‹ Mathilde (volume 4)Chapitre 18 sur 18 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

En voyant M. de Lancry, je ne pus m'empécherde rougir encore d'indignation en songeant aux calomnies dont je le croyais la victime.

— Je vous fais descendre , Mathilde — me dit ma tante — parce que voilà Contran qui m'obsède de questions à propos de la corbeille. Il me demande quel est votre goût, quelles sont les parures que vous désirez. Il vaut beaucoup mieux que vous lui disiez cela que moi... Arrangez-vous ensemble... faites ce beau travail. Voilà lie quoi écrire.

Etclle me montra son bureau, car nous étions clans sa bibliothèque.

Servien entra au même instant , et .dit à sa maîtresse : — Mademoiselle^M. Bisson est dans le salon.

— Et vous le laissez seul! il va tout briser ! — s'écria mademoiselle de Maran en sortant précipitamment pour s'opposer aux nouveaux méfaits du savant, qui , après quelque temps d'exil, était rentré en grâce auprès d'elle.

Je me trouvai seule avec Contran. Hésitant h lui raconter la visite de madame de Richeville, je gardais le silence.

Contran me dit : — Je suis très-content du départ de mademoiselle de Maran , car j'ai à vous parler bien sérieusement.

— De la corbeille? lui dis-je en souriant.

— Non — reprit-il d'un air grave , presque triste, qui me serra le cœur. — Hier, je vous ai parlé de l'avenir, de mes projets, de mes sentiments. . . Vous m'avez cru, vous avez bien voulu me confier le soin de votre bonheur, vous m'avez généreusement donné votre parole.

Hier, loutau ravissement que me causait ce succès inespéré, je n'avais pas songé à vous parler

du passé... et toujours le passé... est une bonne ou une mauvaise garantie pour lavcnir. Tout à l'heure un scrupule m'est venu. Vous êtes orpheline; votre tante est amie intime de mon oncle M. de ^ ersac; elle est remplie des préventions les plus favorables à mon égard. Si j'avais quelques défauts, quelques vices, ce n'est pas elle, ce n'est pas M. de Yersac qui vous en avertiraient , n'est-ce pas? Vous vous êtes montrée envers moi si loyale, si confiante... que la noblesse de votre conduite m'impose des devoirs... Vous êtes seule... vous éles entourée de personnes qui m'aiment, qui m'ont sans doute présenté à vos yeux sous le jour le plus avantageux possible. C'est donc à moi de vous éclairer avec franchise sur mes défauts , sur ce qu'il peut y avoir eu de blâmable, de coupable même dans ma vie passée. Je le ferai sans exagérer le mal, maisa^ec une sévère sincérité... Après cela, vous jugerez si je suis toujours digne de vous... Au moins si le malheur veut que ces révélations me soient défavorables... si je perds le plus cher espoir de ma vie. . . j'aurai la consol.ition d'avoir agi en horniélc

homme.

A mesure que M. de Lancry parlait, je me sentais émue de surprise et d'attendrissement. Contran, par un hasard presque prodigieux , venait au-devant des pensées que l'entretien de madame de Richeville avait soulevées en moi.

L'instinct de son cœur le poussait à se justifier comme s'il avait pu prévoir qu'on l'avait attaqué.

Sa franchise me charmait, j'attendais ses aveux avec plus de curiosité que d'inquiétude. Je me sentais si complètement rassurée , que je lui dis en souriant:

— Je vous écoute, mais, si c'est une confession, prenez garde, je ne puis pas toutentendre. — Je vous jure que rien n'est plus sérieux — reprit Contran. — Maintenant que je jette un regard sur le passé, maintenant que je vous ai vue, maintenant surtout que j'ai pu comparer mes impressions d'autrefois et mes impressions d'aujourd'hui, ma vie m'apparaît sous un tout autre jour ; oui... certaines pensées jusqu'ici confuses s'expliquent très-clairemcnl à cette heure. Je comprends l'espèce de malaise , d'impatience chagrine qui venait toujours flétrir ou briser ces liaisons pnssagères qui me paraissaient

