‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 11 sur 57 · LE BAL · texte numérisé non relu

LE BAL

Dès le matin, Ursule et moi nous causâmes des grands événements de la soirée; je trouvai ma cousine très-abattue, défiante d'elle-même et résolue à ne pas aller à ce bal. Elle me dit qu'elle avait pleuré toute la nuit, pourtant sa figure n'était ni pâle ni fatiguée; seulement, elle avait une expression de mélancolie charmante.

Je la vois encore la tête baissée, le firent caché par les boucles de ses cheveux bruns, presque affaissée sur elle-même, les mains croisées sur ses genoux, et soupirant de temps à autre en levant vers le ciel un regard voilé.

— Ursule, Ursule, ma sœur, — lui dis-je en l'embrassant avec tendresse, — je t'en supplie, reprends courage, n'aie pas de ces frayeurs ; ne suis-je pas avec toi? comme toi ignorante de ce monde où nous allons ? et dont, comme deux enfants, nous nous épouvantons, j'en suis sûre. On ne fera pas attention à nous, peu à peu nous nous y habituerons. Toujours à eôté l'une de Tautre, ce sera pour nous un bonheur que de nous confier nos observations. Eh bien! si pour la première fois nous sommes gauches, embarras-

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sées, BOUS trouverons bien, à notre tour, quelque confidence maligne à nous &ire.

Ursule sourit, et me répondit en serrant tendre* ment mes mains dans les siennes :

— Pardonne-moi, Mathilde, mais je ne puis te dire mon effroi du monde... Jamais... Je le sens, je ne pourrai m'y habituer; cela n'est pas enfbntiUage, c*est conscience, c'est devoir. Quand on est^ comme moi, pauvre et sans agrément, on ne se met pas en évidence, on reste à Tombre, on ne va pas au-devant des dédains... Toi, à la bonne heure, tu as tout ce qu'il faut pour paraître, pour briller dans le monde... Vas-y seule. Je t'attendrai, je serai si heureuse de t'entendre. raconter tes succès! Ces fêtes splendides, je les verrai par tes yeux; cela me suffira. — Puis souriant avec grâce, elle ajouta : ^^ Tiens, je serai, non pas la Cendrillon du conte de fée, malheureuse et oubliée; mais une Cendrillon volontaire, heureuse de te voir I)eUe et admirée . Oui, quand tu arriveras du bal, bien lasse de plaisir, bien rassasiée de flatteries, tu seras accueillie par mon regard tendrement inquiet, et tu te reposeras de tes succès dans le calme de mon amitié pour toi.

. Il fallait voir et entendre Ursule pour la trouver, non pas belle, mais enchanteresse, malgré Tirrégula- .rité de ses traits.

Sa voix émue avait un timbre si pur, si suave, ses yeux bleus avaient une expression si douce, si implorante, qu'on se trouvait irrésistiblement subjugué...

— Ursule! — m'écriai-je, — comment peux-tu conjcevoir une telle défiance de toi, lorsque tu parles.

lorsque tu regardes aiosi ! Moi, ta sœur, moi qui ne t'ai jamais quittée, moi qui devrais être habituée k ta Toix, i toa regard, en ce inoment je te trouve belle, mais belle à être jalouse, si je pouvais rôtre. Tu ne te connais pas... tu ne t'es jamais vue, pour ainsi dire... Crois-moi donc, malgré les méchancetés de mademoiselle de Maran, malgré tes défiances, tu es charmante. Penses-tn que ta sœur soit capable de te tromper î Allons, Ursule, mon amie, du courage; appuyons-nous Tune sur l'autre; soyons braves, aflrontons ce grand jour, et demain, peut-être, nous rirons de nos terreurs... Enfin, je te déclare que si tu ne m'accompagnes pas à ce bal, je n'irai certainement pas seule.

— Mathilde, je t'en supplie, n'insiste pas.

— Ursule... i mon tour, je te supplie.

— Je ne puis.

— Ursule, cela est mal... Tu le sais, ma tante te reprochera d'avoir refusé de venir à ce bal pour m'empécher d'y aller... Tu la connais : tu sais si je suis malheureuse quand je te vois injustement grondée... Eh bien! veux-tu me causer ce chagrin? Ursule; ma sœur, me refuser serait dire que tu me crois iiHltfTérente à tes peines... et je ne mérite pas ce reproche.

— Mathilde... ah! que dis-tu? — s'écria ma cousine ; — maintenant je n'hésite plus, j'irai.

Plus le moment approchait, plus j'étais inquiète, moins encore de moi que d'Ursule. Malgré mon apparente sécurité, je ne savais si elle serait ou non à son avantage en toilette de bal. Pour ue pas émoùi^ser ma

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