‹ Matériauz pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux (volume 2)Chapitre 13 sur 30 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

On a fait grand bruit des observations ordonnées par Tchéou-Kong, à Loyang, vers 1111 ou 1100 av. J. C.; elles présentent, au jugement de Laplace (2), des résultats conformes à la théorie de la pesanteur universelle, et sont précieuses par leur antiquité. Il s’agit d’une longueur méridienne du gnomon et d’un solstice d'hiver nettement déterminés. Tchéou-Kong aurait obtenu lombre méridienne d’un pied cinq pouces avec un gnomon de huit pieds, et rapporté le lieu du solstice au deuxième degré de l’astérisme ru (« verseau) (3). Ces assertions ne sont assuré-

ment pas sans importance; mais, lorsqu'on re-

(1) Souciet, Obs., t. LIL, p. 11.

(2) OEuvres complètes, in-4°, 1846, 1. VI, p. 365 et 462. (3) Journal des Savants, 1840, p. 147.

cherche sur quelles autorités elles se trouvent appuyées, on est tout surpris de leur peu de consistance. Plus de cent ans après J. C., l’astronome Li-Fang composa un calendrier auquel il donna le nom de Sse-Fen (les quatre parties), et l’on détermina à Loyang l’ombre méridienne d’un gnomon de huit pieds, au solstice d'été, d’un pied cinq pouces (1); pour attribuer cette observation à Tchéou-Kong, où pour l’antidater de douze siècles, il faut recourir au Tchéou-li, traité: des coutumes et des cérémonies de l’empire, composé à une époque incertaine, et dont le texte a subi plusieurs fois des changements et des altérations (2); on y voit seulement qu'on trace la ligne méridienne avec un gnomon, et qu'au solstice l'ombre a un pied cinq pouces; encore a-t-on rattaché à ces indications mille systèmes que Gaubil lui-même traite de faux et de ridicules (3).

Le solstice d'hiver de Tchéou-Kong ne repose pas sur une base plus solide ; la première mention qui en ait été faite remonte à la fin du premier siècle de l’ere chrétienne : une table dressée

en 85 de J.C. indique quinze solstices de soixante-

(1) Souciet, Obs. t. IT, p. 21. (2), Zd., t. TI, p. 34.

(Sd tp. 36.

(50m seize ans en soixante-seize ans, et Gaubil reconnaît qu'elle est de l'invention de l'historien impérial Pan-Kou (1). Voici comment s'exprime lPauteur chinois : « 1111, cinquième année de la « régence de Tchéou-Kong, premiere lune, jour « Teng-se, solstice d'hiver au moment de minuit «et au moment de la conjonction du soleil et « de la lune. » Il n’est nullement question de la constellation 74 (e verseau) dans ce passage. Le seul ouvrage qui l'identifie avec le solstice de Tchéou-Kong est un recueil moderne, le Tien- Yuen-li-li, publié sous l’empereur Khang-Hi, c’esta-dire vers 1700 de J. C. Est-ce là un document assez positif, assez certain pour qu'on puisse l’appeler une restitution inespérée (2)? Personne, assurément , ne sera de cet avis; mais il y a plus : ce n’est qu'au cinquième siècle de notre ère que Vastronome Ho-Ching-Tien plaçait le solstice d’hiver du temps d’Yao, soit au dixième, soit au premier degré de la constellation ru (3); pures hypothèses, faites après coup, et toujours fondées sur une fausse appréciation du mouvement des fixes.

Aussi les prétendues observations de Tchéou-Kong

(1) Souciet, Obs., t. IT, p. 36.

(2) Journal des Savants, 1840, p. 149.

(3) Souciet, Obs., 1. IL, p. 49 et 57.

( 5889 peuvent-elles aller rejoindre les /nstututions astro-

nomiques d'Yao.

Nous avons déjà remarqué que les caracteres chinois, comme dans toutes les langues où les signes représentent des idées, donnent le plus souvent lieu aux versions les plus diverses, et prêtent un merveilleux secours aux faiseurs de systèmes; il suffit de rechercher par le calcul et les formules de la mécanique céleste, ou par le moyen de globes à pôles mobiles, quelles apparences avaient dü se produire à certaines époques très-anciennes , et de les faire ressortir de certains termes douteux ou obscurs qui laissent un libre champ aux hypothèses. Le texte du Chou-king dit que sous Yao (— 2357) l’équinoxe d'automne était marqué par l’astre ÆAiu : premiere erreur, c'est l’astre ÆZo qu'il faut lire; cet astre sera l'étoile x du scorpion dont on a besoin. Or, x du scorpion fait partie de l’astérisme Fang ; Ho devient alors le nom ancien de la constellation Fang, et la question est résolue. Le solstice d'hiver de Tchéou-Kong (— 1111) se rapproche d'e verseau ; mais l'historien Pan-Kou ne parle d'aucune étoile ; & verseau est comprise

