‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 42 sur 107 · LA VISITE · texte numérisé non relu

LA VISITE

— Il y a quelqu'un là... Eli bien! tant mieux , monsieur; tout ce que je demande, c'est qu'on m'entende... Béni soit le hasard qui m'envoie des témoins.

— Vous allez voir qu'il s'agit de quelque somme confiée au vieux Rochegune en sa qualité de vertueux philanthrope , et que monsieur son fils nie le dépôt comme un enragé , — dit mademoiselle de Maran en se rapprochant de la porte.

— Monsieur... encore une fois... je vous en supplie, — dit M. de Rochegune, — qu''a liez-vous faire?...

A ce moment la porte s'ouvrit violemment, Un homme sortit, et s'écria en nous voyant :

— Dieu soit loué ! il y a quelqu'un là...

Quel fut mon étonnement ! je reconnus M. Du val , que Gontran nous avait montré à l'Opéra , en nous racontant la touchante conduite de ce jeune homme envers une vieille mère aveugle a laquelle il avait caché sa ruine à force de travail. L'autre personne était M. de Rochegune, que j''avais vu dans la loge de madame de Richeville : il était grand et très-basané. Ce qui me frappa dans sa physionomie fut l'expression triste et sévère de ses yeux gris. Gontran fit à M. de Rochegune mille excuses de notre indiscrétion involontaire.

— Ah! monsieur, ah! mesdames, — s'écria M. Duval avec exaltation en s'adressant à nous , — c'est le ciel qui vous envoie ; au moins je pourrai témoigner toute ma reconnaissance à mon bienfaiteur.

— Monsieur, je vous en supplie , — dit M. de Rochegune avec embarras.

Je regardai ma tante Ses traits avaient jusqu'alors exprimé une sorte de triomphe moqueur. A ces mots elle sembla dépitée, et s'assit brusquement sur un fauteuil en souriant d'un air ironique. ..

— Monsieur, — reprit M. de Rochegune en s'adressant à M. Duval, — je vous demande instamment, formellement le silence.

— Le silence! — s'écria M. Duval avec une explosion de reconnaissance pour ainsi dire furieuse. — Le silence! Non... non... monsieur, ces traits-là sont trop rares ; ils honorent trop la nature humaine pour qu'on ne les publie pas à haute voix.

— Madame, — dit M. de Rochegune à ma tante, — je suis en vérité confus... J'avais fait défendre ma porte... excepté pour vous. Je comptais rester dans mon cabinet pour ne vous pas gêner dans la visite de cette maison, et...

— Et moi j'ai forcé la consigne! — s'écria M, Duval. — Un secret

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pressentiinont me disait que vous étiez... chez vous, monsieur! j'avais appris que d'un moment à Tautre vous deviez partir pour un voyage; depuis hier seulement je sais que je vous dois pres(]ue la vie de ma pauvre vieille mère , il fallait à tout prix que je vous visse. . . — Monsieur... monsieur... dit eneoi'e M de Hoche.gune.

— Oh! monsieur, monsieur... il ne s'agit pas de faire le bien et de se cacher après... — s'écria M. Duval dans sa généreuse colère. — Heureusement ces dames sont là; elles vont en être juges. Une banqueroute m'avait ruiné. Jusqu^'alors j'avais vécu dans l'aisance ; ce coup m'avait été terrible, moins pour moi, moins pour ma femme peutêtre que pour ma mère, qui était vieille et aveugle. Il fallait, avant tout, madame, lui cacher ce malheur. A force de travail, moi et ma femme nous y parvînmes pendant quelque temps ; mais enfin nos forces s'épuisaient; ma pauvre femme tomba malade. Nous allions peut-être mourir à la peine, lorsqu'un joui' je reçus sous enveloppe cent mille

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