L’ENVOYÉ DE LODIS XI , MATHIEU LUC
matiiieu luc , d V Envoyé.
Eh bien! .
N’aurez-vous cette fois rien à me dire?
l’envoyé.
Rien.
Lui présentant un parchemin scellé aux armes du roi. ' l Lisez.
Toujours muetl Ne pourriez-vous, beau’sire.
Rompre pour moi ce nœud et briser cette cire?
L’envoyé reste immobile. Mathieu Luc continue.
La santé du vieux roi?
l'envoyé, hochant la tête.
Mauvaise! J’ai laissé Notre sire au Plessis plus froid qu’un trépassé. Du médecin Coiclier le savoir s’évertue A conjurer du nord la bise qui le tue.
Mais le sang du vieillard par 1 âge refroidi Ne ranimera plus ce cadavre engourdi.
Pourtant la volonté vit encor, grande et forte !
Et le sceptre est debout dans la main qui le porte. MATMEU LUC.
De ces instructions, dites, quel est l’objet? l’knvové paraît hésiter un instant, puis, sur l'insistance de Mathieu Luc , il se décide à ouvrir le pli royal. — Lisant.
« Mathieu Luc, notre ami, notre féal sujet,
» Vous nous avez servi toujours avec le zcle » D’un loyal domestique et d’un agent fidèle. u Monseigneur Saiut-Martin vous bâille ses parlions!
L’est pourquoi ccjourd’hui nous vous recom-
[mandons
» Que vous ayez à faire entière diligence »> Pour garantir l’effet de ma juste vengeance.
» Voici que devers vous, en bâte, va venir » Quelqu’un de ma maison envoyé pour punir ; i » Quelqu’un que pour intègre à Taris on renomme :
»> Le sieur d’Estouleville; ayez l’œil sur cet homme, » Afin que jusqu'au bout, ainsi que de raison,
» Soit par lui recherché le fait de trahison,
» Et que du trésorier l’insigne félonie » Suivant nos volontés soit jugée et punie.
» De griève justice il s'agit maintenant.
» Soyez notre interprète et notre lieutenant,
» Et faites au besoin appel à la noblesse » Pour que d’Estouteville agisse sans faiblesse. » Avec mon sceau royal que vous verrez ici,
» Je vous donne pouvoir de tout conduire ainsi. » Faites discrètement, observez bien. Peut-être » N’aurcz-vous nul besoin d’agir ni de paraître; »> Contentez-vous alors d’éceuter et de voir,
» Et, tout incontinent, faites-moi tout savoir.
» Mathieu Luc, dès demain, selon son espérance, » Sera fait riche et noble autant qu'homme de
[France,
» S'il nous livre Landais, l’insolent favori, p Autrement, par la croix d’Embmn et de Cléry, » Malheur à Mathieu Luc ! Que Dieu'l’ait en sa
[garde!
» Car c’est lui maintenant que tout ceci regarde, p Écrit de noire main au château du Plessis [ six p Lès-Tours, mil quatre cent quatre-vingt-trois, le p Du mois d’août, d Et plus bas : a {Le soleil, roi
[îuperbe,
» Regarde jusqu’au ver qui se glisse sous l'herbe; p Et les rois, couronnés d’or pur comme les saints, » Font servir l'homme obscur àd’augustes desseins! p Que même après ma mort cet ordre s’accom-
[plisse !
p Et, s’il m’est dénié, chargez-vous du supplice, p Le devoir, songez-y, parle aussi haut que Dieu; p Ayez ceci pour dit, et faites vite. Adieu. » Mathieu Luc. prend la lettre des mains de l'Envoyé, et relit le post-scriptum d partir de ces mots :
p Que même après ma mort cci ordre s'accomplisse!
p Et, s'il m’est dénié, chargez-vous du supplice. » Le devoir, songez-y, parle aussi haut que Dieu! » Ayez ceci pour dit, et faites vite. Adieu, p
Pliant la lettre.
Mc voilà donc chargé, Louis ne s’en fait faute,
De rendre au nom du roi justice basse et haute !... L’ordre est impératif! et si le roi songeait Que Mathieu Lucn’csl pas son fidèle sujet.
Mais bien un bon Breton, qui, sans rien craindre
[au monde,
S’cst pris un jour pour lui d’une estime profonde; S’il savait à son poids peser mon dévouement, Votre roi, j’en suis sûr, parlerait autrement. N'importe, je le veux obliger, et je compte N’élre pour tout ceci créé ni duc ni comte.
Veuillez redire au roi Louis, dilcs-lui bien,
Que quand mon bras se donne, il se donne pour rien • Adieu.
L’Envoyé sort.
J'accomplirai ccl ordre qu'il m’envoie.