( 583 ) dans lastérisme ru; donc Tchéou-Kong a placé son solstice dans cette constellation. Qui oserait contester un fait si bien établi? On voit que le procédé est commode. Poursuivons : Gaubil nous apprend qu'on observait à la Chine l’étoile polaire avec beaucoup de soin, et que les dénominations de Tay-y et Tien-y qu’on trouve dans les anciens catalogues représentent des étoiles polaires ; il suppose que Tien-y était le plus pres du pôle en 2667 av. J. C., et Tay-y en 2259 (1). Il y a un grand intérêt à les placer sur Île ciel d'Yao ; Fréret voulait que Tyen-y füt « du dragon; maintenant on en fait l'étoile &. Le calcul montre, en effet, qu'alors celle-ci n'était qu’à 1° 45’ 44" du pôle, tandis que « en était éloignée de 2° 27° 13” (2). Pour Tay-y, à laquelle le Journal des Savants prête le caractère d’une polaire observée plus anciennement encore que Tyen-y, ce doit être deux petites étoiles désignées sous les n* 42 et 184 dans le catalogue de Bode; et en calculant leur lieu au temps d’'Yao, on reconnait que la quarante-deuxième était plus près du pôle que : du dragon; ce qui

implique , sous le point de vue chronologique,

(1) Journal des Savanñts, 1840, p. 230, Ed, dl.

( 584) une contradiction ; heureusement qu’on n'y regarde pas de si près, quand on s'engage dans le champ des conjectures.—En réalité, Tien-y (unité du ciel) et Tay-y (la grande unité) (1) expriment le ciel, avec les qualifications un et grand ; ils signifient également le souverain, l'empereur de la Chine, qu’on identifiait avec le pôle; car il ne faut pas oublier que le principal objet de l'astronomie des Chinois était de distribuer sur la voute céleste les membres de la famille impériale, les hauts dignitaires de la cour, les chefs du gouvernement et de l'administration. Le tribunal des rnathématiques, chargé, non pas de prédire les éclipses, car pour cela il eût été nécessaire de connaître les éléments de la science, mais de faire servir à la politique les phénomenes qui venaient tout à coup frapper les regards, considérait avec soin le rang des étoiles, et leur distance au pôle, pour maintenir l'harmonie des rapports entre le maître suprême et ses sujets, et subordonnait les mouvements des astres aux bonnes et aux mauvaises actions du prince : c’était le plus sûr moyen d’opposer une digue insurmontable aux progrès de la raison humaine (2).

(1) Journal des Savanis, |. c. : l’ancienne unité. (2) Voyez plus haut p. 476 et 477, et Journal des Savants, 1839, p. 724.

CSSS

Que penser, en effet, d’un peuple qui, pendant vingt siècles, ayant entre les mains les instruments qui ont doté la moderne Europe de tant de découvertes admirables, serait demeuré dans une ignorance profonde des lois qui régissent le monde visible? C’est pourtant ce qui est arrivé aux Chinois, s'ils ont possédé les méthodes d’observation qu'on veut bien leur attribuer.

Non-seulement on a cherché, ainsi qu’on l’a vu, en S'appuyant sur les écrits de Gaubil et de Fréret et sur des textes d’une origine équivoque, à présenter les savants du céleste empire sous le jour le plus favorable, mais on a même été jusqu’à dire que le système d'observations qui forme le caractère propre de leur astronomie est exactement pareil à celui que nous suivons aujourd’hui, qu'ils ont constamment et uniquement employé pour éléments astronomiques les distances polaires observées des astres, et l’instant, aussi observé, de leur passage au méridien (1); on a enfin prétendu que leur mode de division du ciel stellaire indiquait

le grand usage qu’ils avaient dû faire de la mesure

(1) Voyez plus baut, pag. 565,

du temps, et que ce mode de division, qui est le trait distinctif de leur génie scientifique, les avait conduits à mettre en pratique ce que nous faisons nous-mêmes à présent (1).

