CHAPITRE XII
En remontant chez moi, quelle lut ma surprise î je trouvai dans mon cabinet d'études une énorme corbeille de jasmins et d'héliotropes, mes deux fleurs de prédilection.
Nous étions au mois de février. C'était depuis le matin seulement que Contran avait pour ainsi dire le droit de m'offrir des fleurs ; je ne pus concevoir comment en si pou de temps il avait pu réunir celte masse de Heurs plus rares encore que précieuses dans celte saison.
Je fus profondément touchée de cette préve-
nancc. Blondeau m'altendait. Je lui dis tout mon bonheur, toutes mes espérances. Après m'avoir écoutée attentivement, cette excellente femme me répondit :
— Sans doute, mademoiselle, je crois que M. le vicomte de Lancry est bien aussi charmant que vous le dites; un jour il sera duc et pair... c'est possible, mais permettez-moi de vous faire observer qu'avant de se marier il est toujours prudent de prendre des informations.
— Comment ! des informations? tu es folle ! Est-ce que M. le duc de Versac, son oncle, n'en a pas donné à ma tante...
Blondeau secoua la tête.
— Les informations des parents, mademoiselle, sont toujours bonnes ; ce n'est pas à celleslà qu'il faut croire , ni même souvent à celles du monde.
— Où veux-tu en venir?
— Tenez , mademoiselle, si vous vouliez me le permettre , je trouverais moyen, en faisant causeries gens de M. le vicomte à l'office, de savoir bien des choses.
— Ah! c'est indigne... Et c'est vous qui osez
,jiic parler d'un vil csj)!omiage !.. Piappelcz-vous bien une chose — m'ccriai-jc — c'est que, si vo.usfailes le m(jinJre cas de mon altacliement pour vous , vous me promcUrez à l'inslant même de ne pas faire la moindre question aux gens de M. de Lancry.
— Mais, mademoiselle, c'est votre tante qui^ à bien dire , a arrangé ce mariage! Oubliez-vous donc toutes ses méchancetés? la haine qu'elle portait à cette pauvre madame la marquise votre mère, qu'elle a fait mourir de chagrin?... Au moment de vous lier pour jamais... réfléchissez bien , mademoiselle... Pardonnez- moi si je vous parle ainsi. Je ne suis qu'une pauvre femme , mais je vous aime comme mon enfant; ce sentiment-là me donne des idées au-dessus de ma position et le courage de vous le dire. Pauvre mademoiselle! vous êtes si coniiante , si bonjie, si généreuse que vous ne vous déliez de personne. C'est comme pour mademoiselle Ursule , je ne la crois pas franche , malgré ses soupirs et ses airs de victime...
— Écoutez-moi , Blondeau : je comprends qu'une sorte de jalousie d'alfection vous porte à parler injustement de mademoiselle d'Orbe-
val, aussi j'excuse ce sentiment; mais je vous, prie de ne pas vous permettre la moindre allusion à une union que je veux contracter , parce qu'elle est honorable et belle. Je sais ce que je fais ; je ne suis plus une enfant. Ce n'est pas mademoiselle de Maran qui m'a parlé de ce mariage; c'est moi qui lui en ai parlé... D'ailleurs, je le sens là... ma mère vivrait encore qu'elle approuverait le choix de mon cœur...
— Mademoiselle, une dernière observation. Si , comme vous n'en douiez pas , les renseignements qu'on peut avoir sur M. le vicomte sont bons, qu'est-ce que cela vous fait que...
— Écoutez — dis-je à Blondeau d'un ion très-ferme — je ne puis vous empêcher d'agir à voire tête; mais, quoi qu'il doive m'en coûter, oui, m'en coûter beaucoup de me priver de vos services... je vous déclare que, si vous me dites encore un mot à ce sujet, j'assure votre sort et je vous éloigne pour toujours de moi...
— Ah ! mademoiselle , ne me regardez pas ainsi. Mon Dieu ! c'est comme lorsqu'étant toute petite et égarée par les méchants conseils de votre tante , vous m'avez dit que J'aimais mieux l'argent que tout.
Et la pauvre femme se mit à tondre en kl r m es.
