‹ Matériaux pour servir a une monographie sur la goutte [electronic resource]Chapitre 9 sur 9 · DU TRAITEMENT DE LA DIATHÈSE GOUTTEUSE · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DE LA DIATHÈSE GOUTTEUSE

Le traitement de la diathèse goutteuse a beaucoup plus d'importance que celui de l'attaque elle-même , car ici il faut chercher à agir sur la cause constitutionnelle de l'attaque, et tâcher par tous les moyens d'obtenir une cure radicale. L'intervalle des attaques pendant lequel le malade est libre est le moment le plus convenable pour l'entreprendre ; c'est à ce moment , en effet , que l'organisme se prête le mieux à une intervention médicale, et qu'on dispose d'un temps suffisant pour que les moyens employés puissent produire leur effet. Nous ne possédons aucun moyen qui puisse revendiquer une action curative directe sur la diathèse goutteuse , et le traitement est par conséquent réduit aux méthodes suivantes :

d» Il faut chercher à écarter les influences nuisibles que l'expérience nous a fait connaître comme favorisant particulièrement le développement de la diathèse goutteuse ;

2° A activer au contraire les influences qui s'opposent à ce développement ;

3° Il faut instituer un traitement symptomatique dirigé tantôt contre les troubles fonctionnels tantôt contre les lésions matérielles ;

4» Et instituer un traitement restaurant pour fortifier l'organisme, le rendre apte à mieux résister aux attaques de l'ennemi, et l'empêcher ainsi de succomber trop tôt dans la lutte.

Comme nous ne possédons aucun spécifique contre la diathèse goutteuse elle-même, et que nous ne pouvons traiter que les causes éloignées, les symptômes et les produits de la maladie, il est évident que ce traitement variera suivant chaque cas particulier. Chaque attaque de goutte demande par conséquent une étude spéciale et un traitement particulier. Pour le choix des moyens à employer, il faut prendre en considération l'âge des malades, leur sexe, leur constitution, le stade de la maladie etc.

il convient de prendre pour règle de conduite générale de ne jamais intervenir d'une manière trop brusque, de toujours choisir dans son plan de traitement les moyens doux , et surtout de transformer la constitution par des moyens hygiéniques. Gairdner dit

avec raison : « Pour prévenir une attaque de goutte ou môme pour «déraciner la prédisposition à la maladie, il ne faut pas s'adresser « à la pharmacie, n

De tous les moyens qui sont en usage contre la diathèse goutteuse , les eaux minérales occupent sans contestation le premier rang. Leur efficacité dans la goutte, quoique reconnue depuis longtemps, a été encore mieux appréciée de nos jours, en partie par suite d'une étude plus approfondie de leur vertu curative basée sur la chimie et la physiologie qui a fourni ainsi des indications plus justes pour l'emploi de chaque source, en partie par suite de la facilité avec laquelle, de nos jours, les malades les plus graves peuvent être transportés d'une manière rapide et commode aux sources les plus éloignées par les chemins de fer et les bateaux à vapeur, facilité qui a une grande importance pour les goutteux , souvent incapables de remuer les membres. Quoiqu'on général on puisse recommander toutes les sources minérales pour traiter la goutte , et qu'avec les formes et les variations infinies de cette maladie on trouve une indication pour employer chacune d'elles, il y en a pourtant dans le nombre qui se sont acquis une réputation spéciale par les beaux résultats qu'elles donnent en général. Ces thermes ne doivent pas leur efficacité à une action spécifique, à un agent secret, comme on l'a cru longtemps, mais à une composition chimique et physique particulière, et peut-être à leur mode d'emploi habituel particulier, par lequel elles répondent aux indications principales de la diathèse goutteuse. Il s'entend'donc de soi-même que toutes les sources minérales analogues donneront des résultats identiques. Les plus importantes pour le traitement de la diathèse goutteuse sont les sources de Wiesbaden , Carlsbud , Tôplitz, et Vichy, sources qui sont en même temps les représentants de la division balnéologique à laquelle chacune d'elles appartient. Durand-FardeF, dans son dernier ouvrage, en limite le nombre à trois, et dit : «Nous ne connaissons «guère que trois stations thermales en Europe qui soient réputées «spéciales pour la goutte: Vichy, en France; Wiesbaden, en t Nassau; Carlsbad, en Bohême. Nous trouvons bien de temps en «temps, dans certaines monographies, la goutte rangée dans le « cadre des maladies réclamées par telle station thermale , mais « ce ne sont en général que de très-vagues indications et qui té- « moignent précisément du peu d'importance de ces médications < elles-mêmes.» 11 est hors do doute qu'en parlant amsi , le célèbre médecin des bains de Vichy est trop exclusif.

