‹ Matériaux pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les OrientauxChapitre 3 sur 14 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

De l'astronomie grecque.

Nous divisons l'histoire de l'astronomie proprement dite en trois grandes périodes, auxquelles se rattachent trois écoles distinctes : i° X école grecque ou X école d Alexandrie, dont les derniers travaux coïncident avec le démembrement de l'empire romain par les peuplades du Nord ; 2^ Xécole arabe ^ qui jette quelques lueurs brillantes, du huitième au quinzième siècle de notre ère, sur les temps de barbarie du moyen âge; 3° l'école moderne, qui commence avec Copernic et Rhélicus, mais dont les progrès véritables ne datent que des premières années du dix-septième siècle, lorsque Reppler et Galilée, et après eux Newion,

déterminent irrévocablement les lois des mouvements célestes et le principe général qui leur sert de base.

On sait combien l'école grecque, illustrée surtout par Hipparque (i) et par Ptolémée(2), a rendu de services à la science; les découvertes qui sont dues à ses représentants, ont été justement appréciées, et le tableau que l'Almageste en a tracé, donne une idée très-nette du système astronomique auquel elles se trouvent liées : les théories sont appuyées sur des observations faites avec des instruments propres à mesurer les angles, et calculées par les méthodes trigonométriques; la science astronomique est créée; mais l'école grecque, appelée aussi école d'Alexandrie, ne remonte pas au delà du troisième siècle av. J. G.; et l'on s'est souvent demandé si, dans les temps antérieurs, l'astronomie n'avait pas été déjà portée à un haut degré de perfectionnement; or, l'histoire nous apprend que jusqu'au règne des Ptolémées, cette science avait fait peu de progrès (3); elle ne s'était composée que d'observations

(i) Hipparque, de Nicée, florissait au second siècle avant notre ère, vers l'an 127.

(2) Ptolémée , d'Alexandrie , composait VAlmageste [^ u,e- Yiçv) auvTa^i;) vers l'an i38 de J. C.

(3) M. làeXev (Sur l'origine du zodiaque^ p. 11) s'exprime ainsi à l'égard des Grecs : « Nulle part ne se montre chez les

relatives aux phénomènes des saisons et des éclipses, de quelques périodes fondées sur de trèslongs intervalles de temps, et de conjectures sur la constitution de l'univers, mêlées de vérités et d'erreurs. Le mouvement du soleil dans un orbe incliné à réquateur ; le mouvement de la lune , la cause de ses phases et des éclipses; la connaissance des planètes et de leurs révolutions ; la sphéricité de la terre et sa mesure ; la revue du ciel étoile et sa distribution en certains groupes, auxquels on avait imposé des noms arbitraires, aussi bien que la division du zodiaque en vingt-sept ou vingt- Grecs, avant l'école d'Alexandrie, une trace d'une observation purement astronomique, excepté peut-être le solstice d'été que Méton observa eu 4^2 , et qu'il mit un jour et demi trop tôt. Leurs physiciens s'abandonnaient à des rêveries sur l'arrangement du monde, sans s'inquiéter de chercher une base à leurs spéculations dans l'observation des phénomènes. Pour les besoins de la vie civile, on se servait de nombres grossiers et variables, qu'Hipparque, le créateur de l'astronomie scienti6que, soumit le premier à un examen plus précis, >j Ce tableau de l'astronomie grecque avant Hipparque, rapporté par M. Letronne [Sur l'origine du zodiaque grec, 1840, p. 24), s'éloigne peu de celui qu'il avait tracé lui-même [Discours sur l'origine des zodiaques grecs, p. 3i) : « On a dit que la Grèce devait à l'Orient tout ce qu'elle a possédé de connaissances scientifiques; mais on n'a pas fait attention que les Grecs, avant l'école d'Alexandrie, sont restés à peu près étrangers à ce que nous appelons les sciences. Les mathématiques et l'astronomie étaient encore dans l'enfance au temps de Platon et d'Eudoxe. »

huit maisons indiquées par le cours de la lune, ou en douze signes qui répondent aux douze mois de l'année : telles sont les notions élémentaires que nous révèle l'étude de l'antiquité; d'un côté, des faits si frappants qu'ils ne pouvaient échapper à aucun observateur; de l'autre, quelques conséquences faciles à déduire et que tous les peuples ont dû signaler ou admettre (i).

