I.'alilié savait Cela
Mais il savait au,si que, si l'on ne s'éloigne pas tout d'abord avec dégoût <lis elles corrompus, on s'habitue malgré soi et pou à peu à leur es|)iil, souvent attrayant, et qu'insensiblement on eu vi;nl à entendre sans boute et sans indignation railler et llétrir ce qu'on vénérait jadis.
années de son élevé, le prêtre, déposant à demi son niasquc dau. Icrilé, avait vivement éveillé sa'euriosilé par des demiconlidences sur l'existence enchanteresse de terlaius princes des temps passés : enfin,
ils I
Ma'lnme rij'rlut.
1 L'abbé était I o;ivirlinu, do doublé de rallli
du reste tu Roilolplie, {■■ - ries sur la
ip (lu pour i;it <le l'édii
Iront iliiriib.
eurti'r d;'
ni. m (le Ml . .
grossiéreié des passc-lcmp.s des premières
(■crt.ilnes iioliles Apres avoir re-
Lc commarulani.
ccilanl aux luslnnccs do Rodolphe, a|irès des ménagements Infinis ci d'assez, vives plaisanteries sur l,i gravite cérémonieuse de la cour du grand-duc, l'abbé avait cnHamuié limagiiialiou du jeune piiue aux ré; cits e\;icérés et ardenuueiit eolor, s derplaisirs et des g.ilaiiL'ries qui avaient 'illustré les règnes de Louis XiV, du Régent, et surtout de I ouis W, le héros de ("ésar l'olidori
Il afliMuait à ce uiallieureiix eulanl, qui l'écoutail avec Une avidité Inn'-sle, que les voluptés, même e\ee5si\e^,biin de d moraliser un prince heureusement doué, le rendaient souvent au coiilraii e élément et gé-
LES MYSTÈRES DE PARIS
nérenx, par cette raison que les belles âmes ne sont jamais mieux prédisposées à la bienveillance et à l'affecluosilé que par le bonheur.
Louis XV le Bien-aimé était une preuve irrécusable de cette assertiou.
lit puis, disait l'abbé, que de grands honunes des temps anciens et modernes avaient largement sacrilié à l'épicurismc le plus raffiné !!! depuis Alcibiade jus(|u':i Jlaurice de Saxe, depuis Antoine jusqu'au grand Uonilé, depuis César jusqu'à Vendôme!
De tels entreliens devaient exercer d'elfroyables ravages dans une âme jeune, ardente et vierge; de plus, l'abbi' traduisait éloquemmenl à son élève les odes d'Horace où ce rare génie exaltait avec le cbariue le plus entraînant les molles délices d'une vie tout entière vouée à l'amour et à des sensualités exquises. Pourtant, çà et là, pour masquer le danger de ces théories et satislàire à ce qu'il y avait de foncièrement généreux dans le caractère^ de Rodolplie,rabb*éle berçait des utopies les plus charmantes. A l'entendre, un prince intelligeniment voluptueux pouvait améliorer les hommes par le plaisir, les moraliser par le buidieur, et amener les plus incrédules au sentiment religieux, en exaltant leur gratitude envers le Créaleui', qui, dans l'ordre matériel , comblait riionmie de jouissances avec une inépuisable prodigalité.
Jouii' de tout et toujours, c'était, selon l'abbé, glorifier Die» dans sa niagnili(('uce et dans l'éternité de ses dons.
Ces théories porlèrenl leurs fiuits.
Au milieu de cette cour régulière et vertueuse, habituée, par l'exemple du maître, aux honnêtes plaisirs, ;iux imioeenles distractions, liodolphe, instruit par l'abbé , levait déjà les folles nuils de Versailles, les orgies de Choisy, les violentes voluplésduP.irc-anx- Ccrfs , et aussi (.'à et là, par contraste, quehiucs amours romanesques.
I. abbé n'avait pas mancpié non plus de démontrer à Rodolphe ([u'un prince de la Conlédéi'atioii germanique ne pmivait avoir d'autre |)iélention militaire que celle d'envoyer son conliugentàla Diète.
