VIII-LX et CL
( xij ) et éclairer peu à peu d'une vive lumière l'Europe chrétienne, les nouveaux conquérants de l'Asie deviennent les disciples de ceux qu'ils ont vaincus ; la Science arabe pénètre dans l'Inde avec Albirouni vers 1016, sous les auspices de Mahmoud le Ghaznévide ; chez les Seldjoukides, avec Omar-Kheiam, vers 1 076; chez les Occidentaux , par les Croisades (1095-1260); chez les Mongols, avec Nassireddin-Thousi, fondateur de l'Observatoire de Méragah (1260); chez les Ottomans, vers 1337. Elle est introduite par le Chinois Cochéou-king, élève de Gemal-eddin,dans le Céleste Empire, sous le règne de Kubla'i-Khan, chef de la dynastie des Yuen (vers 1 280) ; et le Tartare Oloug-Beg lui élève, à Samarcande, un nouveau et impérissable monument dans la première moitié du quinzième siècle.
Certes, c'est un grand et magnifique tableau qui se déroule ainsi sous nos yeux pendant la période qui sépare l'École d'Alexandrie de l'École moderne, et un jour viendra où il nous sera possible d'en réunir tous les éléments. Dans le volume que nous offrons au public, nous n'en donnons que
les principaux traits ; l'examen des questions spéciales précède nécessairement tout travail d'ensemble; et souvent de la production d'un seul fait resté inaperçu, dépend le sort de bien des théories improvisées, qui s'effacent et disparaissent devant une discussion sérieuse; ainsi M. Letronne , en traitant avec une méthode parfaite quelques points isolés de l'histoire de l'Ecole grecque, a rendu à cette histoire son véritable caractère, et renversé des hypothèses qu'un nom avait prématurément sauvées de l'oubli ; ce que l'illustre érudit a fait pour les zodiaques et pour le calendrier égyptien , nous l'avons tenté sur un autre terrain , nous efforçant de ressaisir les premières traces de l'astronomie indienne et chinoise, de soulever le voile qui couvre encore l'origine des Mansions lunaires, et de définir les divers systèmes géographiques qui ont eu cours chez les Orientaux.
Il ne faut point chercher à la Chine d'astronomie proprement dite; les sciences mathématiques n'y ont jamais été cultivées d'une manière suivie; elles n'y ont fait aucun progrès. On a vainement essayé de ressusciter
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les idées de Fréret, de faire jaillir de textes obscurs ou incompris , des connaissances de l'ordre le plus élevé ; des emprunts mal déguisés qui révèlent une influence grecque ou arabe, constituent la meilleure partie des écrits dont s'honorent les Chinois.
Les Indiens, bien supérieurs à leurs voisins , quoi qu'on ait soutenu tout récemment encore la thèse contraire, ne paraissent pas, néanmoins, avoir été doués à un degré éminent du génie scientifique. On suppose qu'ils ont eu , à certaines époques, des mathématiciens et des astronomes de mérite, mais rien ne prouve qu'ils n'aient pas été tributaires des Écoles chaldéenne, grecque et arabe, comme ils l'ont été plus tard de l'Ecole moderne.
L'idée première des Mansions de la lune n'appartient pas plus aux Chinois qu'aux Indiens; elle est commune aux peuples de l'antiquité, qui ont pris les mouvements de notre satellite pour base de leur calendrier; imaginer qu'un peuple ait pu choisir vingt-huit astérismes, liés, non pas à la révolution lunaire, mais à d'anciennes observations de
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solstices et dequinoxes, et s'appuyer, dans cette singulière théorie , sur les formules de la Mécanique Céleste,c'est poursuivre un rêve digne de figurer à côté de la démonstration d'un problème historique par le Calcul des probabilités. Mais il est certain que le zodiaque lunaire des Arabes a été adopté au moyen âge dans tout l'Orient , et qu'il a été le point de départ d'une nouvelle classification plus régulière.
Quant à la Géographie Mathématique , qui forme aujourd'hui une des branches les plus intéressantes des sciences exactes, elle n'a jamais reçu d'application raisonnée à la Chine ou chez les Indiens , et c'est aux Grecs qu'elle doit ses premiers développements. Les Arabes seuls songèrent à la perfectionner; ils inventèrent un nouveau système pour renonciation des longitudes, et firent de l'occident de la Coupole de la terre ou d'j4rine 7 un premier méridien qui leur permettait d'apporter d'heureuses modifications aux Tables de Ptolémée, particulièrement sur l'étendue de la Méditerranée ; on a bien à tort attribué au géographe grec la pensée d'un
méridien central autour duquel il aurait distribué, dans un ordre symétrique, toutes les parties du monde habité; et l'on n'a pas été mieux inspiré en fixant la position de la coupole d'Arine par une moyenne entre des résultats évidemment défectueux. C'est avec de semblables procédés qu'on parvient à écrire quarante pages sur une question, qu'on laisse, comme Ta dit un savant illustre, au point même où on l'a prise ; il est inutile de courir, avec de si grands écarts, vers une solution placée devant nos yeux ; les travaux des Arabes nous fournissent l'explication trèscomplète des divers passages que nous avons signalés, et qui se rattachent à la Géographie Mathématique, et les Indiens, non plus que les Chinois, n'ont rien à revendiquer, que nous sachions , jusqu'à présent du moins, dans l'histoire des progrès de cette science.