L'ENTRETIEN. 22S
— J'ai entendu, en effet, ces mots, madame, mais jMgnorais dans quel but ils m'étaient dits.
— Vous rignoriez? — me dit madame de Richeville en attachant sur moi un regard perçant qui me fit rougir.
Ne voulant pas sans doute augmenter ma confusion, elle continua, en rendant, si cela est possible, sa voix et son regard plus affectueux encore.
— Écoulez-moi... Pour vous donner créance en mes paroles... pour que je puisse aborder le sujet qui m'anène ici, sans être soupçonnée par vous d'arrîère-pensée, il faut que je vous donne quelques explications sur le passé. De tout temps M. de Mortagne a été mon ami; il m'a autrefois rendu un de ces services qu'une âme généreuse ne peut acquitter que par une amitié de toute une vie ; et quand je dis amitié... je parle des devoirs sacrés qu'elle impose... Je ne sais de quelles noires couleurs votre tante .m'a peinte à vos yeux... mais vous saurez un jour, je Tespèrc, que mes ennemis les plus mortels n'ont jamais osé contester mon courage et mon dévouement à mes amis... Plus tard... vous connaîtrez peut-être le motif de mon étemelle gratitude envers M. de Mortagne... Je savais, je sais tout l'intérêt que vous lui inspirez... Or, ce qu'il aime, je l'aime...
Voilà déjà un motif pour que vous m'intéressiez vivement... n'est-ce pas? J'ai des haines bien acharnées soulevées contre moi... mais il n'en est pas de plus violente, de plus implacable que celle de mademoiselle de Maran... Je sais que votre taate a tout fait pour r^nidre votre enfance niîilheure-.se... main- I. 15
tenant elle fait tout pour vous rendre la plus malheureuse des femmes... vous devez la haïr au moins autant que je la hais... Voilà encore un motif pour que vous m'intéressiez... Vous arracher à ses méchants desseins, vous dévoiler de nouvelles perGdies... prouver enfin mon amitié, ma gratitude à M. de Mortagne, en agissant pour vous comme il aurait agi luimême... voilà des motifs assez puissants pour exprimer l'intérêt que je vous porte, il me semble...
— Madame, j'ai pu avoir à me plaindre de mademoiselle de Maran; mais depuis quelques jours elle a tant fait pour moi que je dois oublier quelques contrariétés de jeune fille.
J'appuyai à dessein sur ces mots, elU a tant fait pour moi, afin de bien donner à entendre à madame de Richeville que je voulais parler de mon mariage avec Gontran.
La duchesse secoua tristement la tête, et me dit : — Elle a tant fait pour vous!... Oui, vous dites vrai... elle n'a jamais tant fait pour votre malheur.
De ce moment, je crus deviner le sujet de la visite de madame de Richeville. Elle aimait Gontran, son mariage avec moi la rendait furieuse de jalousie, elle était aussi adroite que dissimulée, elle venait sans doute calomnier M. de Lancry, aGu de rompre une union qu'elle abhorrait.
En partant de cette pensée, d'abord Gontran me devint encore plus cher, en voyant combien on me disputait son cœur. Je fus presque flère de voir une femme comme madame de Richeville, si belle, si hautaine, si dédaigneuse du monde, avoir recours à
un déguisement, aux faussetés les plus habiles et les plus compliquées, pour venir jouer humblement auprès de moi un rôle odieux.
Bien décidée à envisager la conduite de la duchesse sous ce point de vue, Je répondis très-sèchement à madame de Richeville :
— Je vous répète, madame, que maintêftant je ne puis qu'être profondément reconnaissante et touchée de tout ce que mademoiselle de Maran fait pour moi.
— Cela doit être ainsi, — dit madame de Richeville, et c'est parce que cela est ainsi, et c'est parce que vous pouvez aveuglément tomber dans le piège qu'on vous tend... malheureuse enfant, que je viens à vous. Vous êtes abandonnée de tous, isolée de tousf Regardez autour de vous, depuis que votre ami... vo* treseul protecteur est parti... à qui demander conseil? à qui vous fier?
