‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 50 sur 57 · LE BILLET · texte numérisé non relu

LE BILLET

ce qu'il y a de plus malheureux et ce qui we donne des craintes...

-— Mais dis donc! — m'écriai-je en voyant Thésitalion de Blondeau.

— Ah! madame, -^ reprit-elle en joignant les mains, — jugez de mon effroi lorsque je vis près de la grille une assez grande tache de sang.

— Oh! c'est horrible! Et ce billet, ce billet ?

— Je le laissai toujours pour voir si l'on viendrait le chercher. Ce fut en vain. Hier seulement je Tai relire. Voilà donc aujourd'hui dix jours que cet événement est arrivé, car depuis dix jours on n'est pas venu retirer le billet... Il parait donc malheureusement vrai que le messager de M. de Mortagne a poussé le cri sourd que j'ai entendu.

— Hélas!... cela ne semble que trop probable... Et tu es bien sûre d'avoir entendu un cri et comme la chute d'un corps? — dis-je à Blondeau.

— Oui, oui, madame, et ces traces de sang ne prouvent que trop que je ne m'étais pas trompée.

— Écoute, Blondeau, M. de Mortagne demeure en face de cette maison ; il faudra que ce soir tu ailles savoir s'il est à Paris; sMl n'y est pas, demain j'irai voir madame de Richeville pour l'en informer, car je suis cruellement inquiète. Dès que M. de Lancry sera rentré, je lui dirai tout, afin qu'il se joigne à moi pour tâcher d'éclaircir ce triste mystère.

— Madame, — dit Blondeau en m'interrompant, — permettez-moi de vous faire observer qu'il ne serait peut-être pas prudent de parler de cela à monsieur je vicomte. Vous le savez, il déteste M. de Mortagne,

etcetinconuu m'avait dit que ce dernier s'occupait de graves intérêts qui vous regardaient. Héias! madame, vous êtes heureuse maintenant, — ajouta cette excellente femme en attachant sur moi ses yeux l>ai> gnés de larmes... — mais qui sait, enfin...; un jour peut venir où tous aurez besoin de la protection de M. de Mortagne. Ne vaudrait-il pas mieux ne parler de tout ceci à personne, de peur d'ébruiter quelque chose, d'attirer Taltention sur M. de Mortagne, et ainsi de contrarier peut-être ses projets, en nuisant au mystère dont il croit devoir s'entourer? Pourquoi instruiriez-vous monsieur le vicomte de ceci ? Après tout, j'di agi à* votre insu; si quelqu'un a tort, c'est moi. Et encore, quel tort y a-t-il à donner de vos nouvelles à un de vos parents, le seul qui vous ait véritablement aimée?

Malgré la répugnance que j'éprouvais à cacher quelque chose à Gontran, je me rendis aux observations de Blondeau.

' Ma|1nquiétudes au sujet de Tinfluence que M. Lugarto exerçait sur moYi mari étaient aussi vives qu'avant ma maladie. Cet homme m'inspirait toujours une proConde terreur. Je pensais qu'un jour, moi et Gontran, nous serions peut-être forcés de réclamer la protection de M. de Mortagne.

J'imaginai que la conduite mystérieuse de ce dernier devait avoir pour but de déjouer ou de pénétrer les méchants desseins de M. Lugarto. Sous ce rapport, la disparition de l'émissaire de M. de Moriague éveillait mes craintes.

L'ËNTÏIEVUE. !95

Au miHeu de ces inquiétudes, on annonça M. de Rocbegune.

Je le fis prier d'attendre un moment Je donnai quelques ordres à Blondeau, et je rejoignis bientôt M. de ^oehegnne, remerciant le ciel de me mettre peut-être ainsi à même d*avoir des nouvelles de M. de Mortagne, car je savais rintimité qui les unissait.

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