Les Cbaldéens, il est vrai, si nous en croyons Geminus (2), avaient été plus loin, et leur méthode pour calculer \ anomalie de la lune fait honneur à leur sagacité; si l'on joint à cette détermination , cette série d'observations qui remontaient jusqu'à dix-neuf siècles avant Alexandre, et qu'Aristote , au rapport de Porphyre cité par Simplicius (3) , se fit communiquer par l'entremise de Callisthène, celles des éclipses de lune des années 720, 719, 620, etc., av. J. C, conservées par Ptolémée (4)? le saros ou période de deux cent

(i) Delambre, Histoire de l'astronomie ancienne, tom. I, dise, prélim. , pag. 9.

(2) Geminus, Introduction aux phénomènes célestes, texte grec publié daus VUranologion de Petau , p. 61 et suiv.

(3) Simplicius, Commentaire sur les quatre liifres d'Aristote -KzoX oùpavou, de cœlo, texte grec, i526, pag. i23. Porphyre était du troisième siècle de notre ère , et Simplicius du cinquième. Il n'est question de ces observations dans aucun des ouvrages d'Aristote qui nous sont parvenus,

(4) Ptolémée, /ilmageste, liv, iv.

( 5) vingt-trois mois lunaires qui ramène la lune dans la même position à l'égard de ses noeuds, de son périgée et du soleil (i), l'emploi du scaphé (2), et quelques idées fort justes sur les comètes (3), on est porté à reconnaître que les astronomes de Babylone avaient fait avancer l'étude de l'astronomie. Mais chez les autres peuples de l'Orient nous ne trouvons nul monument authentique d'une valeur réelle; les tables indiennes n'offrent aucun caractère d'ancienneté, et les travaux des savants modernes tendent à leur ôter tout crédit. D'autre part, les annales de la Chine montrent que l'astronomie ne s'est jamais élevée dans le Céleste Empire, avant l'ère chrétienne, à la hauteur d'une science proprement dite; c'est à peine si l'on y découvre quelques observations des longueurs méridiennes du gnomon , utiles pour la détermination de l'obliquité de l'écliptique ; et assurément si les livres chinois avaient renfermé de précieux documents sur l'histoire de l'astronomie, les ad-

(i) Laplace, Précis de Vhist. de l'astronomie , 1821 > j). i3.

(2) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomi(]ues des AraheSy inséré dans le tome I des MémoiJ'es des savants

létrangers, publié par l'Académie des inscriptions et belleslettres , pag. 9.

(3) Sénèqiie, Traité des questions naturelles , liv. vu, ch, 3. ^Toy. sur les opinions opposées d'Apollonius de Myndes el,

d'Kpigène, notre mémoire déjà cité, pag. 10.

( 6 ) niirables ëcrils des missionnaires européens du seizième et du dix-septième siècle nous l'auraient appris; de ce côté, tout paraît avoir été fait.

Il faut donc revenir aux Grecs; leurs philosophes nous disent bien qu'ils ont puisé chez les Égyptiens de nouvelles idées sur le système de l'univers ; qu'on leur doit la période sothiaqae de quatorze cent soixante et un ans fondée sur le lever héliaque de Sirius, qui faisait revenir à peu près aux mêmes saisons leurs mois et leurs fêtes; enfin , suivant Macrobe (i), ils avaient reconnu le mouvement de Vénus et de Mercure autour du soleil ; mais on ne voit pas qu'ils aient transmis à ceux dont ils se prétendaient les maîtres (2), aucune série d'observations astronomiques; sous ce rapport les traditions sont muettes. Thaïes, qui avait voyagé en Egypte (3), et qui fut le chef de l'école ionienne, répandit en Grèce quelques notions nouvelles; après lui, Anaximandre et Anaximène firent connaître l'usage du gnomon (4).

(1) Macrobe [Commentaire sur le sortie de Scipioii)^ liv. i, c. 19), après avoir rapporté le remarquable passage de Cicéron sur Mercure et Vénus, dit : « jEgyptiorum solertlam ratio rionfugit, quœ talis est. » — Vitruve, iiv. ix, c. 4.

