II
210 UÀTHILDE.
— ^ Madame, -« me dit tout bas Blondeau en me montrant M. de Rochegune»-* Je reconnais sa voix... c^est lui...
•^Comment?
— C'est ia personne qui venait savoir de vos Nouvelles de la part de M. de Mortagne.
— Que dis-tu ?
— Aussi vraixiue le bon Dieu est.au ciel, c'est lui, madame ; je suis sûre de ne pas me tromper ; c'est sa voix, vous dis-je.
Pendant que Blondeau me parhit^j*examinai les traits de M. de Rocbegune; ils prirent tout à coup expression d'une anxiété profonde... Je ne pus m'eropécher de m'écrier :
— Qu'avez-vous, motisieur? M. de Mortagne...
— Il faut que je le rejoigne à l'instant... madame... Nous allons quitter Paris... pour quelque temps; il est sur la voie d'une abominable machination, — me dii'-il sans s'expliquer davantage.
— Et ce complot, qui menace-t-il? — m'écriaî-je. *• Pouvez-vous me le demander, madame?...
vous..» vous!
— Et Contran, et mon mari?
— M. de Mortagne vous recommande avant tout de ne pas le quitter; s'il voyage, de voyager avec lui ; mais avant tout et surtout, pour son salut et pour le vôtre, de ne jamais vous séparer de lui un seul nstant
— Mon- Dieu!.. . mon Dieu!... et qui soupçonne^ t II? de quoi avons-nous tant à craindre?
— Est-il besoin de vous le dire, madame? de
M. Lugarto. LMmmense fortune de cet homme met à sa disposition des ressources inconnues ; il est aussi rusé que méchant. M. de Mortagne, pour contreminer ses projets, s'est absenté ou a feint de s'absenter de Paris depuis quelque temps.
— Mais, monsieur, vous me laissez dans une mortelle inquiétude!
— Voyez la lettre de M. de Mortagne; il m'écrit àla hâte et ne m'instruit d'aucune particularité : tant que durera l'absence de madame de Richevilie, il ne pourra vous donner de ses nouvelles, car c'est seulement par son entremise qu'il pourrait vous écrire. Il craint que plusieurs de vos gens ne soient gagnés, et la moindre indiscrétion sur ses desseins les ferait avorter; il est donc obligé d'agir dans Tombre et dans le silence... Adieu, madame, je m'en vais plus rassuré. Si M. de Mortagne croit que je puisse vous assister dans la justification que vous provoquerez, j^aurai l'honneur de venir vous en instruire, sinon persistez dans le projet que je vous ai indiqué ; lui seul peut couper le mal dans sa racine et confondre les méchants... Mais, j'y songe, pour remédier à mon absence, 3'écrirai à M. de Lancry tout ce que je vous ai dévoilé, l'autorisant à se servir de ma lettre. Adieu, madame. M. de Mortagne me dit que chaque minute est comptée.é. Espoir et courage; vous avez des ennemis bien acharnés.
-^ Mais nous comptons deux amis bien précieux, -*- dis-je à M. de Rochegune. — Adieu, monsieur; vous entreprenez une noble tâche. Dieu vous sou- Ueudra.
M. de Rochegune sortit.
— C'est iui, madame, qui a élé assailli, blessé, j'en suis sûre, — me dit Blondeau. — Avez-vous remarqué combien il était pâle et la cicatrice que ses cheveux cachaient à peine.
— Tu te trompes, — lui dis-je.
— Oh! madame, sa voix est trop douce pour que je ne la reconnaisse pas.
Le valet de chambre ouvrit la porte et annonça M. le comte de Lugarto.
filondeau sortit.
Je me trouvai seule avec cet homme.