D'abord, pour mesurer les distances polaires, il fallait qu'ils eussent comme nous des cercles divisés, placés fixément dans le plan du méridien et munis d’alidades mobiles; parce qu'on voit dans l'astronomie de Han, que, vers l’an 104 de l'ère chrétienne (2), il pouvait y avoir de tels cercles faits en métal (et non pas nouveaux , mais anciens), on n’en peut déduire leur existence deux ou trois mille ans avant J. C. On lit dans le Chouking, à l’article Chun-Tien, que Chun, associé à l'empire par Yao, fit faire un instrument pour observer les mouvements des sept planètes ; il y avait un tube sur un axe mobile , et l’instrument était entouré de pierres précieuses. Les Chinois disent des merveilles de cet instrument, et sans savoir au juste ni sa figure, ni ses parties, ni ses différents usages, ils en ont fait des descriptions très-détaillées ; mais elles n’ont, à coup sür, aucune valeur réelle. En admettant comme authentique le texte du Chou-king, on est encore porté

(a) Voy. plus haut, pag. 565.

(2) Souciet, Obs., t..II, p: 265.

à faire bien des réserves (1). Je sais, dit Gaubil, qu'on exprime le caractère Heng par un axe au-

dessus duquel était un tube pour mirer; mais cette traduction du caractère Heng pourrait bien avoir son origine dans l'interprétation faite longtemps après , à l'occasion d’un instrument qu’on avait devant les yeux et qui avait un axe de cette sorte (2).

Ajoutons que le plus ancien catalogue chinois où la position des étoiles fixes soit déterminée astronomiquement fut fait, en 1050 de J. C., par les ordres de l’empereur Gin-Tsong. La distance des étoiles au pôle boréal y est marquée assez exactement; mais, avec cela, ce catalogue n’approche pas même encore, dit Fréret (5), de ceux de Ptolémée et des Arabes.

Le second élément astronomique des Chinois, Pinstant du passage au méridien, exigeait des horloges pour mesurer le temps. Or, il n'existe aucune description de ces instruments qui soit réellement ancienne; si on voit, dans des ouvrages chinois, des figures représentant des horloges d’eau et même à niveau constant, qu’on fait remonter aux em-

pereurs Yao et Yu, on est obligé de reconnaitre

(1) Voy. plus haut, pag. 579.

(2) Zd., et Souciet, Obs., t. IE, p. 11.

(3) Fréret, t. XIV, p. 214.

que ce sont des dessins modernes, énventés d'imagtnation (1). Lorsque Fréret tire de l’ordonnance d'Yao la conséquence qu’on observait, plus de 2000 avant J. C., le passage des étoiles au méridien , ainsi que leur lever et leur coucher dans l’horizon à certaines heures, ce qui servait à déterminer les solstices et les équinoxes, en résultet-il que les Chinois avaient compris toute limportance de cet utile procédé? Comment donc ne se seraient-ils point aperçus, pendant un si grand nombre de siècles, du mouvement des res ou de la précession des équinoxes et du changement de position des étoiles polaires? Gaubil ue nous dit-il pas que l’astronome Tsou-Tchong, en 45o après J. C., reconnut le premier que l'étoile du pôle tournait comme les autres d’orient en occident, et qu'elle devait se distinguer du point fixe appelé pôle boréal (2)?

C’est cependant sur l'observation du passage des astres au méridien que l’on s’est fondé pour mettre en avant cette singulière théorie que nous avons déjà combattue (3), et qui consiste à substituer aux #2ansions lunaires vingt-huit divisions

stellaires distribuées arbitrairement sur le contour

(1) Souciet, Obs., t. III, p. 15 et suiv.

(SM ML, p. 03:

(3) Voy. plus haut, pag. 544 et suiv.

( 589 ) du ciel, théorie qui ne sera pas une des pages les moins curieuses de l’histoire des erreurs de l’esprit de système.

Si l’on en croit le Journal des Suvants (1), « les Chinois avaient imaginé depuis un temps immémorial, pour rendre la mesure des intervalles de temps plus sûre et plus commode, un moyen que nous employons nous-mêmes. Ils avaient choisi certaines étoiles, dont le nombre a été définitivement de 28, lesquelles sont réparties d’une manière fort inégale et en apparence fort bizarre sur la voûte céleste; ils mesuraient aussi exactement que possible les intervalles de temps qui s'écoulaient entre les passages successifs de ces étoiles fondamentales au méridien; puis, quand ils voulaient déterminer la position relative de tout autre astre, dans le sens du mouvement diurne du ciel, ils avaient seulement à observer l'intervalle de temps qui s'écoulait entre son passage méridien et celui de l'étoile fondamentale la plus voisine ; aussi expriment-ils toujours les lieux des astres par cet intervalle converti en arc. C’estexactement ce que nous faisons nous-mêmes aujourd’hui, seulement nos étoiles fondamentales sont beaucoup

plus nombreuses ; les intervalles de leurs passages

(1) 1839, pag. 729; 1840, pag. 30.

