‹ Matériaux pour servir à l'historie comparée des sciences mathémtiques chez les Grecs et les Orientaux (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · XX. Al-Naaîm Aj^\ (les troupeaux) se compose · texte numérisé non relu

XX. Al-Naaîm Aj^\ (les troupeaux) se compose

(i) y. notre ^émoins déjà cité, pag. i36 et aaS.

(a) Id,, id» On lit en marge du ms. 898, fol. 36 v* : JLa^

( 5^6 ) de huit, étoiles à la suite d'al-Schaulah^ quatre dans la Voie lactée SLxil ^j, ce sont les troupeaux allant se désaltérer Vjk^I^LjJ!; quatre hors de cette zone ï.^Ua)! vIjJI, les troupeaux qui reviennent de Tabreuvoir; elles forment deux carrés (i), se lèvent la vingt-deuxième nuit de Canoun 1*' et se couchent le aa de Harizan, etc. Leur apparition annonce le commencement de Thiver ; les nuits et les jours sont égaux. Le paranatellon d'al^/Va/iim est ai-Henaah.

XXL Al-Beldah ïjJLJI (la Plaine) forme la vingtet-unième mansion. C'est un espace du ciel sans étoiles remarquables. Il y en a toutefois six petites, fort obscures y que leur disposition a fait nommer Varc /^^t, par quelques Arabes. Cette mansion se lève la quatrième nuit de Canoun II et se couche la quatrième nuit de Tamouz. A son apparition Teau gèle , etc. Le paranatellon d'al-Beidah est al-Oziroa.

XXII. Saad al-Dzabih ^\Si\ ^x^^fjorluna mactamis (a), se compose de deux étoiles peu bril-

(i) Cette iodication est en désaccord avec la iigiire tracée sur le Ms. ar. n*' 898, fol. 36 v«.

(2) Firouz-Ahadi y dans le Camous, compte dix astérismes connus sous le nom de saad, fortuna, dont quatre seulement sont des raansions Iimaires : 1^ ^'^1 J^ju-; a** «JLj

( ô-i? ) lantes entre lesquelles il peut y avoir, à vue d'oeil, une coudée de distance. L'une est plus élevée que Tautre abaissée vers le midi s^>^ ^jk)L*. Cette roansion se lève la dix-neuvième nuitdeCanoun II et se couche la dix-neuvième nuit de Tamouz. A son apparition les eaux s'élèvent jusqu'aux branches des arbres, etc. Le paranatellon de SoaU al- Dzabih est al-Nethrah.

XXIII. Saad-Bula Jb j^xw , fortuna degluiientisy se compose de deux étoiles de la Voie lactée ^ys^\ j tuy-^, l'une brillante, l'autre obscure; ou nomme la première baii'a LjJb VAs^aleury comme si elle allait dévorer sa voisine; elle se lève la dernière nuit de Canoun II et se couche la dernière nuit de Ab. Lorsqu'elle parait, les pluies deviennent plus abondantes J^ty-S^ »y ,J? ®tc. Le paranatellon de SaadrBula est al-Tharf.

XXIV. Saadal-Sooud û^juJ! .xm^^ fortuna fortunarunij est formée de trois étoiles dont l'une est

brillante et les deux autres très-petites elle est

pour les Arabes d'un augure favorable , et son apparition est accueillie avec joie... Elle se lève la douzième nuit courante de Schébat et se couche la quatorzième nuit courante de Ab ; c'est le com-

6^ ^Ul Jju- ; lo**^ Jju-. Voy. Van Couli , fol. i56.

(5a8) mencement du printemps. Le paranatellon de cet astérisme est al-Djebhah.

XXY. Saad al-Akhbiah i^,^H\ Jju* se compose de quatre étoiles voisines, deux perpendiculaires et deux horizontales; la plus brillante esxla For* tune et les trois autres les Tentes. Cette mansion se lève la vingt-cinquième nuit courante de Schébat et se couche la quatrième nuit avant la fin

de Ab; son apparition n'est point favorable

Le paranatellon de Scuid al-Akhbiah est al-Zwbanah.

