‹ Mathilde (volume 5)Chapitre 13 sur 20 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

M. SECHERIN A URSDLE.

Lorsque madame Sécherin vit à noire abattement que moi et Gontran nous avions lu les deux lettres qu'elle nous avait remises, elle lut cette lettre de son fils à Ursule d'une voix lente, et comme pour (aire durer le supplice de ma cousine plus long-temps.

« Je ne vous reverrai de ma vie, Ursule... je vous méprise encore plus que je ne vous hais. Dieu m'a puni de n'avoir pas écouté les conseils de ma pauvre mère, elle me reste, elle , elle me reste et avec elle je ne regrette rien; je remercie au contraire le ciel de m'avoir délivre d'un

monstre ce perfidie et de corruption tel que vous: je me maudis quand je pense que, pour xous, pour vous , mon Dieu! j'ai pu affliger, nresqu'abandonner la meilleure des mères... Allez... ma tendresse la dédommagera des chagrins que je lui ai causés; elle me pardonnera, clic m'a pardonné : lorsque une femme aussi dangereuse et aussi abominable que vous entre dans une famille, il faut bien s'attendre h tout... Je vais vous apprendre une chose qui vous fera de la peine, j'en suis sûr, cclledà : le jour même où, par la volonté divine, le ciel a voulu que je reçusse cette lettre qui montre la noirceur de votre âme... je venais de faire rédiger l'acte qui vous assurait toute ma fortune après moi... Vous qui aimez tant le luxe, vous allez être pauvre... tant mieux , tant mieux, c'est le seul chagrin qui puisse vous atteindre.... Les soixante mille francs de votre dot sont dès aujourd'hui déposés a Paris chez un notaire. Votre père vous chassera aussi de sa présence, lui; car je lui ai envoyé une copie de votre abominable lettre. Enfin, pour vous porter un dernier coup qui vous sera plus sensible encore que les autres, je vous préviens que je ne souffre

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aucunement de vos infamies, entendez-vous, je n'en souffre pas... non, non, cela est si odieux que je ne ressens que de l'horreur pour vous, et je me trouve heureux... oh! bien heureux d'être à jamais séparé de vous; ma bonne et excellente mère vous le dira... ce sera votre dernier châtiment.

» SECHERIN. »

Après avoir lu cette lettre, madame Sécherin attacha sur Ursule un regard implacable.

Celle-ci sortit enfin de l'état de stupeur dans lequel elle était plongée depuis le commencement de celte scène.

Elle se leva impérieuse, altière, le regard assuré, le sourire amer et dédaigneux ; elle dit à madame Sécherin :

— Vous triomphez, n'est-ce pas? femme aveugle et insensée; vous vous réjouissez, tandis que le cœur de votre fils est mortellement blessé !

— A cette heure il ne pense même plus à vous — dit madame Sécherin — il vous l'écrit et cela est vrai , Dieu merci !

— Mais moi je ne crois pas aux termes de iv. 17

cette lettre — reprit Ursule — un homme comme lui ne peut pas oublier une femme comme moi. Sachez que si je le voulais, entendez-vous à votre tour, que si je le voulais , demain il serait encore à mes pieds, me demandant à mains jointes de revenir à lui... mais je ne le veux pas. La destinée m'accable au moment même où je cédais à un sentiment si généreux qu'il en était fou , au moment où j'avais pitié de la femme que j'avais haïe , outragée , au moment où je tâchais de réparer le mal que j'avais fait.,. Eh bien ! seule je lutterai contre la destinée ; un jour viendra , et il n'est pas loin , où, dans son désespoir de m'avoir perdue, votre fils vous maudira de ne l'avoir pas engagé à me pardonner.

— L'cntendez-vous, la malheureuse? — s'écria madame Séchcrin en joignant les mains avec horreur. — Vous regretter, vous! Voyez., vovez.. l'infernal orgueil!

Ursule haussa les épaules avec une expression de pitié.

— Vous ne savez donc pas ce que j'étais, ce que j'aurais été pour lui , car il était simple, bon, dévoué, et je m'amusais à le rendre heu-

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