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)) rassemblé ce qui lui restiiit de force et de contiaissance, a saisi un » couteau et s'en est frappée. M. de Mortagne et M. de Hochegune, » qui étaient parvenus à s'introduire dans la maison, et qui, cachés, 0 avaient été témoins de toute cette scène, sont, en ce moment, entrés » dans la chambre; comme je suis aussi lâche que cruel ! ... »
Je n''écrirai pas cela. . — s''écria M. Lugarto en rejetant la plume. Du levers de sa main , M. de Mortagne donna un vigoureux soufflet à M. Lugarto.
Celui-ci voulut se lever. ,
M. de Mortagne le maintint sur sa chaise et lui dit :
— Je veux te prouver à toi-même, ce que tu sais d'ailleurs de reste, que tu es un misérable lâche; je t'ai souffleté, je te dois une réparation. Voici des pistolets chargés, il fait un clair de lune superbe, Rochegune sera notre témoin... Viens...
Et il saisit M. Lugarto par le collet en faisant un pas vers la porte , [)endant que M. de Rocheguné prenait des pistolets qu'yen entrant il avait déposés sur la table.
M. Lugarto écumait de rage, et paraissait en proie à une lutte violente.
- Allons... viens... dit M. de Mortagne en voulant l'entraîner, — viens. . . j'ai idée que je te tuerai. . . car Dieu est juste. . . Viens donc !
M. Lugarto se leva, fit un pas, mais la peur remporta sur le désir de venger son outrage; il retomba affaissé sur sa chaise, en disant à M. de Mortagne dVme voix altérée :
— Vous êtes un duelliste consommé; vous voulez m''assassiner...
Je...
— Alors écris donc... que tu es un lâche , ou je te brise les os! — s''écria M. de Mortagne d'une voix terrible. ifliP
M. Lugarto courba la tête, reprit la plume, et continua d'écrire : (( Gomme je suis aussi lâche que cruel...
— Ouvre une parenthèse... — ajouta M. de Mortagne.
» (Et si lâche qu''après avoir été tout à l'heure souffleté par M. de » Mortagne...
— Ecriras-tu?
M. de Lugarto hésita encore. Il se décida.
)) Qu'après avoir été tout à Theure souffleté par M. de Mortagne, je » n'ai pas eu le cœur d'accepter le duel qu'il daignait m'offrir...) ' — Ferme la parenthèse.
)) J'ai déclaré et avoué lés infamies que je viens d'écrire en trem-
» blant de peur. Je déclare aussi avoir fait tomber M. de Rochegune » dans un guet-apens dont Fritz Muller, homme à mes gages, a été » l'instrument, ainsi que le démontrera Tinstruction qui va être pro- » voquée par M. de Rochegune...
— Mais, — dit M. Lugarto en s'^interrompant encore, — puisque je consens à tout. . . épargnez. . .
c- Vi
— Te tairas-tu! . . . Écris : « Fait , signé et déclaré vrai , sous Tem- » pire de la terreur, que les lâches de mon espèce ressentent toujours » en présence des honnêtes gens courageux.
» Lugarto. »
Après avoir signé son nom, M. Lugarto jeta sa plume et cacha sa tête dans ses mains.
— Maintenant écoute, — continua M. de Mortagne. — Demain matin tu partiras pour Pltalie, et je te défends, tu m'entends bien... je te défends de remettre les pieds en France, à moins que je ne t'y autorise... Je lexile.
— C'est de la folie! — s'écria M. Lugarto. — Après tout, je brave vos menaces ; la loi me protégera ; je resterai en France si cela me convient...
^•^t) MATlllLDIÎ.
h^coiite-nioi , s'écria M. de Morlai^Mic en se redressant de toute la hauteur de sa i>ran(le et robuste taille; et il appuya sa large main sur Tépaule de M. Lugarto, (pii l'ut prescjue obligé de se courber sous celte puissante étreinte...
