‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 10 sur 31 · LANDAIS. [ VOUS · texte numérisé non relu

LANDAIS. [ VOUS

Pour moi?

ROBERT

D’abord, voyons cette tapisserie.

Revenant.

Personne !

LANDAIS

Expliquez-vous, Robert, je vous en prie.

ROBERT

Savez-vous bien là-bas ce qui m’est arrivé?

Des voleurs m’ont surpris, qui m’ont tout enlevé î

LANDAIS

Eh bien!

ROBERT

Votre police est en défaut, mon maître!

Et ce vol vous regarde autant que moi peut-être...

LANDAIS

Que voulez-vous dire ?

ROBERT

Ah! c’est que j’étais porteur D’un message du roi, message accusateur,

Qui vous compromet, vous!

LANDAIS

Moi!

ROBERT

Du moins je soupçonne, Que celte trahison touche à votre personne !

LANDAIS

Je ne vous comprends pas.

ROBERT

Certes Paris est plein D’un sale populaire, à tous vices enclin ;

Notre grande cité de malfaiteurs fourmille:

Pipeurs. ribleurs de nuit, larrons, vaste famille, Race patibulaire, et que vomit le soir La cour miraculeuse, égout fétide et noir!

La ville est chaque nuit de ces démons peuplée; Mais jamais leur audaccà ce point n'est allée Qu’il faille à nos bourgeois , trcmblans d’un tel

[séjour,

Une escorte d’archers pour marcher en plein jour.

C’est au prévôt de Nante a venger votre injure. Tout vous sera rendu ce soir, je vous le jure... M&is...

ROBERT

Tout, avez-vous dit?

Robert, soyez certain

Qu’on punira ce soir le vol de ce matin.

Mais celte trahison... dites, que signifie...

ROBERT.'

Ce secret que tout bas ma crainte vous confie N’est plus le mien....

LANDAIS

Robert, que je sache...

ROBERT

Ecoutez :

De Louis dès long-temps les regards irrités Suivent les sourds complots que nourrit en silence La cour du duc breton contre la cour de France,; François deux, apres tout, n’est du roi très-chrétien | Que le premier vassal et le premier soutien.

Sa place, qu’il oublie, est aux marches du trône;

Et pourtant ses, édits, scellés en cire jaune, Ainsique ceux du roi, placardés en tout lieu,

Le font duc souverain par la grâce de Dieu :

Déjà, pour châtier d’anciennes insolences,

On a fait vers le duc marcher dix mille lances. Mais ce n’est point assez, cl maintenant il faut Que la guerre chez vous se réveille en sursaut,

N est-ce pas ? A Sentis, nous l’avions endormie;

Mais de votre vieux duc la noblesse ennemie Lasse d’un tel repos s’agite en ce palais,

Et tend sa main brclonncà Richard trois, l'Anglais! Digne alliance! un roi meurtrier et parjure.

Dont le règne est la-bas souffert comme une injure, Vous enverrait ici des soldats blasonnés Aux armes d Angleterre; et vous, déterminés A tenir contre nous, dans votre indifférence.

Vous vous feriez Anglais pour combattre la France! 1

LANDAIS

Quelle preuve avez-vous ?

ROBERT

Ah ! les preuves, tantôt Je les avais encor: C’est un hardi complot Que le vOlre! Pourtant, il eût fallu, messire,

Ne point le raconter, surtout ne point l’écrire. LANDAIS.

Ne point l’écrire?

ROBERT

Non; vous ne comprenez pas !...

Parmi tous ces papiers, qu’on m’a pris à deux pas De chez vous, sc trouvaient, je ne puis vous le taire, Quelques lettres du duc au Néron d’Angleterre...

"A ces lettres parfois, Richard a répondu ; *

'Mais un jour sou courrier en chemin s'est perdu. •Louis onze, en Artois, apprit ce jour-là même ‘Vos desseins criminels contre son diadème.

“Furieux, il me lit venir, et se signant “Comme un soldat blessé qui prie en s’indignant: |

* « D’Estoutcvillc, il faut, me dit-il, et sur l'heure, “M’aller quérir le duc François en sa demeure;

* Mc l’amener à Tours !... Riais plus calme il reprit : *Non pas, d’Estouteville, au nom du Saint -Esprit,

* Ne faites pas cela; car, par ma Notre-Dame,

*C’est autre chose ici que de vous je réclame!