— A personne... vous avez raison madame.
— A personne? pas même à moi, voulez-vous dire?... Cela est cruel, Mathilde... Oh! ne vous offensez pas de cette familiarité. J'ai presque le double de votre &ge, et puis je ne sais que faire, je ne sais que dire pour rompre cette froideur de glace qui vous éloigne de moi. Pardonnez si je me sers en vous parlant de termes trop affectueux peut-être... Mais, mon Dieu ! dans ce moment est-ce que je puis faire attention à ce que dit mon cœur?...
Il fallait ma prévention, ma jalousie contre madame de Richeville, pour ne pas être désarmée par la grâce enchanteresse avec laquelle la duchesse dit ces derniers mots.
tHè MATHILDE.
Ainsi que cela arrive toujours, dans la disposition d'esprit où je nie trouvais, certaines paroles émeuvent profondément, ou bien elles révoltent d'autant plus qu'elles ressemblent davantage à un cri de Tàme. Je répondis donc à madame de Richeville :
— Je désirerais, madame, savoir le but de cet entretien; s'il n'en a pas d'autre que de réveiller mes anciens griefs contre mademoiselle de Maran, tout en vous remerciant de l'intérêt que vous me pcHrtez au nom de M. de Mortagnc, je ne puis que vous répéter, madame, que maintenant \e n'ai qu'à me louer de mademoiselle de Maran.
— Il faut que vous ayez déjà bien souffert, que vous ayez été bien contrainte, pour vous posséder ainsi à dix-sept ans, — me dit madame de Richeville, me regardant avec une expression de pitié douloureuse, ou il faut que vos préventions contre moi soient bien invincibles...
Alors elle dit eu se parlant à elle-même : ^- A quoi bon tenter... Qu'importe?.. C'est un devoir; — et s'adressant à moi, elle me dit vivement... — Oui, c'est un devoir et je Taccomplirai... On veut vous marier à M. dé Lancry!
— Mademoiselle de Maran et M. le duc de Versac ont confirmé une résolution que M. de Lancry et moi nous avions pnse, madame. Et ce mariage est assuré, répondis-je, tout orgueilleuse, triomphante de pouvoir écraser ma rivale par ces mots, peut-être messéants dans la bouche d'une jeune fille.
— Savcz-vous ce que c'est que M. de Lancry?
— Madame...
L'EXTRETIEX. ti^j
— Eh bien! je vais vous le dire, moi. M. de Lancry est un homme charmant, rempli de grâces, d\>sprit et de bravoure, de furmes parfaites, d'une élé^ncc achevée; vous savez cela, n'est-ce p:is, malheureuse eo&nt? Ces brillanls dehors vous ont séduite, je ne vous en fais pas un reproche; mais sous ces brillants dehors se cachent un cœur desséché, un égoîsme intraitable, une insatiable avidité qui cherche à se satisniirc par un jeu efl'réné. Depuis longtemps il a presque entièrement dissipé sa fortune; il a des dettes cohsidérables Croyez-moi, Mathîlde, mademoiselle de Maran a facilité, a protégé ce mariage, parce qu'il doit vous précipiter dans un abtme de malheurs incalculables : aussi je vous eu conjure, au nom de votre ami M. de Moiiagne, attendez son retour, qui doit être prochain, pour conclure cette union ; vous ne savez pas quel est Thomme que vous avez choisi ! encore une fois, je vous en supplie, attendez M. de Idorlagne; attendez-le au nom de votre mère.
— Assez, madame! — m'écriai-je indignée; — je ne souffrirai pas que le nom de ma mère soit invoqué à propos d'une calomnie à laquelle vous ne craignez pas de descendre, vous... vous, madame la duchesse... Ah! madame, quel mal vous ai-je donc fait pour tenter d'empoisonner ce que je regardais, ce que je regarde encore, Dieu m'entend... comme le seul l)onheur, comme le seul espoir de ma vie. Ah! je frémis d'épouvante en songeant que ces odieuses paroles prononcées par toute autre que par vous, madame, auraient peut-être altéré la confiance,
230 MÂTHILD6.
radmiralion , Tamour que j'ai pour M. de Lancry.