' Traité Ihérapeulique de» eaux minéi alos. Paris

Nous allons démoiilrer en peu de mois la valeur et le mode d'emploi de l'eau de Wiesbaden, comme de la source qui nous lient de plus près, et nous donnerons en même temps les indications que fournissent les autres stations thermales. Aussi haut que remontent les annales de nos sources minérales, on y trouve toujours des communications sur leur eflicacité et sur les beaux résultats qu'elles ont donnés dans leur emploi contre la goutte. En lisant les cures merveilleuses qu'on a rassemblées dans une vieille chronique, on serait tenté de croire ou bien que la goutte est aujourd'hui plus grave , ou que nos eaux ne possèdent plus leur eflicacité d'autrefois. Des observations et des recherches ultérieures ont ramené ces exagérations à leur juste mesure. On n'a jamais contesté à Wiesbaden sa valeur réelle, tous les balnéologues lui ont assigné le rang qu'il mérite, et même les médecins des autres stations thermales lui ont toujours rendu justice.

Ainsi on lit dans RilUet , qui fut médecin des eaux à Vichy, qu'il a véritablement été surpris des résultats qu'on obtenait de nos thermes dans la goutte. Aussi voyons-nous à la suite de cette réputation augmenter chaque année le nombre des goutteux qui viennent chercher ici leur guérison, mais aussi avec des exigences toujours croissantes, si bien que l'on est plutôt tenté de s'opposer aux espérances exagérées qu'elle leur a fait concevoir, que de prôner l'efficacité de nos eaux minérales. En effet, une saison thermale à Wiesbaden, comme toute autre cure minérale, ne guérit point la goutte , et n'est accompagnée que d'un soulagement très-passager, si avant et après la cure on ne met pas en action toutes les influences favorables qui agissent contre la diathèse. Les cures thermales ne sont donc pas, à proprement parler, une cure par elles-mêmes, mais elles ne forment qu'un anneau de celte chaîne de moyens curatifs qui doivent transformer la constitution et déraciner la prédisposition et dont le médecin ordinaire doit dresser le plan.

Comme nos thermes ne possèdent point un effet direct contre la cause prochaine de la diathèse goutteuse , l'effet curatif en peut être ramené à son action physiologique.

Dans un autre ouvrage* j'ai déjà cherché à déterminer cette action physiologique par des recherches et des expériences radicales, et je ne ferai que mentionner ici les conclusions auxquelles je suis arrivé. Les voici :

4" Les eaux minérales de Wiesbaden agissent sur l'estomac en

' Wiesbaden als Heilquelle und climal/schcs lleilort ^ von D"" C. Braun. Drille Aullage, 4856.

JH

laisanl clispai'aitre les acidités et en rendant les mucosités plus liquides ; elles réveillent et activent ainsi son activité.

2» Elles produisent un effet purgatif sur les régions plus profondes du canal digestif.

3» Elles changent la composition chimique du sang en augmentant ses éléments aqueux, salins et terreux, et maintiennent en solution les parties azotées; déterminent la formation de globules sanguins par le fer, et les maintiennent dans leur forme.

4" Elles activent la circulation en général et surtout celle du système de la veine-porte.

5" Elles excitent le système nerveux périphérique de la moelle épiuière et des ganglions.

G° Elles restreignent la nutrition et en améliorent la qualité.

7° Elles accélèrent la métamorphose , et favorisent la dissolution des combinaisons albumineuses et fibrineuses.

