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Cette éclipse a donné lieu à bien des.commentaires; elle pouvait servir de date positive pour la chronologie chinoise; de là les calculs les plus multipliés, Les opinions les plus diverses; il est vrai que quelques missionnaires, peu enstrutts sur ces
matières, dit Gaubil, prétendent que le texte du
(572) Chou-king ne fait aucune mention d’éclipse (1); mais la traduction qui en a été donnée doit, au dire de certains sinologues, ne laisser aucun doute à ce sujet; on lit: Ki, à l’équinoxe; Tsiou, en automne;Tching, huit heures du matin; Yueou, 1° de la lune; Fey-si, elle s’opposa au soleil (Véclipsa); yufang, à fans. Les traducteurs tartares ont dit (2): en automne, & la fin des grands jours, le 1° de la lune, il y eut éclipse de soleil à la constellation Jane. De plus, l’ancien livre Tsou-chou, dont l’auteur vivait, à ce quil paraitrait, 480 ans av. J. C., cite le texte du Chou-king comme rapportant une éclipse de soleil, et cet ancien auteur se sert du terme formel d’éclipse de soleil (3). Le Chou-king nous apprend que les astronomes Hi, Ho (ils étaient sans doute de la méme famille que les premiers Hi, Ho du temps d’Yao) avaient négligé l'observation de cette éclipse, et qu’au lieu de s’acquitter de leur devoir, ils ne pensaient qu'à boire. L'empereur Tchong-Kang nomma un général pour mettre à la raison, par la voie des armes, Hi et Ho, qui furent défaits et punis de mort. Plusieurs
(1) Lettres édifiantes, in-12,t. XXVI, p. 98; in-18, t. XL, p. 24.
(2) Delambre, 4str. anc.t. 1, p. 353.
(3) Lettres édifiantes, in-12, t. XXVI, pag. 99; et in-18, t. XL, pag. 25. On verra plus loin que ce livre ne peut être considéré comme une autorité sérieuse.
(57) missionnaires ont traité de fables toutes ces circonstances, et certes, ils n’ont pas eu tort; la peine de mort semble bien sévère, lorsqu'il ne s’agit que d’une éclipse mal calculée, et cela dans un pays où l’on n’a jamais su prédire exactement un tel phénomène; Gaubil a beau nous expliquer que les astronomes Hi et Ho étaient en même temps des princes puissants, qui, menacés de la vengeance de l’empereur, s'étaient fortifiés dans leurs terres (1), il est difficile d'admettre qu’il soit question, dans cette circonstance, d’une éclipse de soleil; des lois aussi sévères portées par le gouvernement chinois contre les savants qui ne mettaient pas assez de précision dans leurs calculs, auraient dû créer une pépinière de bons observateurs, et l’on ne peut en signaler un seul; prouvent-elles, d’un autre côté, la haute antiquité de l'astronomie chinoise? nullement, car il est évident qu’à cette époque reculée, il n'existait pas de méthode sûre et détaillée pour le calcul des éclipses. Gaubil émet une opinion contraire; il est saisi d’admiration, et considère comme bien digne de remarque et d'attention, cette science st avancée dans un temps aussi ancien et dans un pays aussi éloigné de celui où se fit la dispersion
(1) Lettres édifiantes, in-12, t. XXVI, pag. 100; et in-18, t. XL, P: 25.
(574) des nations après le déluge; mais il ajoute
« Je pense que les fondateurs de l’empire avaient
«recu des patriarches, ou: même de Noé, bien « des connaissances sur l'astronomie; j'ai bien de «la peine à me persuader que les Chinois, sur. « leurs propres observations et réflexions, atent pu « venir à bout d'avoir les connaissances supposées « dans ce que dit l’empereur Yao; et dans ce « que dit le Chou-king sur éclipse de soleil (1 ). »
Ce jugement porté par Gaubil résume parfaitement le problème et l’éclaircit dans ses éléments;
il était impossible que le savant missionnaire, en étudiant d’une manière approfondie l'histoire de l'astronomie chinoise, ne reconnût pas le peu de certitude des anciens monuments soumis à son examen, et l’aveu qu'il laisse échapper est précieux à: enregistrer. Nous allons voir-que tout ce qui.$e rapporte à l'éclipse du: Chou-king justifie les doutes de la critique.
Les chronologistes ne sont pas d’accord sur l’année de cette éclipse; les uns: la placent en 2150, les autres en 2128. Gaubil croit qu’elle est de 2155. Cassini -etFréret la reportent à l'an 2007. Voilà bien des opinions différentes; elles ont été
soutenues par leurs auteurs avee une conviction
(1) Lettres édifiantes, p. 102 et 27.
remarquable et dans de fort longues dissertations (1); on pouvait donc supposer le sujet épuisé, et voici qu'aujourd'hui on est forcé de reconnaître que tous les calculs; sont faux... ;
On lit dans le:Journal des Savants (2) :
. «Selon Gaubil (5), l’éclipse mentionnée dans le Chou-king pour le commencement du règne de Tchong-Kang, aurait eu lieu le 12 octobre de l’an 2155; en: comptant à la manière des chronologistes, ou de l'an 2154, en comptant à la manière des astronomes. D’après une indication trouvée dans ses manuscrits, la conjonction apparente se serait opérée ce jour-là vers 7 h. 24° ou 7 h. 26 du matin; à Pékin. De là; il conclut: que Péclipse aurait été: visible, non-seulement dans cette ville, mais même à Ga-ny-hien, résidence de Tchong-Kang,: et plus occidentale de Pékin de 20° en temps.