— Vous auriez peut-être cru à ces paroles si toute autre que moi vous les eût dites, — répéta madame de Richeville en me regardant attentivement et en semblant chercher le sens de ma pensée. — Pourquoi m'accordez- vous moins de confiance qu'à toute autre?
-^ Pourquoi? Vous me le demandez! Mais il s'agit de M. de Lancry, madame... Mais tout isolée que je sois, certains bruits.
— Ah! la malheureuse enfant! elle me croit jalouse de M. de Lancry ! -r s'écria madame de Richeville avec un accent de surprise, presque d'effroi. — Alors tout est perdu, Mathilde! vous croyez cela... Mon Dieu! mon Dieu! j'ai donc été bien calomniée auprès de vous, pour que vous me supposiez coupa-^ ble d'une telle infamie. Éprise de M. de Lancry, je viens le calomnier auprès de vous pour rendre impossible un mariage qui me mettrait au désespoir! Dites, dites! u^est-ce pas cela que vous croyez?
— Dispensez-moi de vous répondre, madame!
— Eh bien ! moi, je vais vous faire un aveu. Il est pénible, oh ! il est bien cruel ; mais que m'importe? il peut vous sauver.
Après avoir longtemps hésité, madame de Richesville dit enfin d'une voix altérée en rougissant beaucoup, et avec toutes les marques d'une profonde con* fusion :
— Apprenez donc que, comme vous.,, j'ai aimé M. de Lancry ; oui, comme vous j'ai été séduite par ses brillants dehors... Mais j*ai bientôt découvert tout ce qu'il y avait en lui d'égoïsme, d'indifférence, de
durelé, de cruauté même, lorsque sa vanité était satisfaite. Aussi maintenant, je ne sais pas qui remporte dans mon âme, de ma baine ou de mon mépris pour lui...
Ces derniers mots de madame de Richeville me semblaient si odieux, que, perdant toute mesure, je m'écriai :
— Pourtant lors de ce bal de l'ambassade.. . madame, vous ne pensiez pas ainsi !
Madame de Ricbeville baussa les épaules avec un mouvement d'impatience douloureuse :
— Écoutez-moi donc... vous saurez pourquoi j'ai agi ainsi à ce bal, et vous connaîtrez M. de Lancry. Il y a près d'une année, je venais d'éprouver un grand malbeur; j'étais la plus désolée des femmes... Puissiez-vous, Mathilde, ne jamais sentir combien la souffrance nous rend faibles; puissiez- vous n'être jamais malbeureuse pour ne pas connaître le charme dangereux d'une voix amie qui nous console et qui nous plaint. Je crus aux protestations de M. de Lancry, je l'aimai avec sincérité, avec dévouement ; j'étais pour lui la meilleure, la plus tendre des amies, je vivais presque dans la retraite, cherchant à prévenir toutes ses pensées, tous ses désirs. Un jour je ne le vois pas venir chez moi, je m'inquiète, j'envoie chez lui... Il était parti le matin pour Londres sans m'écrire un mot, et laissant au monde le soin de m'apprendre qu'il allait rejoindre en Angleterre je ne sais quelle fille de théâtre qu'il m'avait donnée depuis quelques jours pour rivale. Cette conduite était si brutale, si lâche, que ma colère tomba sur moi-même.