8° Elles augmentent l'activité résorbante du système lymphaihique et du système ganglionnaire.

9° Elles réveillent les sécrétions et les excrétions des reins , du foie, des glandes salivaires, du canal intestinal, de la matrice et du système cutané.

Si nous nous rappelons des états pathologiques de la goutte que nous avons énumérés plus haut , et que nous les rapprochions de ces effets physiologiques de nos eaux, nous voyons immédiatement à quel degré et jusqu'à quel point ces dernières peuvent être utilisées comme moyens curatifs. Dans le traitement symptomatique de la goutte il se présente en général deux indications principales, savoir : l'atonie des fonctions de la sphère végétative qu'il faut écarter, et la composition chimique du sang qu'il faut améliorer.

On remplit la première indication par l'action excitante de nos thermes qui ont pour effet de réveiller l'action des organes de la digestion , de l'assimilation de la circulation , de la nutrition , celle des organes sécréteurs et excréteurs, de ramener cette action à son état normal et même un peu au-dessus si cela est nécessaire. Par suite de cette influence, non-seulement ou rétablit l'harmonie de l'organisme en général , en agissant ainsi d'une manière indirecte contre les causes prochaines de la diathèse goutteuse, mais encore on provoque une amélioration dans la composition de la masse des humeurs, par un apport mieux préparé, par une plus grande rapidité dans la transformation moléculaire et par une excrétion plus rapide de ses produits, et do cette manière on remplit déjà en partie la seconde indication. Parmi les changements fonctionnels que provoquent nos bains, les plus importants pour le traitement

do la dialhèse gouUcuse sont ceriainenient ceux des reins dont elle réveille l'aciivité , et ceux de la digestion qu'elle relève. En général, cbejf; presque tous les goutteux, ce sont ces deux, fonctions qui demandent principalement à être régularisées, elle résultat favorable de toute la cure dépend très-souvent de la réussite plus ou moins complète qu'on peut obtenir dans leur réveil.

La seconde indication , celle d'améliorer la dyscrasie sanguine, est déjà favorablement influencée par l'amélioration dans l'apport et la plus grande rapidité dans l'excrétion ; elle est complétée par l'effet des éléments chimiques des eaux minérales sur les parties du sang lui-même. Ici surgit la question de savoir quels changements peuvent être produits par cet acte chimique. D'après les connaissances que nous possédons sur la composition du sang dans la goutte d'une part et sur la composition chimique de nos eaux minérales d'autre part, on peut admettre les idées suivantes :

1° L'augmentation de la quantité d'eau ingérée tient mieux en dissolution les éléments coagulables et cristallisables, facilite la circulation, accélère la métamorphose moléculaii-e et augmente l'activité des sécrétions.

2" L'ingestion d'une plus grande quantité de sels alcalins, surtout de sel marin, dilue les combinaisons azotées, augmente d'après Poggiale le nombre des globules sanguins , diminue d'après Nasse le volume de ces derniers, et d'après Henle s'oppose à ce qu'ils s'agglutinent.

La richesse du sang en soude est surtout déterminée par le sel marin , et une plus grande ingestion de ce dernier augmente son pouvoir de transformer l'excès d'acide urique et d'urate de soude acide en urate de soude neutre qui est beaucoup plus soluble. De pluSj d'après B. Jones, le sel marin contribue encore à tenir en dissolution i'urate d'ammoniaque el à le faire expulser par les reins.

3° L'ingestion d'une plus grande quantité de sels métalliques, surtout du fer, favorise la formation des globules sanguins et par suite l'absorption de l'oxygène qui , à son tour, détermine la transformation de l'acide urique en urée.

4° L'ingestion d'une plus grande quantité de sels terreux, comme le muriate de chaux , le carbonate de chaux , paraît moins avoir pour suite un changement chimique de la composition du sang qu'une influence favorable sur la nutrition et une formation plus abondante de cellules etc.

J'ai pi'ouvé par un grand nombre d'expériences et d'analyses à quel degré l'usage hiHis et exlra de nos eaux minérales favorise

chez l'homme sain l'excrétion de l'acide iii'ique et de l'uiée. Neubauer* est arrivé aux mêmes résultais.

