M A TU IL DE
il me repoussa presque durenient en me disant : — C'est bon... je sais ce que j'ai à faire; puis, s'avançant vers M. de Mortagne, il lui dit d'une voix sourde :
— J'ai enduré vos outrages et vos menaces, monsieur... tant que jV eu des raisons pour les endurer; ces raisons n'existent plus, et il faudra bien que vous me donniez satisfaction, maintenant que mademoiselle Mathilde est ma femme.
Mademoiselle de Maran prit Contran par la main; son regard brilla d'une méchanceté infernale. Elle dit à M. de Lancry, en lui montrant M. de Mortagne :
— Désormais monsieur doit être sacré , inviolable à vos yeux , entendez-vous? Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, vous devez tout endurer
de lui.
— Je dois tout endurer ! — dit Contran , — et pourquoi cela?
M. DE MOIITAGNE. 233
— Pourquoi cela? — et mademoiselle de Maran , jetant sur moi
et sur M. de Mortagne un regard de vipère, dit avec son affreux sourire : — Vous devez tout endurer de M. de Mortagne , mon j)auvre Contran, par une raison toute simple... c'est qu*'on ne peut pas se battre avec le père de sa femme.
M. de Mortagne resta foudroyé Contran le regardait avec stupeur. Moi. . . je fus quelques moments sans comprendre l'épouvantable
portée des exécrables paroles de mademoiselle de Maran Puis,
lorsqu'elles traversèrent ma pensée , brûlante comme un trait de feu , je ne pus que m'écrier : 0 ma mère ! et je m'évanouis.
Bien des années se sont écoulées depuis cette horrible scène ; mon ami , bien des fois j''ai amèrement pleuré en y songeant ; maintenant encore je pleure en la retraçant. 0 ma mère ! ma mère , la plus sainte des femmes 1 ô vous dont l'angélique vertu rayonnait d^un éclat si pur que le monstre qui causait votre lente agonie n''avait pas même osé tenter de vous calomnier pendant votre vie ! ô ma mère ! il a fallu que vos cendres fussent depuis long-temps refroidies pour qu''une haine sacrilège osât profaner votre mémoire !
Telle fut mon enfance , telle fut ma première jeunesse jusqu*'à l'époque de mon mariage.