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CHAPITRE XI

Punition.

Podoljilie conlinnn la leclm-e di^ la leltre de madame d'Uarville.

« .\|iics nn eiitielien en alleinaiiil ipii dura qiielipii's minutes entre sir Waller Morpb et I' iliduri, sir Wallei' dit à ce <leniirr :

« — Maintenant, lépondez. N est-ce pas madame, et il dé-igna ma belle-mère, ipii, lois de la maladie di^ la première femme de M. le comte, vous a introduit <'li('/. lui comme nn'di'cin?

« — Oui, c'est elle... répondit l'uliilnii.

« — Min de servir les allivux projils di,'... madame... ii"avcz-\ous pas été assez criminel pom- rendre mortelle par vos piescriplioiis lioniicides la maladie d'alioid légère de madame la comtesse dOrbiguy?

« — ()iM. dit l'oliilori.

« Mon père poussa un gémissement douloureux, leva ses deux mains au ciel, et les laissa retomber avec accablement.

« — Mensonge et inlamie! s'écria ma belIc-mèrc. Tout cela est faux; ils s'entendent pour me perdre.

« — Silence, uiadime! dit sir Walter Murpli d'une voix iitiposaute. Puis, contimiaul de ^'adresser à l'olidori :

« — E^t-il vrai qu'il y a trois jours madame a été vous cbercbcr rue du Temple, n° 17, où vous liabilez, cacbé sous le faux nom de Biadamanti?

« — Cela est vrai.

« — Madame ne vous a-t-elle pas proposé de venir ici assassiner le comte d'Orbigny, connue vous aviez assassiné sa femme?

« — Hélas ! je ne puis le nier, dit l'olidori.

« A celte accablante révélaiion, mon père se leva- debout, inenaçant; d'un geste foudroyant il montra Ta .porte a ma bellé^mère; puis, me tendant les bras, il s'écria d'une \H)ix entrecoupée :

« — Au nom dr la mallieureuse mère,- pardon! pardon!... je l'ai bien fait souffrir... mais, je te le jure... j'étais étranger au crime qui l'a conduite au tombeau.

Il Et avant que j'aie pu l'empêcher, mon père tond)a à mes genoux.

« Lorsque moi et sir Waller nous le relevâmes, il était évanoui.

« Je sonnai les gens; sir Waller prit le docteur Polidori par le bras et sortit avec lui en disant à ma belle-mère :

« — Croyez-moi, madame, quittez cette maison avant une heure, sinon je vous livre à !a jusiice.

« La misérable sortit de l'iqiparteinent dans un état de frayeur et de ragiupie vous concevrez facilement, monseigneur.

« Lorsque mon père reprit ses sens, tout ce qui venait de se passer lui parut un rêve horrible. Je fus dans la triste nécessité de lui raconter mes premiers soupçons sur la moit prématurée de ma mère, soupçons que voire connaissance des premiers crimes du docteur Polidori, monseigneur, avait changés en certitude.

« Je dus dire aussi à mon père comment ma belle-mère m'avait poursuivie de sa haine jusque dans mon mariage, et quel avait été son but en me faisant épouser M. d'Uarville...

« Autant mou père s'était montré faible, aveugle à l'égard de cette femme, autanl il voulait se montrer impitoyable envers elle ; il s'accusait avec désespciir d'avoir élé presque le complice de ce nionstie en lui donnant sa main après la mort de ma mère; il voulait livrer madame d'Oibigny aux tribunaux ; je lui représentai le scandale odieux d'un tel procès, dont l'éclat serait si f;icheux pour lui ; je l'engageai à chasser pour jamais ma belle-mèie de sa présence eu lui assurant seulement ce qui lui était nécessaire pom' vivre, puisqu'elle portait son nom.

« J'eus assez de peine à obleinr de mon père ces résniulions modérées; il voulut me charger de la chasser de la maison. Cette mission m'était doublement pénible ; je songeai que sir Walter voudrait pcut-élre bien s'en charger... 11 y consentit. »

— Et j'y ai pardieu consenti avec joie, monseigneur, dit Murph à Rodo'phe ; rien ne me plaît davantage que de donner aux méchants cette espèce d'extrcme-oncliiin.. .

— El qu'a dit celle fi'mme?

