‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 11 sur 31 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BROMMEL, ROBERT D'ESTOUTE VILLE. robert, tendant les bras à Brommel.

Mon enfant! mon cher enfant!

brommel, hésitant.

Mon père...

Vous mon père, monsieur?...

ROBERT

Oui, moi !... Suis-je sévère?

Ai-je l'abord terrible et l’aspect imposant?

Viens dans mes bras, mon fils ! mon cher Gis !... A

[présent \

Dis-moi, pour qu’en ce cœur aucun soupçon ne

[ naisse,

Si l’on a bien d’amour entouré ta jeunesse;

Si du seigneur Landais les conseils assidus Ont tenu lieu des miens dans l'espace perdus! Regarde-moi, voyons! montre ta bonne mine.

Mon jeune cavalier ! quelle noble origine Ecrite sur ce front pensif et sérieux ! [ yeux !

Ah ! mon vieux cœur s’échauffe à l’éclair de tes Je reconnais mon sang! je reconnais ma race!

Plus près ! plus près encore ! ici ! que je t’em-

[ brasse.

Quatorze ans séparés! quatorze ans! mais aussi...

BROMMEL.

Mon père, vous avez bien tardé!

Me voici !

BROMMEL.

Je me crus orphelin long-temps, et votre approche. . .

ROBERT

A mon cœur paternel épargne ce reproche !

BROMMEL.

Ah ! mon dessein n’est pas d’affliger votre cœur !

Vous voilà ! du passé ce seul mot est vainqueur! Mais vous arrivez seul... une pensée amère Trouble ma joie: hélas! n’ai je donc plus de mère?

robert, secouant la tôle tristement.

Non, Dieu depuis long-temps l’a rappelée à lui! BROMMEL.

Et qui donc près de vous la remplace aujourd’hui?

ROBERT

Qui! tu veux le savoir?

BROMMEL.

Ah! pardonnez!

ROBERT

Peut-être

Un jour apprendras-tu, mon fils, à méconnaître... Et tu sauras alors à quels regrets cuisans Un moment de faiblesse a livré mes vieux aus.

A part.

Ah! cachons à ce fils qu’une femme étrangère S’est assise au foyer qui vit mourir sa mère!

Haut , après une pause.

Le vieux duc François deux t’aime, à ce qu’on m a brommel. [dit?

Je le crois.

ROBERT

Et sans doute il t’a montré l’édit Dont le seïgneur Landais me parlait tout-à-l’heure? brommel.

Quel édit ?

ROBERT

Mais celui qui fait bruit...

BHOMMEL.

Que je meure...

ROBERT

Un édit violent contre les vagabonds,

Filles ou damoiseaux, jeunes gens ou barbons, Dohêmienssans aveu, sans nom et sans patrie,

Qui logent en plein vent leur coupable industrie : Contre les juifs aussi, ces ennemis de Dieu!

brommel, tressaillant .

Les juifs !

ROBERT

Leurs sanhédrins se tiennent en tout lieu. Et si l’on m’en croyait, on livrerait aux flammes Avec leurs babitans ces repaires infâmes!

BROMMEL.

Monsieur !

ROBERT

Qu’est-ce? et d’où vient que lu trembles ainsi? Peux-tu de ces gens-là prendre quelque souci? Nesont-ce pas vendeursdu temple? et leurs bouti-

[ ques

Ne sont-ce pas comptoirs à marchés d’hérétiques? Il n’en est pas un seul parmi tous ces satans.

Qui ne vende son Ame à beaux deniers comptons ; Qui ne vende son Dieu pour un sequin qui brille! Pas un père chez eux qui ne vende sa fille ;

Pas un enfant qui n’ait le cœur dénaturé!

Cesgcns-là vendent tout, et n’ont rien de sacré: C’est une race impure entre les plus maudites ! brommel.

Réfléchissez, monsieur, aux choses que vous dites! Je retrouve mon père en vous; mais...