* N’allcz donc pas à N'ante encore... mais tâchez ’De suivre le complot dans ses ressorts cachés.

• Les vers précédés U' un astérisque soût supprimés à ht représentation.

“Saisissez chaque lettre; arrangez tout de sorte ’ Que leur fourrier lui-mème ici vous les apporte;

l’ayez, donnez de l’or. 11 ne faut épargner “Rien pour connaître tout: intriguer, c’est régner.»

* J ai suivi ces conseils, et grâce à ma prudence, “On sait avec l'Anglais votre correspondance.

* Vingt lettres par mes soins surprises à vos gens ,

* Nous ont dit vos complots. Des clercs intclligens, ‘Dociles imagiers, ouvriers en peinture,

•Ont de chaque dépêche imité l’écriture;

*Si bien que. votre due, à ce piège déçu,

N a véritablement rien écrit, rien reçu.

Et que le roi Louis, qui tous deux vous épie,

* N’a du pacte félon livré que la copie.

LANDAIS

Eh bien?

Eh bien ! tantôt ici je me rendais Pour demander au duc la tète de Landais...

LANDAIS

Ma tête...

ROBERT

Car le roi Louis vous sait capable D’avoir ourdi vous seul cette intrigue coupable,

Et le duc assez faible, assez las du pouvoir Pour avoir tout permis, tout signé sans rieu voir. LANDAIS.

Vous veniez m’arrêter, vous, Robert ?

ROBERT

Oui, moi-même.

Mais, Landais, ne crains pas un vieil ami qui t’aime. Je n’ai pas oublié qu’en des jours désastreux. Quand les partis jaloux se déchiraient entre eux.

Et que, du Rien Public les querelles armées Faisaient tinter partout nos cloches alarmées; Tandis que tout hurlait à travers la cité.

Je me souviens, Landais, que toi seul m’es resté,

Et qu’alors de mon fils demeuré sans défense,

A tes soins assidus j’ai confié l'enfance...

Je n’ai rien oublié, non; et quand mon effroi Eut reconnu ton nom dans les ordres du roi; Lorsque de son courroux la tempête grondante S’amoncela de loin sur ta tête imprudente;

Afin que, sans t’atteindre, elle pût éclater,

Je réclamai le droit de venir t’arrêter...

I n autre fût venu : je m'offris à sa place;

Et c’est Tristan l'Hcrmite enfin que je remplace.

En secret, du péril je venais t’avertir,

Et je t’aurais laissé cette nuit pour partir.

Landais lui serre la main.

Grâce aux hardis voleurs dont Nanlc est si fertile,

Ma générosité te devient inutile ;

Les preuves du complot nesontplusen mesmains, Et ta honte est restée aux buissons des chemins.

LANDAIS, troublé. .. ,

Mon Dieu! pas un moment à perdre alors!

Il fait quelque* pas pour sortir.

Robert, l’arrêtant.

Sans douto

II faut faire chercher ces papiers; mais écoute: Porteur de ce message, entré chez toi, sans bruit,

Je t'auraii, pour partir, laissé toute la nuit:

MAGASIN THEATRAL

Mais autant, inconnu de tous en celte ville,

II eût à ton ami Robert d'Estoutevillc Coûté de te livrer, autant, si quelque voix Portait mon nom terrible au chevet de François, Il serait dangereux, entends-tu, pour moi-même, D'entraver de Louis la justice suprême ;

Et je ne pourrais plus te laisser ce moment Sans partager ton crime avec ton châtiment.

landais, se troublant de plus en plus.

Que ne repartez-vous pour Taris!...

ROBERT

Je suis pcre,

Et de ma mission sais-tu ce que j’espère?

Le bonheur d'embrasser mon fils !

LANDAIS

Quoi! vous voulez...

ROBERT

Oui; qu’a cela d'étrange?... Est-il ici? parlez! Que je le voie!... Hélas! depuis quatorze années, Au service du roi mes heures enchaînées,

Dans ce châtelet sombre, où tristement je vis. M’ont toujours enfermé loin de lui, de mon fils. De mou noble Brommel, l'héritier de ma race!... Fais-Ie-moi voir, bon Pierre! oh! fais que je l’em-

[ brasse !

Dame Ambroise do Lore, à Paris, maintenant,

Des élans do mon cœur, témoin froid et gênant, Ne viendra pas ici, belle-mère jalouse,

Aux droits sacrés du fils heurter ceux de l’épouse. Parle donc! et dis-moi s'il est beau cavalier,

S'il peut aux plus grands noms dignement s’al-

[lier.