— Madame d'Uarville avait en effet poussé la bonlé jusqu'à demander à son père une peiiT-ion de cent louis pour celte infâme : ceci me parut non p;is de la bonté, mais de la f.iiblesse : il élaii déjà mal de dérober à la jusiice une si dangereuse créaluie. J'al'ai liouver le comle, il ad.ipta pail'ailenieiU mes observalions ; il fui cunvenu ((u'on donnerait, en tout et pour lout, vingl-cin(| louis ;i l'inlame poui- la nieltre à même d'attendre un cniplui ou du Iravail — El ;i quel emploi, à quel travail, moi, comtesse dOrhi^joy, pourrai-je me livrer? me demanda-t-elle insoleiu-

rncni. — .Ma foi, c'est voire afi'aire; vous serez quelque chose comme g iKli.'-malade ou gouvernanle mais, croyiz-moi, leclieicliez le métier le plus himdile, le plus obscur ; car si vous a\iez l'audace de dire voirft non), ce nom que voiisdi'vez à im crime, on s'élonuerait devoir la coinle>se d Oibigny récluilcà nue telle conditiou : ou s'informcrail, et vous jugiz des cou-équences, si vous éiiez assez insensée pour ébruiter le pas'é. Cachez-vous donc au loin; (ailes-vons surtout oublier; devenez madame Pierre ou madame Jacques, et repentez-vous... si vous pouvez. — Et vous croyez, monsieur, me dit-elle, ayant sans doute ménagé ce coiq) de Ihr^'itrc, que je ne réclamerai pas les avantages que m'assure mon coulral de mariage ? — Comment donc, madame ! rien de plus juste; il serait indiime à M. d'Orbigny de ne pas exécuter ses promesses, et de méconnaitrc tout ce que vous ;ive/. fut. et surtout ce que vous vouliez fdre pour lui... Pl.cirlez... i)laidez, adressez-vous à la jusiice; je ne doute pas qu'elle ne vous donne raison contre voire mari... Un quart d'heure apiès notre entretien, la créature était en route pour la ville voisine.

— Tu as r.nison, Il est pénible de laisser presque impunie une aussi détotable m gère ; mais le sc;mdale d'un procès... pour ce vieillard déj.i si affaibli... Il n'v fallait pas songer.

« J'ai facilement décidé mon père à quitter les Aubiers aujourd'hui même, reprit liodolphe, conlinuant de lire la lettre de madame d'Uarville; de li(>|i Irisies souvenirs le l)our^uivraientiei. (Jnoique sa santé soit (lianci'Iaule, les dislractions d'un voyage de quelques jours, le cliaiigemenl d'air, ne peuvent que lui être favorables, a dit le médecin que le dorteur Pididori avait remplacé, et que j'ai fait aussitôt mander à la ville voisine. Mon père a voulu qu'il analysai le contenu dir llacou, sans lui rirn dire de ce qui s'était passé; le médecin répondit qu'il ne pouvait s'oiciiper de celle opération que chez lui, et (juavanl deux heures nous sauiions le résultat de l'expérience. Le résullat fut (pic plusieurs doses de celle liqueur, composée avec un art infernal, pouvaient, en un temps donné, causer la mort sans laisser néanmoins d'autres Iraces que cclies d'une maladie ordinaire ipie le médecin nomma.

« Dans qiichpies heures, monseigneur, je pars avec mon père et ma lille pour Fontainebleau; nous y reslerons quelque temps, puis, selon le désir de mon père, nous reviendrons à Paris, mais non pas chez moi ; il me serait impossible d'y demeurer après le déplorable accident ([ui s'y est passé. -

« .Musi que.jê vous l'ai dit, monseigneur, en commençant celle leltre, les fails vous prxiuve!» tout ce que je dois encore à voire inépuisable sollicitude... Prévenue par, vous, aidi're de vos conseils, forle de l'appui de voire excellent <;l courageux sir \V;iller, j'ai pu arracher mon père à un péril certain, et je sui* assurée du rcloiir de sa tendresse...