(2) Voy. notre mémoire déjà cité , p. 6 et 7.

(3) Diogène Laërce, t. I, p. 22 (éd, Longolius, 1739). Thaïes, Phénicien d'origine, était né en 639 avant J. C. ; il mourut en 548.

(4) Le premier était né en 610, et mourut en 546; le se-

( 7 ) Fjthagore et son école admirent, suivant Laplace, les deux mouvements de la terre sur ellemême et autour du soleil (i), sans réussir à faire prévaloir leur hypothèse. Méton introduisit dans le calendrier la période de dix-neuf années, corrigée plus tard par Calippe, mais moins exacte que le saros des Chaldéens (2). — Ces premiers essais sont remarquables : toutefois ils ne sufOsent point pour constituer une science; il aurait fallu y joindre des observations précises, continuées pendant un long espace de temps; et jusqu'au règne d'Alexandre le Grand ( !^36-39.4 av. J. C.) on n'en peut citer que deux : la première fut celle du

cond florissait vers l'année 543 avant J. C. Voyez notre mémoire déjà cité, p. 6. — Anaximandre, selon Diogène Laërce, t. I, p. i34, 1. II, c. I, 3, est l'inventeur du gnomon; c'est Anaximène , suivant Pline , II , 8. Voyez Bailly , Hist. de t astronomie ancienne^ p. 17$, 197, 384, 44^ et suiv. ; Delambre , Astron. anc, t. I, p. i5; l'abbé de Canaye {Recherches sur Anaximandre [Mémoires de V Académie des inscriptions , t. X, p. 26 et suiv.). Vitruve, 1. 1, ch. vi, p. 23, dit que le YvojfjLcov des Grecs est la même chose que leur cxiaO^qp ; Pline, I. II, ch. Lxxvi, traduit a/aaôrjp par /ioro/o^mw. Le YvwfjLwv était sans doute le style du gnomon, et axtaôr^p le cadran lui-même. Voy. aussi M. Ideler, Mem. sur l'astronomie des Chaldéens (tr. de l'abbé Halma) , p. 164.

(i) Laplace, 1. c, contredit par M. Ideler. Pythagore florissait au sixième siècle avant J. C, et son disciple Philolaùs, qui exposa sa doctrine au grand jour, était du quairièmc.

(2) Laplace, 1. c. , p. 27.

(8) solstice d'été de l'an 43^ parMétonetEuctémoii(i); Ja seconde, celle que fit Pythéas à Marseille de la longueur méridienne du gnomon au solstice d'été (2), et dont on s'est servi pour établir la diminution successive de l'obliquité de l'écliptique. Pylbéas florissait au quatrième siècle av. J. C, et c'est seulement à la fin de ce quatrième siècle que s'ouvre une période non interrompue de travaux et de découvertes qui sont la véritable base de la science astronomique.

Dix-buit ans s'étaient à peine écoulés depuis la mort d'Alexandre, que Ptolémée Soter^Xww de ses plus babiles généraux, se faisait proclamer roi d'Egypte; ce prince, qui occupa le trône de 3o5 à 285 (av. J. C. ), aimait les lettres et les cultivait, puisqu'il composa une vie â! Alexandre fort estimée des anciens , mais qui ne nous est point parvenue. Il attira les savants à sa cour, les encouragea par des bienfaits, et mit à leur disposition un observatoire et une bibliotbèque qui devait s'enricbir par les soins de Démétrius de Phalère (3).

(i) Laplace , 1. c. , p. 26. Itleler, Rech. hist, sur les ohserv. astron. des anciens (tr. de l'abbé Halma), p. 84.

(2) Cléomède , liv. i, chap. 7. tlipparque cité par Strabon ,

(3) Arrian., in praef. Phitarq., in Alex., p. 691; in Jppophth., p. 189, et in Moral., p. 1095. Q.Cnrce, I. ix, c. 8. Strabon, I. XVII, p. 79H.