D'ailleurs, l'esprit du temps n'était plus à la guerre.
Couler délicieusement et parcssensenient ses joins au milieu des femmes et des raflinernenls du luxe, se reposer tour à tour de l'enivremiiU des plaisirs sensuels par les délicieuses récréations des arts, chereber parh)is dans la chasse, non pas en sauvage Nemrod, mais en intelligent épicurien, ces fatigues passagères cpii doiil)l( nt le charme de lindolenie et de la paresse, telle élait, selon l'abbé, la seule vie possible pour un prince qui (comble de boiibt^iir !) iroiivait un premier minislre capable de se vouer courageusement au fasiidieiix et lourd fardeau des allaires de l'Etal.
Rodolphe, en se laissant aller à des suppositions qui n'avaient rien de criminel parce qu'elles ne sortaient pas du cercle des probabilités
L'embuscade. — iuce 84.
fatales, se pmposail, lorsque Dieu rappellerait à lui le grand-duc son père, de se vouer à cette vie que l'abbé l'olidori lui peignait sous de si chaudes et de si riantes couleurs, et de prendre ce prêtre pour premier ministre.
Nous le répétons, Rodolphe aimait endrement son père, et il l'eût profondément regretté, qiioii|ue sa mort lui eùl permis de faire le Sardaiia|iale au petit pied. Il est inutile de dire (|ue le jeune prince gardait le plus pridbnd secret sur les malbeiireuses espérances qui fermentaient en lui.
Sachant que les héros de prédilection du grand-duc étaient Gustave- Adolphe, Cli, nies XU et le grand l'rédéiic (Maxiniilien-Rodolphe avait riionnenr dappai tenir de très-près à la maison royale de Brandebourg), Rodolphe pensait avec raison que son père, qui professait une admiration profonde pour ces rois - capitaines toujours bottés et éperonnés , chevauciiant et guerroyant, regarderait son fds comme perdu s'il le croyait capable de vouloir remplacer dans sa cour la gravité tudesque par les mœurs faciles et licencieuses de la Régence. Un an, dixhuit mois se passèrent ainsi ; Murph n'était pas encore de retour, quoiqu'il annonçât prochainement son arrivée.
Sa première répugnance vaincue par l'obséquiosité de l'abbé, Rodolphe profita des enseignements scientifiques de son précepteur, et acquit sinon une instruction très - étpndue , au moins des connaissances superficielles, qui, jointes à un esprit naturel, vif et sage , lui permettaient de passer pour bi;aneoup plus instruit <pril m; I était réellemenl,etdelàire le plus grand lioiiiieiu aux soin-, de l'ablié.
-Minpbrevinld'Aiiglelcrre avec sa famille, 1 1 pleura de j(jie en embr.issant son ancien élevé.
Au bout de quelques jours, sans pouvoir pénétrer la raison d'nnchangenient qui l'allligeait proloudément, le digne sqiiire trouva Rodolphe froid , contraint envers lui , et pre>(pie ironi<pie lorsqu'il lui rappela leur vie rude et
agreste.
Certain de la bonté naturelle du cœur du jeune prince, averti par un secret pressentiment, .Murph le crut momenlauéinenl perverti par la pernicieuse inllnence de l'abbé l'olidori, ipi'il délestait d'iiislinct, el qu'il se promettait d'observer attentivenienl.
De son coté, le prêtre, vivement contrarié du retour de Murph, dont il redoutait la franchise, li' bon sens et la pénétration, n'eut c|u'une seule pensée, celle de perdre le geiuillioinme d.iiis l'espi il de Rodolphe.
C'est à Cette époque ijne foin et Sarab furent pri''Stiités et accueillis à la cour de Cerolslein avec la plus extrétue ilisiinetion.
Quehpie temps avant leur arrivée, Rodolphe était parti avec un aide de camp et Murph pour inspecter les tioiqx's de (pielipies garnisons. Cette excursion étant toute militaire, le grand-duc avait jugé couvena-
Cî p..i..
rniirimerio Sclmcider, rue d'Krfurth, 1.