— Ah ! — lui dis-je avec une impatience chagrine et presque durement — j'étais si heureuse ! faul-il qu'avec vos ridicules visions vous veniez me distraire de ce bonheur !
Puis, ne voulant laisser à personne le soin de toucher à la précieuse corbeille de fleurs que Contran m'avait envoyée , je la pris et je l'emportai dans ma chambre. De ce jour, je m'habituai à avoir des fleurs près de moi sans rien eu ressentir qu^uiie sorte de légère torpeur qui n'est pas sans charme.
Peu à peu l'impatience que m'avait causée Blondeau se dissipa sous le charme de mes souvenirs de la journée. INIes préoccupations avaient été si puissantes que je n'avais pas encore ouvert la lettre d'Ursule, qui m'annonçait son niariage.
J'ai gardé cette leltre ainsi que plusieurs autres... la voici.
On remarquera en h lisant que le style en est un peu prétentieux et romanesque. Je querellais quelquefois macousiiie sur celte manicie d'écrire sans 'pouvoir l'en corriger.
En me nippelanl tnain tenant toutes les phases (Je iiion amitié pour Ursuîe et îe.^ suites (ie son mariage , je ne puis i-etenir un sourire d'amertume en lisant ces lignes cplorées, gémissantes, où elle se pose si lugubrement en victime.
Mais ?\ov?> les temps 11' étaient pas cha/igés, j'avais toutes mes illusions , et je fus cruellement navrée du malheur d'Ursule.
Pour tout dire, cette lettre, d'une écriture parfaitement correcte et posée 5 était cachetée de noir avec une pierre gravée représentant une tète de mort ; cachet bizarre qu'Ursule affectionnait beaucoup,
Saint-JXoibet, février 1840.
(( C'en est fait, ]\Iathilde, ta pauvre Ursule est sacrifiée ; elle n'a plus qu'à vouer sa vie tout entière aux larmes et au deuil. C'est à peine si, au milieu du sombre avenir qui l'attend , elle entrevoit quelques lueurs de consolation , qu'elle devra, sans doute , à ton amitié chélic... Mais, mon Dieu ! punrqiioi m'étonncrdu nouveau coup qui me frappe! depuis lo.ng-temps ne snis-je pas iiabituée h souffrir ! Victime rési-
gnée au maliieur , je ne puis que courLcr le front et pleurer !
» Pardon , mon amie , ma sœur , de venir attrister les joies par ces plaintes qui s'exhalent de mon âme désolée : car, j'en ai le pressentiment, tu seras heureuse^ tu es heureuse selon ton cœur; tu épouseras celui que tu aimes... Si belle , si riche , si charmante , pour plaire tu n'as qu'à paraître...
» La pauvre Ursule , au contraire , sans charmes, sans attraits, sans fortune^ a été en naissant presque vouée au malheur... Que veux-tu? c'est sa destinée... Mais, que dis-je... Non , non , je suis injuste ; ne t'ai~je pas rencontrée sur ma route? n'as-tu pas tendu la main à la petite abandonnée ? n'a-t-elle pas dû à la générosité , à ta touchante amitié , le plus précieux des biens: une éducation brillante, comme me le répète toujours, avec raison , mademoiselle de Maran ?
. » Xe t'ai-je pas du... ne te dois-jc pas le scnliment le plus doux, le plus cher à mon cœur ? Hélas! sans cela.,, sans l'espoir involontaire qu'il me donne... je serais déjà morte de désespoir... lu n'aurais plus qu'à pleurer ton amie.
316 MATIllLDE.
«Écoule, Mathildc. C'est une folie, diras-tu... soit... mais c'est une douloureuse et triste folie, je t'assure... J'ai de funèbres pressentiments, je ne sais quel est le sort qui m'attend... en tout cas... je voudrais te laisser un souvenir de moi, je voudrais te donner mes livres et cette petite parure de corail que tu sais.