« Adieu monseigneur ; il ft'est impossible do vous en dire davantage . mon cœur est trop plein, tl-op d'éuioiions l'agitent, je vous exprimerais mal tout ce qu'il ressent. ■ ^

tk « D'OliBlGNY d'1IaSVI1.LE. »

« Je rouvre cette lettre à la hàle, monseigneur, pour réparer im oubii dont je suis confuse. Eu cherchant, d'après vos nobles inspiralions, quelque bien à faire, j étais allée à la pri-ou de Saint-Lazare vi>iter de p livres prisonnières ; j y ai trouvé une malheureuse enfant à laquelle vous vous êtes iuléiessé... Sa douceur augélique sa pieuse résignalioa fout l'adiiiiraliou des resjieclables femmes qui surveillent les détenues ..Vous apprendre où est la Coualeuse (lel est sou surnom si je ne me ti ompe), c'est vous meltre à même d'oijleiiir à l'iustanl sa libei té ; celle inforliinée vous racontera |iar quel concours de circonstances sinistres, enlevée tie l'asile où vcuis l'aviez placée, elle a été jelée dans celle prison, où du moins elle a su faire apprécier la candeur de son caraclère.

« Permettez-moi de vous rappeler aussi mes d 'ux futures prolégées, monseigneur, celte malheureuse mère et sa lille, dépou liées par le notaire Ferraud... Où sonl-elles? Avez-vous eu quelques renselgnemeuls sur elles? Oh ! de grâce, lâchez de retrouver leurs traces, et qu'à mon retour à Paris je puisse leur payer la dette que j'ai contractée euvçrs tous les m;dheuieux !... »

— La Coualeuse a donc quitté la ferme de Boilqueval. monseigneur ? s'écria Murph, aussi élonné que Rodolphe de cette nouvelle révclalion.

— Tout à l'heure encore on vient de me dire l'avoir vue sortir de Saint-Lazare, répimdit Rodolphe. Ma tète s'y perd : le silence de mailamc Gecu'gesme conlond et i»'iuquiele... Pauvre petite Fleur-de-Maiie ! <piels nouveaux malheurs sont donc venus la frapper? Fais monter un homme à cheval à linstant; (pi'il se rende en hàle à la ferme, et écris à leadanie tjeorges que je la prie inst;imment de venir à P.iris ; dis aussi à M. de Craùn de ui'oblenir une permission pour entrer à Saint-Lazare... D'après ce que me dit mad.nne d Uarville, Fleur-de-Marie y serait iléleniie. .M, lis non, reprit Rodolphe eu rélléchissant, elle n'y est plu> prisonnière, car Rigolelte la vue sorlir de cette prison avec une femme âgée. Seraii-ce madame Georges? sinou quelle est celle femme ? où est allée la Goualeuse(l) ?

— Patience, monsiigueur ; avant ce soir vous saurez à quoi vous en tenir ; puis, demain, il vous faudra interroger ce misérable Polidori ; il a, dit-il, d'imporlautes révélatious à vuusj-ruire, mais à vous seul...

(1) \jc. locleiir se souvient que, troiiipée par l'éniissairc Je Sarali, cpii lui av.iit dit que Flfur-dc-ilane avait t|uillé Ùoii juev.ii par ordre du prince, mal ime Georges ctail sans inquiétude snr sa prolégéc, qu'elle attendait de jour en jour.

LES ]\IYSTKRES DE PARIS

— Celle enlievne me ?era odieuse, dit trislonionl Hodolplic, car je ji'ai p;is revu cet hdiimie depuis le jour f:il;\l... où j'ai...

lîoil(il|ilic ne put atlicver ; il taclia soii^fioiil (l.iiis sa main.

— IJi ! niorl-dien ! inonsiigiictir, ]i(uiii|iioi conscnlii' à ce qne demande Pdliduri ? .Menacez-le de la jiisiice française (in d'une exlradilion immédiate : il faudra bien qu'il se résigne à me révéler ce qu'il ne vent révélei' qu'à vous.

— in as raison, mon pauvre ami, car ia présence de ce mi éraiile rendrait pin-, menaçants encore ces souvenirs Icrrililes ansqucds se lattaelient tant de douleurs incurables.... depuis la mort de mon père jusqu'à celle de ma pauvre pelile lille... Je ne s;iis, m. us plus j'av-.nice dans la vie, plus cette enlànl uie manque... (aiudiieu je l'aurais ailorée ! condjien il m'eut été clier et précieux, ce fruit cbarmant de mon premier amour, de mes premières et pures cr.yances, on plulôt de mes jeunes illusions 1... J'aurais déverse sur celle irmoceule créature les trésors d'affection dont son odieuse mi'M'e est indique ; et puis il use semble que, telle que je l'avais rèvé(!, celte enfant, par la beaulé de son àuie, par le charme de ses qualilés, eût adouci, calmé Ions les chagrins, tons les remords qui se rattaclieni, hélas ! à sa fuiu^sle naissance...

