‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 5 sur 107 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Les deux inconnus étaient jeunes et vêtus avec élégance.

Quoiqu'il fît très-froid , ni l'un ni l'autre n'étaient défigurés par ces abominables sacs si mal imités du north-irest des marins anglais, et appelés paletots par les tailleurs français.

Le plus jeune de ces deux hommes , blond , mince , d'une charmante tournure , portait par-dessus ses vêtements une redingote de drap blanchâtre , ouatée , à longue et large taille . Le gros nœud de sa cravate de satin noir était fixé par une petite épingle de turquoise. Son pantalon , presque juste et d'un bleu très-clair , s'échancrait avec grâce sur ses bottes glacées d'un brillant vernis.

L'autre inconnu , brun , un peu plus âgé , avait aussi les dehors d'un homme du monde. Il portait un surtout couleur de bronze , doublé au collet et aux revers de velours de même nuance, mais écrasé. Son pantalon, gris-clair, un peu flottant, laissait voir un fort joli pied chaussé d'un soulier à bottine de Casimir noir. Une cravate de fantaisie, d'un rouge brique , à larges raies blanches , assortissait à merveille son teint et ses cheveux bruns.

Nous insistons sur ces puérils détails , parce qu'ils ex[)li(iuent la curiosité avide et pour ainsi dire sauvage avec laquelle ces deux hommes furent examinés par les habitués du café Lebœuf .

Le plus jeune des deux inconnus , blond et d'une figure remplie de distinction , semblait en proie à une vive émotion .

En entrant il ôta son chapeau , s'assit presque avec accablement devant une table , et appuya sa tête dans ses deux mains , parfaitement bien gantées de peau de Suède .

■ — Que diable ! — lui dit son ami (que nous appellerons Alfred) , — que diable ! Gaston , calmez-vous ; vous vous serez trompé , vous dis-je. . . ce n'était sûrement pas elle.

— Ce n'était pas elle ? — reprit Gaston en relevant vivement la tête et en souriant avec amertume. — Ce n'était pas elle? Comment ! quand je la reconnaîtrais entre mille femmes rien qu'à sa démarche , rien qu'à ce je ne sais quoi qui n'appartient qu'à elle , vous voulez que je me sois trompé'^ Allons donc, Alfred, vous me prenez pour un enfant. Je l'ai vue quitter sa voiture et monter en tiacre , vous dis-je : un petit fiacre bleu à stores rouges. Elle était avec sa maudite madame Blondeau, qui portait le coffret.

A ces mots , prononcés assez haut par le jeune homme, les habitués du café Lebœuf ne purent retenir un mouvement de joie. M. Godet dit à voix basse à ses complices :

— Entendez-vous ? le coffret ! . . . le coffret ! . . .C'est sans doute celui que la vieille femme a apporté tout à l'heure au domestique du Vampire. Bravo ! cela se complique , cela devient fort intéressant. Écoutons. Donnez-moi un journal ; je vais me glisser adroitement près de ces deux messieurs , qui m'ont l'air de gaillards de la plus haute volée.

En disant ces mots , il s'approcha de la table où causaient les deux jeunes gens.

Ceux-ci , s'apercevant qu'on les regardait avec attention , contrariés du voisinage de M. Godet , reprirent leur conversation en anglais , au grand désappointement des curieux .

— Mais quel était ce coffret? — dit Alfred.

— Un coffret qu'elle m'avait donné , et que mon valet de chambre a été assez sot pour remettre à cette madame Blondeau , croyant qu'elle venait de ma part. . . Ce matin , en rentrant chez moi , Pierre m'apprend cette belle équipée : dans mon étonnement , je cours chez elle , elle était sortie.... Je vous rencontre au Pont-Royal , devant le pavillon de Flore ; pendant que nous causions , je la ^ois aussi clairement que je

2i MATlllLDi:.

VOUS vois, (1g Taiitro côté du |)oiit , inontor on [xUit (iacn^ hicii axcc niadainc Blondeau.