XXVI. Al-Ferg al-avrvral JJ^t tj^^i ^^ Premier Gouleau (ou le gouleau antérieur de l'Urne), forme la vingt-sixième mansion (i). L'Urne comprend quatre étoiles qui présentent un grand carré ; deux constituent le premier gouleau; deux, le second. Cet astérisme se lève la neuvième nuit courante de Adar et se couche la neuvième nuit de Eiloul. Son apparition est fêtée; c'est le temps de la récolte des fruits, etc. Le paranatellon iSaUFergalawwal est al-Sharfah.

XXVII. Al-Ferg al-tsani JLiJI fjii\i le second Gouleau^ se lève la vingt-deuxième nuit courante de Adar et se couche la vingt-deuxième nuit d'Eiloul; son apparition est également favorable.

(i) Voy. notre Mémoire déjà cité, pag. i3i et^ia.

( Sag) Le paranatellon de cette mansion est al-Aoua,

XXVin. Betn ai-Haut, o^t ^, le ventre du Poisson, se compose de plusieurs étoiles en forme d'anneau; on Tappelle aussi al-Rescha LiJ!, le fil; elle se lève la quatrième nuit de Nisan et se couche la cinquième nuit de Teschrin V^. Elle est de bon augure; son paranatellon est al-Simakh. — L'année solaire de trois cent soixante-cinq jours est ainsi divisée en quatre parties, et chaque partie en sept stations de treize jours , ce qui constitue les vingt-huit domiciles de la lune, i»

Nous avons retranché de cet exposé beaucoup de détails inutiles à notre sujet et qui se retrouvent, non-seulement dans l'ouvrage de Kazwini, mais encore dans un grand nombre des manuscrits arabes et persans de nos bibliothèques publiques, la plupart des traités d'astronomie du moyen âge consacrant un chapitre aux mansîons lunaires; nous mentionnerons en particulier le Ms. arabe de la bibliothèque Sainte-Geneviève inscrit au catalogue sous le n^ 5 (i), liv. I, chap. IX, et les Mss. de la bibliothèque de Leyde que nous avons eu l'occasion de paréourir, no-

(i) Nous donnerons plus loin (appendice de la sixième partie) une courte analyse de ce Ms., dont Tauteur est Hassan ben-Ali, plus connu sotis le nom d*Abou-Nasser al- Conii.

laminent le n"* 117a, f. 7 r®; le n** ii57, fol. ii3 v^; et le n"* 1 155, fol. 87-96 (1).

Il nous suffit d'avoir signalé les rapports intimes qui existaient entre ces notions premières d'un zodiaque lanaire et les idées d'un peuple pasteur, habitué 9 dès l'enfance des sociétés, à porter ses regards vers la voûte étoilée et à y chercher des présages sur le temps et les récoltes.

Comment les Arabes auraient-ils été emprunter mi-partie aux Chinois , mi-partie aux Indiens, des divisions stellaires qui, pour eux^ avaient un caractère fixe, régulier, approprié au cours de la lune? Par quels intermédiaires auraient-ils reçu de la nation la plus orientale de l'Asie , non pas un système complet dans ses applications, mais certaines modifications d\ine importance secondaire dans l'ordre des détermiruitrices dont ils se servaient ?

Au lieu de torturer ainsi l'histoire et les mathématiques pour créer aux mansions lunaires une origine fantastique, ne serait-il pas plus simple de les faire sortir des traditions de l'Arabie, ou de les rattacher, si l'on veut absolument qu'elles soient d'invention étrangère, aux anciennes doctrines de l'Egypte, en raison du rôle que les aii-

(i) Ce dernier Ms. est intitulé i j», q M JjLL» S^ ^ \jk^y^^ , Tractatus de lance mansionibus cum Tab.

(53i ) leurs font jouer au Nii et à ses crues périodiques dans Ténumération des pronostics r