— Tenez, monseigneur, je vois avec peine l'enqiire toujours croissant que prennent sur votre esprit ces regrets aussi sti'riles que ci uels.

Apres qiiel(pies moments de silence, lodolphe dil à Min-ph :

— Je puis mainlenant le faire un aveu, uu)ri vieil ami : J'aime... oui, j'aime proliMidémenl nue fenune digue de l'alfeclion la plus noble et la plus dévouée... Et, depuis que mon cœur s'est ouvert de nouveau à loules les douceurs de l'amour, depuis que je suis prédisposé mik émotions tendres, je ressens plus vivement encore la perle de ma (ille... J'auiais pour ainsi diie pu craindre qu'un allacbement de cœui- n'affaiblit l'amertume de mes legrets... Il n'en (;^t rien : loules mes facnll.'s aimâmes ont augmenté... je me sens meilleiu', pins charitable, et plus que jamais il m'est cruel de n'avoir pas ma (ille à adorer...

— tUen de plus siuqile, monseigneur, et pardomiez-moi la comparaison : mais, de même ipie certains hiuumes oui l'ivresse joyeuse et bienveillante, vous avez l'amour bon et généreux.

— Pourtant ma haine des méchanls est aussi devenue plus vivace ; mon aversion pour Sarali augmente sans doute en raison dn chagrin que me cause la mort de ma lille. Je m'imagine que celte mauvaise mère l'a négligée, qu'une fuis ses ambilieuses espérances ruin.'cs par mon mariige, la comtesse, dans sou im|)iloyable égoisme, aura abandonné noire enfant àdesmain^merconaires, el (piema(illese?a peul-ètre morte par le manque de soins... C'esl ma faute, aussi... je n'ai pas alors senti léleuducdes devoirs sacrés que la paternité impose... Lorsque le véritable caracteie de Saral: m'a élé tout à coup révélé, j'aurais du à riustaut lui enlever ma lille, veiller sur elle avec amour et solliriiudc. Je devais prévoir que 1.1 comtesse ne serait jainais qu'une mère dénaturée... C'est ma laute, vois-lu, c'est ma faute...

— Monseigneur, la douleur vous égare. Pouviez-vous, après l'événement si hmesie que vous savez... diflérer d un jour le long voyage qui vous était imposé... connue...

— Comme une expiation !...Tu as raison, mon ami, dit Rodolphe avec accablement.

— \'oiis n'avez pas entendu parler de ia comtesse Sarali depuis mon dépari, monseigneur?

— Non : depuis ces infâmes délations qui, par deux fois, ont failli perdre madame d'Uarville, je n'ai eu d'elle aucune nouvelle... Sa présence ici me pèse, m'obsède; il me semble que mon mauvais ange est auprès de moi, que quelque nouveau malheur me menace.

— Patii'uce, monseigneur, palience... Heureusement, r.^llemagne lui est iuli-rdilc, et l'Allemagne nous attend.

— Oui... bienliit nous partirons. Au moins, durant mon court séjour à Palis, j'aurai accompli une promesse sacrée, j aurai fait quelques pas de |Jus dans celle voix méritante qu'une augusic et miséricordieuse vo- Iniilé m'a tiacc^e pour ma rédemption... Des cpie le lils de madame (!eorges sera rendu à sa tendresse, innocent cl libre ; dès que J;u;(|ues Ferraïul sera convaincu et puni de ses crimes des que j'aurai assuré l'avenir de toutes les honnêtes el laborieuses créature^ qui, par leur résignation , leur courage et leur probité , ont nurité mon intérêt , nous retournerons en Allemagne; mon voyage n'aura pas élé du moins stérile.

— Surtout si vous parvenez à démasquer cet abominable Jacques Ferrand, monseigneur, la pierre angulaire, le pivot de tant de crimes.

