‹ Mathilde (volume 5)Chapitre 19 sur 20 · G. DE L · texte numérisé non relu

G. DE L

Le brusque départ de mon mari , la lecture de cctle lettre me causèrent un tel saisissement , une si violente commotion que je sentis tout à coup je ne sais quel atroce déchirement intérieur!., mon sa ni* se fflaca dans mes veines... une horrible crainte traversa mon esprit comme un trait de feu... je m'évanouis d'épouvante et de douleur

Aujourd'hui comme alors... comme toujours... je vous dirai: Soyez maudit, Gontran !.. vous avez tué mon enfant dans mon sein ! ! !

Combien de temps restai-je dans un état voisin de la folie et de la stupidité, je ne pus m'en rendre compte alors...

Blondeau ne me quitta pas un jour, pas une nuit. Depuis clic me dit que lorsque j'appris l'affreux résultat de mon saisissement , ma raison s'égara... je me mis à pousser des éclats de rire convulsifs.

Ce paroxysme nerveux dura jusqu'à ce que mes forces fussent complètement épuisées.

Alors je tombai dans une sorte de torpeur, d'engourdissement inerte. Pendant cette période, je ne dis pas un mot... je ne semblais pas entendre les paroles que l'on m'adressait.

Je restai environ deux mois avant que d'avoir tout à fait repris l'usage de ma raison.

Lorsque je revins à moi , il fallut que Blondeau me racontât tout ce qui s'était passé : tout, jusqu'au départ de mon mari...

Tout... jusqu'à la révolution que ce départ m'avait causée...

Tout enfin ..jusqu'au moment terrible où...

Mais ma plume s'arrête... ma main tremble... tout mon être tressaille encore à ce déchirant souvenir!.. Oh! mon enfant... mon enfant!

Oh ! malheur à vous , Gontran !.. malheur à vous ! . .

Encore à cette heure , mon désespoir éclate en sanglots... Oh! malheur, malheur à vous qui avez impitoyablement brisé le dernier... le seul lien qui dût m'attacher à la vieh.

Malheur à vous qui m'avez ôté le seul préiv. 21

texte qui m'aurait permis un jour de vous pardonner le mal que vous m'avez fait. ..Soyez maudit!., à tout jamais maudit!

Bien des lois je me suis demandé si le brusque départ de Gontran avait seul causé le fatal événement qui devait décider de ma vie, ou bien si je devais attribuer ce funeste accident aux violents chagrins qui m'avaient frappée depuis quelques mois.

Long-temps encore , rougissant de ma faiblesse, je ne voulus pas m'avouer cette dernière, celte impardonnable lâcheté: cela était vrai pourtant... Malgré l'affreuse trahison de mon mari, malgré sa lettre h Ursule, malgré ses aveux , malgré mes ressentiments, quoique je lui eusse dit enfin que je ne l'aimais plus... honte! analhème sur moi! ! je l'aimais encore, je l'aimais, puisque le bouleversement que me causa son départ causa la mort prématurée de mon enfant !

Maintenant que toute illusion est à jamais dissipée pour moi et que je vois vrai dans le passé... je m'aperçois que même au milieu des chagrins que je croyais les }>lus désespérés un

secret et vague espoir me soutenait encore à mon insu. L'abandon de Gontran me fit sentir tout ce que sa présence était pour moi.

En vain je savais qu'il aimait Ursule, en vain il m'avouait cette folle et irrésistible passion... au moins il était là... près de moi ; je pouvais compter, grâce à mes soins , grâce à ma tendresse, sur un bon retour de son cœur et

puis enfin, encore une fois, si cruel, si impitoyable qu'il fut... il était là, et mieux vaut souffrir par ia présence que par l'absence.

Un remords terrible, implacable, me poursuivra désormais toute ma vie... Un indigne amour m'a coûté la vie de mon enfant...

Si , comme le disaient mes lèvres menteuses, oubliant, méprisant un homme sans foi, j'avais mis tout mon avenir dans l'amour maternel, j'aurais supporté le délaissement de cet homme avec calme et dignité...

Il n'en fut pas ainsi. En me causant un atroce déchirement, le départ de cet homme me prouva par combien de fibres palpitantes mon cœur lui était encore attaché...

Mais aussi son infâme abandon ; en arra-

chant ces dernières racines vives et saignantes, anéantit, hélas! trop tard, mais à jamais! cet odieux amour.

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