Le. tableau D présente, avec l'indication des vingt-huit astérismes des Arabes, la longitude et l'ascension droite des étoiles qui forment les limites extrêmes de ces divers groupes; il est facile de reconnaître quHl n'existe aucun rapprochement possible entre les dénominations employées par Alfragan et celles qu'on trouve usitées chez les Indiens et les Chinois (voy. les tableaux B et C); ce serait déjà un argument d'une certaine gravité, à coup sûr, contre la communication des nakscha^ tras aux astronomes du khalife Abou-Giaffar-Almanzor, si le Coran n'avait pas mentionné les domiciles de la lune deux siècles auparavant', mais ce que l'on ne concevra jamais, c'est que les Indiens aient emprunté les dwisions stellaires des Chinois pour en faire un zodiaque lunaire, qu'ils auraient transmis aux Arabes, et que ceux-ci aient eu précisément recours aux Chinois, qui ne s'inquiétaient nullement du cours de la luncy pour introduire dans le choix de leurs astérismes, quelques corrections isolées. Si Tunique recherche digne d'intérêt, est de découvrir la source véritable de ce zodiaque^ nous pensons qu'on s'est égaré dans des suppositions gratuites, par une marche qu'on pourrait appeler aventureuse, à défaut d'une ex-

( 53a ) pression plus sévère, et bien assurément contraire à toutes les règles d'une saine critique. C'est ce qui ressortira incontestablement , selon nous, de l'examen impartial des faits.

Conclusion. Si Ton trouve en Chine, dans l'Inde, chez les Arabes, des divisions stellaires au nombre de vingt-sept ou de vingt-huit, on doit croire qu'elles se rapportent invariablement au cours de la lune; cette pensée est si naturelle , qu elle a dû naître chez tous les peuples, avant même qu'ils aient songé à étendre leurs connaissances astronomiques; ils pouvaient suivre des jeux l'astre des nuits, pendant une demi-révolution, et successivement, en différentes parties du ciel; aussi tous ceux qui firent usage de l'année lunaire eurent-ils nécessairement un zodiaque lunaire ; nous n'exceptons même pas les Grecs , quoiqu'ils ne parlent nullement, dans les écrits qu*ils nous ont laissés, des vingt-huit domiciles de la lune, car il est impossible qu'ils n'en aient pas eu l'idée; lorsque Méton exposait en public un tableau où l'on marquait la nouvelle lune, les levers et les couchers des principales étoiles; lorsque Aulolycus faisait un ouvrage spécial sur ces levers, corn-

( 533 ) ment les astronomes grecs n'an raient-ils pas rattaché à certains groupes stellaires, la position que la lune occupait chaque jour sur la zone céleste? Plolémée n'en dit rien , il est vrai , parce que ces Dotions vulgaires n'avaient point pris rang dans la science; mais il ne fait pas, non plus, la plus légère allusion an fameux système de trépidation desfixes^ et cependant Théon affirme qu'il l'avait approfondi, puis rejeté comme une conception sans valeur (i). Devait-il en être de même des mansions lunaires ? c'est une proposition fort admissible ; au milieu de leurs rapports nombreux avec l'Orient, les Grecs ne seraient pas demeurés tout à fait étrangers à un usage universellement répandu parmi les peuples de l'Asie. N'ayant, du reste, aucun motif sérieux de les faire intervenir dans le débat, nous laisserons au temps le soin de confirmer cette hypothèse, pour revenir à notre sujet principal.

Que le zodiaque lunaire ait existé simultanément dans llnde et à la Chine, à des époques très^ reculées; il n'est point permis d'en douter, si les passages cités des Yédas , des lois de Manou et des livres de Confucius, sont authentiques; d'un

(i) Voy. le Mémoire déjà cité de M. Lelronne, sur te Cet' lendrier égyptien.

( 534 ) côté, vingt-sept //rt/vjcAa/TWJ*, de l'aiUre, vingt-huit divisions stellaires ; les Arabes, à leur tour, paraissent avoir connu très-anciennement les vingt-huit domiciies de notre satellite. Si Tidée primitive s'est produite en même temps chez les peuples les plus divers, est-il possible qu'ils aient adopté exactement les mêmes astérismes et les mêmes étoiles déterminatrices? Une semblable thèse ne serait pas soutenable ; les premiers observateurs n'ont pu s'accorder identiquement sur le choix des vingthuit constellations; les Indiens, aussi bien que les Chinois et les Arabes, ont dû avoir leur système particulier et ne se rencontrer sur certains groupes que d'une manière fortuite, tout en conservant une distance d'environ treize degrés entre ces diverses constellations. Eh bien ! si l'on compare les tableaux que nous avons dressés (A, B, C, D), oo reconnaît aussitôt que les Arabes seuls semblent suivre un ordre régulier, rationnel, conforme aux mouvements lunaires. 11 y a entre chaque astérisme l'intervalle nécessaire; si le désir de rattacher une des mansions à quelque étoile brillante, fait dévier de deux ou trois degrés la limite extrême de telle ou telle division, l'étendue donnée à la division suivante permet de rétablir immédiatement la régularité des séries; ainsi, par exemple, al-Débaran, choisi a cause de sou éclat comme

( 535 ) étoile déterminalrice du quatrième domicile, n'est qu'à onze degrés environ du troisième; mais sa distance au cinquième dépasse quatorze degrés, et le raccordement s'opère sans aucune difficulté.