» Hélas 1 je suis sans fortune , je n'iii rien... Pardonne !a pauvreté de ce présent; mais au moiris il te rappellera nos journées de travail et notre innocente coquetterie de jeunes filles , n'est-ce pas, Matliilde ? Tu pleureras ton amie! n'est-ce pas qu'un vague souvenir d'elle viendra quelquefois traverser ta pensée au milieu des fêtes brillantes dont tu seras la reine?...
» Je voudrais avoir ici mon dernier ;isile. Je suis allée souvent dans le modeste cimetière du village; il n'a rien de repoussant; c'est une pelouse verdovanle, entourée dime haie de sureau et d'aubépine qui au printemps doivent èlre couverts de fleurs. On y voit ça et là ('e simples croix de bois... Oh! qu'il me serait doux d'être la confondue avec les lunnbles créatures qui reposent dans ces tombes ignorées, car j'au-
rai pnssc , c ■nimo elles , itjapcîçiie (lans ce monde...
» Pardon, Mcit'nilde, de ce tiislc commencement de lellrc. Mais j'ai Tàine si proiondcment navrée cuie je me" suis laissée aller à l'amerlumc de mes impressions.
)) 11 lant pourtant t'appreiniro le sujet de mes larmes...
» Je me marie !
» Quel mariage! mon Dieu!... Adieu mes rêves de jeune fille! adieu mes vagues espérances! adieu surtout cette vie de di'vouement de tous les instants que je voulais passer près de loi.
» Un moment j'ai pensé à lutter conlre l'inébranlable et teriible volonté de mon père; mais j'ai senti que j'aurais vite usé mes forces dans ce combat inégal, que je serais brisée dans la lutte : et puis une bien plus puissante raison me faisait un devoir de la résignation, .l'ai obéi ; tu sauras bientôt pourquoi.
» Il y a huit jours, le jour même où je t'avais écrit, sans savoir ce cjui m'attendait, mon père me fit venir dans son appartement. Tu n'as ja-
mais vu mon père que dans le monde, ou devant mademoiselle de Maran qui lui impose beaucoup; il n'a dîi te paraître que grave et compassé. Ici il est hnbilué à dominer, à parler en maître inflexible; sa figure a une expression toute différente, elle est dure, presque menaçante.
— (( Vous n'avez pas de fortune » — me ditil — « il faut songer h vous marier. J'ai treuvé )) pour vous un parti inespéré, un jeune homme » qui a plus de soixante mille livres de renies, » sans les espérances, et ce qu'il peut gagner )) encore ; car il gère sa fortune à merveille et )) entend parfaitement les affaires. Il viendra » ici, demain, avec sa mère. Arrangez-vous )) pour lui plaire ; car , si vous lui plaisez, le )) mariage est conclu. Surtout soyez simple et » gaie, car INI. Sécberin est un garçon de bonne » humeur, tout rond et sans façons. Réfléchis- » sez à cela ; je vous laisse. Il faut que j'aille à » ma ferme des Saulaies. En vérité celte mal- » heureuse propriété me coûte plus qu'elle ne )) me rapporte, et vous avez besoin de faire un )) bon mariage pour ne pas être, après ma mort, » dans une position pire que médiocre, n
» Sans me donner le temps de lui répondre un mol, mon père me laissa seule.
)) Oh ! mon amie, je ne saurais te dire dans quel abime je crus tomber en entendant ces fatales paroles, moi qui, tu le sais, avais toujours rêvé comme toi cette ravissante union des âmes qui tôt ou lard se rencontrent, parce qu'elles se cherchent involontairement!!
» Je passai la nuit dans les larmes... Tu me demanderas peut-être, bonne et tendre sœur, si j'avais oublié la généreuse promesse que tu m'avais faite de partager ta fortune avec moi pour me faciliter un mariage selon mon cœur, ou bien de me garder près de toi si je ne trouvaispas un parti qui me convînt. Non, Mathilde, non ; je ne l'avais pas oubliée, cette promesse ! Je savais que ton cœur était assez gramJ, assez noble pour la tenir... C'est pour cela que j'ai voulu rendre impossible le sacrifice (jue tu voulais faire à notre amitié.
