‹ Mathilde (volume 5)Chapitre 14 sur 20 · M. SÉCHERIN A URSULE · texte numérisé non relu

M. SÉCHERIN A URSULE

reux comme on s'amuse de In joie d'un enfant. . . Vous l'avez entendu vous-même vous dire si son bonheur était grand, si je n'étais pas tout pour lui! vous vous réjouissez sans songer qu'il pleurera... qu'il pleure peut-être avee des larmes de sang , un passé qui sera toujours pour lui un rêve, l'idéal de la félicité humaine... Aveuglé sur mes défauts par son amour, sur ma conduite par sa confiance, sa vie se fût écoulée

paisible et heureuse elle se passera dans la

désolation!... Allons, vous devez être satisfaite, me voici pauvre , abandonnée de tous , même de mon père ; vous voici vengée , Mathilde, et vous aussi, monsieur — dit Ursule en s'adressant à Gontran : — vous, Mathilde , dont j'ai trahi l'amitié ; vous, monsieur, dont

j'ai raillé l'amour à votre triomphe il

manque pourtant une chose... c'est de me voir anéantie, écrasée sous les coups d'une fatalité inouïe , mais je ne vous donnerai pas celte joie ; j'ai de la volonté , j'ai de l'énergie : je me trouvais dans un de ces moments qui peuvent décider de l'avenir de toute la vie., un premier bon sentiment en eût peut-être amené un second... Le sort ne l'a pas voulu...

Eh bien! j'ai dix-huit ans, j'ai un caractère de fer, un esprit souple, je suis belle et hardie... que Dieu ait pitié de moi ! — dit Ursule en terminant par ce sarcasme impie.

Madame Sécherin restait muette, effrayée devant cette femme audacieuse.

Gontran la regardait avec une angoisse mêlée d'admiration...

Tout à coup mademoiselle de Maran se leva, ieignit de s'essuyer les yeux et s'écria :

— Eh bien! non, non, il ne sera pas dit que je resterai insensible, moi, aux tourments de cette pauvre chère enfant; je suis tout émue de son angélique résignation : il est impossible d'avouer ses torts avec plus de candeur et d'être mieux disposée à la contrition et au repentir... Tenez.... votre dureté à tous me révolte.. .. Je l'emmènerai à Paris avec moi, et chez moi, cette chère petite, et cela aujourd'hui même , car elle ne peut pas rester ici un jour de plus... Elle vous gâterait , honnêtes gens que vous êtes !

— Vous osez la soutenir... — s'écria madame Sécherin avec indignation — vous o?ez lui offrir un asile...

Page 1