CHAPITRE V
MONSIEUR DE HOBTAGNE.
Sans les traits fortement accentués qui caractérisaient la physionomie de M. de Mortagne, il eût été méconnaissable. Sa barbe, ses cheveux, avaient entièrement blanchi ; son front ridé, ses yeux caves et bistrés, ses joues profondément creusées, témoignaient de longues et cruelles souffrances; ses vêtements étaient aussi négligés que d'habitude.
Cette apparition presque sinistre, au milieu de ce salon étincelant d'or et de lumières, rempli d'hommes et de femmes élégamment parées, formait un contraste étrange.
D'abord l'assemblée resta muette d'étonnement. M. de Morlagne vint droit à moi, je me levai; il me prit les mains, me regarda quelques minutes ; l'expression farouche de ses traits s'adoucit, il m'embrassa tendrement sur le front, et me dit :
— Enfin me voici, pourvu qu'il ne soit pas trop
tard... — Et me considérant attentivement, il ajouta :
— C'est sa mère... tout le portrait de sa pauvre
mère ! Ah ! je comprends bieA la haine du monstre.