(9) Marchant sur les traces de son père, Ptoléinée Philadelphe (280-247), établit à Alexandrie des écoles publiques et des académies , et rechercha avec zèle tout ce qui pouvait fortifier le goût des sciences et des arts dans ses États (i). Ce grand mouvement intellectuel imprimé à l'Egypte par les deux premiers Ptolémées ne devait point s'arrêter sous leurs successeui's, et l'astronomie , en particulier, devait prendre un développement remarquable, et recevoir une forme nouvelle que les siècles suivants n'ont fait que perfectionner.

Les premiers observateurs de l'école d'Alexandrie furent Aristille et ïimocharis (2); ils fixèrent la position des principales étoiles du zodiaque, et facilitèrent la découverte de la précession des équi^ noxes que l'on doit à Hipparque; après eux, Aristarque cherche à mesurer les giandeurs et les distances du soleil et de la lune (3); Éralosthène

(1) Euseb., in Chron. Plutarque, in Arat., p. io3i. Liban., Orat., II.

(2) Ptolémée, Almagestej 1. vu, v. 1,2 et 3; 1. x, c. 4. Reinholdi , Not. ad Theor. Planet. Piirbachii, de Moiuoctavœ sphœrœ, f. 227.

(3) Weidier, Historla astronomiœ, p. 128. Ejiis observationcm soîsticii laudat Ptolomœiis, I. m, c. 2. Dicitiir instaurasse Philolai hypothesin de mobilitate terrae,qiiam ob caussam a Cleanthe violatœ religionis postulatus est, tanquam universi lares Vestamqne si loco niovi.sset, Plularcli., de Facie in orbe lunœ, p. III oper. , p. 355. Stol)aeuSj p. 56. Archimcdes, in

détermine la longueur d'un degré du méridien terrestre et l'obliquité de l'écliptique (i); enfin Hipparque, le plus grand astronome de l'antiquité (^), s'appuyant sur des observations faites avec toute la précision que comportent les instruments dont il se sert (3), forme les premières tables du so~ leil ; pour constater la durée de l'année tropique, il emploie deux solstices, parce qu'il n'a point d'ancien équinoxe, et jj est obligé de recourir aux siens propres pour vérifier l'exactitude de sa théorie (4); il signale enfin la précession, que, d'après Ptolémée, il ne fait pas moindre de 36" (5).

Arenario, sub init. Adde Plutarch., I. c, p. 358, ubi etiain Aiistarchi librum Trspi (A£"y£Ôo)V xai àTroçTQixàxwv , de niagnitudinibus et distant Us ^ solis nempe et lunœ, laudat; quem Pappiis, Collect. mathem.j lib. vi, prop. 38, posteris servavit. Cf. Riccioli , Mmag,, p. I, p. io8, 73 r ;a(ld. Joann. Wallisii openim, t. III, p. 58i.

(i) Plolémée, I. 11. Gassendi, Prœf.ad vit. Tychonis. Proclus, Hypotyp.y c. 2. Flamsteed, Prolegom., p. 19. — Cléomède, CycL theor., 1. i, c. 10. Strabon , l. 11, p. 78. Censorinus, c. XIII. Pline, 1. 11, c. penult. Voy. aussi sur le passage de Marlianus Capella, de Nupt. philol. et mercur. , 1. viii, p. 289, Weidler, 1. c, p. i33.

[i] Laplace, 1. c, p. 35. Suidas, au nom d'Hlpparque. Strabon , 1. xii, p. 390. Weidler, 1. c. , p. 141.

(3) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 19 et s.

(4) Ptolémée, 1. m, c. i, p. 63. Scaliger, de Emendat. teinpor. , i. II, p. 108.

(5) Delambre, Hist. de tastr. ancienne, t. II, p. 249.

