations «TAboul-Hassan ne manquaient pas d'une certaine précision.

I^e fait historique que sa Table nous démontre, c'est que les Arabes avaient au treizième siècle une idée beaucoup plus nette que les Grecs de la véritable longueur de la Méditerranée ; qu'ils étaient arrivés à ce résultat non-seulement par l'examen des écrits d'Ératosthène et de Strabon, et par des observations simultanées d'éclipsés , mais encore par des itinéraires; celui que nous avons extrait du traité d'Aboul-Hassan justifie à cet égard nos hypothèses.

Nos conclusions sont faciles à déduire de ce qui précède :

i° L'idée très-ancienne de coupole de la Terre, l'ôjiLçàXoç OaWcYiç des Grecs, umbilicus Terrœ des latins, le Khobbet-al-Ardh des Arabes, doit être tout à fait séparée de l'idée d'un ou plusieurs

(7*3) points de la ligne équinoxiale considérés également comme coupoles du monde, mais servant à déterminer la position d'un premier méridien géographique.

a° Ces divers points de la ligne équinoxiale ont été appelés : Aviné, Khobbel+Ârine, Kanka, Lanka, Kankader, Gangdiz, etc. ; quelle que soit Fétymologie de ces divers noms» quelle que soit leur liaison avec les systèmes cosmographiques de l'antiquité et du moyen âge, on ne doit point les regarder comme représentant un pays, une ville» une île, un fleuve, etc. Ce sont des termes purement systématiques.

3° L'origine de ces dénominations a été placée à tort dans l'Inde par les compilateurs du moyen âge, qui ont cru que les Iudiens comptaient les longitudes géographiques à partir de l'extrémité orientale des terres habitables en retournant le système de Ptolémée; non-seulement les Indiens ne sont point les inventeurs de ces termes systématiques, mais il ne paraît pas qu'ils aient eu jamais un mode particulier dénonciation pour les longitudes terrestres, puisqu'au seizième siècle de notre ère les Tables de l'Ayyn-Akbery sont encore, comme celles des Grecs, dressées pour le méridien des îles Fortunées.

4° L'opinion qui attribue aux Indiens un pre-

( 7*4 ) ' mier méridien géographique placé dans Pile de Ceylan , appelée Lanka, doit être également rejetée. Si dans quelques poèmes mythologiques de l'Inde le nom de Lanka est appliqué à l'ile de Ceylan, ce nom n'a jamais été d'un usage vulgaire en Orient; il a été toujours inconnu aux Grecs et aux Arabes conquérants de l'Asie. Jamais les Indiens n'ont identifié au moyen âge leur Lanka ou Kanka (point équinoxial, coupole de la Terre) avec l'ile de Ceylan, et jamais à cette époque ils n'ont placé un premier méridien géographique dans cette île pour la détermination des longitudes.

5° Le Traité d'astronomie d'Àboul-Hassan nous fournit le premier exemple d'une table de longitudes géographiques calculées pour le méridien de Khobbet-Arine; ce méridien coïncide avec le 90 e degré de Ptolémée pris sur l'équateur; et en cherchant à déterminer sa distance orientale du méridien de Paris par une moyenne prise entre un certain nombre de positions géographiques choisies arbitrairement et manifestement entachées d'erreurs, on commet tout simplement une hérésie scientifique.

6° L'idée de ce méridien central , dans son application à un système géographique déterminé, n'appartient pas à Ptolémée,. mais aux Arabes

( 7 2 ^ ) occidentaux : ce n est plus de leur part une ruse, ou un déguisement ayant pour objet de dissimuler des emprunts qu'il est toujours aisé de découvrir; en corrigeant Terreur de Ptolémée sur le bassin de la Méditerranée , erreur qui ne s'élevait pas a moins de 20 degrés en longitude, et qu'on signalait pour la première fois à la fin du dix-septième siècle , les Arabes avaient été naturellement conduits à substituer au méridien des lies Fortunées, le méridien de Khobbet-Arine, dont l'horizon occidental, à défaut des Açores qui ne leur étaient pas géographiquement connues , leur offrait toutes les conditions nécessaires de raccordement pour leurs rectifications.

7 La différence de 17 3o' environ qui existe entre les évaluations des Grecs et d'Aboul-Hassan pour là longitude de quelques villes de l'Espagne et de l'Afrique occidentale , adoptée comme constante par certains géographes, explique la distinction des deux occidents des Tables Alphonsinesy l'occident vrai (horizon de Khobbet-Arine) et l'occident habité, distants l'un de l'autre de 17 3o', et en même temps les opinions diverses des écrivains du moyen âge, qui plaçaient tantôt par 90 à l'orient des iles Fortunées , tantôt par 7a 3o' la ville d'Arim devenue une seconde Syène , etc.

(7*6) 8° La correction apportée aux Tables de Piolémée sur toute l'étendue du littoral de l'Afrique et de l'Espagne par Aboul-Hassan, montre que les travaux géographiques des Arabes ont une importance véritable, et que Ton doit attendre, de l'examen de ces travaux et de leur comparaison avec ceux des Grecs et des modernes, les documents les plus précieux pour l'histoire des sciences au moyen âge.

Nota. Sur les cartes ci-jointes : p signifie : suivant Piolé- Hiée; <i, suivant Aboul-Hassan; m> suivant les modernes.

Signes conventionnels : tracé de Ptolémée ■; iracé d' Aboul-Hassan ; tracé des modernes

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