» Dans ton dévouement, aussi achnirable qu'irréfléchi, lu n'avais p.îs soiigé à l'avenir; quoique considéi'ables, tes biens ne sont pas assez grands pour pouvoir ainsi se diviser : avec ta fortune cntièic, lu es une très-riche
hérilière et tu peux prétendre aux plus brillants partis 5 en la partageant, tu dinainues tes chances de moitié.
)) Sans doute, rester éternclleaient près de toi a clé un de mes plus doux rêves de jeune fille. Mais qui sait si cet arrangement conviendrait h celui que tu choisiras pour mari. Grand Dieu ! plutôt mourir mille t'ois que d'être la cause du plus léger dissentiment entre vous! Je me suis donc résignée, Mathilde. J'ai trouvé la force de cette résignation dans mon amitié , dans mon dévouement pour toi? Je bénirai toujours le sacrifice que je me suis imposé , en songeant qu'il a peut-être pu contribuera assurer ton bonheur à venir.
» Hélas! il m'en a bien coûté, j'ai pleuré, amèrement pleuré pendant la nuit qui précéda ma première entrevue avec M. Sécherin...
)) Oserai-je tout te dire, tout t'avouer? Un moment une pensée impie suspendit mes larmes... La maison de mon père est entourée de fossés profonds et rerriplis d'eau. . . je me levai. .. j'ouvris ma fenêtre... je mesurai la hauteur, la lune était voilée, il faisait une triste nuit d'hiver, le vent gémissait, je m'avançai hors du
balcon... je me dis: Mieux vaut une mort criminelle, sans doute, que la vie qui m'attend ; un vertige me saisit; j'allais peut-être céder à une funeste inspiration, lorsqu'on dorinant un dernier adieu à tout ce qui m'était cher, c'està-dire à toi, ton souvenir m'arrêta... Grâce encore te soit rendue, Mathilde ! car ce souvenir m'a retenue au bord du précipice, il m'a empêchée de commettre un crime, je me suis résignée à vivre...
» Hélas! cette vie que je dispute si faiblement aux chagrins qui m'accablent , cette vie ne s'usera-t-elle pas bientôt? Oh! si cela était... si cela était ! je bénirais Dieu de me retirer de cette terre, j'accepterais la mort comme la douce récompense de tant de sacrifices que j'ai eu le courage de m'imposer.
» Le jour fatal arriva \ le malin mon père me renouvela les plus sévères recommandations ; j'attendis avec autant d'accablement que de morne indifférence le moment où l'on me présenterait M. Séchcrin.
)^ Malgré les ordres, malgrc.la colère de mon père, je n'avais mis aucun soin à ma toilette. Gomment en aurais-je eu le courage , mon I. 21
Dieu! j'avais une robe noire, véritable emblème des pensées qui navraient mon cœur. Mes cheveux tombaient en longues boucles autour de mon visage pâli par la douleur; je me tenais si courbée sous le poids du malheur c|ui m'accablait^ que mademoiselle de Maran m'aurait bien certainement cette fois et avec raison reproché d'être contrefaite.
» Mon père eut beau me gronder durement, m'ordonner de me tenir mieux, de prendre un air souriant, je ne pus vaincre les pénibles émotions qui m'agitaient; c'est à peine si je tournai la tète lorsqu'on annonça M. Sécherin et sa mère.
» M. Éloi Sécherin est, m'a dît mon père, intéressé dans de très-grandes entreprises, et il augmente chaque jour la fortune que lui a laissée son père. Je ne puis rien te dire de sa figure, de ses manières... car je vois tout à travers un nuage de larmes.
» Il faut cjue M. Éloi Sécherin ne soit pas difficile à séduire; et après son départ, mon père est venu wc complimenter en m'assurant que j'avais été parfaitement bien, simple, sans prétcnlion, et que M. Sécherin et si mci"e étaient p.4i l'S euch.nUés de moi.
» Je suis comme une pauvre prisonnière dont les yeux n'ont pas encore pu percer les ténèbres glacées qui l'environnent. J'ai bien vu vaguement M. Sécherin et sa mère ; mais il ne m'en reste qu'une idée indécise. J'ai entendu plutôt qu^écouté quelques paroles. J'ai répondu machinalement. Aujourd'hui même on signe le contrat, et mon mariage doit avoir lieu demain ou après-demain, je crois.
