‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 5 sur 31 · I.e roi · texte numérisé non relu

I.e roi

Le roi de France.

PF.IlllETTF. MAUGER.

Achève... à Richemond qu'as-tu donc apporté?

Deux mots venus de France : Asile et Liberté.

Après une pause.

Vous vous taisez, ma mère, et paraissez surprise Qu’un monarque ait daigné choisir mon entremise. Moi, pauvre paysan dans mes genêts caché...

Louis onze pourtant, ma mère, m'a cherché,

Et son secret tombé dans une âme loyale...

PERRFTTE MAUGER.

Qui donc t’a pu valoir cette faveur royale?

Comment jusques à toi ces ordres arrivés...

Depuis trois ans bientôt, ma mère, vous savez Que la calme Bretagne, autrefois si paisible Qu’on eût dit une plage au monde inaccessible. Sans écho pour les cris des lieux lointains venus, S’inquiète, en dormant, à dos bruits inconnus; Moi-môme bien souvent, à l’heure où tout som-

[mcillc,

Contre le sol qui tremble appuyant mon oreille, Ou sur mon dur chevet en sursaut m’accoudant, J’interrogeai ce bruit autour de moi grondant.

Il me semblait ouir, avec peur, je l’avoue,

Comme si mille essieux, broyant la môme roue, Par le môme attelage à tous vents emportés.

Eussent chassé la foudre à travers nos cités!

Bien long-temps je cherchai qui pouvait dans

[l’espace

Jeter cet ouragan qui tourbillonne et passe ;

Et toujours mon oreille, attentive à ce bruit, Suivait le sourd galop de ces courriers de nuit! Mais enfin une fois je sortis ; la tempête Passa si près de moi que je baissai la tête.

Et je crus que c’était la course du maudit!... J’inlerrogeai quelqu'un, et l’on me répondit Que ces noirs cavaliers fuyant à mon passage, Portaient du roi Louis quelque secret message; Que ce galop de fer, chaque nuit entendu,

C’était le bras du roi qui, toujours étendu,

Ainsi qu’un bras d’armure, et secouant les rênes, S’allongeait en tous sens vers les tours suzeraines, Pour atteindre et saisir, sans sièges, sans assauts, Au fond des grands manoirs les rebelles vassaux ; Que c’était du vieux roi la colère excitée Qui passait devant nous, à cheval emportée,

Mon trant au bout du glaive un sanglant parchemin f Et jetant de l’argent sur le peuple en chemin... Voilà pourquoi, troublant nos maisons ahuries. Hurlaient les chiens de garde au seuil des métairies. La réponse me plut, mère, et dès cet instant Je fis vœu que toujours, priant ou combattant, Leroi de France auraiten moi, l’homme vulgaire, lin ami pour la paix, un soldat pour la guerre! Ce dévouement sans doute au vieux roi fut conté, Car parmi ses féaux dès lors il m'a compté;

Et rien en ce pays de sa haute justice N’émane, qu’aussitùt il ne m’en avertisse...

Une pause.

De rompre le silence il m’était interdit :

Mais vous le vouliez, mère, et je vous ai tout dit. TERRETTE MAUGER.

Tu ne l’as jamais vu, ce justicier sévère?

Non. Au pays de N an te il m’a fait son compère, Voilà tout. 11 a peur, dit-on, de ses amis!...

Et par un inconnu chaque ordre m’est transmis. Chaque fois que du roi le bon plaisir suprême Est que j’agisse, alors, debout, à l’instant même, Au milieu de la nuit, et le casque baissé, Apparaît à mes yeux un homme cuirassé Dont l’œil est invisible et dont la bouche est close, Et qui du roi Louis m’apporte quelque chose... Cette armure de fer s’avance jusqu’à moi;

Et la voyant mârchar je me dis .* C’est le roi.

PH.RKTT1 MAUGER.

Un roi dur aux vassaux !

Mathieu LUC, vit entent.

Ses haines sont les nôtres; Mais rude pour les grands, il est bon pour nous

[autres ;

Et ce qui m’a pour lui tout d’abord prévenu.

C’est contre les puissans son projet bien connu, Projet hardi, germé dans celte tête forte.

Et qui s’accomplira !... Car, nia mère, il importe Aux hommes comme nous d’avoir enfin raison Contre ces petits rois debout sur leur blason. Contre ces petits ducs, que sais-je ! moins encore, Contre ces parvenus qu’on craint et qu’on abhorre. Et qu’on monte au pavois, et qu’on couvre d’un

[dais!...

U est temps d’en finir avec Pierre Landais!...

Perrette Manger s’appuie contre un fauteuil.

Vous vous troublez, ma mère, à ce nom! Je

[soupçonne

Une cause à l’effroi dont voire cœur frissonne. Cet homme vous a fait du mal, oui, je le sai;

Car vous devenez pâle à son nom prononcé,

El jusqu’en son palais qu’il vous fait interdire. Tout haut, chaque malin, vous allez le maudire! Pourquoi cela? Ma mère, écoutez. J’ai l’espoir Que Dieu mettra bientôt cet homme en mon pou» PE R BETTE MAUGER. [voir.

Que dis-tu?

Je vous dis que, si le ciel seconde Mon plan, nous compterons tous les deux dans ce

[monde

Un ennemi de moins!... Pour le moment, sachez Qu’il est de sourds projets et des complots cachés ! La France est là, debout, qui veille, là, dans l’ombre. Et son regard perçant éclaire la nuit sombre.

Et tandis que Landais, tout-puissant aujourd’hui. S’endort dans ses grandeurs, d’au très pensent à lui! Fiez-vous-cn sur moi, mère, et bonne espérance !

Un homme paraît au fond , couvert d'une armure, et la visière baissée. Il s’approche de Mathieu Luc.

ti

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l'envoyé.

Au Breton Mathieu Lue, Louis onze, de France. MATHIEU LUC.

Ah! qu’cst-cc?

L’envoyé fait un signe*, en se tournant vers Perrctte Mauger.

Un seul instant, mère ! rien qu’un instant!

Allez chercher ma sœur qui sans doute m’attend. Ramenez-ruoi Rachel... que bientôt je la voie. Allez; dilcs-lui bien mon amour et ma joie!... Embrassez-moi d’abord. Revenez vite!...

11 embrasse Perrctte Maugcr, qui sort.

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