CHAPITRE XXIX
Je fus plusieurs jours très-soutfrante , et pourtant, après notre retraite de Chantilly , je comptai ces jours parmi les plus beaux de ma vie .
Contran resta près de moi , me prodigua les plus tendres soins. Mes pensées étaient mélancoliques , tristes , mais d'une tristesse douce. Quelquefois je me demandais à quoi bon la vie désormais. Je craignais d'avoir épuisé toute la félicité que je pouvais espérer. Sincèrement, sans exagération , je priais Dieu de me retirer de ce monde : alors la mort m''eût paru presque belle.
Mon mari était redevenu affectueux, prévenant comme par le passé; il regrettait le chagrin qu'il m'avait causé, il ne me quittait pas; j'étais délivrée de la présence de M. Lugarto.
Mon bonheur était si grand que j'oubliais les chagrins qui avaient causé ma maladie. Je redoutais presque le rétablissement de ma santé, dans la crainte de voir cesser les précieuses attentions de Contran ; car, à mesure que mes souffrances diminuaient, il devenait moins assidu.
Dans mon égoïsme pour le retenir près de moi , je désirais ardem-
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monl une locluile. A liiisii de ma pauvre Blondeaii, (|ui me veillail pouilant avec une sollicilude maternelle, je commis de grandes im- |)rudences; je tombai assez gravement malade.
Je ne saurais dire ma joie en voyant (|ue j''avais réussi. Contran redevint pendant quelques jours ce qu**!! avait été d'abord. Mais le bonheur (Tèlre toujours près de lui avait sui' moi une telle influence que je renaissais bientôt à la vie ; alors de nouveau je craignais de le perdre.
Au milieu de ces alternatives, je me traçai une ligne de conduite dont je me promis bien de ne pas m''écarter ; elle était en tout conforme à la dernière résolution que j'avais prise. Il serait faux de dire que cette détermination ne me coûtait pas beaucoup ; mais il y a dans tout sacrifice fait à Tamour une sorte de satisfaction profonde qui augmente pour ainsi dire en raison de la grandeur même du sacrifice qu*'on s'im- |)Ose.
Le lendemain de ma première sortie , Blondeau entra chez moi ; elle m'apportait la liste des personnes qui étaient venues savoir de mes nouvelles et se faire écrire à ma porte pendant ma maladie.
La princesse deKsernika, M. de Rochegune, M. Lugarto s''y trouvaient; mademoiselle de Maran avait aussi envoyé chez moi, mais elle nétait pas venue me voir. Jamais elle n'^approchait de la maison d'un malade, car elle avait la manie de croire toutes les maladies contagieuses.
Je fus étonnée de ne pas trouver sur la liste le nom de madame de RichevjUe ; mes préventions contre elle avaient en partie disparu : non que j'eusse en rien reconnu la vérité de ses préventions au sujet de Gontran, car un des symptômes de l'amour est un aveuglement complet; mais le charme qu'elle possédait m'attirait malgré moi, et je ne mettais plus en doute l'intérêt qu'elle me portait. . — Madame la duchesse de Richeville n'a pas envoyé savoir de mes nouvelles? — demandai-je à Blondeau.
— Non, madame... mais...
Je vis à la physionomie de Blondeau qu'acné avait quelque chose à me dire au sujet de cette liste, et qu'elle hésitait.
— Qu'as-tu donc? tu parais embarrassée. (Quoique ce tutoiement fut assez peu convenable, je n'avais pu renoncer à cette habitude de mon enfance.)
— Cest que j'ai peur de vous inquiéter, madame.
— S'agirait-il de M. de Lancry? — m^écriai-je.
— Non, non, madame, c''est une aventure extraordinaire qui s'est