Les anciens, en cherchant à régulariser les mouvements de la lune, avaient reconnu qu'après un certain intervalle de temps les mêmes phénomènes se reproduisaient d'une manière à peu près constante. C'est ainsi qu'on attribue aux Chaldéens la connaissance du retour exact des éclipses au bout de deux cent vingt-trois lunaisons, ou de dix-huit ans et dix jours (6585j.*/3) (i). Hipparque perfectionna cette péiiodeen obtenant des révolutions complètes de tous les éléments moyens des mouvemenls lunaires dans un intervalle de 126007 j., plus une heure équinoxiale, (wec cette circonstance heureuse^ que pendant le même espace de temps ^ le soleil accomplissait aussi '^[\^ révolutions sidérales complètes à 7° 72 pt^^^- « De «là, écrivait M. Biot, en i843 (î^), on conclut « par proportion la durée d'une seule révolution « pareille égale à 365 j.,s>5985868. Telle est donc « l'année sidérale admise par Hipparque; elle est « un peu trop longue. Toutefois en la comparant « à son année tropique 365 j., 24666667 , qui pè- « che dans le même sens, la différence 0,01319201 « suppose un mouvement annuel de précession

(i) Journal des Savants y cahier île septembre, i84'i» p. 53i.

(2) Id., cahier d'octobre, p. 610.

« égal à 46", 807; valeur à la vëiité un peu trop » faible, mais bien préférable aux 36" adoptées par (f Ptolémée. Ce rapprochement, qui, je crois, n'a- « VAiT PAS ENCORE ÉTÉ FAIT, moiitre évidemment « t]ue Ptolémée a eu très-grand tort d'employer « une évaluation aussi fautive, et surtout de la a présenter comme celle à laquelle s'était arrêté « Hipparque, tandis que, selon les expressions de ce « grand astronome qu'il rapporte et sur lesquelles « il s'appuie, cette précession de 36", loin d'être « la meilleure, serait exceptionnellement la plus « faible que les observations partielles eussent « indiquée. Ce qui est pire, c'est que Ptolémée « prétend avoir trouvé aussi cette même valeur « de 36'' par ses propres observations comparées « à celles d'Hipparque ; car de là résulte cette « inévitable alternative, ou qu'il a très-mal observé «la précession, ou qu'il ne l'a pas observée du « tout, comme la plupart des astronomes moder- « nés l'ont présumé. »

M. Biot se ti'ompe, en disant que le rapprochement qu'il indique n'a paséléfait avant lui. Dans un mémoire lu à l'Académie des inscriptions et belleslettres, imprimé en 1840, et dont les bonnes feuilles confiées à M. Biot lui-même, en 1841, se trouvent encore entre ses mains, ainsi qu'il a bien voulu le reconnaître dans une note annexée à l'une de ses

( 13 ) récentes publications (i), je m'exprimais ainsi (2) :

a On sait que la recherche des périodes et leur « rectification ou perfectionnement étaient deux a des principaux objets de l'ancienne astronomie; « ainsi nous n'avons pas à répéter ici comment « Hipparque a corrigé les périodes des Chaldéens ^ « en comparant leurs observations aux siennes « propres ; mais entre ces déterminations nouvel* « les, il en est une qui se déduit d'un rapport de « nombres conservés par Ptolémée, dont on n'a « pas encore tiré tout le parti possible , et qui « peut servir à fixer d'une manière incontestable « la précession déterminée par Hipparque.

« Ptolémée rapportant (liv. 111) les propres ex- « pressions d'H^parque, montre qu'il faisait l'an- « née tropique de 365J- 5*^* 55' 12", et il dit au li- « vre IV que le même Hipparque a trouvé, d'après a les observations des Ghaldéens et les siennes « propres , que dans une période de 1 26007 jours « et une heure équinoxiale, le soleil parcourt 3^5 « circonférences entières, moins 7° ^\i\ à très-peu « près, relativement aux étoiles fixes; de ces deux « nombres, on déduit une année sidérale de 365^-

(1) Journal de;: Savants, décembre 184^, p. 719 et 720.

(2) Mémoires présentés par divers savants à V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. I, p. 20.

« Quelle que soit la grandeur respective de « ces deux années, leur différence en temps, qui « est de 19', donne lare de précession annuelle « de 46",8.

a En effet, la détermination de la durée de Tani< née tropique produit pour cent années juliennes « un mouvement sécu- « laire de loo'^ 0° 19 4^", 76

« Les nombres cités « précédemment doute nent pour le même « temps un mouvement a séculaire sidéral de. . 99 309 1 4' > 98

a Différence ou préces

« sion séculaire o i 180, 78

u En secondes : 4680^,78 .