— Ecoute-moi bien. Depuis quatre mois tu as été le mauvais génie de la plus adorable (enniie qui existe sur la terre; tu as fait tout au monde pour flétrir sa réputation , pour avilir son mari ; tu as usé de la plus exécrable perfidie pour accréditer des bruits infamants ; tu as voulu faire assassiner M. de Rochegune; tu as été faussaire pour attirer ici madame de Lancry. Toi et tes complices, vous avez été encore meurtriers en me faisant tomber dans un piège horrible ; tu as été empoisonneur en faisant prendre à cette malheureuse femme un breuvage qui devait te permettre d'ajouter un nouveau crime à tant de crimes. . . Voilà ce que tu as fait... entends-tu... entends-tu?...
L'air, la voix, Taccent de M. de Mortagne étaient si menaçants que, malgré son audace, M. Lugarto n''osa répondre un seul mot.
M. de Mortagne ajouta avec une exaltation croissante et me désignant à M. Lugarto :
— Tu ne sais donc pas que j'ai promis à sa mère mourante de veiller sur elle comme sur mon enfant? Tu ne sais donc pas quels dangers on court en attaquant ceux que j'aime?... Tu ne sais donc pas que, sans l'intérêt que j'avais à pénétrer quel était le mobile de la fatale domination que tu exerçais sur M. de Lancry, je t'aurais déjà chassé de France en te crossant de coups de pied? car tu sens bien qu'un homme comme moi qui veut s'acharner à la poursuite d''un misérable comme toi... vient à bout d'en délivrer la société... et qu'il n''y a pas de tribunaux qui fassent! Et d'ailleurs, — s'écria M. de Mortagne ne se
possédant plus , — est-ce que tu n'es pas hors la loi ! En vérité , je suis bien bon de ne pas te tuer là comme un chien!... Est-ce que je n'en ai pas le droit?
— Le droit! ... — s''écria M. Lugarto effrayé de la violence de M. de Mortagne.
^ Oui , le droit... oui... j'ai le droit de te tuer... là... à l'instant. Mathilde est ma parente; tu Tattires ici à l'aide de fausses lettres; j'en ai la preuve... tu l'empoisonnes, j'en ai la preuve... tu vas commettre un crime exécrable, lorsque moi, son ami, son parent, j''arrive, je te surprends... je prends ce pistolet, je le Pappuie sur le crâne — et M. de Mortagne appuya en effet un pistolet sur le front de M. Lugarto — et je te fais sauter la cervelle. Eh bien ! après? qui donc me blâ-
inera?... quel tribunal osera me condamner? N'es-tu pas pris en tlagrand déJit?... ta vie ne m'apparlient-elle pas, hein! misérable?...
Épouvanté de la fureur de M. de Mortagne , qui, s'exaltant peu à peu, ne se connaissait plus, et qui lui tenait toujours le pistolet armé sur le front, M. Lugarto joignit les mains avec terreur; sa figure se décomposa , il n''eut que la force de dire :
— Grâce grâce Prenez garde, mon Dieu! le pistolet est
chargé...
Et il laissa retomber ses deux bras le long de son corps, comme s''il eût perdu tout sentiment.
M. de Rochegune lui-même, eiïrayé de l'exaspération de M. de Mortagne, lui dit :
— Ayez pitié de ce misérable.
— Eh! a-t-il eu pitié de cette malheureuse enfant, lui, lui?.. — s'écria M. de Mortagne.
— Grâce... mon Dieu... je partirai quand vous voudrez... je vous le jure, — murmura M. Lugarto à voix basse.
— Oses-tu bien faire ici un serment?... Ce n'est pas sur ta parole que je compte, mais sur la mienne, et je te la donne, entends-tu?... ma parole d'honnête homme, que tu ne remettras pas les pieds en France, et par une bonne raison que tu vas comprendre... Comme après tout il faut que tu sois puni de tes infamies, et que la voie légale ne peut me convenir; comme après tout tu es un faussaire, un meurtrier, un empoisonneur, et qu'on marque tes pareils d^m fer chaud , je veux aussi te marquer, moi... entends-tu?... te marquer non pas sur l'épaule, mais sur le front... te marquer d'un T et d'un F, pour que cela se voie bien et toujours!... De la sorte, tu ne seras pas tenté de revenir en France, j'espore.
