‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 45 sur 57 · LE SOUPER · texte numérisé non relu

LE SOUPER

caractère, car vous méconnaissez vos amis, — me dit M. Ltigarlode manière à n'être entendu que de moi; — mais avec le temps vous reviendrez de vos injustes préventions...

Je ne répondis rien. Il continua sur le même ton:

— J'ai entendu votre mari inviter M. de Rochegune à venir vous voir... J'espère bien que vous ne recevrez pas souvent cet original; il est ennuyeux comme la pluie, et je le déteste, moi.

Je ne pus m'empêcher de dire à M. Lugarto:

— Vous le détestez sans doute autant que vous le craignez, monsieur, car ce matin vous avez été plus que poli pour lui.

— Tiens !... vous le défendez ! — dit-il en attachant sur moi un regard fixe.

— Je tiendrais beaucoup à compter M. de Rochegune au nombre de mes amis ; c'est un bomme de grande naissance, d'un rare savoir et d'un noble cœur.

— Ah! ... ah !... c'est comme cela, c'estbonà savoir, dit M. Lugarto avec ee sourire conTulsif qui annonçait toujours chez lui une colère contrainte.

Je me tus. J'étais fermement résolue à avoir avec M. de Lancry une dernière explication au sujet de cet homme.

De vagues pressentiments me disaient qu'il se tramait quelque machination perfide dont moi et Gontran nous devions être les victimes. En me rappelant l'expression de désespoir qui avait un moment contracté les traits de M. de Lancry, je faisais mille suppositions contraires. Je ne pouvais concilier son ap-

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parence de gaieté et son empressement auprès de ta princesse, avec le regard tendre, désolé, presque suppliant, qu'il m'avait jeté à la dérobée.

Cette mortelle journée finit enfin. Hélas ! elle devait contenir pour ainsi dire dans leur germe bien des malheurs pour Tavenir...

, Je viens de relire ces pages, cette réflexion me semble encore plus juste ; il n'est pas un des faits les pitlâ insignifiants de ce jour qui n'ait eu plus tard un cruel développement.

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