En disant que mes résultats et ceux de Neubauer se contredisent, Garrod commet une erreur que je ne peux expliquer que par une réimpression fautive des chiffres. Dès que l'adivité rénale est rétablie chez un goutteux, l'augmenlalion de l'acide urique et fréquemment aussi de l'urée est encore plus considérable. Cette exagération de la quantité diminue peu à peu, si l'on continue l'usage des eaux, ei revient fréquemment à la tin au type normal. Je réserve pour le cahier suivant les autres analyses qui prouvent ce que je viens de dire. Nous ne mentionnerons ici que l'analyse de l'urine de ce cas de goutte grave que nous avons indiqué p. 21. Dans ce cas, le malade fil une cure régulière pendant cinq semaines en prenant l'eau en boisson ei en bains sans trouble et sans interruption. Les sécrétions rénale el cutanée se réveillèreni irès-bien et fournirent des produits abondants. Les ulcères, après avoir jeté considérablement au début, prirent bientôt un meilleur aspect et l'un d'eux se ferma complélemenl. Les concrétions avaient diminué de volume, les articulations étaient redevenues plus flexibles, et le port et la marche s'étaient améliorés. Après la cure , le malade séjourna encore quelque temps auprès de nous, et ?ix jours après la cessation de loule espèce de traitement on recueillit ses urines pendant vingt-quatre heures, après l'avoir soumis au régime indiqué plus haut. L'analyse des urines, faite par Neubauer, donna les résultats suivants :

Quanlilé d'urine 1120 ce.

Couleur III d'après Vogel (jaune clair). Réaction , faiblement acide.

Acide urique .... 06', 8 (à peu près normal).

Urée. . ' 306'-,2 (normal).

Poids spécifique à 15" C. (normal).

De plus, il y avait un léger dépôt composé d'urate de soude el de quelques cristaux isolés d'oxalate de chaux.

Le mode d'emploi de nos sources se dirige d'après chaque cas individuel. Dans mon ouvrage que j'ai déjà cité , je fais voir quelle variété d'applications présentent nos eaux d'après leur état d'agrégation, leur degré de chaleur, d'après la (luîmtilé employée el l'endroit sur lequel elle est appliquée, de telle manière que c'est tantôt l'une, tantôt l'autre de ses propriétés chimiques ou physiques qui agit de préférence, el que l'on en obtient ainsi les effets elles résultats les plus variés. Dans aucune maladie, celle mulliplicilc d'action ne peut rendre plus de services que dans la goulle. C'est

^Anleitung zur Analyse des Jlarns etc., p. 321.

au médecin des bains qu'il appartient de décider si le sujet doit faire une cure thermale digestive, dissolvante ou purgative par l'eau prise à l'intérieur, ou bien , si dans un cas donné, il faut employer des bains calmants ou excitants, si le patient doit prendre des bains de vapeur, des douches , des bains locaux ou bien des arrosements, des fomentations, des injections eic. Très-souvent il est nécessaire de soutenir l'effet qu'on veut obtenir par d'autres eaux minérales ou par d'autres substances médicamenteuses.

Le choix du moment auquel il faut commencer la cure thermale est d'une grande importance dans la goutte. Ce choix doit être déterminé par deux motifs : d'abord il est désirable que la cure se fasse en été, car la chaleur favorise beaucoup les effets de l'eau , et elle est aussi très-favorable pour les goutteux eux-mêmes qu'elle protège contre les refroidissements si faciles à contracter, et qui provoquent souvent une attaque.

Ensuite il est nécessaire que le malade non-seulement n'ait pas d'attaque au moment où commence le traitement, mais encore qu'on le commence dans l'intervalle qui existe entre la dernière attaque et celle que l'on redoute, à l'époque qui est le plus possible éloignée des deux , de manière à ne pas provoquer une attaque par l'influence excitante des thermes, surtout par celle des bains chauds, attaque qui forcerait d'interrompre la cure et en compromettrait le résultat. En règle générale , il faut chercher autant que possible à ne pas provoquer une attaque pendant la cure. Il fut un temps où dans la pratique thermale ou était d'un avis tout difl'érent et où l'on regardait l'attaque comme bienvenue. Qu'on la laisse arriver pour contenter le malade, passe encore, mais qu'on cherche à la provoquer, voilà certainement ce que je regarde comme une grande faute.