« Delambre, en comparant les déclinaisons des « étoiles observées par Timocliaris et par Hippar- « que , trouve par un milieu entre dix-huit résul- « tats, 5i "39; Ptolémée réduisait la précession à 'c 36"; il aurait dû trouver d'après les calculs de « Delambre, 48" 75.

V Delambre suppose entre Hipparque et Timo- « charis une distance moyenne de i44 ^ns; la « précession de 46"8 conduirait à augmenter cette « distance moyenne de i5 ans. »

Si la remarque qui précède a quelque valeur,

( .5 ) j'en revendique donc la priorité; mais j'ajouterai que les Arabes, dont on paraît faire si peu de cas, ont porté dans leurs appréciations une exactitude bien préférable aux bypotlièses incertaines des Grecs; puisqu'ils ont successivement évalué la précession des équinoxes, qui, d'après la tbéorie de l'attraction, était, au deuxième siècle av. J. C, de 49' 645» Gt qui Gst suivant nos tables modernes de 5o''i, à 54"5, 5i"4, 5i"2, 5o''9et49"6, comme nous l'établirons en son lieu.

Hipparque avait montré que dans un intervalle de 126,007 jours */24 (j), il y a 4^67 mois entiers, 4573 retours d'anomalie, 4612 révolutions sidérales de la lune moins ^^720 ^^ 1^ circonférence; il trouve qu'en 545H mois, la lune revient 5gi3 fois au même nœud de son orbite ; il détermine l'excentricité de l'orbe lunaire , son inclinaison à l'écliptique et la parallaxe de la lune; mais il ne s'élève point à la recherche de la seconde et de la troisième inégalité de cet astre (2), inégalités dont la découverte paraît réservée à Ptolemée et aux astronomes modernes du dix-huitième siècle.

Inventeur de la trigonométrie sphérique(3),sans

(i) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes , p. 20. — ■ (2) Laplace , I. c. , p. 38 et 39.

(3) Delambre, I. c. , t. 1, p. 142. — Liv. 11 du Commentaire (l'Hipparque sur Aratus , passage fondamental : T.xaçov yàp

( "6 ) laquelle il n'y a point d'astronomie, Hipparquene rendit pas de moins grands services à la géographie mathématique (i), et l'on doit à jamais regretter la perte de ses écrits, en voyant tout le parti que Ptolémée en a tiré dans ses divers ouvrages; il aurait été à désirer, comme nous l'avons déjà dit (2), que l'école d'Alexandrie eût produit un second Hipparque, et malheureusement aucun de ses successeurs, sans en excepter Ptolémée luimême, n'eut cet esprit de sagacité et de pénétration qui remonte aux causes des phénomènes pour les expliquer. Quelques traités d'une importance très-secondaire, ceux de Geminus (3), de Théon

TWV £ipYl{Jt.£V(OV aTTOÔstXVUTai Ôlà xôiv YP^P-[J>-WV £V Taïç XaOoXoU TCSOt

TCûv TOiooTojv 7]tjLÎv GruvT£TaYpt,£vai(; Trpayua'fsiaiç. Le traité où se trouvent ces démonstrations était intitulé : 7\ twv auvavaToXwv 7rpaY[xaT£ia , Traité des levers simultanés. (Petavii Uranologion, p. 218.)

(i) Laplace, 1. c, p. 4i > dit qu'il fixa la position des lieux sur la terre par leur latitude et par leur longitude, pour laquelle il employa le premier les éclipses de lune. Voyez notre Mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes.

(2) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques dps Arabes, p. 21.

(3) Weidler, Hist. astr., p. 144 et suiv. Geminus scripsit ÊiffaYwyyiv eU "T^ cpaivoy.£va s. commentarium in Arati phœnomena, quem Edo Hildericus eu m latina versioneprimumedidit Altorfii, a. iSgo. Aliquoties laudatur a Proclo in romm. ad 1. I Euclidis qui yz^ho^^ vocat. Contexuerat autem Geminus lib. VI enarrationum geometricarum qnibus passim Proclus fuit

l'Ancien (i) et de Clëomède(9.), paraissent remplir l'intervalle de près de trois cents a sis , qui sépare Hipparque et Ptolémée ; il faut y joindre cependant les observations qui nous ont été conservées d'Agrippa(3) et de Ménélaûs (4), et la réforme du calendrier par Jules César (5).