d'abord si séduisantes. .. Plus j'avançais dans la vie, plus je reconnaissais le néant , ramertume de ces affections. Je cherchais le bonheur , le calme, le repos du cœur... je ne trouvais qu'agitation douloureuse. Les femmes qui m'avaient sacrifié leurs devoirs, après une longue lutte , éprouvaient des remords qui me faisaient souvent maudire mon bonheur... tandis que je me révoltais bientôt de l'assurance de celles qui ne rougissaient plus... Et pourtant, me disais-je , il y a d'autres félicités que celle-ci. Dans mon désespoir d'atteindre le but impérieux vers lequel tendaient toutes les facultés de mon âme, je brisais bientôt l'idole que j'avais encensée ; j'éprouvais une sorte de joie méchante à lui faire partager l'amertume dont mon âme était abreuvée; je poussais ce sentiment jusqu'à la cruauté peut-être: faut-il nraccuser?je ne sais... Il faudrait peut-être plutôt accuser l'idéal que je rêvais. Oui... car c'était lui qui me rendait si injuste, si sévère pour tout ce qui ne lui ressemblait pas. Si vous intei'rogiez le monde sur moi, Malhilde, il vous dirait que, dans quelques ruptures, je me suis montré égoïste, dédaigneux cl diir. .. Cela est encore vrai... J'étais mécon-

tent de moi ; j'étais impatient d'échapper aux liens d'un faux bonheur ; je cherchais une félicité qui me fuyait toujours... Les idées les plus simples sont celles qui ne nous viennent jamais à la pensée, j'étais bien loin cfe songer que ce but inconnu que je poursuivais avec une si ardente inquiétude était Vamour dans le mariage. On m'eût alors expliqué ainsi ces aspirations qui m'entraînaient à mon insu , que j'aurais souri d'un air de doute... Lorsque je vous ai vue , Malhilde , un bandeau est tombé de mes yeux; oui, le présent m'a révélé le passé; lorsque je vous ai vue, enfin... ce que j'avais vaguement désiré m'a distinctement apparu ! en dédaignant tant de sentiments coupables , je rendais, pourainsi dire, hommage au sentiment pur et sacré que mon cœur appelait de tous ses instincts et que vous seule deviez me faire connaître...

Je restais stupéfaite d'admiration en entendant Contran m'expliquer ainsi le passé.

Par une coïncidence singulière , il se défendait à l'aide des même sophismes que j'avais opposés aux dénonciations de madame de Richeville.

Les raisonnemenlsde Contran devaient m'impressionnerprofondcment?Quellc femme aimant déjà avec passion ne croirait pas aveuglément l'homme qui lui dit : — « Je vous aime , je vous )) aimerai d'autant plus que j'ai dédaigné , que » j'ai outragé davantage tout ce qui n'était pas » vous? » Dites, mon ami , est-il un paradoxe plus dangereux? n'est-ce pas avec une fatale adresse, ou plutôt avec une profonde connaissance du cœur humain , faire une sorte de piédestal de toutes les trahisons dont on s'est rendu coupable pour y placer la nouvelle divinité qu'on adore?

Le paradoxe enfin n'est-ii pas plus dangereux encore lorsque la femme qu'on exalte ainsi a la conscience de ne ressembler en rien aux femmes qu'on lui a sacrifiées? N'étais-jc pas dans cette position à l'égard de Contran ?

Hélas! était-ce un si méchant orgueil que de croire mon dévouement, mon amour pour lui supérieurs à tous les autres amours, à tous les dévouements qu'il avait rencontrés?

Contran me paraissait si complètement disculpé des accusations de madame de Richevillc que je ne crus pas devoir parler de mon entre-

vue avec la duchesse. Je pensai qu'elle pouvait d'ailleurs être venue à moi guidée par un véritable inlérêt, elle était l'amie de M. de Mortagne; cette dernière raison seule eût suffi pour m'engager à oarder le silence.

Ou o

Contran me regardait d'un air inquiet , ne sachant pas l'effet que ses paroles avaient produit sur moi.

Je lui tendis la main en souriant : — Parlons maintenant de nos projets d'avenir.

Il secoua tristement la tête et me dit : — Que vous êtes généreuse et bonne !... Mais je ne puis encore dire yioiis , en parlant de vous et de moi ; il me reste d'autres aveux h vous faire.

