‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 95 sur 107 · RETOUR KT DÉPART. 4G · texte numérisé non relu

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pensant à sa mauvaise et fatale action ! En vain, ne [)onvant l'excuser, je m'étais dit que j'aurais agi comme lui; je redoutais néanmoins ma première impression; mais, en le revoyant, j'oubliai complètement l'acte honteux qu'il avait commis.

Je ne fus préoccupée que du désir de lui cacher la nuit terrible que j'avais passée dans la maison de M. Lugarto. J'étais aussi avide de savoir comment M. de Lancry me déguiserait les véritables motifs de son brusque départ et de son retour. Je craignais qu'il ne mentît trop bien... cela m'aurait rendue défiante pour le reste de ma vie.

Je concevais que jusqu'alors il m'eût caché le funeste secret qui existait entre lui et M. Lugarto. Cet aveu n'eût pas sauvé Contran, et il aurait soulevé en moi les plus épouvantables terreurs... Mais il allait avoir à m'expliquer une assez longue absence ; je n'aurais pas voulu qu'il fit preuve de trop d'imagination pour m'en rendre compte.

Mes craintes ne se réalisèrent pas. Contran évita pour ainsi dire le mensonge en m'avouant une partie de la vérité; il me dit qu'il avait

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eu de grandes obligations d'argent à M. Lugarto, qu'en outre celui-ci avait eu entre les mains des papiers fort importants qui pouvaient compromettre non-seulement lui, Contran, mais l'honneur d'une fa-

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mille» (le la niaiiièro la plus luiiosle, mo laissant eiiloiidrc qu'il s'ai^issiiit dos lettres d'une l'einine.

]\J. de Lancry ajouta ({ue, |)our ravoii* ces papicM-s, (jui n'étaient plus en la possession de ]M. Luj^aito, il lui avait fallu aller en Ani^leterre, où il les avait enfin repris et détruits apiés des angoisses sans nombre.

Je m'étais mallieureusement trop inquiétée de la manière dont (îontran me mentirait, sans rélléchii" que moi-même j'avais à lui dissimuler des événements bien importants. Plusieurs fois mon mari me demanda si depuis son dé|)art je n'avais pas vu M. Lugarto.

Ainsi que me l'avait recommandé M. de Mortagne, ainsi que je l'avais déjà éciit à M. de Lancry, je lui répondis qu'aussitôt sa lettre reçue j'étais partie pour la Touraine, préférant passer le temps de son absence auprès d'Ursule.

D'après les questions de M. de Lancry à ce sujet, je devinai qu'il s'expliquait difficilement comment M. Lugarto lui avait renvoyé le fauœ qu'il avait jusqu'alors si précieusement gardé.

Mon mari voulait savoir si mes prières ou mon influence n'avaient été pour rien dans la restitution qu'avait faite M. Lugarto.

Je me repentis de nouveau d'avoir à dissimuler quelque chose à M. de Lanciy; mais, me souvenant des recommandations de M. de Mortagne et de la promesse que je lui avais faite, je me tus à ce sujet.

Sans doute, Gontran craignit d'éveiller mes soupçons en m'interrogeant plus long-temps d'une manière détournée, car il ne me parla pas davantage de M. Lugarto.

Une dernière chose m'embarrassait : M. de Mortagne avait payé à M. Lugarto les sommes que lui devait mon mari. Dès que Gontran, {pii ignorait cette circonstance, voudrait s'acquitter, tout se découvrirait peut-être. M. de Lancry me rassura, pour quelque temps du moins, à cet égard , en me disant qu'il payerait plus tard l'argent qu'il devait à M. Lugarto , en lui tenant compte des intérêts.

Ces explications données et reçues , Gontran parut délivré d'un grand poids.

Sa physionomie exprima une sorte de confiance insoucieuse que je ne lui avais pas encore vue, même avant mon mariage.

Rien de plus simple : depuis que je le connaissais, il s'était toujours trouvé sous le coup des menaces de M. Lugarto, son mauvais génie.

Hélas! le dirai-je! un moment je fus assez injuste envers la Providence pour regretter presque la teinte de mélancolie et de tristesse (pie le chagrin avait jusqu'alors donnée aux traits de Gontran.'

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Il me sembla ioUemeut que , malheureux , il m'appartenait davantage.

Le voyant si jeune , si beau , si gai , si brillant , et alors si libre de toute malheureuse préoccupation, j'eus presque peur pour l'avenir.

