SÉCHERIN A URSULE. 2G
— Et pourquoi non, s'il vous plaît ? Est-ce que je donne, moi, clans vos lamentations de Jérémie sur la désolation de l'abomination ! Dirait-on pas qu'il s'agit du sort de la chrétienté ou que le monde est menacé d'une fin prochaine, parce que M. votre fils a eu un inconvénient dans son ménage! Est-ce que c'est une raison pour venir crier comme une orfraie après cetle pauvre Ursule , et l'accabler sans pitié?.... Pour vous qui vous piquez de religion... ça n'est guère charitable , ma bonne dame...
Madame Sécherin leva les yeux au ciel , et dit d'une voix grave et solennelle :
— Seigneur mon Dieu! ayez pitié de cette femme, sa tombe est ouverte, sa fin est proche et elle blasphème. — Puis elle ajouta d'une voix imposante et avec tant d'autorilé que mademoiselle de Maran resta un moment atterrée: — Vous soutenez le vice, vous insultez aux larmes des honnêtes gens, vous reniez Dieu. Mais, patience, au lit de mort vous aurez une affreuse agonie en pensant au mal que vous avez fait et aux peines qui vous attendent... Vous êtes si méchante et si impie que vous ne trouverez
pas un prêtre qui veuille prier pour votre
âme...
Après un moment de silence, mademoiselle de Maran s'écria en riant de son rire aigu :
— Ali! ah! ah!... est-elle donc drôle avec ses excommunications? Ah ça! apparemment que vous êtes aussi du dernier mieux avec les foudres du Vatican , ma chère dame? Tout à l'heure , c'était avec le ciel et la Providence que vous maniganciez... Dites donc; sans reproche, vous me paraissez joliment banale pour ne pas dire un peu coureuse à l'endroit des choses de lh-haut... Mais rassurez-vous, j'aurai toujours un bon petit quart d'heure pour me repentir et un petit écu pour me faire dire une messe quand viendra le moment de songer à mon salut . .
"ÏV
Le soir même, mademoiselle de Maran partit pour Paris avec Ursule.
Madame Sécherin alla rejoindre son fils.
Contran et moi , nous restâmes seuls à Maran.