— Quoique la lin jusiilic les moyens... et qiu; les scrupules soient peu de mise envers ce scélérat, quchiuefois je rcgrelte de faire intervenir Cecily dans celte réparation jusle et vengeresse.

— F.llc doil mainteiiaul arriver d'un moiuenl à l'autre?

— Elle est arrivée.

— Cecily?

— Oui.. Je n'ai pas voulu la voir ; de Grai'in lui a donné des instructions très détaillées, elle a promis de s'y conformer.

— TiiMidra-t-elle sa promesse.'

— D'abord tout l'y engage . 1 espoir d'un adoucissement dans son sort à venir, el la crainte d^lre unmédi.itcfuenl renvoyée dans sa prison d'Allemagne ; car de Ciaïui ne la quittera pas de vue ; à la moindre incartade, il obtiendra son extradition.

— C'est juste, elle est arrivée ici conmie évadée; lorsqu'on saurait

quels crimes ont motive sa déleution perpétuelle, on accorderait aussilôl son exlradilion.

— Et, lors même que son intérêt ne l'obligerait pas de servir nos projets, la tache qu'on lui a imposée ne pouvant se ré iliser qu'à force de ruse, de perfidies et de séduelious diaboliques, Cecily doit èlre ravie (et elle l'est, m'a dil le baron) de celle occasion d'employer les détestables avantages dont elle a ('lé si libi-ralemeut douée.

— Est-elle lou;ours bien jolie, monseigneur ?

— Ile Craïui la trouve plus altrayaule ([ue jamais ; il a él(;, m'a-t-il dit, ébloui de sa beaulé. à laquelle le costume alsacien (pi'elle a choisi d >uuait beaucoup de piqu.inl l.iMegard île celte diablesse a toujours, dit-il. Il même expression véiilablcmenl magique.

--- Tenez, iuoii-.eigneui', je n'ai jamais été ce ipi'on appelle un éccrvelé, nu homme sans cOMir el sans nncurs ; eb bien I à viiigl ans, j'aurais icnconlré Cecily, qii'ahu-s même que je l'am'ais sue aus^i dangereuse, aussi pervertie qu'elle l'est à celle benre, je n'aurais pas répondu de ma raisen si j'étais resté lougleiiips sous le feu île ses graniK yeux noirs et biùlanis qui éliiicellent au milieu de sa figure pâle el aideu'le... Oui, par le ciel! je n'ose songer où aurait pu m'enlrainer un si fnnesle amour.

— Cela ne m'élonne pas, mon digne Murph, car je connais cette feumie. Du reste, le baron a i lé presque elIVayé de la sa;:acilé avec la- (pielle Cecily a compris ou pliilot deviné le rôle à la fois provoipuint et |ilalonique qu'elle iliiit jouer auprès du iiolaire.

— .Mais siulroduira-l-elle chez lui aussi facilemeni que vous l'espériez, i)U)useigueur, grâce à riiilerveuliou de madame Pipelet '.' Les gens de l'espèce de ce Jacques Fcirand sont si siiiip.çouneux !

— J'avais, avec raison, compié sur la vue de Cecily pour combattre et vaincre la méli.ince du notaire.

— Il l'a d j;'i vue '.'

— Hier, ir.ipres le récit de madame Pipelet, je ne doute pas qu'il u'ail été fasciné par la eiéole, car il l'a jirise au>siii'it à son service.

— Allons, monseigut'ur, noire partie est gigiiée.

— Je l'espère; une cupidili' féi(>ce, une lu\iire sauvage ont couiluit le bourreau di^ Louise .Morel aux forfails les plus odieux... C'e^t dans sa luxure, c'est dans sa cupidilé qu'il Irouveia la pimilion teriible de ses ci'imes.... puniliou (pu snrinut ne sera pas stérile pour ses viclimes.... car tu sais à (piel but doiveiil tendre tous les elforis de la créol •.

— Cecily!... Cecily!... Jamais méehancelé plus gr.iiidi', jam.iis corru|)li()n plus dangereuse, jamais \\me plus noire n'auront servi à l'accomplissement d un projet d'une mor.ilité plus haute el d'une lin plus équitable... El David, monseigneur'?