232 HATHILDE.
Je m'iadigaai d'avoir été la dupe de cet homme. A mon grand étonnement, rindifférence la plus absolue, la plus dédaigneuse, succéda à un sentiment que la veille je croyais indestructible. Il est des outrages si méprisables, qu'ils nMnspirent pas la colère, mais la pitié. Lorsque je rencontrai M. de Lancry à l'ambassade, je le revoyais pour la première fois depuis qu'il m'avait si bassement sacrifiée. Malgré son assurance, il fut embarrassé... Je n'éprouvai rien... rien que le désir de lui prouver mou mépris en l'accueillant avec autant d'apparente aifabililé que si je me trouvais avec lui dans les termes de familiarité autorisée par une ancienne amitié... ma vengeance n'allait pas au delà. Mais pour un homme du caractère de M. de Lancry, et en général pour tous les hommes... rien n'est plus blessant, plus cruel, que de voir sourire indifféremment la victime qu'ils ont voulu frapper à mort... Je vous ai dit avec quel intérêt M. de Mortagne m'avait parlé de vous, je vous regardais avec une affectueuse curiosité lorsque mademoiselle de Maran m'interpella pour me dire quelques paroles sanglantes dont vous n'avez pu comprendre le sens détourné. J'eus assez d'empire sur moi pour ne lui répondre que par un fait qui devait la frapper presque de frayeur... l'arrivée de M. de Mortagne, que je savais d'une manière certaine; il a été la victime d'une abominable machination. Avant peu vous le verrez.
— Mon Dieu, madame, — m'écriai-je, — qu'est-ce que cela signiûe?
— Je ne puis encore vous le dire, — reprit ma-
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dame de Ricbeville; — mats bientôt il sera ici. C'est pour cela que je vous supplie de l'attendre avant de contracter ce fatal mariage... Encore quelques mots, ajouta la duchesse en voyant mon impatience, et je vous laisse. Le soir même, à Tambassade, les projets de votre tante et de M. de Versac n'étaient pins un mystère. On disait partout que le duc n'avait fait revenir son neveu d'Angleterre que pour ce riche mariage. Lorsque le surlendemain je vous vis à l'Opéra, dans la loge des geutil^hommes de la chambre, je ne doutai plus de la réalité de ces bruits. Votre tante et M. de Versac les avaient, à dessein, confirmés, en vous faisant trouver, en grande loge à l'Opéra, avec M. de Lancry, afin d'empêcher tout autre parti de se présenter. Mademoiselle de Maran savait qu'un jeune homme, dont je vous parlerai bientôt, auquel M. de Mortagne s'intéressait vivement, et qui vous avait vue à l'ambassade, car vous aviez fait sur lui une vive impression, devait faire demander votre main... Je sentis le danger que vous couriez. A la sortie de l'Opéra, je vous dis : Pauvre enfant, prenez garde! Je ne voulais pas me borner à cet avertissement stérile... Ce que je vous dis aujourd'hui, je voulais vous le dire avant' que M. de Lancry n'eût fait impression sur votre cœur; doué des avantages qu'il réunit, favorisé par votre tante, il devait vous plaire... Malheureusement, le lendemain de cette représentation de l'Opéra, j'ai été souffrante, puis je suis tombée assez gravement malade pour ne pouvoir donner de suite à mon projet... Dans cette extrémité, je m'ouvris avec toute confiance à madame de Mire-
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court, une femme de mes amies, qui voit souvent votre tante; je la chargeai de tâcher de vous parler en secret, afin de vous éclairer sur le mariage qu'on voulait vous faire faire, et de vous supplier d*atten— dre le retour de M. de Mortagne. Votre tante se méfiait de madame de Mirecourt; elle savait notre liaison, elle l'empêcha de se trouver seule avec vous... Alors je maudis encore davantage les souffrances qui me retenaient chez moi. Chaque jour votre amour pour M. de Lancry devait augmenter ; je voulus vous écrire, je craignis que votre tante n'intercept&t ma lettre, j'étais au désespoir en songeant que peutrètre, prévenue à temps, vous n'auriez pas engagé votre avenir... je vous porte tant d'intérêt I... Que cette pensée m'était cruelle !... Mais, hélas! je le vois à vo* tre froideur, Mathilde, je ne vous convaincs pas; dans votre défiance vous vous demandez toujours la cause de cet intérêt si puissant que je vous porte. Mon Dieu, faut-il vous répéter encore qu^en tâchant de vous sauver je m'acquitte envers M. de Mortagne?