MAGASIN TïlÉATRAL.

ROBERT

Tu pâlis!

brovuel.

Si vous voulez en moi retrouver votre file, Retenez ces mépris dont mon âme s’offense!

De ces juifs devant vous je prendrai la défense, parce que leur tribu, qu’ici l'on méconnaît.

M'accueillit orphelin, quand tout m’abandonnait; Parce que chez ce peuple exilé sur la terre J’ai trouvé des amis, et pourquoi vous le taire? Une famille...

ROBERT

O Dieu! que m'apprends- tu?

BROXUEL.

Je dis

Que je suis l’allié de ses Hébreux maudits ;

Qu'en eux est mon bonheur, men amour, ira pensée Et que j’ai dans Leitf foule élu. ma fiancée !

ROBERT

Une fille hérétique! une des leurs! mon Dieu! Serait-il vrai ? Landais est donc un traître? Au lieu De t'aguerrir le cœur et de t’éclairer l'Ame,

Au lieu de te sauver, qu'a t— II donc fait, l’infâme? H t’a perdu! Ministre au cœur empoisonné.

Qui m’as pris mon enfant et qui me l’as damné ! Ma vengeance paiera ta coupable tutelle,..

Et celte fille juive, auprès de qui vit-elle?

Quel père, pour l’aimer, quelle mère dont l’œil La cherche avec amour, la suive avec orgueil? Des parens usuriers, un aïeul astrologue,

Et tout cela gîté près d'une synagogue,

Sans doute 1...

Non, monsieur, et je vous en fais foi.

Cette enfant pour appui n'a que sa mère et moi : Son père est mort sans doute, et la pauvre oubliée S'est un jour à mon bras doucement appuyée... Je fus d'abord son hôte... et bientôt l’étranger Devint le fils soumis de Perrctle Mauger.

ROBERT

Perrcttc Mauger! c’est ce nom qui tout-à-l’heure À fait trembler Landais!

BROU URL.

L'enfant qui souffre et pleure A droit que le passant retarde son chemin Pour lui dire : courage, et lui tendre la main :

De moi, de ma pitié, que devait donc attendre Celle dont le regard me fut d’abord si tendre,

Et qui, lorsqu'un tuteur, de son amour glaçant Me faisait regretter l’amour du père absent.

Réveilla dans mon cœur où sa voix sut atteindre. L'enthousiasme ardent qui venait de s'éteindre. Restitua la flamme à ce eœur engourdi,

El dans mon jour brumeux rappela le midi!

Savez-vous que dès lors la jeunesse puissante Recommença pour moi, peuplée, envahissante, Superbe de désirs, d’ardeurs, d’ambitions.

Avec ses longs projets, ses folles passions.

Ses rires éclatons, et ses larmes furtives,

Et ses illusions, blanches et fugitives,

Doux fantômes qu’un temps montre à nos yeux élus Et qui s’eu vont bien vite, et qu'on ne revoit plus l

C’était elle pourtant, elle, l’enfant bénie.

Qui m’avait secouru dans ma lente agonie.

Elle à qui je devais tout cela!... Mon amour Pour cet ange du ciel s’accrut de jour en jour.

Je voulus, écoutant ma tendresse attentive , Suppléer, s’il se peut, à sa mère craintive;

Je pensai qu'une femme et ses soins empressés Pour garder ce trésor ce n'était point assez.

Et j’entrepris de faire, en ma veille éperdue, Autour de sa maison une garde assidue.

De Ferrcttc Mauger la prudence long-temps Défia mes efforts; ses doutes insultans,

Parurent, dès l’abord, soupçonner ma tendresse; i Mais enfin j'ai fléchi celte devineresse:

! Nous allons être époux, nous qui n’étions qu’nmans, Et les prêtres de Dieu béniront nos sermens.

ROtERT.

Ainsi de te: a'Jcui la mémoire s’efface !

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