sont déterminés par des instruments sans doute beaucoup plus précis, et, pour plus de süreté, nous avons soin de rapporter l’astre aux deux étoiles fondamentales les plus voisines, dont l’une le précède, l’autre le suit. Mais la méthode est absolument la même; et quant à notre dernier moyen de rectification, l’on ne peut affirmer que les Chinois n’y aient pas songé aussi, car ilest tellement simple, que ceux d’entre eux qui étaient bons observateurs ont dù naturellement le mettre en usage. »

« Or, de même que nous employons toujours, «en Europe, les mêmes étoiles fondamentales, «dont les premières observations bien précises «remontent déjà au temps de Bradley, de même, «par un pareil motif, fortifié par leur invincible « persistance dans la conservation de leurs usages, «les Chinois ont toujours ewployé et emploient «encore les étoiles fondamentales autrefois adop- « tées dans les anciens temps. Les quatre divisions « stellaires mentionnées dans le Chou-king pour « le temps d'Yao, vingt-trois ou vingt-quatre sie- « cles avänt notre ère, se définissent aujourd’hui « par les mêmes étoiles déterminatrices qui les li- « mitaient alors, selon ce que les Chinois affirment «et comme on le voit résulter du calcul..., et «le nombre des vingt-huit divisions stellaires de-

« vait être vrasemblablement complet à une épo- «que très-reculée , etc. »

Rien ne manque à cet exposé, que la vérité. Si, à une époque très-reculée, les Chinois ont observé certaines étoiles à leur passage au méridien (fait dont on pourrait d’ailleurs suspecter l’exactitude, en raison de sa source même), il est plus que probable qu’ils n’ont pas persisté dans l’usage de cette excellente méthode, car ils auraient bientôt reconnu la différence de l’année sidérale et de l’année tropique, et pendant trois mille ans ils ne s'en sont pas doutés ; ils auraient signalé le mouvement des étoiles à l’égard du pôle, et pendant trois mille ans ils l’ont ignoré. Qu’on ne vienne donc pas nous dire qu’ils mesuraient astronomiquement les distances polaires, qu'après avoir adopté quelques étoiles fondamentales avec la détermination de leur passage au méridien, ils y rapportaient la position de tout autre astre, comme nous le faisons nous-mêmes, et qu’ils ont dü pressentir les perfectionnements que nos astronomes modernes ont introduits dans la science; car, encore une fois, avec de tels secours, ils mériteraient d'être considérés comme les plus ineptes des hommes, pour n'avoir pas su découvrir les notions les plus élémentaires du système planétaire. Que penser , en effet, de l'astronomie d’un peuple qui

n’a pu deviner l’écliptique, qui n’a pas été frappé des différences existant entre ses prétendues drvisions stellaires et les mansions lunaires des Arabes, bien plus, qui les a confondues et presque identifiées sans aucun examen; d’un peuple, enfin, qui n’a jamais cessé de croire que, dans les éclipses, un dragon venait dévorer l’astre du jour ou de la nuit, et qui a institué à cet effet les cérémonies les plus ridicules (1)? Non, un tel peuple n’a jamais observé d’une maniere suivie et dans un but scientifique ; un tel peuple n’a jamais eu d'astronomie.

Ce qui le prouve surabondamment, c’est le grand nombre de calendriers mentionnés par les historiens du céleste empire, et tout à fait inconciliables ; il est clair que les Chinois, en possession, suivant le Chou-king, d’une année vague de 365 j. :, et cela dès les temps les plus anciens, voyaient bientôt que leurs suppu-

(1) Gaubil, Lettres édifiantes, t. XL, p. 23, 87 : A la vue du soleil éclipsé, les mandarins allaient au palais avec l’arc et la flèche, comme pour être au secours de l’empereur, qui passe pour l’image du soleil, L’intendant de la musique, qui était aveugle, frappait un tambour; les mandarins offraient des pièces de soie à l'honneur de l'esprit; l'empereur et les grands gardaient un jeûne, et étaient simplement vêtus; on immolait un bœuf, etc. Voyez aussi p. 90, 91, sur les cérémonies aux principales étoiles(sic).

tations ne concordaient plus avec l’état du ciel; et incapables, ou peu curieux de rechercher les lois générales qui pouvaient seules donner l’explication de ces changements, ils dressaient de nouveaux calendriers, destinés à subir le sort des premiers ; de là ces efforts surhumains pour établir une sorte d'harmonie entre des productions disparates , ou pour faire supposer dans un autre âge, des connaissances très-développées, qui auraient complétement disparu par lincendie des livres sous le regne de Tsin-Chi-Hoang.