On n'en saurait dire autant des Indiens ; personne ne conteste les rapports directs de leurs naksc/iairas avec le cours périodique de la lune; mais, soit que Ton adopte les identifications de William Jones, soit que Ton préfère celles de Colebrooke, on remarque dans leur zodiaque lunaire des divergences que l'on n'a pas encore pu expliquer; ainsi l'on ne compte que cinq degrés entre la cinquième et la sixième roansion, un peu moins d'un degré entre la quatorzième et la quinzième, deux degrés entre la vingt-ct-unième et la vingtdeuxième, etc. liorsque William Jones fixait les distances intermédiaires à treize degrés vingt minutes d'une manière invariable , il avait pour lui la logique; mais les tablçs indiennes et les affirmations des Pandits sont en désaccord complet avec cette logique suprême, dès qu'il s'agit de spécifier les étoiles déterminalrices.

Chez les Chinois, les différences sont plus considérables encore, et pour nous borner à un seul exemple, la sixième station, au lieu d'être de treize degrés au delà de l'extrême limite de la cinquième, se trouve de deux degrés en deçà ; est-ce une rai-

son de croire que ces sUiiions sont des divisions stetlairesy indépendantes du cours de la lune? Mais pourquoi donc, nous le répéterons, auraiton adopté le nombre vingt-huit? et si le prétendu système d^alignements auquel on a recours, repose sur des observations successives de solstices et d'équinozes, que devient cette tradition, exhumée après trente siècles d'oubli, de vingt-huit officiers chargés spécialement de surveiller les vingt-huit astérisroes? lorsqu'une théorie ne rend compte que de certains termes isolés du problème et qu'elle est en contradiction flagrante avec les autres termes, on peut être sûr qu'elle ne vaut rien ; or, deux faits sont acquis à la discussion , i^ on ne peut rapporter à des déterminations île solstices et d'équinoxes qu'une partie des vingthuit stations chinoises; %^ l'année lunaire a été en usage depuis un temps immémorial dans le Céleste empire, et il est impossible que les Chinois aient conservé vingt-huit divisions stellaires fondées sur des alignements d'étoiles et sur l'observation journalière du passage des astres au méridien, sans songer à les identifier avec les vingt-huit mansions delà lune, sans avoir, en un mot, un . zodiaque lunaire. On s'éloigne donc de la voie de la vérité lorsqu'on substitue des hypothèses ingénieuses, si Ton veut, mais paradoxales, à une in-

(537) terprélation généralement acceptée et déduite de textes irrécusables.

11 était pourtant facile d'arriver au but; qu'on change la position du problèrae, et l'inconnue se dégage aussitôt ; il ne s'agit que de scinder la question en deux parties : i** reconnaître que l'idée des mtmsions lunaires est commune aux plus anciens peuples, qu'elle a pris place dans leur mythologie, qu'elle s'est vulgarisée chez les pasteurs et les habitants des campagnes; et qu'elle s'est, en quelque sorte, effacée , perdue , dès que la science proprement dite a triomphé des esprits; VL^ rechercher si l'identification des astérismes des divers pays ne serait pas le résultat d'un travail d'époque récente , travail difficile , il est vrai , en raison des traditions confuses, des manuscrits incorrects , des déclarations orales et contradictoires recueillies çà et là , mais dont les traces sont encore manifestes.

On verra que l'application de cette méthode fort simple fera jaillir la lumière.