— Il approuve tout ; au point de mépris et d'horreur où il est arrivé envers celte créaluri\ il ne voit en elle que l'instrinneul d'mie juste vengeance. <( Si cette m.iudile [louvait jamais mérile'r ipielipie commiséralion après loin le mal qu'elle m'a l'ait, m'a-t-il dit, ce serait en se vmianl à 1 iui|iiloyable punition de ce scélérat, dont il faut qu'elle soit le démon exlermiualeiir. »

Un huissier ayanl légèrement frappé à la poite, Murph sorlil, cl revint bieut()t apportant deux lellres, dont l'une seulement étail destinée à Rodolphe.

— C'est un mot de madame Ueorges, s'écria ce dernier en lisant rapidement.

— Eh bien ! monseigneur... la fJoualeuse '.'...

— Plus de doute, s'écria llodolphe après avoir lu, il s'agit encore de quelque conq)lot ténébreux. Le soir du jour on celle pauvre enfant a disparu de la iérme, el an moment où madame Ceorges allait m'iiistriiire de cet événement, un honune qii'i Ile ne coimaîl pas, envoyé en exju'es et à cheval, est venu de ma part la rassurer, lui disant ipie j(î savais la brusque disparition de Fleu ■•de-Marie, el (pie dans tpielques jours je la ramènerais à la ferme. Malgré ci!t avis, madame tjc(Hges, itupiiele de mou silence au sujet de sa protégée, ne peut, me dil-elle, résilier au désir de savoir des nouvelles de sa lille chérie, ainsi qu'elle ap|)elle cette pauvre enfant.

— Cela est étrange, monseigneur.

— Dans quel but enlever FIcur-de-Marie?

— i\lonseigneur, dit tout à coui) Murph, la comtesse Sarali n'est pas étrangère à cet enlèvement.

— Sarali? et (pii le fait .roire?...

— lîapprochcz cet événement de ses dénonciations contre madame d'Uarville.

— Tu as raison, s'écria ftodolpbe frappé d'une clarté subite, c'est évidiml... je compreuils mainliuant... oui, toujours le même calcul. La co.litesse s'opiuiàtie à croire qu'eu parvenant à briser toutes les aflecli(ms qu'elle me suppose, (die me fera c-eiilii' le besoin de me rapprocher d'elli . Cela est aussi odieux qu'insensé. Il faut pomlant (pi'ime si indigne persécution ait un lerme. Ce n'est pas seiilemenl à moi, mais à lotit ce ipii mérile icspeci, inlérêl, pilii', (|ue celle femme s'allaipie. Tu enverras sur Iheiiic .M. de Crauu olliciellemeul chez la ('(unlesse : il lui déclarera que j'ai la ceiliuide de la part qu'elle a prise à l'enlevemcut de Flem-de-Maiie, et (pie si elle ue donne pas les renseiguemenls n.'cessaires |)our relrouver celle malheureuse eulaiil, je serai sans pitié, el alors c'est à la justice qne M. de (iiaûn s'adressera.

— D'après la lettre de madame d'Uarville, laGoiialeusc serait détenue à Saiul-Lazare.

LES MYSTERES DE PARIS

— Oui, niais lîigolnio nfliime l'avoir vue liin'c et sortir de jirison. Il y a là un niyslén; i|ii il finit ('cLiiicir.

— Je vais a liiistaji! (idiiiii'r vos orilros au baron de riraiin, mnnseipueur; mais iieinicttez-iiioi d'oiivrii cette lettre : elle est de mou correspondiut de Maiseilie, à (|ui j'avais reeoniniandé le Cliouriiieur; il devait l'ai'ililei le passage de ce pauvre diable en Aljjérie.

— Eli bien ! est-il paiti?

— Monseigneur, voiei qui esl singulier !

— Qu'ya-t-il?

— Après avoir longtemps attendu à Marseille un bâtiment en partance pour l'Algérie, le (^hiMninenr, (|ui sendjlait de plus en (dus triste et son- <'ieu\. a sidiitenient déclaré, le jour niènie (ixé [iciur sou cnibanpieinent, qu'il préli'rait retournera l'aris.

— (,luelle bizarrerie !

— liieii (pie mou correspondant eilt, ainsi qu'il élnit convenu, mis une assez. rort(^ somme à la disposition du 'llionrinenr, celui-ci n'a pris (pie ce qui lui était r igouieuscnient nécessaire pour revenir à Paris, où il ne peut larder à arriver, me dit-on.