Pendant la cure thermale , comme du reste en tout autre temps, l'attaque laisse le malade dans un état plus faible qu'auparavant et plus disposé à avoir une récidive ; de plus , une attaque qui se produit pendant la cure , a encore cet autre inconvénient de limiter considérablement l'emploi de l'eau minérale. Dans les formes anormales, on aime assez à voir se produire, vers la lin de la cure , ou quand celle-ci est terminée, une attaque normale, douloureuse et courte, suivie de soulagement; mais cette attaque n'est pas alors la coitséquence de l'excitation de nos thermes , elle est le signe d'une amélioration de la constitution et d'un retour de la maladie à sa forme normale ; sans être curalive par elle-même., elle est la preuve qu'il s'est fait une amélioration dans l'organisme qui marche vers la guérison. Même dans ces cas de goutte mélastasique, dans lesquels la métastase s'est produite à la suite d'une forte influence nuisible, il n'est pas prudent de chercher à rappeler

l'allaque par force sur son siège primitif périphérique, par des moyens irritants, locaux et généraux. Quoique j'aie obtenu des résultats brilla-nls dans des cas isolés par l'emploi de celle méthode, cas que du reste j'ai publiés, je n'en suis pas moins revenu de cette manière d'agir. Si la métasiase est la suite de l'action d'une influence nuisible extérieure puissante, et si la constitution n'est pas encore affaiblie, on réussit en général d'une manière facile et rapide à ramener l'irritation goutteuse sur la périphérie et à l'y fixer, et ces sortes de cas peuvent être très-heureusement combattus partout. Mais si celle métastase s'est produite moins par la violence de l'influence extérieure que par suite de la faiblesse de l'organisme lui-même, alors on ne réussit pas en général à ramener l'atiaque sur son siège primitif, ou bien si on réussit partiellement , le résultat qu'on a acquis n'est pas durable et ne produit pas les bons efieis qu'on en obtenait d'autre part. Dans ces cas, on ne peut porter secours qu'en relevant et en améliorant la consiiiution, et ce n'est que de cette manière qu'on peut ramener l'aitaqye vers la périphérie ; toute tentative qu'on fera pour ramener de force celte irritation à la périphérie par l'usage des eaux minérales, ne fera par conséquent qu'exciter et affaiblir l'organisme.

Quoique l'on doive tout faire pour éviter l'allaque pendant une cure par nos thermes , nous sommes obligé de convenir qu'on n'y paivient pas toujours. Des influences insignifiantes, un changement de vent, de température ou d'humidité, un léger ébranlement du corps , un léger écart de régime etc. suffisent quelquefois pour produire une attaque avec l'excitation du système nerveux qui existe déjà et qui a été augmentée par l'usage de nos ihermes. Souvent même l'atiaque apparaît sans cause appréciable aucune , et la goutte, avec sa nature évidemment capricieuse, se joue de notre expérience et de nos prévisions.

Comme le traitement par nos thermes ne remplit qu'une partie d'un plan de traitement général bien réglé, et qu'en outre l'usage en provoque une attaque d'autant plus facilement que les conditions intérieures sont accumulées à un plus haut degré, il est irès-désirable d'en faire précéder l'usage par un traitement préparatoire. Celui-ci consistera en général à chercher à diminuer l'aciion des influences nuisibles qui ont agi comme causes prédisposantes ou comme causes excitantes, à réglementer la diète et à provoquer le réveil et l'activité des fondions de la sphère végétative qui languissaient. Ou remplira cette dernière indication en partie par l'administration de médicaments appropriés, en partie par l'usage à l'intérieur des eaux minérales, dont les plus avantageuses sont, suivant chaque cas, laniôt les sources gazeuses, tantôt les eaux alcalino-salines ou alcalo-niurialiques ou bien al-