Les uns ont invoqué l'autorité du Tsou-Chou, fragment d’un ouvrage qui fut trouvé dans un tombeau lan 264 de J.C., et qui fut rejeté par les Chinois eux-mêmes, comme ne méritant aucune attention (1); les autres, imaginant des périodes à perte de vue, ont su créer une confusion inextricable pour en faire Jjaillir toutes les fantaisies de leur esprit; d’autres, enfin, s’en référant à certains nombres mystiques, à des figures symboliques, telles que les Xoua et le Hotou (2), ont pensé qu'il leur serait facile de se jouer de la crédulité humaine; mais quand on examine de près la valeur de tous ces systèmes

vermoulus, on en revient promptement à des

(x) Freret, t. XIV, p. 85. — (2) V. plus loin, p. 607.

( 594 ) idées plus sages et plus raisonnables sur la prétendue science des Chinois.

Du temps d’Yao, l’année solaire était de 366 jours, c’est-à-dire , ajoute Gaubil (1), qu’on connaissait l’année de 365 j. +, et qu'au bout de quatre ans, on faisait l’année de 366 jours; cette année de 365 jours + était encore en usage 200 ‘ans après J. C. (2). On avait cherché de bonne heure à faire concorder l’année lunaire et l’année solaire, et on était arrivé à l’intercalation d’un mois marqué du caractère Jun (porte et souverain.) Le mode de lintercalation n’est pas indiqué (3); mais on se servait de certaines divisions pour la répartition des lunes; c'était les r2 Tchong-Ki (4) et les 12 Tsie-Ki (5). Chaque lune répondait à un Tchong-Ki; les Tsie-Ki étaient destinés à déterminer le milieu de l’espace entre

deux Tchong-Ki; la lune /un ou intercalaire res-

(1) Souciet, Obs., t. III, p. 7.

(2) Journal des savants , 1840, p. 75.

(3) Zd., p. 73.

(4) Les douze Tchong-ki étaient 1 Yu-choui. 2 Tchun-fen. 3 Kou-yu. 4 Siao-man. 5 Hia-tchi. 6 Ta-chou. 7 Tsou-chou. 8 Tsicou-fen. 9 Tchoang-kiang. 10 Siao-sue. 11 Tong-Tchi. 12 Ta-han.

(b) Les 12 Tsie-ki étaient : 1 Li-chun. 2 King-tche. 3 Tsing-ming. 4 Li-hia. 5 Mang-Tchong. 6 Siao-chou. 7 Litsieou. 8 Pe-lou. g Han-lou. 10 Li-tong. 11 Ta-sue. 32 Siao-han.

tait en dehors de cette ordonnance. Ces vingt-qua: tre phases de l’année solaire à intervalles égaux donnaient fort improprement aux quatre saisons une même durée (1), et se rattachaient, par leur dénomination même, à des circonstances physiques ou météorologiques qui se trouvent souvent mentionnées. Nous les reproduisons d’après Gaubil, en identifiant le 751e-Kr Li-chun avec le 16° degré du Verseau.

ee

Li-chun (Tsie- ki), commencement du printemps degrés

Le) = répondant à....... PAM LU NÉS Te lave à RART EVE 16 = : 2 Yu-Chouy (Tchong-ki), eau de DIU, Hé id 48" 5 { 3 King-tche, premiers mouvements des vers... 16 X ol Tchun-fen , milieu du printemps PART EEE 1Y £ | 5 Tsing-ming, pure clarté.................. 16 6 Kou-yu, pluie pour les semailles....... ae ATEN 7 Li-hia, commencement de l’été ......, SE ÉD 0

= | 8 Siao-man, petite plénitude........... ST ER EH & } 9 Mang-tchong, grains dans les épis. ......... 16 H mn) 10. Hia-tchi, sommet de l’été......,...... titre: Ml 11 Siao-chou, petite chaleur.........:.,.. ... 16 &

a Ltchou, grande chaleur... ........ ARIANE 2 113 Li-tsieou, commencement de l’automne...... 16 & + PVR ë 14 Tchou-chou, chaleur modérée. ........ ? 1 m 5 ]15 Pe-lou, rosée blanche. ........ LOPMPARES ES 16 % 116 Tsieou-fen, milieu de l’automne............ 1 à & 117 Han-lou, rosée froide.............. ï .. 16 à & |18 Tchoang-kiang, le givre tombe ............ I 5 5: 168

19 Li-tong, commencement de l’hiver.......... 16 m Æ | 20 Siao-sue, petite neige.................... 1 » 8 ]21 Ta-sue, grande neige........ ei te. 16 » 3 |22 Toug-tchi, sommet de l'hiver.......... 1 b © ‘ . .

