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PUNITION. ;{!)l
l'rayante encore que l'emportement de M. de Morlagne. Toutes les fois que le regard de M. de Rochegune s'arrêta sur M. Lngarto, il sembla flamboyer ; plusieurs fois je remarquai à la crispation nerveuse de ses mains qu'il faisait de grands efforts pour conserver un calme apparent. Toutes les fois aussi que ses yeux gris et perçants s'arrêtèrent sur M. Lugarto, celui-ci sembla presque en proie aune fascination douloureuse. Après m*'avoir donné les premiers soins, M. de Mortagne m''établit dans un fauteuil et me dit :
— Vous allez maintenant, pauvre enfant, assister au jugement et à Texécution de ce monstre... — Et il se retourna vers M. Lugarto.
— Mais , monsieur, que prétendez- vous donc me faire? Vous n'abuserez pas de votre force, — s'écria celui-ci en étendant les mains d'un air suppliant.
— A genoux d''abord. .. à genoux. . . — lui dit M. de Mortagne d'une voix terrible; et , de sa main puissante, il prit M. Lugarto par le collet et le força de s'agenouiller rudement sur le plancher.
— Mais c''est un guet-apens... un abus de...
— Tais-toi! — s'écria M. de Mortagne.
— Mais...
— Un mot de plus, je te bâillonne.
M. Lugarto, accablé, laissa retomber sa tête sur sa poitrine...
— Écoute bien, — dit M. de Mortagne... — tu vas écrire à M. de Lancry que tu lui renvoies le faux qui peut le perdre. Il m'est nécessaire qu'ail croie que tu agis volontairement en lui rendant cette pièce, et que personne n*a été dans ton horrible confidence... Tu m'entends...
Un moment altérés, les traits de M. Lugarto reprirent peu à peu leur expression d'audace. Toujours agenouillé, il jeta un regard oblique sur M. de Mortagne et lui répondit :
— Vous me prenez pour un enfant, monsieur; vous pouvez me prendre ces papiers de force, mais je vous défie de m'obliger à écrire ce que vous voulez que j'écrive...
— Tu n'écriras pas?...
— Non...
— Non?
— Encore une fois non... non.
M. de Mortagne garda le silence pendant un moment, jeta les yeux autour de lui ; puis il dit tout à coup ;
— Rochegune, donnez-moi l'embrasse du rideau; est-elle solide?...
M)î MATHU.Dii.
— lYès solide , — dit M. de Rochegune en otanl nii assez long ( oidon de soie de Tune des |)atères.
— Que voulez-vous l'aire? — s''écria M. Lugarto en se levant à demi. M. de Mortagne le rejeta à genoux.
— Te mettre ce cordon autoui' du front et le serrer au moyen d'un tourniquet... (ce manche de couteau sera j)arfait pour cela), et le serrer jusquVi ce que tu cèdes... Cest un moyen de torture excellent que j'ai vu piatiquer dans Plnde. . . Grâce à lui, les plus têtus obéissent.
— Vous ne ferez pas cela ! — s'écria M. Lugarto en tremblât, — vous ne ferez pas cela... la justice... la loi...
— Je me charge de répondre à la justice; l'important est que tu écrives , — dit M. de Mortagne avec un sang-froid effrayant, en faisant un nœud coulant au cordon de soie.
— Mais je ne me laisserai pas faire... mais...
— Regarde-moi bien... regarde M. de Rochegune, regarde ensuite ta chétive personne , et tu verras si tu peux nous résister.
— Mais...
— Oh ! finissons... Rochegune, prenez-lui les mains.
La figure de M. Lugarto devint hideuse de rage et de terreur. Je mis mon mouchoir sur mes yeux ; une courte lutte s'engagea, au bout de laquelle j'entendis un cri perçant, puis ces mots d*'une voix tremblante :
— Grâce . . . grâce . . . j''écrirai . . .
— Alors écris, — dit M. de Mortagne.
— Vous abusez de votre force. Vous êtes deux contre un... murmura M. Lugarto.
— Écriras-tu? écriras-tu?...
M. Lugarto se résigna et écrivit ces quelques lignes que lui dicta M. de Mortagne :
« J''ai fait trop long-temps durer la mauvaise plaisanterie que vous » savez, mon cher Lancry : je vous renvoie le papier en question ; que » ce secret soit désormais entre vous et moi, car j'ai grand'honte de » tout ceci. Je pars pour PI ta lie; adieu. Tout à vous. »
M. Lugarto, après avoir écrit, signa.
— J'espère que c'est tout, — ajouta-t-il; — je cède à la force... Mais patience... patience...
— Tais-toi... — dit M. de Mortagne. — Combien M. de Lancry te doit- il d ■'argent?
— Voici les obligations de M. de Lancry dans ce portereuille, — dit M. de Rochegune; — trois cent vingt mille francs.
M. de Mortagne écrivit quelques lignes sur un papier, les remit à M. de Lugarto, et lui dit : — Voici un bon de cette somme sur mon banquier, payable a vue; tu les feras toucher piir ton correspondant.
Puis il déchira les billets de Contran.
— Mais c'est indigne... mais il y a soustraction de pièces... mais...
— Et ce malheureux faux de Gontran? — dit M. de Mortagne sans lui répondre.
— Le voici , — dit M, de Rochegune.
M. de Mortagne le joignit à la lettre que M. Lugarto venait d''écrire à M. de Lancry, et mit le tout dans son portefeuille.
En se voyant ainsi arracher le moyen de continuer les tortures de sa victime, M. Lugarto poussa un cri de fureur presque sauvage.
— C'est infâme! il y a contrainte... guet-apens... violence !
— Mais tu veux donc que je te bâillonne? — s'écria M. de Mortagne. — Je te défends de parler lorsque je ne t'interroge pas... Écris encore.
— Mais...
— Rochegune, donnez-moi le cordon...
M. Lugarto leva les yeux au ciel et obéit.
M. de Mortagne dicta ce qui suit à M. Lugarto :
« Je déclare avoir écrit de fausses lettres à madame la vicomtesse » de Lancry, en contrefaisant l'écriture de son mari. Par ces lettres, » M. de Lancry invitait sa femme à se rendre à l'instant auprès de lui, » dans une maison située près de Chantilly. IMadame de Lancry, étant » tombée dans ce piège infâme , est partie aussitôt de Paris; à son ar- » rivée ici , elle a trouvé une autre lettre de M. de Lancry, également » contrefaite par moi, dans laquelle il priait sa femme de ne pas s'in- » quiéter, de l'attendre , lui annonçant qu'il serait de retour le lende- » main. Madame de Lancry, épuisée de fatigue, a accepté le souper » que je lui avais fait préparer; j''avais mélangé un narcotique dans )) tout ce qu'on lui a servi. Lorsque l'effet de ce poison a commencé de » se manifester, je me suis présenté devant madame de Lancry; j''ai » eu la barbarie de lui annoncer qu'elle avait pris un narcotique et de )) lui faire constater de minute en minute l'influence croissante de ce » breuvage, afïirmant à madame de Lancry quVi minuit elle serait )) complètement endormie et alors en mon pouvoir. . A cette horrible » menace, madame de Lancry, préférant la mort au déshonneur, a