— Alors il nous expliquera liii-nième son cbangement de résolution; mais envoie à I instant de (oaiiu clicz la eonilesse Mac-Grégor, cl va toi-même à Saint-Lazare t'iiifurmer de Flenr-de-Marie.

Au bout d'une beure, le baron de Graûn revint de chez la comtesse Sarab Mae-(îrégor.

Malgré sou sang-fioid habituel et officiel, le diplomate semblait bouleversé; à peine l'huissier l'eut-il introduit, que Rodolphe remarqua sa pâleur.

— Eh bien!... de Uraiin... qn'avez-vous?... Avez-vous vu la comtesse?...

— Ah ! monseigneur!...

— (Ju'y .a-t-il?

— OiiL' Notre Altesse Poyale se prépare à apprendre quelque chose de bien pénible.

— Mais encore?...

— Madame la comtesse de Mac-Grégor...

— Eli bien!...

— (ji'fi \'olre Altesse Royale me pardonne de lui apprendre si brusquement un événement si bineslc, si imprévu, si...

— l.a comtesse est donc morte '!

— Non, monseigneur... mais on désespère de ses jours... elle a été frappée d'un coup de poignard.

— Ah ! c'est aifreux ! s'écria Rodolphe ému de pitié malgré son aversion pour Sarab. Et «pii a commis ce crime?

— Ou l'ignore, nionseigncni- ; ce meurtre a été accompagné de vol, on s'est introduit dans l'appartement de madame la comtesse et l'on a enlevé une grande quantité de pierreries.

— A cette heure, comment va-t-elle?

— Son état est presque désespéré, monseigneur... elle n'a pas encore repris connaissance... son frère est dans la consternation.

— Il faudra aller chaque jour vous informer de la santé de la coniless's mou cher de Graùii...

A ce moment, Murpb revenait de Saint-l.azare.

— Apprends une triste nouvelle, lui dit liodolphe, la comtesse Sarah vient d'être assassinée... ses jours sont dans le plus grand danger.

— Ab ! monseigneur, quoiqu'elle soit bien coupable, on ne peut s'empêcher de la plaindre.

— Oui, une telle (in serait épouvantable!... Et la Goualeuse?

— .Mise en liberté depuis liicr, monseigneur, on le suppose, par la protection de madame d'Ilarville.

— Mais c'est impossible 1 madame d'Ilarville me prie, au contraire, de faire les démarches nécessaires pour faire sortir de prison cette malheureuse enfant.

— Sans doute, monseigneur... et pourtant une femme âgée, d'une figure respectable, est venue à Saint-Lazaie, apportant l'ordre de remettre FIcur-dc-Marie en liberlé. Toutes deux ont quitté la prison.

— C'est ce que m'a dit liigolette ; mais cette l'emuie âgée qui est venue chercher Fleur-de-.Marie, qui est-elle ? où sont-elles allées tontes deux ? quel est ce nouveau mystère? La comtesse Sarah pourrait peut-être seule l'édaircir; et elle se trouve hors d'état de diiuiier aucun renseigueinenl. l'ourvn qu'elle n'emporte pas ce secret dans la tombe !

— Mais son frère, Thomas Seytoii, fournirait cerlainement quelques lumières. Oe tout temps il a été le conseil de la comtesse.

— Sa sœur est mourante; s'il s'agit d'une nouvelle trame, il ne parlera p:is; mais, dit Rodulplie en réilecliissaiit, il faut savoir le iioni delà personne qui s'est iiiléressé(! à Fleur-de-Marie pour la faire sortir de Saint-Lazare ; ainsi l'on a|ipreiulra nécessairement quelque chose.

— (lest juste, monseigneur.

— Tàcliez donc de counaitre et de voir cette personne le plus tôt possible, mon cher de Giaun ; si vous n'y réussissez pas, mettez votre M. Badinot en campagne, n'épargnez rien pour découvrii' les traces de celte [lanvre enfant.

— Votre Altesse Royale peut compter sur mon zèle.

— Ma foi, monseigneur, dit Murpb, il est peut-être bon que le Chourineur nous revienne; ses services pourroni vous être utiles... pour ces recherches.

— Tu as raison , et maintenant je suis impatient de voir arriver à Paris mon brave sauveur, car je n'oublierai jainais que je lui dois la vie.

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