LES MYSTÊRF-S DE PAWS.
ble que l'alihé ne fill pas de ce vovage. Le prêtre, à son grand regret, vit Murph reprendre pour quelques jours ses anciennes fonctions auprès du jeune prince.
Le squire comptait beaucoup sur cette occasion de s'éclairer tout à l'ait sur la cause du refroidissement de Rodolplie. Mallieurei]>eriieui celui-ci, déjà savant dans l'art de dissimuler, cl croyant dangereux de laisser pénétrer ses projets d'avenir par son ancien menlor, iiit pour lui d'une cordialité cliarnianie, feignit de regretter beautou|) le temps de sa première jeunesse et ses rustiques plaisirs, et le rasura presque complètement.
Nous disons presque, car certains dévouements sont doMés d'un admirable instinct. Malgré les témoignages d'alfeetion que lui donnait le jeune prince, Murpli pressentait vaguement qu'il y avait un secret entre eux (kux;eu vain il voulut éclaire ir ses sdupçons, ses tentatives éclioiièrent devant la précoce duplicité de Rodolphe.
Tendant ce voyage, l'abbé n'était pas resté oisif.
Les intrigants se devinent ou se reconnaissent a certains signes myslérieiiv, ipii leur permettent de s'observer jusqu'à ce que leur intérêt les décide à une alliance ou à une hostilité déclarée.
(Jiicbpics jours après l'établissement de Sarah et de son frère à la cour du grand-duc, Tom était particulièrement lié avec l'abbé Polidori.
Ce prêtre s'avouait à lui-même, avec un odieux cynisme, qu'il avait une alTuiité naturelle, presque involontaire pour les fourbes et pdur les méchants ; ainsi, disait-il, sans deviner positivement le but où tendaient Tom et Sarah, il s'était trouvé attiré vers eux par une sympathie trop vive pour ne pas leur supposer quelque dessein diabolique.
(.luelques questions de Tom Seyton sur le caractère et les antécédents lie Rodolphe, questions sans portée pour un honune moins en éveil qîie l'abbé, l'éelairèrent tout à coup sur les tendances du frère et de la sœur ; seulement il ne crut pas à la jeune Ecossaise des vues à la fois si honnêtes et si ambitieuses.
La venue de cette charmante fille parut à l'abbé un coup du soit. Rodolphe avait l'imagination enflammée d'amoureuses chinièics ; Sarah devait être la réalité ravissante qui remplacerait tant de songes cliar- ?nants ; car, pensait l'abbé, avant d'arriver au choix dans le plaisir et à la variété dans la volupté, on commence presque toujours par un attachement unique et romanesque. Louis XW et Louis XV n'ont été peutêtre lidèles qu'à Marie Mancini et à Rosette d'.\rey.
Selon l'abbé, il en serait ainsi de Rodolphe cl de la belle Ecossaise. Celle-ci prendrait sans doute une immense influence sur un cœur soumis au charme enchanteur d'un premier amour. Diriger, exploiter celte influence, et -s'en servir pour perdre Murph à jamais, tel fut le plan de l'abbé.
En homme habile, il fit parfaitement entendre aux deux ambitieux qu'il faudrait compter avec lui, étant seul responsable auprès du grandduc de la vie privée du jeune prince.
Ce n'était pas tout, il lallait se défier d'un ancien précepteur de ce dernier qui l'accompagnait alors dans une inspection militaire ; cet homme rude, grossier, hérissé de préjugés absurdes, avait eu autrefois une grande autorité sur l'esprit de Rodolphe, et pouvait devenir un surveillant dangereux; et, loin d'excuser ou de tolérer les l'olles et charmantes erreurs de la jeunesse, il se regarderait comme obligé de les dénoncer à la sévère morale du grand-duc.
Tom et Sarah comprirent à demi-mot, quoiqu'ils n'eussent en rien instruit l'abbé de leurs secrets desseins. Au retour de Rodolphe et du squire, tous trois, rassemblés par leur intérêt commun, s'étaient tacitement ligués contre Murph, leur ennemi le plus redoutable.