» Quand tu me reverras à Paris dans quelques jours, tu ouvriras tes bras à la pauvre victime obéissante et résignée...
M Pardon, pardon, Mathilde, d'être venue ainsi attrister ton bonheur ; car un secret pressentiment me dit que tu es heureuse, qu'// l'aime. Tu le sais depuis le jour de l'ambassade. Je te l'ai dit — Tu V aimeras — et je suis sûre qu'il s'est rendu digne de cet amour en le partageant.
» Heureuse, heureuse Mathilde, il me faut la certitude de ta félicité pour m'aidcr à supporter la vie (|ue je vais misérablement traîner jusqu'à ce que le fardeau de mes souffrances soit trop lourd \ alors je quitterai cette terre
32a xMATHILDE.
(le (JoiilcLi!', en jetant un dernier regard de legret sur les années passées près de toi...
)) Adieu, adieu, bien trisLcmenL adieu ! Un ^ niomcnl j'avais songé à te supplier ii genoux de venir assister h mon njariage pour me donner du courage; mais j'ai bientôt réfléchi que ta vue, en me rappelant tout ce cpie je perds en me sôpar.mt de toi, m'ôterait le peu d'énergie (jui me reste... iVdieu encore ! quand tu rcverlas ta pauvre Ursule, lu auras, j'en suis sûre , bien de la peine à la reconnaître.
» Adieu... oh! adieu! la force me manque, j'ai tant pleuré. A toi de cœur, du plus profond de mon cœur,
)) URSULE d'oRBEVAL. ))
Après la lecture de cette lettre^ je fus atterrée.
La pensée qui domina toutes les autres fut qu'Ursule , ainsi qu'elle me le disait , s'était littéralement .sacrifiée pour moi, dans la crainte de nuire à mon mariage avec INI. de Lancry.
Je fis ensuite presque un reproche à ma cousine d'avoir si peu compté sur mon affection et sur celle de Contran. Il régnait dans sa lettre
une tristesse si profonde, un abattement si désespéré, que je fus sérieusement inquiète, redoutant pour elle une maladie de langueur.
Il me restait un espoir. Le mariage d'Ursule pouvait être relardé. Je me décidai le lendemain h prier Contran de partir aussitôt pour la Touraine ; il devait supplier ma cousine de rompre cette union, et l'assurer lui-même que l'exécLUion de mes promesses ne pouvait apporter la moindre difficulté à notre mariage.
Je passai une nuit très-agitée. Le lendemain j'attendis avec la plus grande anxiété l'arrivée de Contran. Il n'hésita pas un moment à aller trouver Ursule; il comprit, il partagea mes craintes , mes espérances avec une adorable bonté. Il ne devait pas parler de ce voyage à mademoiselle (!c Maran , et partir à l'instant même. Nous causions de ce sujet si intéressant pour moi, lorsqu'on m'appoila une lettre de Tours...
Le mariage d'Ursule était accompli. Sa lettre de la veille avait eu plusieurs jours de retard.
Cette nouvelle m'accabla. J'étais si heureuse de mon amour pour Contran que je comprenais
mieux encore combien le sort d'Ursule devait
être cruel.
Ma cousine m'annonçait qu'elle arriverait sous peu de jours avec son père et son mari , et qu'elle passerait la fin de l'hiver à Paris.
Je remontai chez moi pour écrire à ma cousine, pour me plaindre de son manque de confiance, pour la consoler, pour l'encourager , pour faire enfin ressortir à ses yeux les avantages que sa douleur l'empêchait peut-être d'apercevoir dans cette union qui la désespérait.
Je trouvai Blondeau dans mon cabinet d'étude; elle me dit qu'une femme, qui venait me solliciter pour une bonne œuvre, demandait à me parler.
Je lui dis de la faire entrer.
Je vis une femme enveloppée d'un manteau , et dont les traits étaient absolument cachés par un voile noir très-épais.
Blondeau sortit.
Cette femme laissa tomber son manteau, releva son voile.
C'était madame la duchesse de Piicheville.