— Eh bien!... vite, avouez-moi tout,..

Voyons, de quoi s'agit-il? Vous avez été joueur? prodigue? votre fortune est obérée? Sonl-cc bien là les terribles aveux que vous avez à me faire? — Puis j'ajoutai en souriant : — Voyez si je ne vous parle pas comme un grand parent indulgent.

— De grâce, ne plaisantez pas, Mathilde — répondit Contran. — Eh bien, oui!... j'ai joué!.. j'ai joué pendant quelque temps avec fureur;

oui!... là j'ai cherché des émotions que je ne Irouvais pkis ailleurs... Indigné de l'effronterie de certains amours, effrayé des remords dont j'élais cause... n'ayant rien qui m'allachàtà la vie... n'ayant d'autre avenir que le lendemain^ sentant mon cœur engourdi, rougissant de moi et des autres , désespémnt de jamais rencontrer le bonheur que je révais, n'aimant rien , ne regrettant rien , je me jetai dans le gouffre du hasard... Mais les agitations stériles du jeu, ses angoisses et ses espérances sordides me lassèrent bientôt... jouant pour m'élourdir, et non pas pour gagner, je perdis beaucoup... et ma fortune s'en ressentit... elle était déjà ohérée par d'assez grandes dépenses que j'avais été obligé de faire pour tenir dignement mon rang à l'ambassade où j'a\ais été attaché, néanmoins je possède encore à cette heure...

— Ah ! pas un mot de plus — m'écriai -je d'un ton de reproche. — Pouvez-vous parler ainsi ? Croyez-vous que je me sois un instant préoccupée de ce que vous pouviez ou non posséder? Vous-même, avez-vous un instant pensé que la donation que je voulais faire à ma

cousine, et que son sacrifice rend maintenant

inutile, réduisait ma fortune de moitié?

— Mais enfin , Mathilde. . .

• — Parlons de la corbeille — dis-je en souriant — ou plutôt de choses plus graves; parlons de nos projets d'avenir. En sortant de chez matante, où irons-nous? Voyons, monsieur, avez-vous seulement songé à me demander le quartier que je voudrais habiter ? à vous informer de mon goût pour l'arrangement de notre demeure ?

— Mathilde, je voudrais vous voir plus sérieuse pour les affaires d'intérêt.

— Vous voulez me voir sérieuse ? Eh bien ! — lui dis-je , avec l'expression de la touchante gratitude que je ressentais — eh bien ! laissezmoi vous dire combien j'ai été sérieusement heureuse , en voyant hier, chez moi, cette corbeille de jasmins et d'héliotropes, . . Oh ! tenez , cela est plus sérieux , croyez-moi , que les affaires d'intérêt... Il y a là plus que des chiffres... il y a là un sentiment, un présage , que dis-je un présage , une certitude de bonheur pour l'avenir... Oui... le cœur se révèle dans les plus petites choses... et l'homme qui a mon-

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tré tant de prévenances, tant de délicatesse dans une occasion, ne saurait jamais se démentir... Ces fleurs, qui ont été la première marque de vos sentiments , resteront toujours pour moi le symbole de mon bonheur ; oh ! d'abord je serai très-exigeante! Chaque matin je veux avoir une corbeille de ces fleurs; mais je vous préviens que mon cœur s'éveille de très-bonne heure, el qu'une pensée pour vous aura déjà prévenu l'arrivée de ce beau bouquet!

— C'est à genoux , à genoux qu'il faut vous adorer... Mathilde. Comment ne pas vouer sa vie entière à voire bonheur? Il faudrait être le plus misérable des hommes pour ne pas répondre devant Dieu de vous rendre la plus heureuse des femmes.

— Oh ! je vous crois, Contran! J'ai trop de confiance dans mon amour pour ne pas avoir une croyance aveugle dans le vôtre ! Pourquoi me trompcriez-vous? Doué comme vous l'êtes, ne trouveriez-vous pas mille autres jeunes filles qui ne vous aimeraient pas mieux que moi sans doute... je les en défierais... mais qui plus que moi auraient de quoi vous charmer? Je crois

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donc ce que vous me dites , Gontraii , parce que je vous sais loyal et généreux. Tout ce que vous venez de m'apprendre de votre vie passée, au risque de me déplaire, de me perdre peut-être , m'est une preuve de plus de votre sincérité.