— Mais c'est le démon que cet homme! — s'écria M. Lugarto en joignant les mains avec terreur et en se levant à demi. . . — Mon Dieu ! mon Dieu! que voulez-vous donc me faire encore? Ne m'avez-vous pas assez insulté, humilié?
— Je veux te marquer sur le fi ont. La lame de ce couteau , rougie à la flamme de cette bougie, suffira pour rendre .Pempreinte ineffaçable.
En disant ces mots, M. de Mortagne prit le couteau avec lequel je m'étais blessée et l'approcha de l'un des flambeaux.
M. Lugarto le regardait avec terreur; il coiunit à la porte. Elle était fermée.
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Il i"eviiit, se jeta à mes pieds et me dit d'une voix déchirante :
— Oh! pas cela... pas cela... madame... ayez pitié de moi. Je vous ai otVensée... J'ai été lâche, infâme. Je |)artirai... je partirai... Jamais je ne leviendrai... Mais pas cela... Oh! par |)itié! pas cela!!!
Les traits de cet homme étaient i)0uleversés par la terreur; il pleurait, il tendait les mains vers M. de Mortagne.
Celui-ci, impassible, continuait d'exposer la lame du couteau à la lia n) me de la bougie.
— Mais vous, monsieur, vous serez moins im[)itoyable! — s'écria M. Lugarto en s'adressant à M. de Rochegune. — Je vous ai t'ait traîtreusement attaquer, je l'avoue. Je m'en repens; ayez pitié de moi, priez pour moi... Mais, au nom du ciel, pas cela... Pour la vie!... Jugez donc, marqué pour la vie... sur la figure... Ah! c''est horrible!... c'est une idée infernale! 1
M. de Rochegune haussa les épaules et ne répondit rien.
— Madame, mais... vous... vous, ô mon Dieu! par le souvenir de votre mère que vous aimiez tant... madame, priez pour moi.
Malgré moi... malgré le mal horrible que m''avait fait cet homme, je reculai devant la barbarie du châtiment.
— Mon ami, mon sauveur, — dis-je à M. de Mortagne , — laissez cet homme à ses remords; qu'ail parle seulement, qu'il parte...
— Ses remords! — dit M. de Mortagne, — est-ce que ses pareils ont des remords? La rage d'avoir au front l'empreinte d'un fer chaud, voilà le seul remords qu'il puisse connaître. Allons, Rochegune, le couteau est chauffé à blanc. . . attachons-lui les mains.
— Par pitié, laissez-le, — ni*'écriai-je ; —je n'assisterai pas à cette torture horrible. Mon ami , je vous en supplie, une telle vengeance est indigne de vous et de moi.
Après avoir un moment regardé M. Lugarto qui , à travers ses sanglots, murmurait encore des prières et des supplications, M. de Mortagne lui dit :
— Grâce à cet ange de bonté , cette fois encore j'ai pitié de toi.
— Oh ! votre main... votre main, laissez-moi baiser votre main! — s'écria M. Lugarto jdans un élan de reconnaissance indicible en se traînant à genoux jusquVmprès de M. de Mortagne.
Celui-ci se retira vivement , le repoussa du pied et lui dit : - Mais je te jure que si tu oses revenir en France, ce que je ne fais pas maintenant je le ferai alors; tu dois me connaître assez pour croire que je ne reculerai devant rien : moi et deux hommes déterminés,
nous sufiirons à cette exécution, et je saurai bien in'eniparer de toi...
— Je vous promets de ne jamais revenir en France, tout est prêt pour mon départ, ma voiture viendra ici demain; au point du jour, je partirai pour l'Italie; je voyagerai jour et nuit jusqu'à ce que je sois sorti de France, je vous le jure , — dit M. Lugarto, dont les dents se choquaient de terreur.
— Mathilde, mon enfant, vous avez besoin de repos, — me dit M. de Mortagne , — votre femme de chambre est là, vous n'avez plus rien à craindre. Venez, Rochegune va rester avec ce miséiable. Demain, lorsque vous serez plus reposée, je vous dirai comment nous avons découvert le mauvais dessein de cet homme.
Je suivis le conseil de M. de Mortagne, je me retirai dans la chambre qu*'on iTï'avait préparée.
Bientôt je m'endormis d^m profond sommeil.