Nous admettrons donc volontiers l'authenticité des passages cités des Livres sacrés de l'Inde et de la Chine, sans demander si l'on a consulté des manuscrits anciens, d'une origine incontestable, ou si l'on s'est contenté de fragments d ouvrages dus à des copistes modernes ou sortis des presses de

( 538 ) la capitale du Céleste empire (i); Texistence des vingl'huit mansions lunaires dans Taiitiquité nous paraît assez clairement ressortir des récits cosmogoniques, mutilés malheureusement, qui sont parvenus jusqu'à nous.

Quant à l'identification des astérismes, nous prendrons pour point de comparaison les vingthuit domiciles des Arabes, et cela par un excellent motif, c'est qu'ils constituent un système complet, clairement défini , lié à la révolution périodique de la lune, propagé du dixième au treizième siècle de notre ère chez les Hindous comme chez les Chinois.

Dans l'Inde, on trouve bien l'énumération des vingt-sept ou vingt-huit mandions; mais on ne peut dire exactement à quelles étoiles elles répondent; W. Jones et Colebrooke ne s'accordent pas sur la désignation des principales déterminatrices, et cela se comprend aisément, puisque les Hindous eux-mêmes, aujourd'hui comme au temps d'Âlbirouni, ne reconnaissent qu'à la vue leurs constellations et varient souvent dans l'indication des aslérismes. On ne devait réussir à établir quelque régularité dans l'ordre et la corrélation des divers nakschxitraSy qu'en s'appuyant

(i) On sail que rinventioii de rimprimene en Chine ne remonte pas au delà du huitième siècle de notre ère.

(539) siirJa spécification connue des domiciles arabes; et quand on pense à Tinfluence que Técole de Bagdad a exercée dans l'Asie orientale, par la diffusion de ses écrits, on voit clairement que c'était le meilleur moyen d'arriver à un résultat rationnel. Des vingt-huit mansions en usage chez les deux peuples, vingt sont identiques (i); il n'y a de différences que sur le nombre des étoiles affectées à chaque constellation , et ces différences sont de peu d'importance ou faciles à expliquer. Pour les autres, il y a plutôt erreur d'identification, que trace d'anciennes idées traditionnelles. Si a d'Orion est substitué à y et e des Gémeaux (ces constellations, chez les Arabes, sont appelées toutes deux (2) Aldjouza U^!)» ^'^ "^"^ ^^ l'astérisme [Ardra^ pierre précieuse) montre le choix intentionnel d'une seule étoile brillante; quatre étoiles du Corbeau remplacent quatre étoiles de la Vierge pour le treizième domicile, mais la longitude est la même. Colebrooke, arrivé an quinzième, hésite entre Arcturus et e Bootès; mais c'est encore une préférence accordée à des étoiles d'un vif éclat, sur celles que nous offre la man*

(i) Voyez !e tableaa A, et comparez les tableaux C et D.

(a) Voy. le vocabulaire que nous avons donné à la suite de notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Ara-brs, p. 21J.

(54o) sion al^Ghafardes Arabes, et dans une même zone longitudinale.

La divergence la plus considérable a lieu, du vingt et unième au vingt-sixième astérisme, par l'identification d'Jbhid/it avec a de la Lyre(i);' si l'on place cet astérisme au vingt et unième rang (a), il se trouve de plusieurs degrés au delà du vingt-deuxième, ce qui est inadmissible, et nous n'avons pas à revenir sur ce qui a été dit à ce sujet (3); si l'on en fait le vingt-deuxième domicile, les intervalles lunaires ne sont pas (4) sauvegardés davantage, puisque du vingtième au vingt-troisième domicile, on ne compte que a 5 degrés, au lieu de Sg. L'intercalation des étoiles du Dauphin ne fait que rendre la confusion plus grande; le vingt-cinquième domicile indien coïncide avec le vingt-quatrième domicile arabe, et comme le raccordement général a lieu au vingtsixième domicile, il en résulte que la vingt-cinquième mansion des Arabes est supprimée; on rétablit, il est vrai, une concordance apparente eu introduisant X Verseau dans la station Soia--

(i) Yoy. les tableaux A et C.

(2) Le Journal des savants, 1840, p. 274» le place au vingtième rang ; Y. le tableau C.

(3) V. p. 487, 489, 5o5, 543-545 , et Journ. des sav., 1845, p. 47. — (4) V. le tableau A.