— Le fiacre part, reprit Alfred. — Nous n'avons que kî t(^inps de traverser le pont pendant que vous observez la direction de la citadine. Je cours rue du Bac chercher un cabriolet de régie ; je l'amène , nous y montons et nous suivons le petit fiacre jusqu'à l'entrée de la rue du Temple. Depuis une heure nous battons toutes les rues pour le retrouver ; impossible... Mais , encore une fois , que voulez-vous qu'elh* vienne faire au Marais , dans cette solitude? Elle n'y connaît j)as une» ûme , m'avez-vous dit. . . Allons , vous vous serez trompé , vous dis-je. . . Eh bien ! non , non , soit , — reprit Alfred à un nouveau mouvement d'impatience de son ami ; — soit , c'est bien elle que vous avez vue ; mais alors , entre nous , je ne conçois plus rien à votre dépit , à votre inquiétude. Vous me disiez encore hier que vous vouliez rompre cette liaison , que votre mariage...

— Eh ! sans doute , oui , je voulais rompre : depuis deux mois je travaille sourdement à cette rupture ; mais j'avais mille raisons pour la ménager, et il m'est odieux d'être prévenu. Ce coffret renfermait ses lettres : je suis au désespoir d'en être dessaisi. Jamais je ne rends les lettres. C'est un système ; on ne sait pas ce qui peut arriver.

— Mais comment alors Pierre a-t-il remis ce coffret?

— Eh ! cette infernale Blondeau est venue , mon Dieu ! le lui demander de ma part , disant que j'étais chez sa maîtresse. Pierre a cent fois vu Blondeau venir m 'apporter des lettres ou faire des commissions de confiance : il ne s'est méfié de rien , il Ta crue.

— EUe savait donc que ses lettres étaient dans ce coffret ?

— Sans doute , die me l'avait donné pour les y renfermer. J'en avais la clef et le secret. Il était dans un meuble de ma chambre à coucher, que je ne ferme pas... car j'ai toute confiance en Pierre.

— Mais , mon cher Gaston , j'y songe , il y a là-dedans quelque chose d'inexplicable. Au lieu d'emporter ce coffret je ne sais où , pourquoi ne l'a-t-elle pas tout bonnement gardé chez elle ? •

— Elle ne l'aurait pas osé.

— Elle ne l'aurait pas osé ! ... Ce n'est pas , j'espère , la jalousie de son mari qui pouvait l'effrayer , — dit Alfred en souriant malgré lui.

— Je ne puis vous en dire davantage , — reprit Gaston d'un air trèsembarrassé et en rougissant beaucoup, — mais elle a des raisons pour croire ce coffret beaucoup plus en sûreté partout ailleurs que chez elle.

Alfred regarda Gaston avec étonnement. — C'est différent, — dit-

il sans insister, mais en ayant alors Tintime conviction (et il ne se trompait pas) que ce colïiet renfermait autre chose que des lettres cfamour, et que son ami se vantait^ malgré 1 assurance avec laquelle celui-ci parlait de sa prétendue bonne fortune et de son désir de rompre cette liaison.

Il reprit donc, sans laisser le moins du monde pénétrer ses doutes :

— Mais , puisque vous vouliez rompre , Tenlèvement de cette cassette est, ce me semble , un excellent prétexte.

— Sans doute — reprit Gaston avec un embarras croissant ; — aussi je m''en servirai... Mais il m'est néanmoins très-désagréable d'être dépossédé de ces lettres.

Voyant Tagitation de son ami , Alfred lui dit cette fois en français :

— Allons, Gaston, remettez -vous. Nous étions entrés dans cet abominable cabaret pour nous reposer un moment et poui' boire un verre d''eau.

— Vous avez raison , — mprit Alfred en regardant autour de lui ,

— mais tout ici a Pair si malpropre que nous ne pourrons peut-être pas seulement avoir un verre d''eau supportable.

Ces inconvenantes paroles augmentèrent la colère de madame Lebœuf et celle de ses habitués , furieux de n'avoir pas pu prendre part à la conversation des deux jeunes gens depuis que ceux-ci avaient parlé anglais .