J'avais déjà ressenti les horribles tortures de la jalousie ; et [)ouitant, en s'occupant de la princesse Ksernika , Contran n'avait fait qu'obéir aux menaces de M. Lugarto... et pourtant Gontran était alors dévoré d'inquiétudes , d'un moment à l'autre il pouvait être déshonoré; malgré cela, n'avait-il pas été charmant auprès de cette femme? Qu'eût-il donc été si son goût, si son caprice l'eussent seuls décidé à s'occuper d'elle!...

Bientôt je rejetai ces tristes pensées loin de moi comme un outrage au bonheur qui m'était rendu

Hélas ! cette crainte était un pressentiment.

J'instruisis Gontran de la rupture qui avait eu lieu entre M. Sécherin et sa mère, sans lui en dire la cause. Le secret d'Ursule ne m'appartenait pas. J'attribuai à des discussions d'intérêt, d'abord légères, puis de plus en plus aggravées , la détermination que prenait mon cousin de vivre séparément de sa mère.

Gontran me parut vivement contrarié de ne pouvoir, comme il l'espérait, passer quelques jours à Rouvray.

— Ce délai eût suffi, — me dit-il, — pour faire exécuter à notre château de Maran quelques travaux indispensables , afin de le rendre plus habitable, car il n'avait pas été occupé depuis long-temps. Mais les tristes divisions qui venaient d'éclater entre ma cousine et sa bellemère ne nous permettaient pas de prolonger notre séjour a Rouvray.

En vain le lendemain, me trouvant seule avec M. Sécherin, je voulus de nouveau tenter un rapprochement entre lui et sa mère ; il me parut encore plus ulcéré que la veille.

Ursule avait continué de jouer son rôle avec sa supériorité habituelle; elle ne s'était pas permis un mot de récrimination contre sa belle-mcre ; elle comprenait , elle admirait , disait-elle , cette jalousie d'affection qui pousse une mère à demander le sacrifice de sa belle-fille.

Son mari n'avait qu'un mot à dire, et elle courbait son front; elle consentait à tout s'il le fallait, elle abandonnait l'époux de son cœur pour plaire à madame Sécherin.

L'angélique douceur d'Ursule avait encore exaspéré ^L Sécherin contre sa mère.

Celle-ci, connue toutes les personnes d'un caractère ferme et juste,

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se montra de son côté de plus en [)his inllexible dans son aversion [)onr Ursule.

J'allai trouver madame Sécherin [)our lui l'aire mes adieux.

En vain je lui parlai de son (ils, de l'abandon, de l'isolement où elle allait vivre; elle ne voulut entendre a rien jusqu'à ce que mon cousin eût chassé sa femme.

Ce qui me prouva davantage encore l'incroyable et fatale influence de ma cousine sur son mari , c'est que je le trouvai, lui pourtant si bon fils, lui pourtant d'un si noble, d'un si généreux cœur, je le trouvai , dis-je, presque indillerent à cette douloureuse séparation.

Il me dit que sa mère se calmerait , qu'alors il viendrait la voir tous les jours. Il était presque content de ce qui était arrivé , car tôt ou tard il aurait fallu en venir à une séparation.

L'accusation de madame Sécherin n'était, selon le mari d'Ursule,

qu'un prétexte pour éloigner sa bru, qu'elle n'avait jamais pu souffrir,

parce quelle aimait trop son fils. — « Oui, ma cousine, toute la ques-

» tion est là ! — s'était écrié M. Sécherin : — 7)ia femme m! aime trop; ma

» mère en est jalouse. »

Hélas ! le hasard me réservait un nouveau coup bien cruel , et qui , dans ces circonstances, semblait être une raillerie de la destinée.

Le lendemain du jour de son arrivée , Contran avait été donner quelques ordres relatifs à notre départ , qui devait avoir lieu dans l'après-midi.

J'avais profité de ce moment pour avoir, avec M. Sécherin, l'entretien dont je viens de parler ; nous nous étions long-temps promenés en causant dans une avenue de charmille très- touffue , située au milieu du jardin.

Mon cousin me quitta.

Restée seule, je m'assis rêveuse sur un banc situé au pied d'un groupe de pierres peintes représentant un berger et une bergère.

Ces statues , assez communes dans les jardins du siècle passé , s'élevaient au bout de l'allée dont j'ai parlé. Leur piédestal était large, carré et entouré de quatre bancs.

De la façon dont j'étais placée, je tournais le dos à l'allée, et j'étais absolument cachée par la hauteur de ce petit monument.

Je ne sais pourquoi , au lieu de songer à mon bonheur , à Contran , je pensai à la perfidie d'Ursule; depuis la scène de la veille, ma cousine m'avait constamment évitée.

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