— Et vous vous vengez de M. de Lancry, madame ! — dis-je avec amertume.
— Je me venge, Mathilde? — reprit doucement la duchesse. — Faut-il donc être absolument conduite par un tel motif pour vous prendre en affectueuse pitié ? Le cœur ne se brisera-t-il pas de douleur en vous voyant, pauvre petite, si-jeune, si intéressante, abandonnée, perdue au milieu de ces méchants égoîs« tes, devenir à la fin victime de la haine de votre tante et do la cupidité de M. de Lancry ?
— C'est trop, madame .' — m'écriai-je dans un ac-
L'ENTRETIEN. 25ÎS
ces d^orgueil révolté ; -^ suis-je donc après tout si mal ou si peu douée, que M. de Lancry, en recherchant ma main, n*ait en vue que ma fortune? Parce qu'il vous a trompée, odieusement trompée, je le yeux, est*ce une raison pour qu'il n'apprécie pas un cœur qui se donne à lui avec ivresse? Et qui vous dit, madame, que vous l'ayez aimé comme il méritait d^être aimé? Et qui vous dit que toutes les femmes qu'il a aussi indignement trompées l'aient aimé autant que moi? Et qui vous dit, madame, que ce n'est pas parce que son &me est généreuse et grande qu'il sait mesurer toute la distance qui existe entre une liaison coupable et un amour sacré aux yeux de Dieu et des hommes? Et de quel droit lui reprocbez-vous une lâcheté... vous qui avez commis une grande faute? Et de quel droit venez-vous comparer votre amour au mien?
— 0 mon Dieu, mon Dieu ! entendre cela, — dit madame de Richeville en cachant sa figure dans ses mains avec une expression de douleur et d'humilité qui m'eût frappée si je m'étais sentie moins indignée ; mais, hélas! je ne pus modérer mon langage et je regrette aujourd'hui sa cruauté. Entraînée par le désir de venger Gontran des calomnies dont je le croyais l'objet, je continuai :
— Vous dites qu'il n'a plus de fortune ! qu'il l'a dissipée... Tant mieux, madame, je suis doublement heureuse de pouvoir lui offrir la mienne. Il a, ditesvous, cherché des ressources dans le jeu!... Désormais riche, .il n'aura pas à recourir à ce moyen... Vous croyez qu'il me trompe, madame; rassurez-
VOUS... rassurez-vous; Tenvie, la jalousie, prennent souvent leurs méchantes espérances pour de la prévision... Le véritable amour est plus heureux; fort de son dévouement, de sa générosité, il prévoit sûrement la récompense qu'il mérite et quMl obtient.
Madame de Richeville redressa son beau visage, qu'à ma grande surprise je vis baigné de larmes et douloureusement contracté.
Je vous Tavoue, mon ami, malgré mon indignation, je ne pus m'em pécher d*êlre bien émue en voyant cette femme, ordinairement si fière et si hautaine, écouter mes reproches avec tant de résignation.
Elle prit ma main, que je n'eus pas le courage de retirer, et elle me dit avec un accent de tristesse profonde :
— C'en est fait, Mathilde, il n'y a plus d'es|ioir.., vous êtes victime d'un sophisme ([ui m'a perdue... qui a perdu bien des femmes... Moi aussi, lorsque j'ai aimé M. de Lancry, je me suis dit : Ne suis-je pas plus belle, plus séduisante que mes rivales?... Elles n'ont pu tixer ce cœur inconstant, dompter ce cœur altier et dédaigneux qui se joue des sentiments les plus dévoués... moi j'y réussirai. Hélas! Mathilde, je vous ai dit ma honte et mon outrage. Maintenant, ne croyez pas que je veuille un instant me comparer à vous, que je pense l'empirter sur le charme de votre personne, sur ce rare assemblage de qualités aimables qui vous distinguent. C'est ce charme, ce sont ces qualités que j'avais presque devinées, qui m'ont encore rendue plus jalouse de servir la protégée de M. de Mortagne... Sans mesurer la portée de