— Madame , un verre d'eau sucrée , je vous prie , — dit Gaston à la veuve.

Celle-ci , sans répondre , agita majestueusement une sonnette cassée en criant d'une voix glapissante :

— Boitard ! Boitard ! un verre d'eau sucrée !

— Quelle affreuse odeur de poêle ! — dit Gaston en appuyant son front : — j'ai la tête en feu.

— Il se joint à cela , — reprit Alfred avec dégoût , — je ne sais quelle senteur de moisi et de vieux rentier qui fait que décidément ça empeste . . .

— Mais , madame , j'avais demandé un verre d'eau ! — dit Gaston avec impatience.

— Mais, monsieur, il me semble que j''ai sonné Boitard assez fort , — répondit aigrement la veuve en agitant de nouveau sa sonnette .

— Au fait, c''est vrai, Gaston, madame a sonné Boitard, — dit Alfred avec beaucoup de sérieux. — Ayez un peu de patience. Mais,

2(i MATIIILDK.

coinnio je me délio do la |)r(Vsoiu'o de Boilaid , par précaution jo vais allumer un cigare.

AHVed (ira un ci£»ar(* d'un cii>arero de paille de Lima , ])rit une allumette cliimi(pie dans une petite ])oîte d'argent dainas([uinée , et commença de lïnner.

Les lial)itués du calé se regardèrent avec stupéfaction, ne sachant comment qualilier cette audacieuse innovation.

Quel(pics-ims toussèrent , d'autres poussèrent quelques hum ! hum ! énergiques. Nul doute que, sans Pintérét de curiosité qu'inspiraient ces jeunes gens par le rôle qu'ils semblaient jouer dans l'aventure du collret remis au domestique du Vampire , nul doute (pie la veuve et ses partisans n'eussent vivement protesté contre ces manières de tabagie .

A ce moment parut Boitard, garçon joufflu, aux bras nus, et poui* qui toute saison était canicule.

Il portait sur un plateau écaillé une carafe , un verre de deux pouces d'épaisseur et cinq morceaux de sucre dans une soucoupe fêlée.

Pendant que Gaston semblait bvré à de profondes réflexions , Alfred , les deux mains dans ses poches , regardait le verre d'eau avec une défiance mêlée de dégoût. Tout à coup il s'écria :

— Mais, Boitard, mon cher, il y a une araignée dans votre carafe. C'est plus que nous n'avons demandé. Nous sommes pressés. Nous voudrions un simple verre d'eau sans araignée, si c'est possible.

Boitard passa une grosse main rouge dans ses cheveux , se gratta la tête , regarda attentivement dans la carafe , et reconnut en effet la présence réelle d'une araignée.

Au lieu d'être accablé par cette abominable découverte , il haussa les épaules en se tournant à demi du côté de la veuve et des habitués.

Ce mouvement semblait dire : « En vérité , ce monsieur fait bien le dégoûté avec son araignée ! »

A quoi la veuve et les habitués répondirent par une autre pantomime, signifiant à peu près : « Ah! mon Dieu, ne nous en parlez pas, Boitard ; cela fait pitié ! »

Alors Boitard , haussant de nouveau les épaules , prit la carafe d'une main , enfonça à plusieurs reprises son gros vilain doigt dans le goulot, et commença une pêche d'un nouveau genre.

Cette pêche fut couronnée d'un plein succès. Boitard retira l'araignée, la prit délicatement entre le pouce et l'index, l'écrasa sous son pied , remit , avec un imperturbable sang-froid , la carafe sur la table , et dit à Alfred, comme s'il lui eût reproché un caprice d'enfant gâté :

— Eh bien, monsieur, j'espère que vous ne me direz plus qu'il y a dus araignées dans l'eau, maintenant!

ï/-fi. /ai;

Alfred avait contemplé la manœuvre de Boitard avec une admiration profonde. Ces derniers mots lui parurent sublimes.