Le reste de notre conversation avec M. de Lancry fut employé à faire des projets charmants. Notre mariage devait être célébré aussitôt que les formalités nécessaires seraient remplies. Le roi devait y signer; Contran devait prendre les ordres de S. M. à ce sujet.

Nous causâmes avec un plaisir extrême de nos arrangements futurs , de notre maison , des saisons que nous passerions à Paris, en vovage ou dans nos terres. Contran me parla pour notre établissement d'un charmant hôtel situé dans le faubourg Saint-Honoré, et donnant sur les Champs-Elysées. Nous convînmes de l'aller voir avec mademoiselle de Maran.

Il me pria aussi d'apprendre à monter à cheval , afin que nous pussions plus lard faire de longues promenades h la campagne et que je fusse en état de l'accompagner h la chasse qu'il aimait passionnément. Nous réglâmes approxi-

malivcment nos dépenses. Contran, qui avait toujours été prodigue, me parla très-sérieusement d'une économie raisonnable. Tant qu'il avait été garçon, jamais ces idées d'ordre ne lui étaient venues , mais maintenant il en comprenait , disait-il , toute la nécessité. Il n'y avait rien de plus charmant que ces projets, que ces pensées d'avenir à la fois riantes et sérieuses. Ma première jeunesse s'était si tristement écoulée chez mademoiselle de Maran, j'avais vécu jusqu'alors tellement en petite lille, que je ne pouvais croire au bonheur qui m'attendait.

Deux ou trois jours après cet entretien , Contran vint un matin nous chercher, mademoiselle de Maran et moi, atin de nous fiiirc voir l'hôtel du faubourg Saint-Honoré dont il nous avait parlé.

Après quelques moments de conversation , mademoiselle de Maran dit en parlant de la maison dont M. de Lancry avait envie :

— Mais attendez donc, est-ce (|ue ce ne serait pas de l'hôtel de Rochegune dont il serait question ?

366 MAÏHILDE.

— Oui, madame — dit Contran — c'est une occasion magnifique. Le vieux marquis de Rochcgune est mort l'an passé. Son (ils, Abel de Rochegune, au retour de ses voyages, y avait fait faire de très-grands embeffissements, comptant f habiter; mais, comme il est trés-fintasquc, il a tout à coup changé d'avis, et maintenant il désire s'en défaire.

— Il chasse de race — dit mademoiselle de Maran — car il n'y avait pas d'homme plus original et plus insupportable que monsieur son père.

— Mais on ne parlait de lui qu'avec vénéralion, madame — dit Contran d'un air étonné.

— Allons donc — s'écria mademoiselle de Maran en riant d'un air sardonique — c'était une espèce de vieil imbécile, une manière de philosophe , un rêvasscur , par-dessus cela philanthrope enragé, et toujours fourré dans les prisons et dans les bagnes, où il se faisait dévaliser par messieurs les voleurs et messieurs les assassins qu'il embrassait de toutes ses forces, et les appelait se&J/-ères, s'il vous plaît! ce qui était bien agréable pour sa famille. Joignez à cela que ce vilain homme , en

sortant de ces baisers de Judas, avait l'inconvénient de vouloir toujours vous embrasser sous le moindre prétexte d'amitié ou de parenté, ni plus ni moins que si vous aviez été un de ses chers frères les galériens.

— Mais, madame , il a fondé , dit-on , dans l'une de ses terres, un hospice pour les pauvres.

— Eh! je le sais bien, c'était une abomination de plus !

— Comment cela, madame? — dit Contran.

— Il avait fondé cela pour avoir le droit de tyranniser un tas de vieux vagabonds qui ainsi dépendaient complètement de lui. On n'a pas l'idée des imagrnalions de ce vilain homme pour torturer ces pauvres gens. Pour se divertir, il leur fliisait manger des loups, des rats et des chauves-souris; il les battait comme plâtre et les faisait travailler dix-huit heures par jour à toutes sortes d'ouvrages, dont il tirait profit, bien entendu, de façon que ce soi-disant hospice était une manière de ferme qui lui rapportait beaucoup, sans compter la réputation de charité qui lui servait de manteau pour cacher toutes sortes d'actions véreuses.