& 123 Siao-han, petit froid............. 25: 4h OU 16

24 Ta-han, grand froid

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6 É 50) 6 de, gta) 6" ne sep Ple, © je, 0e

(1) Gaubil, Lettres édifiantes, t. XL, p. 47.

Ces divisions artificielles n'ont pas même le mérite de l'ancienneté, puisqu'il n’en est parlé que dans le Tsou-Chou, livre découvert à la fin du troisième siècle de notre ère, au milieu des débris d’un tombeau (1); elles n’offrent d’ailleurs aucun caractère astronomique proprement dit.

En est-il de même des cycles chinois ?

C’est d’abord un cycle de dix jours, les dix Can (2); puis un cycle de douze ans, les douze Tse (3); de la fusion de ces deux cycles, on déduit un cycle de soixante jours ou de soixante ans (4). Gaubil, avec sa bonne foi ordinaire, déclare qu'il n'en garantit pas l’antiquité (5), et on a vu plus haut que les Indiens paraissent l’avoir recu des Chinois au sixième siecle de notre ere (6). Quant aux douze 75e, on ne s’en sert pas seulement pour le cycle de douze ans; ils re-

(1) Journal des savants, 1840, p. 36.

(2) Les dix Can étaient : 1 Kia. 2 Y. 3 Ping. 4 Ting. 5 Vou. 6 Ki. 7 Keng. 8 Sin. 9 Gin. 10 Kouey.

. (3) Les douze Tse, Tchi ou Tchin étaient : 1 Tse. 2 Tcheou. 3 Yn. 4 Mao. 5 Tchin. 6 Se. 7 Ou. 8 Ouey. 9 Chin. 10 Yeou. 11 Su. 12 Hay.

(4) 1 Kia-tse. 2 Y-tcheou. 3 Ping-yn. 4 Ting-mao. 5 Voutchin. 6 Ki-se. 7 Keng-ou. 8 Sin-ouey. 9 Gin-chin. 10 Koueyyeou. 11 Kia su. 12. Y-hay. 13 Ping-tse, 14 Ting-tcheou. 15 Vou-yn, etc.

(5) Souciet, Obs. t. II, p. 137.

(6) Voy. plus haut p. 490.

( 597) présentent aussi les douze lunes (1) comme les Tchong-Ki, et les douze heures (2); on en a fait aussi les douze signes du zodiaque , et, selon les circonstances, celui-ci désigne le Capricorne ou le Verseau , celui-là le Bélier ou le Scorpion (3); on ne se gène pas pour les transformer de toutes les manières ; c’est toujours le même système d'identification après coup, et pour /e besoin de la cause. Il est clair que primitivement ces divi-

sions n'avaient aucun rapport avec les signes du

(1) Yn première lune, Mao seconde lune, du printemps.

Tchin troisième lune, Se première lune, Ou seconde lune, de l'été.

Ouey troisième lune, Chin première lune, Ê

Yeou seconde lune, de l’automne.

Su troisième lune, Hay première lune, Tse seconde lune,

Tcheou troisième lune,

de l'hiver.

(2) Lee ul Après minuit. Après midi.

Tse or ha, 1 hr Où. de‘ti/hat sr hi Tcheou de 1 h. à 3h. Ouey de 1h. à 3h.

Yn 5 he à 5h; Chin de "3h. :à,.5 hr.

Mao. de 5h, à ‘7h. Yeou de 5 h.+à: 7 h.

Tchin de 7h. à 9h. Su de 7 h: à 9 h.

Se de gh. à 11h. Hay de 9 h.à 115 h.dusoir.