Il lui mit cent sous dans la main , et lui dit : — Ceci est pour vous , Boitard ; toute perfection a son prix , et , dans votre spécialité , vous êtes, mon cher, magnifiquement malpropre.

Boitard regardait tour à tour Alfred , l'argent , la veuve et les habitués d'un air stupide.

Gaston , toujours resté rêveur, dit à demi-voix, en se parlant à luimême : — Que faire?. . . que faire?. . . Où est , à cette heure , ce coffret? — et il avança machinalement la main vers la carafe.

— Du diable si vous touchez à cela , Gaston , — dit Alfred.

Et il raconta à son ami la pêche à l'araignée.

Gaston repoussa le plateau avec horreur, et s'écria avec impatience :

2S MATlllLDE.

-" vMIons, il est iiDpossihIo de hoiro un verre d'eau : j'ai la lêle hrùlante, j'ai la f>ori>e en l'eu... Venez, Alfied; tâchons de trouver (|uel(|ue endroit un peu moins ré|)Ui>iiant. ^

Ces mots mirent le comble à la colcre de la veuve.

Elle s'écria, d'un air indigné, en s'adiessant à Alfred :

— ITaboi'd, monsieui", on ne fume pas ici comme dans un estaminet, entendez-vous? Et juiis je suis bien aise de vous dire, malgié votre air ricaneur, que, si vous ne buvez pas ce qu'on vous sert ici , vous ne devez pas clieicher à en dégoûter les autres.

Alfred répondit avec un sérieux imperturbable :

— Croyez , ma chère madame , que je n'ai pas abusé de mon inlluence sur monsieur. Je vous déclare que, lorsqu'il est abandonné à ses propres penchants, il ne mange jamais d'araignée.

— Venez , cette femme est folle , — dit Gaston en jetant un louis sur le comptoir.

La veuve repoussa fièrement la pièce d'or en s'écriant que, dans son établissement, on ne payait que ce que l'on avait consumé.

— J'ai donné à ce drôle pour son araignée, — dit Alfred à Gaston. Celui-ci reprit son louis, et les deux jeunes gens sortirent.

A peine avaient-ils fermé la porte du café que M. Godet les suivit nu4ête, malgré le froid.

— Votre chapeau , monsieur Godet ! — s'écria la veuve , qui devina les intentions de son habitué.

— Mon chapeau, — dit M. Godet, — il n'en est pas besoin; je vais à l'instant vous les ramener ici pieds et poings liés, et doux comme des moutons, ces beaux godelureaux.

En deux enjambées il rejoignit les jeunes gens, et toucha légèrement la manche d'Alfred, qui lui inspirait plus de confiance.

— Que voulez-vous , monsieur? — dit ce dernier étonné de la grotesque figure de l'habitué.

— Je veux, monsieur, vous rendre un immense service si j'en étais capable, ainsi que cela se doit faire entre bons citoyens; je vous propose de nous liguer contre l'ennemi commun. Or, dans ce moment, notre ennemi commun, c'est Robin des Bois; en d'autres termes, le Vmnpiie.

Alfred et Gaston regardèrent M. Godet sans comprendre un mot à son étrange langage.

Gaston finit par dire à Alfred : — Venez , mon ami ; ne voyez-vous pas que ces gens-là sont fous?

Li:S RECHERCHES. 29

— C'est que celui-ci a l'air bien bête pour un fou , — dit Alfred. M. Godet, craignant de voir sa proie lui échapper , ne releva pas le

propos , et ajouta très-vite , d'un air mystérieux :

— Je sais tout , vous cherchez une jeune dame qui était dans un petit fiacre bleu à stores rouges avec une femme plus âgée. Chapeau noir, manteau puce, cheveux gris, voilà le signalement de la vieille ; cheveux blonds , sourcils et yeux noirs , voilà le signalement de la jeune.

— Ce sont elles ! — s'écria Gaston ; puis , reprenant son sang-froid , il dit à M. Godet, qui triomphait d'une joie maligne :

— En effet, monsieur, j'aurais intérêt à savoir quelle direction ont prise les personnes dont vous parlez.