câlines, ou même les eaux simplement muriailques. Autant que possible l'eau doit être bue à la source même. Par là, le patient est soustrait aux influences nuisibles de son chez soi, de plus il a l'avantage de boire une eau minérale fraîche n'ayant perdu aucune de ses qualités chimiques, et il jouit en outre d'un changement d'air et de distractions. Les médecins de Hombourg, de Carlsbad et de Kissingen doivent se rappeler plus d'un cas semblable dans lequel ils ont retiré le plus grand avantage à terminer le traitement commencé chez eux par une cure à Wiesbaden. On voit souvent des malades qui présentent une irritabilité périphérique tellement prononcée, qu'il est prudent de leur faire prendre d'aboixl des bains moins excitants, tels que des bains de malt, de son etc., ou bien de commencer le traitement par des sources alcalines ou indifférentes.

La longueur des intervalles entre les attaques dans la diathèse goutteuse, indique en général le degré de faiblesse naturelle de la constixution ou le degré d'affaiblissement auquel elle est arrivée, et si l'on prend en considération les autres indications qui sont fournies par l'entourage des autres symptômes et par l'idiosyncrasie individuelle, on peut établir les principales formules de traitement qui suivent :

1" Trailemenl de la diathèse goutteuse avant l'explosion de l'attaque. On met rarement à profit, malheureusement, le moment qui serait le plus favorable pour prévenir une des maladies les plus douloureuses et les plus graves par les suites qu'elle entraîne. Les légers prodromes qui annoncent une prédisposition héréditaire sont en général négligés, et les candidats se bercent ordinairement de l'illusion que ce teri ible hôte de la famille sautera pardessus leur génération. Les manifestations déjà, plus sérieuses, qui annoncent la prédisposition sont, en général, traitées avec la même insouciance, et négligées avec la même légèreté avec laquelle on avait accueilli les prodromes.

Quand dans ces cas il y a paresse des fonctions abdominales avec affaiblissement et trouble fonctionnel du système nerveux, ainsi que cela s'observe souvent avec la prédisposition acquise, on obtiendra de bons effets de nos thermes donnés à la dose émolliente, et combinés avec des bains lièdes, revivifiants. Suivant qu'il sera besoin d'agir particulièrement sur l'une ou l'autre fonction , l'action de notre eau minérale sera fortifiée par l'adjonction d'une autre eau. Faut-il agir sur les reins , on donnera des eaux acides alcalines ou alcalo-muriatiques, telles que celles de Fachingen, de tîeilnau, de Seltersetc, administrées pendant le jour; faut-il agir de préférence sur le canal intestinal, on y arrivera en augmentant la dose de nos eaux ou bien en y ajoutant des sels salins ; on agira sur la peau en la faisant boire plus chaude et en administrant des

bains. Si c'esl la pléthore du bas-venlre avec paresse des selles, gonflement du bas-venlre, gonflement du foie et un développement adipeux général , comme on l'observe souvent dans la diaihèse acquise, qu'il s'agit de corabatlre, il y a indication à donner nos eaux à la dose purgative et il sera souvent nécessaire d'en augmenter l'énergie par l'addition d'autres substances. Dans beaucoup de cas de ce genre, il faut employer de préférence les sources salines plus fortement minéralisées, telles que celles de Soden , de Hombourg, de Kissingen, ou bien encore, quand il y a une légère atonie du canal intestinal, gonflement du foie et dépôts d'acide urique, les eaux alcalino-salines de Carlsbad, de Marienbad etc. Dans ces cas, les bains ne sont qu'un moyen secondaire, tandis que dans ceux où c'esl une influence atmosphérique qui a agi comme cause prédisposante et oii il est indiqué qu'il faut agir principalement sur la peau pour réveiller l'activité de cet organe, les bains sont le moyen principal.