Vers l'année i3o de notre ère, Ptolémée élève à l'astronomie et à la géographie mathématique deux monuments impérissables. S'il n'est pas véritablement inventeur (6), on peut dire toutefois qu'il résume et complète avec un rare mérite les travaux de ses devanciers; il confirme le mouvement de précession des équinoxes (7), et détermine la seconde inégalité lunaire ou Véi^ection{8).

adjutus, Posidonius qnoqiie non nulla e Gemino profert, apud Simpliriiim in lib. 11 Phys., sect. 10.

(1) Théon , de Smyrne, florissait à la fin du premier siècle avant J. C. Bpulliau a puiilîé un fragment de son traité d'astronomie. Weidler, p. 175. Delambie, t. I, p. 317.

(a) Cléomède ne vivait pas sous Angnste , comme on le supposait (Delambre, t. I, p. 218, Weidler, p. i52), mais au deuxième siècle de notre ère, ainsi que l'a démontré M. Letronne 5 son livre est intitulé : Théorie circulaire des phénomènes célestes^ xuxXixr, Ôetopia fjLereojpcov.

(3) Ptolémée, Jim., 1. vu, c. 3. Proclus, Hypotyp., c. iir, p. 355.

(4) Ptolémée, 1. vu, c. 3. Weidler, p. 174.

(5) Weidler, p. i5i, sur vSosigène , et p. i57, sur J. César.

(6) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 11.

(7 Ptolémée,^///?., I. vn. — (8) Id. , liv. v.

Cette dernière découvei te lui est attribuée généralement, et présentée comme son plus beau titre de gloire; mais Hipparque lui en avait préparé les voies. Delambre a été obligé de convenir que cet astronome avait reconnu rinsuffisance d'une inégalité simple pour rendre raison des observations de la lune (i); il aura signalé l'effet del'évection, et peut-être Ptolémée l'aura-t-il soumise au calcul, dans le seul but de compléter sa théorie des planètes.

Quoiqu'il en soit, on ne saurait estimer trop haut le service que nous a rendu Ptolémée, en composant son Almageste (.i); il nous transmet dans ce traité les éléments du système astronomique qui a conservé son nom, et qui, malgré l'erreur fondamentale sur laquelle il repose (l'immobilité de la terre prise pour centre de fous les mouvements célestes), a régné sans partage pendant quatorze siècles. C'est le tableau le plus exact des connaissances astronomiques de l'antiquité; c'est le point de départ des écoles arabe et moderne.

La géographie n'est pas moins redevable à Pto-

(i) Delambre, Astr. anc, I. ii , p 189, igB.

[1) Voyez plus haut, pag. 2, not. 2; les Arabes ont fait (le -fj jj.eYi<TTyi, la très-grande y le mot Jku*»3r*i olmadjesthi , trou est venu le nom A'Jlma^este.

( «9) lémëe; sa méthode de projection, pour la construction des cartes, qui était celle d'Hipparque, est encore employée aujourd'hui; et sa table de la longitude et de la latitude des lieux terrestres, malgré ses imperfections, est l'un des plus précieux débris qui nous soient restés des Grecs (i). Les écoles d'Athènes et d'Alexandrie subsistèrent, il est vrai, jusqu'aux V^ et VF siècles de notre ère, mais elles ne produisirent que des commentaires sur les ouvrages de Ptolémée (12), dont un bien petit nombre nous est parvenu (3); les matériaux d'une histoire des sciences pendant cette longue période manquent presque entièrement ; sur ce

(i) La géographie de Ptolémée était intitulée : YswypacpixY) &,pVf7i(7i(;. L'abbé Ha! ma en a publié en français le premier livre et les derniers chapitres du septième. Ce travail a donné lieu à des remarques fort utiles de M. Letronne [Examen critique des prolégomènes de la géographie de Ptolémée, etc.; Journal des Savants , décembre i83o , avril et mai i83i , et Bulletin universel des sciences de Férussac, mars et mai i83ï, sect. vu). — Voy. aussi notre Mémoire sur les systèmes géographitjues des Grecs et des Arabes, p. 16 et suiv.