(541 ) bisha^ comme on le voit au tableau A; mais il faut croire que, pour les précédents astérismes, Colebrooke avait reçu de ses Pandits de mauvais renseignements. La station Abhidjity qui a été ajoutée probablement aux vingt-sept nakschatras primitifs des Hindous, pouvait très-bien ne pas avoir la même étendue que les autres, si, comme le dit très-bien Âlbirouni(i), elle devait servir à représenter le quart de jour qui, dans la révolution périodique de la lune, dépasse le nombre vingt-sept; mais, à coup sûr, elle ne pouvait désigner a de la Lyre dans Tordre des mansions lunaires, même en admettant qu'on eût pris hors du zodiaque une déterminatrice brillante, voisine d'Âbhidjit (a). Cette fausse identification se trouve en quelque sorte liée à la substitution des étoiles de l'Aigle et du Dauphin à celles du Capricorne et du Verseau ; mais cette divergence ne s'étend pas au delà des astérisraes indiqués; il suffit de recomposer la série des distances de i3° en i3% pour saisir du premier coup d'œil les points de rapprochement, et reconnaître la cause d'une erreur qu'il était inutile de cherclier à expliquer par les formules de la mécanique céleste.

(i) Journal des savants, i845y p. 5o.

(a) Bailly, Astronomie ancienne, p. /|75.

( 54a ) Pour les Chinois y la comparaison de leurs groupes stellaires avec les mansions arabes présente des résultats plus curieux encore. I>orsque les étoiles détermînatrices, qui ont suggéré tant de considérations^ tant de calcub, tant de hautes hypothèses y sont rattachées aux constellations dont elles font partie et que les Chinois euxmêmes ont adoptées (i)y on voit reparaître comme par enchantement les diverses parties du système des Arabes, et Ton est obligé d'avouer tout d'abord que ce sont bien réellement les vingt-huit domiciles de la lune , et nullement des di\fisiofis^ indépendantes des mouvements de notre satellite. Si les Chinois introduisent a ou ^ d'Orion entre la cinquième et la sixième roansion des Arabes (a), ils suppriment très-inconsidérément la septième, et Tordre, à partir de la huitième, n'est plus interrompu. Si les étoiles de THydre sont substituées à celles du Lion , elles fournissent un nombre égal d'astérismes et présentent le même intervalle de i3a*^ à 173® long.

Pour le premier fait, on pourrait chercher, au choix de la station Tsan (^ d'Orion ), quelque intention cachée , si la septième et la huitième division chinoise ne concordaient pas exacte-

(1) Voy. le travciil de de Guignes déjà cité.

{a) Voy. le tableau A, et compare/, les tableaux B et D.

( 543 ) ment avec la sixième et ta huitième des mansions arabes, en laissant subsister une lacune de i3^; quant au second, il est inutile, pour en découvrir la cause, de remonter à Fancienne astronomie chinoise; probablement à l'époque où la table a été construite , on avait besoin d'attribuer les étoiles du Lion à certains personnages de l'empire, ou Ton aura confondu volontairement l'Hydre avec le Lion, comme le Corbeau avec certain nés étoiles de la Vierge, en leur trouvant les mêmes degrés de longitude ou d'ascension droite; et au milieu de ces explications si simples et si naturelles, que devient le prodigieux effort tenté, avec toutes les ressources des mathématiques, transcendantes, pour prouver que les divisions Tse et Tsan ont changé de position relative, depuis Tan a357 av. J. C? Il faudrait qu'elles fussent uniquement représentées par X et î d'Orion, et il n'en est pas ainsi; ces divisions sont composées d'un grand nombre d'étoiles (i), et la constellation Tse y qui s'étend de \k^ j5' à ^b^ 10! long., est absorbée tout entière entre les limites extrêmes de la constellation Tsan^ qui sont de la^ :V et 28° 34' des Gémeaux.

Mais, dira-t-on, les étoiles détermiuatrices des

(i) Voy. les tableuux A et B.

astérismes chinois sont indiquées dans des tables que l'on fait remonter jusqu'à l'ère chrétienne, et même au delà ; les constellations Tse et Tsan y sont comprises, et tellement rapprochées l'une de l'autre, qu'elles semblent se confondre; il y a donc là une idée ancienne, transmise aux générations suivantes, et dont il faut tenir compte.

