‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 68 sur 107 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

l'*entiievue.

M. de Rochegune me parut très-change, très-pâle; il avait l'air plus triste que d'habitude.

— Aussitôt, madame, que j'appris que vous receviez , — me dit-il, — je me suis empressé de me présenter chez vous pour m'acquitter d'une commission dont m'a chargé une personne de mes amis, qui serait très-heureuse d'être comptée parmi les vôtres.

— De qui voulez-vous parler, monsieur?

— De madame la duchesse de Richeville. Forcée de quitter subitement Paris pour se rendre en Anjou, elle n'a su que là, et par moi, votre maladie. Elle me priait de vous faire part de tous ses vœux pour votre prompte guérison. Aussi sera-ce une consolation pour elle que d''apprendre votre rétablissement.

— Une consolation , monsieur? lui serait-il arrivé quelque accident fâcheux ?

— Je le crains, madame; elle est partie soudainement en m'écrivant qu'un malheur imprévu Tobligeait de quitter Paris, qu'elle ne savait pas encore toute la portée du coup qui la frappait. Sa dernière lettre me laisse dans la même incertitude; elle ne m''a écrit que pour me prier d'hêtre son interprète auprès de vous.

Involontairement je me rappelai l'espèce de menace mystérieuse que M. Lugarto avait faite à madame de Richeville; un pressentiment me dit que cet homme n'était pas étranger au malheur qui éloignait la duchesse de Paris.

— H est une autre personne, monsieur, à qui je [)orte un bien vif in-

térêt, — tlis-je à M. de Kochegune, — et qui est aussi de vos amis, M. de Mortagne.

— Il est absent de Paris depuis quelques jours, madame ; il est parti encore souffrant, car il aurait besoin de longs soins pour remettre sa santé, qui a déjà supporté de si rudes atteintes.

— Savez-vous oii est M. de Mortagne, monsieur?

— Non, madame... et je regrette d'autant plus de ne pas le savoir que je suis au moment de quitter la France... pour bien long-temps peut-être... Avant mon départ je voulais avoir Thonneur de venir prendre vos ordres, madame, dans le cas où vous auriez eu quelque commission à me donner pour Naples, où je vais m'embarquer.

— Vous êtes mille fois bon, monsieur, mais je n'ai pas à profiter de votre extrême obligeance.

M. de Rochegune garda quelques moments le silence d'un air embarrassé. Par deux fois il leva les yeux sur moi , par deux fois il les baissa; enfin, après une assez longue hésitation, il me dit d'un air grave, solennel :

— Madame , me croyez-vous un honnête homme? Je regardai M. de Rochegune avec étonnement.

— Vous êtes l'ami de M. de Mortagne , — lui dis-je , — et le hasard m'a permis de me convaincre, monsieur, que vous étiez digne de cette amitié. Ici, dans cette maison, la scène de reconnaissance dont j'ai été témoin...

— Par grâce, madame, — dit M. de Rochegune en m''interiompant, — permettez moj d'oublier ce temps-là; pour moi trop d'amers souvenirs s''y rattachent. Je vous ai demandé, madame, si vous me croyez honnête homme , parce qu'il faut que je sois bien fort de votre confiance, moi qui vous suis inconnu, moi que vous ne verrez plus peutêtre, madame , pour oser dire ce que j'ai à vous dire.

— Monsieur, je suis sûre que je puis vous écouter sans crainte.

— Je vais donc parler, madame, avec sincérité... Un mot seulement... Croyez que l'homme auquel vous voulez bien reconnaître quelque noblesse de cœur est incapable de cacher une arrière-pensée. Si vous ne connaissiez pas, madame, plusieurs antécédents de ma vie, peut-être la démarche que je tente vous semblerait blessante, incompréhensible. Permettez-moi donc d'entrer dans quelques détails.

— Je vous écoute , monsieur.

M. de Rochegune , avant de continuer, parut se recueillir. Sa figure douce et triste devint pensive; il continua d\ine voix légèrement alté-

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