(2) Weidler, Hist. astr. , p. 180 et suiv. , donne la liste des autres ouvrages de Ptolémée, dont les connaissances étaient aussi étendues que solides.

(3) Au milieu des noms que nous a conservés Weidler, 1. c. p. 184 à 202, Théon et Proclus, qui florissaient au quatrième et au cinquième siècle de notre ère, méritent seuls d'être mentionnés. On peut voir dans XRisloire de L'astronomie ancienne i\e\)e\i\v[\hre^ t. II, [). r»46 et suiv., ce qu'il dit d<' Sextus Empiricus.

point, les annales romaines ne peuvent être d'aucun secours, et les Latins demeurèrent longtemps étrangers à tout progrès scientifique (i). On aurait pu en dire presque autant des Arabes, si l'on s'était borné aux traductions faites au moyen âge de quelques-uns de leurs traités d'astronomie qui paraissaient calqués sur Ptolémée (2). Boulliau (3) après avoir compulsé tous les manuscrits de la Bibliothèque royale, n'avait trouvé que sept observations postérieures à l'astronome d'Alexandrie, qu'on pût joindre à Téclipse de Tbéon (4) : nous voulons

(1) Laplace, I. c. , p. 55, s'exprime ainsi : « Rome, pen- « dant longtemps le séjour des vertus, de* la gloire et des leN " très, ne fit rien d'utile aux sciences ; la considération attachée « dans cette république à l'éloquence et aux talents mili- « taires entraîna tous les esprits; les sciences n'y présentant n aucun avantage, durent être négligées, au milieu des con- « quêtes que son ambition lui fit entreprendre , et de ses que- « relies intestines, qui produisirent enfin les guerres civiles « dans lesquelles son inquiète liberté expira et fut remplacée « par le despotisme souvent orageux de ses empereurs. Le dé- •< chirement de l'empire, suite inévitable de sa trop vaste « étendue, amena sa décadence, et le flambeau des sciences, '( éteint par les irruptions des barbares, ne se ralluma que « <;hez les Arabes. »

[^) BouWiàiii Astronomia pkilolaica, 1645. Prolegomena, p. 14 et 1 5.

(3) Id., p. i5.

(/,' Théon, Comment, ad Ptol. , p. HH4. Weidler , 1. c. , p i8f). Boulliau, 1. e.

parler dès observations de Thius (i). On nç peut douter néanmoins que dans un siècle où fleurit le philosophe Simplicius, il n'y ait eu des savants livrés à l'étude de l'astronomie (2); et lorsque la persécution les obligea d'aller chercher^ avec les Nestoriens, un refuge chez les Perses et dans les contrées plus éloignées de l'Asie orientale, ils n'y portèrent pas seulement les connaissances qu'ils avaient puisées dans les ouvrages de l'école d'Alexandrie, ils y ajoutèrent les résultats de leurs propres observations, de leurs propres travaux (3), et cet esprit de recherche et d'invention qui les caractérisait, ne laissa pas assurément la science stationnaire. Malheureusement, l'histoire littéraire du sixième au neuvième siècle de notre ère nous offre des lacunes qu'on ne saurait espérer combler, si l'on ne savait aujourd'hui que les manuscrits arabes peuvent fournir sur cette période des documents précieux ; à peine a-t-on

(1) Id. p. Vossius, ch. 33, § aô, p. i65. Delambre , Hist. de l'astr. anc.y I, 3 18. Thius vivait vers l'an 5oo.

(2) ^ouW'xau, Astronomia phitolalca , p. 14. Weidicr, Hiit. astron. , p. 200.

(3) On en pourrait trouver la preuve dans certains passages d'Ebn -Jounis; il dit, par exemple, que les Perses avaient découvert au cinfjiiième siècle le mouvement de l'apogée du soleil. Voy. notre Jntrod. aux ta h i es astronomiques d'Oloug-Bf^, p. 47.

examiné et traduit jusqu'à présent quelques-uns de leurs traités scientifiques, et les découvertes qu'ils ont révélées prouvent que cette mine, restée si longtemps inexplorée, permettra d'arriver à la solution de bien des questions importantes. Nous allons passer rapidement en revue ce qui a été faitjusqua présent dans cette direction.

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