Quoique je n'eusse aucune raison pour m'inléresser à la mémoire de M. de Piochcgune, je fus indignée de la méchanceté de ma tan le. D'un regard je le fis comprendre à Contran , qui me semblait aussi choqué que moi.

— Je crois, madame — dit-il à ma tante — que vous avez été mal informée, et que...

— Pas du tout, je sais ce que je dis. C'était un homme désagréable, quand je ne devrais en juger que par ses amitiés; il avait pour disciple un de nos parents du côté de ma bellesœur... Dieu merci... qui ne valait pas mieux que lui, un M. de INIortagne.

— M. deMorai^ne? cet an cien soldat de l'empire, ce voyageur aussi original qu'infatigable ! — dit Contran; — mais je ne savais pas qu'il eût l'honneur de vous appartenir.

— Si vraiment, nous avons cet honneur là... du moins nous l'avions...

— Comment, madame, est-ce que M. de Mortagnc serait mort? — demanda Contran.

— Mort! grand Dieu! m'écriaî-je en prenant avec anxiété la main de mademoiselle de Maran.

Celle-ci me regarda d'un air dur et ironi-

que, et dit en riant de son rire aigu et strident :

— Âh !... ah!... ah!... voyez donc rémotion deMalhikle. Eh bien, oui, il est mort... on en doutait il y a quelques jours, mais maintenant il paraît que c'est certain,

— Ah ! madame, puissiez-vous vous tromper! — dis-je avec amertume.

— Me tromper! eh bien! où serait donc le grand mal qu'il fût mort, ce beau héros de caserne? un jacobin! un de ces brouillons dangereux qui pour faire marcher l'humanité , comme ils disent, s'inquiètent peu qu'elle marche dans le sang jusqu'aux genoux!

— Madame — m'écriai- je — je ne suis qu'une femme, je tiens peu compte des opinions politiques, mais tant que je n'aurai pas la preuve du malheur dont vous parlez, ce sera toujours avec l'impatience d'un cœur reconnaissant que j'attendrai M. de Mortagne; il fut Tami de ma mère, madame... Quand malheureusement je ne pourrai plus douter de sa mort, je conserverai de sa mémoire un pieux respect.

— Eh bien ! ma chère , vous pouvez commencer cette belle conservation - là — vous dis-je j — mais ne parlons plus de cet homme-

là ; mort ou vif je l'cxécre — dit mademoiselle de Maran d'un ton impérieux ; et s'adressant à Contran : #

• — Et le fils du vieux Rochegimc ^ qu'est-ce que c'est?

— C'est un homme dont on ne sait trop que dire, madame. Il est arrivé depuis peu ; il a parlé une fois à la chambre des pairs d'une manière fort remarquable, dit-on , quoique dans un assez mauvais esprit. Je l'ai rencontré quelquefois dans le monde, où il va rarement. Il a eu en Espagne une très-grande aventure h la fois terrible et romanesque, qui a fait beaucoup de bruit, et dans laquelle il s'est, à la vérité, conduit avec la discrétion chevaleresque et l'héroïque dévouement des anciens Maures de Grenade ; il a été laissé pour mort, percé de je ne sais combien de coups de poignard. Il s'agissait pour lui de sauver la réputation d'une femme ; et... mais — dit Contran en souriant — je ne puis vous conter cela devant mademoiselle Mathilde; je le conterai plus tard à madame de Lancry.

' — Ah! mon Dieu ! — reprit mademoiselle de

Maran — c'est donc un héros de roman que nous allons voir?

— A peu prcs^ mademoiselle , mais je doute que nous le voyions... il s'était d'abord offert avec beaucoup d'empressement à se mettre à nos ordres pour nous montrer sa maison, puis tout à coup il s'est ravisé^ disant que peut-être il ne pourrait nous en faire lui-môme les honneurs; il m'a donc prié de l'excuser auprès de vous.

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