‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 72 sur 107 · LE DÉFI. ;U · texte numérisé non relu

LE DÉFI. ;U

je vais tout vous dire; il faut que cet homme, que vous croyez votre ami, soit démasqué; il faut que là, devant lui, vous appreniez les bruits infâmes qu''il répand sur vous, sur moi ; il faut que vous sachiez qu'ici, tout à rheure, il m''a déclaré son indigne amour, non pas comme une vaine galanterie... il ment... non... non... d'abord il a parlé de son amour en suppliant.. . avec des larmes dans les yeux , avec de douces et hypocrites paroles.

— Monsieur, — s''écria Gontran en devenant pourpre de colère et en jetant un regard furieux à M. Lugarto.

— Écoutez-la donc jusqu''à la fin , mon cher ; je vous répète qu'elle s'indigne à tort, qu'elle prend sérieusement une mauvaise plaisanterie.

— Et puis, — continuai-je, — lorsqu'il a vu le mépris, le dégoût qu'il m**inspirait , alors sont venues les menaces de vengeance, les révélations horribles. Le monde, — disait-il, — croyait que vous m'étiez infidèle, Gontran; le monde, — disait-il encore, — croyait que je me vengeais de votre abandon en aimant cet homme. Avez- vous dit cela, monsieur? avez-vous dit cela?

M. Lugarto sourit et haussa les épaules.

— Monsieur Lugarto, prenez garde! — dit Gontran d'aune voix sourde... — La patience humaine a des bornes... et depuis longtemps... oh! bien long-temps, je suis patient, voyez-vous.

M. Lugarto baissa les yeux, et ne répondit rien. Fière de sa confusion, espérant m'en délivrer à jamais après cette scène cruelle, je continuai :

— Mais cela n'est pas tout : il s'est joint à notre plus mortelle ennemie , à mademoiselle de Maran, pour proclamer partout que vous, que vous, mon noble Gontran... vous subissiez sa présence tout en la maudissant... que les soins qu'il. me rendait étaient tolérés par vous. Et savez-vous pourquoi? parce que notre fortune était compromise par vos dettes, et que vous aviez eu recours à l'argent de cet homme.

Un moment je fus effrayée de l'expression de rage qui anima les traits de Gontran.

11 se leva, saisit M. Lugarto par le bras, et lui dit d'une voix foudroyante :

— Entendez-vous ce que dit ma femme, monsieur? l'entendez-vous?

— Enfin, mon Dieu ! nous serons délivrés de ce démon ! — m'écriaije en joignant les mains.

• M. Lugarto était resté assis.

Lorsque Gontran s'approcha de lui, il ne fit pas un mouvement; il

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se dt\ii;agoa IVoidtMneiit de l'élreinte de (Joiilran, le regarda fixenienl, et lui dit avec un calme sai'donique dont je fus atterrée :

— Ah çà! mon cher, (k'cidément vous êtes fou.

— Je vous dis, monsieur, que ces bruits que vous répandez sont infâmes. . . et que je ne soulïVirai pas. . .

— Vous ne souifrirez pas ! — articula lentement M. Lugarto en riant d'un rire sardonique. — Ah! ah!... ah! je le trouve charmant, ma parole d''honneur; il ne souffrira pas! Ah çà ! est-ce que par hasard vous vous donnez les airs de me menacer, monsieur le vicomte de Lancry?

— Oui... oui... quoi qu'il puisse arriver, une fois au moins je...

— Quoi qu'il puisse arriver, vicomte? — s''écria M. Lugarto d'une? voix stridente en interrompant mon mari. — Quoi qu'il puisse arriver... Répétez donc cela.

Contran était dans une angoisse inexprimable : son beau visage, douloureusement contracté, exprimait la haine, la rage, le désespoir; mais on aurait dit qu'une mystérieuse influence empêchait l'explosion de ces violents ressentiments.

Ils éclatèrent. M. de Lancry s''écria en frappant du pied :

— Eh bien! oui, oui! quoi qu''il puisse arriver, puisque vous me poussez à bout, je vous insulterai, enlendez-vous , je vous insulterai à la face de tous ; nous nous battrons, et je vous tuerai ou vous me tuerez; Pun de nous maintenant est de trop sur la terre : cette existence m'est insupportable... Si ce n'était la crainte de vous causer une joie infernale, je me serais déjà délivré de cette vie qui m**est odieuse.

Il y avait tant de désespoir dans ces paroles de Contran, elles me menaçaient d'un nouveau et si formidable malheur, que je me sentis défaillir.

— Vous ne m'insulterez pas et je ne me battrai pas avec vous, — reprit froidement M. Lugarto. ~ Comme Ta dit madame, je ne Poserais pas d'abord, et puis vous ne le daigneriez pas... Mais revenons à votre quoi qu'il arrive. Est-ce un défi... hein... vicomte? Voulez-vous qu''à Pinstant devant madame je dise. . .

— Arrêtez! oh! arrêtez! pas un mot de plus, — s'écria Contran avec effort ; — par pitié. . . pas un mot ! . . .

Il tomba dans un fauteuil, mit sa main sur ses yeux en s'écriant d'une voix étouffée :

— 0 mon Dieu ! . . . mon Dieu ! . . .

Je restai frappée de stupeur.

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