L'interprétation des tables est- elle exacte, leur origine est-elle incontestable? c'est un premier point à résoudre. Si l'on se prononce pour l'affirmative, il nous parait évident que l'un des deux astérismes détruit l'autre, et nous voilà re* venus aux vingt-sept nakschatrasy qui auront été introduits à la Chine avec le bouddhisme. La constellation Tse remplace Abhidjit^ quoique identifiée à des étoiles bien différentes; elle précède la constellation Tsan dans les anciens catalogues (i); elle la suit dans les catalogues modernes {*x)\ de même i\vCÂbhidjit^ placée par les Hindous après Outarachara , la précède aujourd'hui, d'après sa longitude réelle. La table de 1726, publiée par Gaubil (3), assigne même à Tse un numéro d'ordre identique à celui àiAbhidjity en entrant par Kio (l'Épi) dans la série des asté-

(1) Souciei, t. m, p. 81.

(/) M, t. II, p. i«o.

. ( 545 ) rismes, quoiqu'il y ait entre les deux mansions une distance de 200 degrés environ d'ascension droite.

Il y a, fort heureusement, au milieu de ces traditions diverses et des objections qu'elles sou* lèvent, un guide infaillible qui nous dirige et nous éclaire ; c'est la substitution à des détermi^ nairices choisies arbitrairement, des constellations elles-mêmes dans toute leur étendue ( i ) ; sur les vingt-huit divisions chinoises, vingt- sept s'accordent avec les mansions des Arabes ; an lieu d'à d'Onon mettez a des Gémeaux, les deux tables s'harmoniseront à merveille sur tous les points; et quand on se rappelle que les Âiabes ont appliqué à ces deux constellations la même dénomination SAl-^ouzay on conçoit que les Chinois aient pu les confondre aisément en dressant leur table. — Ce qu'il importe de démontrer, c'est qu'ils ont copié les Arabes dans l'identification de leurs astérismes , car on pourrait encore soulever la question de priorité. Cette preuve, qui ne résulterait pas d'une manière suffisante de l'arrivée au milieu du céleste Empire , des savants de l'école de Bagdad maîtres de Co-cheou-King , nous la trouvons dans la nomenclature des étoiles qui

(1) VoY. tes tableaux B et D.

^ 546 } font partie de chaque astérisme^ d'après le planisphère chinoi& Quand nous voyons, par esem* pie, la constellation du Scorpion divisée en trois domiciles, et ces domiciles représentés par un certain nombre d'étoiles, dans l'ordre que nous offrent les catalogues arabes et grecs, nous de* vous reconnaître que cette dasûfication est uu emprunt fait aux Occidentaux. L'astériame Fang comprend les quatre premières étoiles du catalogue de Ptolémée ^, ^, ic, p; Sin, les septième, huitième et neuvième, «, 9, t; OuejTy de la douzième à la vingt et unième et dernière, e, («^ 2^, d, ft,x, >, I, u,--*-Que ces noms aient servi à dési* gner d'autres étoiles dans des temps anciens, c'est une induction possible, et même probable, d'à* près ce que nous apprend l'histoire de l'astrono* mie chinoise de Gaubil(i); mais il n'en est pas moins vrai que les auteurs consultés par l'illus* tre missionnaire et par de Guignes avaient dis* tribué les étoiles du Scorpion dans les constellations /Vi/i^, Siriy Ouejr; que les autres astérismes s'identifient également avec la plupart des figures du zodiaque, transmis par les Grecs aux Arabes^

(ï) Gaublly Jstron, chin.y png. 16 et 3o; Fréret, Œuvres complètes, t. XIII, p. i55: ««Le nom de Fang, qui désigne les étoiles de la tête du Scorpion , est uo nom moderne. >

(547 ) et que c'est là un témoignage irrécusable d^iiie assimilatiou à posteriori.