(3) Mao, par exemple, que nous avons vu représenter les Pléiades (V. plus haut, pag. 479 et 70), devient alternativement le Bélier, le Scorpion, etc.

zodiaque : les Chinois, qui ne connaissaient pas l’'écliptique, et qui ne tenaient compte que de l'équateur, employaient:ls le cycle des douze animaux(1)qu'on retrouve chez la plupart des nations de l’Asie orientale, sans qu’on ait jamais su en expliquer l’origine? C’est encore une question à résoudre; Gaubil ne se montre pas non plus trèsenthousiaste du cycle des vingt-huit Che, et il n’en croit pas l’usage bien ancien (2). Ce sont, dit-il, les « vingt - huit caractères des vingt-huit constella- « dons chinoises ; on s’en sert dans le calendrier « pour un cycle de vingt-huit jours ; et les carac- «tères Hiu, Fang, Sing, Mao, marquent tou- « jours un Jour qui répond à notre dimanche. »

Un tel jugement n'est pas de nature à confirmer la théorie des vingt-huit divisions stellaires des Chinois, et ajoute une nouvelle force à notre. argumentation. Le cycle de vingt-huit n’a jamais eu, en effet, d'autre base que la révolution lunaire, et hors de là, il ne peut exister que des suppositions hasardées. — Ainsi, de quelque côté qu’on

(1) C'était : 1 Chou, le rat. 2 Nieou, le bœuf. 3 Hou, le tigre. 4 Tou, le lièvre. 5. Long, le dragon. 6 Che, le serpent. 7 Ma, le cheval. 8 Yang, la brebis: 9 Heou, le singe. 10 Ki, la poule. 11 Keou, le chien. 12 Tchou, le pourceau. V. nos Prolégomènes d'Oloug-Beg, pag. 11 du texte.

(2) Souciet, Obs., t. IT, p. 136, et plus haut, p. 486.

porte ses regards, on aperçoit certains faits, cerlaines pratiques isolées, mais sans application suivie et sans date réelle : partout les contradictions abondent ; s’il s'agit des divisions de l’année de 365 jours +, on veut que les Chinois aient partagé le cercle en 365° et la quatrième partie d’un degré (1). Plus loin, on affirme qu’ils connaissaient , 1l y a plus de trois mille ans, la division du cercle en 360°, et chaque degré en 60’ (2). Le Jour civil comprenait 100 ke, le ke 100, la 1 100”, etc. ; mais Gaubil reconnaît qu’il existait à la Chine bien d’autres divisions du jour (3). Attachons-nous donc à faire ressortir les notions sur lesquelles le doute n’est pas permis.

Lorsque les Chinois eurent reçu des peuples occidentaux des principes d'astronomie plus élevés, et en particulier le cycle de dix-neuf ans, ils s’efforcèrent de reconstruire l’histoire céleste des anciens temps, en créant des espaces imaginaires, et en comptant les années, les mois, les jours, les lunes de ces longues périodes; le Tons ou principe se composait de 139 ans ou de 81 cycles de 19 ans; l’Yuen (source ou origine) comprenait trois tongs où 4617 ans, c’est-à-dire 243

(1) Souciet, Obs., t. IT, p. 6.

ART. III , p. 51.

(3) Zd., t IX, p. 10, ett. HI, p. 22.

cycles de 19 ans; le Chang-Yuen (Yépoque primordiale, alta origo) embrassait 31 yuen ou 51 périodes de 4617 ans; c'était le moment du solstice d'hiver; le soleil, la lune et les planètes étaient en conjonction ; l’an 104 avant J. C., 143,127 années solaires s'étaient écoulées, et le Chang-Yuen était accompli. Avec quelques additions de plus, les Chinois attribuaient au monde une antiquité de plusieurs millions d'années, et Oloug-Beg, qui rapporte un chapitre de Nassir-Eddin-Thousi, sur le Chang-Yuen |, SSL: , suppose, en 847 de l’hégire (1436 deJ. C.), 88,639,860 ans passés depuis la création (1).

Il faut voir avec quelle irrévérence Gaubil parle de ces calculs, qui se liaient aux superstitions les plus ridicules , et dont le moindre inconvénient était de faire perdre aux astronomes un temps infini (2). Ce qu'il y a de plus curieux, c’est | qu’on n’abandonna le Chang-Yuen qu'au treizième siècle de notre ère; ce fut Co-chéou-king, élève des Arabes, qui substitua à cette époque feinte une époque réelle, celle du solstice d'hiver de 1280 (3).

(1) Voyez nos Prolégoméènes des Tables astronomiques d'Oloug-Beg, pag. 317 et 318, in not.

(2) Souciet, Obs., t. IT, p. 15 à 18. Voy. aussi nos Prolégomèênes d'Oloug-Beg, p. 323.

(3) Souciet, Obs., t. IT, p. 106.

La méthode du Chang-Yuen était subordonnée à l’idée de ces grandes conjonctions planétaires admises par les astrologues. On a dit qu’en Chine on assistait à la naissance de la fiction, et qu'on en voyait le but numérique (1); mais il faut bien reconnaître en même temps que ces supputations ne remontaient pas à une haute antiquité, et qu'elles ne servaient qu’à dissimuler l'ignorance des âges précédents.