S’il est brave, et soumis, et généreux!... Enivre Ce cœur long-temps fermé qui recommence à vivre, El de tous mes chagrins, d'uo seul mol triom-

[ pliant.

Fais plus encor, Landais : montre -moi mon en-

f fant.

LANDAIS , après une pause pendant laquelle il a regardé attentivement Robert.

Votre fils... vous l’aimez? ..

ROBERT

Si je l’aime !...

LANDAIS

Et, sans doute,

Scs jours vous sont plus chers que les vôtres...

ROBERT

J'écoulc

Et je ne puis comprendre...

LANDAIS

Et d’un pouvoir d’airain, Celui du roi Louis, votre dur suzerain,

Vous iriez, n’est-cc pas, affronter la colère, Plutôt que d’exposer une tète si chère?..,

ROBERT

Que signifie... achève! Où teudent ces discours?

LANDAIS

C’est qu’en venant à moi, c’est à lui que tu cours !

ROBERT

A lui, dis*tu ?

LANDAIS

Robert, je t'ai laissé tout dire; [dire, Et quoiqu’un tel message eût droit de m’inter-

Je me suis tu ! d’un mot je pouvais t’arrêter... Mais à toi maintenant, à toi de m'écouter !

Rrommel, ion fils...

ROBERT

Eh bien !

LANDAIS

Ton fils est mon complice!

ROBERT

Brommel !

LANDAIS

Que maintenant, réclamant mon supplice, Ton roi dresse pour moi ses échafauds hideux ;

Au lieu d’un seul coupable on t’en Livrera deux.

Robert, baissant la voix avec terreur .

Silence! As-tu dit vrai?

landais.

Tu le vois bien, je tremble!

ROBERT

Quoi ! ce fatal complot vous réunit ensemble ?

LANDAIS

Oui, j’avais là de quoi te faire repentir D'être venu, Robert...

ROBERT

Oh ! je vais repartir !

LANDAIS

Non : je suis maître ici. Disposons toute chose Pour que d’un tel voyage on ignore la cause.

Mais reste!... Ton départ à dessein différé...

vitré , entrant précipitamment .

Monseigneur l votre édit vient d’être déchiré ! LANDAIS.

Où donc est Fontenaille ?

vitré.

Il se bat. Une troupe De vos arquebusiers près du marché sc groupe; Tout le peuple d’Argot en sursaut réveillé,

De meurtres et de vols tout ce peuple souillé, Dès que de votre édit la voix s’est fait entendre Est venu par la ville à grands flots se répandre! Un homme de la bande, un des leurs, juif maudit, Du poteau de justice a détaché l’édit ;

L’a lu tout haut au bruit des sinistres risées. Puis, lorsque les rumeurs se furent apaisées,

Sa voix devint perçante et j’ai bien retenu Ces mots qu’il a jetés : o Le moment est venu 1 Enfans ! Courons-lui sus au trésorier ! c'est l’heure De bâtir son gibet! qu’il soit puni! 1 qu’il meure! Nous avons en nos mains de quoi bien nous ven-

Vive Argot et Bohême et Perrette Mauger ! »

landais , frappé de terreur et reculant à ce nom. Elle, mon Dieu!

ROBERT

D'où vient... ce nom yous épouvante!

Une femme du peuple...

LANDAIS

Oh ! ce peuple ! U se vante!

Perrette Mauger! qu’cst-cc après tout? J’irai voir Cette femme!... je veux par elle tout savoir!

Oh ! je n'apprendrai rien par elle !... Allez ! qu'on Les gardes du palais... Non! restez ! [double

ROBERT

Dans quel trouble

Ce nom vous a jeté !

LAN’ DAIS

C’est vous, Robert, c’est vous

Qui me valez cela !

ROBERT

Moi]!

LANDAIS

Sans doute. Ils sont tous Ameutés contre moi, maintenant; et je gage Que tantôt, lorsqu’ils ont pillé votre bagage. C’était pour y chercher ce message maudit Qu’à présent leur vengeance oppose à mon édit. Prévenona-les !... Suis-moi, Vitré! qu’on avertisse Les archers ! tous les gens de guerre et de justice Dehors tous !

Entre Bromniel.

Ah I Brommel ! c’est bien, seul je suffis.

J’Irai seul...

Le voilà !

A Robert.

Vous pouvez embrasser votre fils, 11 sort.

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