2° Trailemenl de la diathèse goulleiise pendant les attaques régulières. Dans cette péi'iode, la maladie a déjà pris un caractère plus déterminé ; non-seulement elle s'esl constituée en goutte régulière, mais encore elle apparaît d'une manière pins prononcée et plus uniforme parles troubles fonctionnels de certains organes, l'altération de la composition chimique du sang, les troubles du système nerveux, ainsi que par les états pathologiques internes qui agissent comme cause déterminante de l'atlaque. Il faut par conséquent diriger le traitement dans ce sens. Quand le sujet n'a pas suivi le traitement préparatoire dont nous venons de parler, il est nécessaire de nous l'envoyer quelque temps avant qu'il doive commencer sa véritable cure minérale. Ce n'est qu'après avoir réglé la digestion, rétabli le cours normal des selles, après avoir rétabli la sécrétion urinaire et écarté autant que possible les stases vasculaires, qu'il est permis d'employer les bains pour rétablir l'activilé de la peau et l'harmonie du système nerveux, sans avoir à craindre de provoquer une attaque. Même alors il est encore prudent de ne commencer le traitement que par l'emploi de bains lièdes ei de n'augmenter que progressivement et la température du bain et la durée du séjour dans l'eau. Le traitement interne est commencé par la dose émollienle et terminé principalement par l'ingestion de l'eau à la dose purgative. Pour augmenter l'énergie des bains, on y ajoute fréquemment des eaux minérales alcalines ou alcalino-muriatiques , et l'on soutient assez souvent le trait(îment interne par l'addition de sel amer, do sel de Carlsbad ou d'eau de Friedrichshall , laquelle renferme aussi du sel amer. Dans beaucoup de cas on remplace avantageusement nos thermes par des eaux chlorurées ou alcalino-salines plus fortement minéralisées. Les eaux minérales qui ne sont qu'amères, telles que celles

de Seidschûlz, de Piillnau etc., débililenl trop les goutteux quand l'emploi doit en être prolongé , et l'on ne peut les utiliser que temporairement, en les combinant avec des eaux chlorurées ou alcalines.

Dans d'autres cas même, notre eau minérale si douce agit d'une manière excitante sur la muqueuse inleslinaie, et provoque un sentiment de pesanteur dans l'estomac et des selles aqueuses très-débililanies. Quand dans ces cas cet état n'est pas amélioré par l'administration de l'eau à petites doses digestives et bue chaude, il faut la combiner avec du petit-lait ou du bouillon ou la remplacer par une eau acidulé, alcaline-chlorurée, telles que les eaux d'Ems, de Salzbronn, de Selters.

Quand il y a un état d'éréthisme très-prononcé, ou qu'une irritation périphérique légère suffît pour provoquer une attaque, nos bains sont contre-indiqués , et il faut envoyer les malades de cette catégorie dans une autre station thermale , soit dans des bains alcalins comme ceux de Vichy, d'Ems, de Tœpliiz, soit à une source minérale indifférente comme celles de Schiangenbad, deWildbad etc.

3° Traitement de la diathèse goutteuse pendant les attaques irrégulières. Nous sommes arrivésmainienantà cette période de la goutte pendant laquelle la constitution commence à se ressentir de l'influence de la maladie , conséquemment à s'affaiblir, et dans laquelle elle ne revient plus à son état primitif après chaque attaque. C'est à ce moment que nos thermes sont d'une efficacité remarquable. Ils produisent ces beaux résultats en améliorant la digestion, en accélérant la circulation et la transformation moléculaire, en activant la résorption des produits morbides et surtout en fortifiant toute l'économie. Le traitement interne est commencé en général par la dose digestive et terminé par la dose émolliente. La cure purgative est ordinairement contre-indiquée et l'on ne donne des laxatifs que d'une manière intercurrente, car il faut éviter avec soin tout ce qui débilite la constitution. A celte époque aussi les bains jouent un rôle de plus en plus important, non-seulement pour activer la circulation de la peau et réveiller la vie nerveuse, mais encore pour ramollir les produits morbides existants, pour les liquéfier et pour les faire résorber.

Le défaut de temps et d'espace nous force à renvoyer à une seconde publication le développement complet de ce mode de traitement si important pour nos thermes.

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