Ce n’était pas, au reste, le seul procédé qu'employaient les Chinois pour faire croire à la science de leurs ancêtres; les nombres mystiques de Confucius, les Xoua, le Hotou, le Lo-Chou, leur étaient d’un grand secours; le Zo-Chou était une espèce de carré magique sur lequel étaient tracés 25 globules blancs et 20 globules noirs; en tout, 45; le Hotou comprenait 25 globules blancs et 30 globules noirs, soit 55 (2). Les Koua (on en comptait 64) étaient de six lignes = espacées ou transformées de 64 manières différentes (3); 8 de ces Koua étaient censés représenter le ciel, les eaux, le feu, le tonnerre, les vents, l'eau, les montagnes

et la terre (4). Selon Confucius, le nombre de

(1) Journal des Savants, 1840, p. 76 et 77.

(2) Voyez ces deux figures dans Souciet, Obs., t, II, 3° pl. Id, D 3° planche.

la grande expansion est bo, et dans l'usage 49 (1); «sa division en deux parties représente «les deux principes; suspendez 1, on a 3 divisés «en 4: ce sont les 4 saisons. En mettant les Xz « (impair, reste, fraction) entre les doigts, on a « l’image de la lune intercalaire (2). Les nombres «du ciel sont 1,3,5,7,Q, en tout 25. Ceux de « la terre sont 2, 4, 6,8, ro — 30, total 55 (3). «216 est le nombre qui répond à Tien, Le ciel ; «144 répond à Koen, /a terre; 216 et 144 font « 360, nombre des jours du X£. 11590 est le « nombre qui exprime toutes choses (4). »

Croira-t-on jamais que ce qui précède soit l’exposé fidèle d’une doctrine en honneur chez les Chinois, d’une doctrine sublime qui donne la clef de tous les mystères de la nature? Rien pourtant n’est plus vrai; depuis des siècles, les plusillustres mandarins mettent leur esprit à la torture pour démontrer que le Æotou et les Koua comprennent toutes les connaissances humaines; à la faveur d’additions, de multiplications, de divisions, de soustractions et autres opérations arbitraires, ils trou-

vent dans ces figures la production des êtres,

les climats, les saisons, les lunaisons, les révolutions des planètes; et faisant de tout cela un tout uniforme (1), 1ls donnent leurs fausses idées pour celles des anciens. I] n’est pas une de nos découvertes modernes , que les Chinois ne s’empressent de faire jaillir des nombres mystiques de Confucius, et c'est avec de pareils éléments qu’on espère inscrire leur nom parmi ceux des promoteurs de l'astronomie et des sciences exactes !

C'est assez nous occuper de ces aberrations d’un peuple qui n’a jamais su s'élever de luimême à la moindre spéculation scientifique; esclave de pratiques superstitieuses ou astrologiques, dont il ne s’est jamais entièrement dégagé, il n’a tenu aucun compte des anciennes observations. éparses dans ses annales, si tant est qu’elles soient réelles ; et, au lieu d'examiner les apparences de la voûte étoilée avec cette vive curiosité qui s’attache aux phénomènes, jusqu'à ce que Îles lois et la cause en soient parfaitement connues, les Chinois n’ont appliqué cette persévérance caractéristique dont on leur fait honneur, qu'à des réveries sans portée en astronomie, triste fruit d'une routine barbare.

Il fallait que la lumière leur vint du dehors; ce.

(1) Souciet, Obs., t. I, p. 5,et t. IT, p.90 et gr.

qui eut lieu en effet; de là une ligne bien tranchée entre l’histoire ancienne et moderne de l’astronomie dans le céleste empire. Nous avons analysé la première partie de cette histoire et montré la vanité des théories étayées sur des textes équivoques ou corrompus; la seconde partie nous offrira un tableau différent et nous révélera les emprunts faits par les Chinois aux nations de l'Occident; nous la diviserons en trois périodes distinctes, représentées par l'influence grecque , l'influence arabe et l'influence de l’école moderne.

Ilne nous appartient pas d'exposer les travaux de nos missionnaires qui, reçus à la Chine à une époque ou les membres du tribunal de mathématiques ne savaient pas mème calculer une échpse, communiquerent à leurs nouveaux hôtes les vrais éléments du système du monde; mais en nous renfermant dans l'antiquité et le moyen âge, terme de nos recherches, nous avons encore un champ bien vaste à parcourir, puisqu'il s'agit de démontrer que l’astronomie des écoles grecque et arabe constitue la meilleure partie de ce qu'on est convenu d'appeler l'astronomie chinoise.

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