«Le compagnon de Gaubil, dont nous avons les calculs, est plus précis. Selon lui, la con- Jonction a eu lieu le 11 octobre, à 11 h. 20° 20',- temps moyen de Paris compté de midi,
(1) Fréret, t. XIII, p. 154, 157, 160, 255; t, XIV, p. 56, 80, 143; 152, 173; Ideler, die Zeitrechnung der Chinesen, passim, |
(2) Journal des savants, 18h40, p. 241.
(3) Souciet,, Obs. t. IT, p. 144.
ce qui équivaut au 12 octobre, à 6 h. 56° 32” du matin, temps vrai, à Pékin. Ce jour-là, le soleil s'était levé à Pékin déjà éclipsé. Le milieu de léclipse aurait eu lieu à 6 h. 13° 8”; la fina 6 h. 49" 14", et la grandeur de léclipse aurait été de deux doigts. Par la marche et le détail des calculs, M. Largeteau a reconnu qu'ils ont été faits avec Îles Tables de La Hire, qui ne tiennent pas compte de l'accélération du moyen mouvement; il les a repris par les Tables du soleil de Delambre et les Tables de la lune de M. Damoiseau, en tenant compte de toutes les inégalités indiquées par la théorie de l'attraction.
« Il a d’abord calculé ainsi les lieux de la lune, du soleil, et les mouvements horaires de ces deux astres pour le 11 octobre 2154, à 12 h. temps moyen de Paris, compté de midi. Voici quels ont été les résultats : |
! | long. vraies. € 6° 4° 5 7” mouv. hor. € 33! 34'6 An—2154 © 605541 © 2322
oct. 11 j.-12 Hi ——— AAA LATE J, différ. des longit. 0 3 926 mouv. hor.rel.31 2 4
« Avec ce mouvement horaire relatif, les 3° 9 26" de différence en longitude ont dû être décrits en 6 h. 6”. Ceci étant soustrait de l’époque choisie, on a la conjonction vraie le 11 octobre à 5 h. 54 du soir, temps moyen de Paris, compté
de midi; conséquemment, pour Pékin, le 12 oc-
tobre à 1 h. 50° 30° du matin, temps moyen compté de minuit, puisque Paris est plus occidental de 7 h. 35° 30"en temps. Ainsi l’éclipse s’est réellement opérée sous le méridien de Pékin, et à plus forte raison sous celui de Gany-hien, pendant la nuit du r2 octobre, longtemps avant le lever du soleil; de sorte qu’elle n'était pas observable dans ces deux villes, ni même dans les parties les plus orientales de l'empire chinois.
« Pour montrer la cause de la différence qui se trouve entre ce résultat et celui du missionnaire, M. Largeteau remarque que l'accélération du moyen mouvement, appliquée de nos jours jusqu'à cette ancienne époque, diminue la rétrogradation de la lune en longitude de 4° 27° 1”, ou, ce qui revient au même, elle rend la longitude d’alors plus forte de cette quantité qu’on ne la trouverait si l’on appliquait le mouvement actuel à tout l'intervalle; cela recule donc nécessairement l'instant de l’éclipse de tout le temps que la lune emploie à décrire cet arc par son mouvement relatif. M. Largeteau trouve néanmoins que l'erreur du missionnaire n’a pas été toutrà fait aussi grande, et qu’elle s’est réduite à 3° 11° 38” par l'effet accidentel d’une autre erreur
des Tables de Lahire, lesquelles supposent le
mouvement séculaire de la longitude moyenne de la lune un peu plus, faible qu'il ne l’est réellement. |
« Par un calcul absolument semblable, M. Largeteau s’est également assuré que l’éclipse de l'an 2007 des chronologistes, présentée par Fréret comme étant celle du Chou-king, a eu lieu aussi à la Chine pendant la nuit, de sorte qu’elle n’y a pas été plus visible que celle de Gaubil ; il faut donc assigner, pour léclipse de Tchong-Kang , quelque autre date que celle-là ; » et ce serait, quoi qu’on en ait dit, une recherche peu intéressante , que de tâcher de trouver l’époque exacte de cette éclipse. En présence des termes mêmes du Chou-king, on ne saurait jamais obtenir un résultat incontestable. Il serait à craindre que des investigations de ce genre, aussi épineuses que stériles, servissent uniquement à justifier l'opinion des missionnaires qui voient dans le passage du Chou-king toute autre chose qu’une éclipse. On sait à combien d'interprétations différentes se prêtent en général les textes chinois, et on se rappelle cette singulière joute de deux habiles sinologues, qui se sont tout récemment reproché, dans quelques pages de traductions, plus de contre-sens qu'il n’y avait de phrases.
C’est ainsi qu'on à tiré du caractère Heng un
instrument astronomique, une sphère armillaire construite par Hi et Ho pour l’empereur Chun en 2285 av. J. C. et surmontée d’un tube, une lunette enfin; Gaubil, avec sa franchise accoutumée, déclare qu'à cet égard il ne garantit rien (1), et il prend le bon parti, car de telles suppositions sont inacceptables.