Nous opposera-t-on que les Chinois ont pu copier les Grecs, sans être pour cela tributaires des astronomes arabes. Nous nous bornerons i nne seule d>servation9 qui terminera cette discnssicm. Ptoléroée donnait le nom è^Àniarès à f étoile du milieu des trois brillantes dans le corps du Scorpion (i); les Arabes l'ont appelée le Cœur éi Scorpion ^^yu)t v^^ et ils en ont fait leur dix* huitième mansion lunaire, aUCalby le cœur. Le^ Chinois ont adopté la même dénomination {Sin^ le cœur). Ont^ils là un droit de priorité? Mais îl faudrait que les Arabes eussent trouvé cette dé* siguation d^Jntarès dans les Tables indiennes, puisqu'ils l'employaient à une époque où leurs relations avec la Chine n'existaient pas encore (i), et les Hindous, qu'on nous présente comme les copistes des Chinois, appellent Antarès Djyechta, un riche pendant doreilles. Il nous paraît donc

(i) Ptolémée, État des étoiles fixes^ édit. Mondgoot, 1786, pag« 104 : 6 (A^90< Tptwv >ap.irp(ov ht tcu gio(ji,aTi xal &ir<(xi^j^

XaXo6|ASVOC *ÂVT^p71Ç.

(s) On sait d'ailleurs que les Arabes n'ont jamais fait grand cas des Chinois; ils les considéraient comme moins avancés en astronomie que les Indiens; voy. la Relation des voyages déjà citée, édit. de M. Reinaud, 1. 1, pag. 58 , et les notes du Conae II.

( 548 ) évident que les Chinois ont pris des Arabes la mansion al-Calb, le Cœur (du Scorpion), et c'est un argument décisif en faveur de notre opinion.

Nos conclusions sont faciles à déduire de ce qui précède :

I. Les vingt-huit constellations des Chinois ne sont point des divisions arbitraires et complètement indépendantes du cours périodique de notre satellite. Ce sont, en réalité, les vingt-huit mansions lunaires dont on trouve la connaissance et l'usage chez les Arabes.

IL L'idée de ces mansions est commune aux peuples de l'antiquité qui ont pris les mouvements de la lune pour base de leur calendrier; ils ont pu varier sur le choix de quelque^ astérismes, mais la division du ciel en vingt-sept ou vingt-huit parties remonte à Torigine même des sociétés.

III. I^s Indiens et les Chinois ont dû avoir dès les temps les plus reculés un zodiaque lunaire; mais la tradition s'en était à peu près perdue; il ne leur restait, au moyen âge, que des indications confuses, isolées, incohérentes, tandis que, chez les Arabes, les vingt-huit mansions présentaient un ensemble complet, rationnel, d'un usage vulgaire, en rapportavec les travaux agricoles et les changements successifs delà température.

IV. Lorsque l'astronomie arabe a pénétré dans rinde et à la Chine, on a cherché à établir une sorte de concordance entre les vingt-huit domiciles de la lune et les dis^isions, traditionnelles de ces pays : des erreurs d'identification, ont doi^né lieu à quelques divergences dont l'explication na pas de valeur scientifique; mais il est un fait certain, c'est que le système régulier des Arabes a été le point de départ de cette nouvelle classification , et la question des mansions lunaires se trouve ainsi résolue.

y. Quant aux connaissances astronomiques desChaldéens, nous croyons qu'elles se sont répandues aussi bien en Grèce que dans l'Inde, et que les Arabes n'ont pu recevoir de cette dernière contrée, au huitième siècle de notre ère, tes débris d'une science tout à fait distincte de celle qu'on enseignait dans l'école d'Alexandrie. Les Grecs, vainqueurs de l'Orient, en rapports continuels avec les divers peuples de l'Asie , leur ont transmis les résultats d'une longue série de travaux dont l'exposé fidèle est gravé en caractères ineffaçables dans les annales de l'histoire, et ils n'auraient pas manqué de profiter des méthodes et des découvertes des autres nations, si ces méthodes et ces découvertes avaient eu rimportance qu'on leur attribue. - -

Nous avoos extrait du chapitre de Kaswini , sur les mansions lunaires, tout ce qui pouvait servir au déveioppetnent de la thèse que nous avons défendue. Nous, donnons maintenant le texte de ce chapitre d'après le Ms., trop souvent incorrect, de la Bibliothèque nationale y n. 898, ancien fonds, pour ceux qui voudraient connaître tout ce que rapportent les i

Arabes sur la germination des plantes, la pousse des légumes, les prédictions météorologiques, etc.

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(i) Ms. ar. n. 898 fol. 36 v«. Ici se trouvent intercalées deux lignes qui appartiennent au folio 35 ▼", et qui ont été répétées par une erreur de copiste.

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