— Et surtout à savoir ou elles ont porté la petite cassette d'écaillé incrustée d'or, n'est-ce pas, monsieur? — reprit M. Godet.

— Comment êtes-vous instruit de cela? — reprit Gaston de plus en plus étonné.

— Tout ce que je puis vous affirmer sur l'honneur, c'est que la vieille femme en question a remis, il y a une heure, devant moi, le coffret au domestique du Vampire, — dit M. Godet.

Cette nouvelle était tellement inattendue , si surprenante , que les deux jeunes gens ne la pouvaient croire.

Mille sentiments contraires, l'inquiétude, la colère, la jalousie, la vengeance, la curiosité, se heurtèrent dans l'esprit de Gaston.

— Monsieur , — s'écria-t-il en pâlissant , — il faut que vous me disiez à l'instant quelle est la personne que vous avez surnommée le Vampire^ et quelle est sa demeure.

— Peste ! vous n'êtes pas dégoûté, mon cher ami, — pensa M. Godet, qui n'était pas disposé à abandonner sitôt ses victimes. Il reprit, en montrant son crâne chauve : — Je vous ferai observer, messieurs, qu'à mon âge je ne suis plus dans mon printemps. Si vous vouliez rentrer au café Lebœuf , nous y causerions sans y geler.

— Soit, monsieur, — dit Gaston en reprenant avec impatience le chemin du café de la veuve.

Jamais triomphateur romain , traînant à sa suite des populations esclaves, ne fut plus fier que M. Godet en rentrant dans le café de la veuve, suivi dQ3 deux jeunes gens.

Il fit un signe aux habitués, afin de modérer leur curiosité, et s'enfonça dans un coin du café.

M. Godet se garda bien d'apprendre tout de suite aux deux jeunes

30 MATlllLDE.

gens le nom du colonel; niali>:ré leni- ini|)atience, il leur fallut suhir

toutes les absuides histoires forgées par le doyen des habitués du café

Lebœuf.

Sans les faits précis, évidents, cpie cet impiloyable curieux avait déjà révélés, Gaston u'aurait pas ajouté la moindre foi à ses paroles; il fut pourtant obligé d'entendre Thistoire du coup de fusil , de la voiture magninquement harnachée, de l'uniforme du colonel, et enfin de ses sacrilèges stations au cimetière du Pèie-Lachaise.

A travers toutes ces sottises, les jeunes gens furent du moins frappés de Texistence étrange du colonel.

— Enfin, monsieur, — dit Gaston , — j'ai l'honneur de vous le demander pour la vingtième fois , faites-moi la grâce de me dire oii demeure cet homme. Tous ces détails sont fort curieux sans doute, mais encore une fois l'adresse du colonel, son adresse...

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— Suivez-moi , messieurs, — dit Godet en se levant subitement d'un air imposant.

Il ouvrit la porte du café, allongea le doigt, montra à Gaston la

petite porte de l'hôtel d''Orbesson , et lui dit : — Voilà , monsieur... la demeure du Vampire, en face... la porte à guichet.

Gaston courut vers la porte sans prononcer une parole.

M. Godet referma la porte, et s''écria en se frottant les mains avec une joie diabolique :

— Ça chauffe, messieurs, ça chauffe ! Maintenant à nos trous, à nos trous.

Les habitués du café Lebœuf se remirent en observation.

Gaston sonnait avec violence.

La figure du vieux domestique du colonel parut, non pas à la porte, mais au guichet.

Les deux jeunes gens semblèrent faire les plus vives instances pour entrer : prier, menacer même , tout fut inutile ; il fallut que Gaston se résignât à passer par le guichet sa carte, sur laquelle ii écrivit à la hâte quelques mots au crayon.

S''apercevant que les deux inconnus parlaient avec chaleur, M. Godet entr*'ouvrit la porte du café , et entendit distinctement Gaston dire d\ine voix courroucée :

— A demain matin, neuf heures. Il n''y aura pas d''excuses, j''espère. Les deux jeunes gens disparurent en marchant à grands pas.

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